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Catéchisme
Grands catéchismes

 

 

La Morale

 

(Commandements de Dieu et de l'Eglise)

 

Abbé A. Boulenger,

La doctrine catholique, Tome II "La Morale"

Paris-Lyon, éd. Emmanuel Vitte, 1936.

 

MANUEL D'INSTRUCTION RELIGIEUSE


LA DOCTRINE CATHOLIQUE

 

 

IMPRIMATUR : Atrcbati, die 6a Aprilis 1936. P. HOGUET,

 

1er LEÇON

La Morale théorique. - Les Actes humains. - Les Lois.

LA MORALE
Définition.
Objet et But. Lois qui régissent nos actes pour nous conduire à notre salut.
3° Utilité.         Elle éclaire la conscience dans les cas difficiles.

4° Division.      

A.   Morale théorique

a)    Fondement du Devoir.

b)    Morale indépendante.

1)    Morale du plaisir.

2)    Morale de l’intérêt.

1.    intérêt particulier.

2.    intérêt général.

3)    Morale rationnelle.

c)    Morale Chrétienne.

B. Morale pratique

 

 

L'ACTE HUMAIN

Conditions de la moralité.

a)       Discernement (raison).

b)       Libre arbitre.

2° Causes qui changement la moralité.

a)       Causes qui influent sur l’intelligence.

a)       Ignorance.

b)       Erreur.

b)       Causes qui influent sur la volonté.

1.       Crainte et violence.

2.       Passions

3.       Tempérament

4.       Education

5.       Habitude

6.       Maladies du corps et de l’Ame

3° Eléments de la moralité.

a)       Objet

b)       Fin

c)       Circonstances

4° Principes pour apprécier.

a)  La valeur de l’acte humain

c)       La malice de la coopération

 

 

LES LOIS

1° Loi naturelle.

a)       Définitions

b)       Existence

c)       Objet

d)       Sujet et Obligatoire

2° Loi divine positive.

a)       Loi primitive

b)       Loi mosaïque

1.       Décalogue

2.       Préceptes cérémoniels et judiciaires

c)       Loi chrétienne

1.       Foi

2.       Morale

1.       Préceptes

2.       Conseils

3.       Culte

3° Lois ecclésiastiques

a)       Législateur

b)       Objet

c)       Sujet et Obligation

d)       Cessation de la Loi

4° Lois civiles.

a)       Législateur

b)       Objet

c)       Sujet et Obligation

 

 

155 (1). - Mots.

Morale (du latin « moralis », « mores », « mœurs »). Ce mot désigne : - a) la science qui s'occupe des mœurs, qui nous fait connaître le bien prescrit, et le mal défendu ; - b) l'application pratique de ces prescriptions. L'on dit, dans ce sens, qu'un peuple (ou un individu) a beau­coup de morale, quand il a des mœurs vertueuses.

Moralité. Ne pas confondre ce mot avec le précédent. La moralité d'un acte, c'est son caractère moral, c'est-à-dire son rapport avec la loi morale, sa qualité bonne ou mauvaise, selon qu'il est con­forme ou non à la loi morale. Les mots « devoir », « obligation morale », « loi morale », « responsabilité » sont expliqués dans le Développement (Voir N° 167).

Motif. Mobile. Raison qui nous dé­termine à agir.

Intention morale. Fin que nous nous proposons dans nos actions; buf, conscient qui dirige nos actes.

Décalogue. (du grec « deka », dix, et, « logos », discours, parole). Ainsi appelé, parce qu'il désigne les Dix Comman­dements de Dieu, donnés à Moïse sur le mont Sinaï.

Commandement. Ce qui est or­donné ou ce qui est défendu. Syno­nymes : loi, précepte, devoir.

 

(1) Les numéros de la seconde Partie de « la Doctrine catholique » continuent ceux de la première.
(2) Voir 1er fascicule de la « Doctrine Catholique »  Le Dogme.

 

DÉVELOPPEMENT

 

156. - I. La Morale chrétienne.

Après avoir exposé les vérités (2) qu'il nous faut croire, nous avons à nous occuper des devoirs qu'il faut pratiquer. Après le dogme, la morale.

 

1 Définition. - La Morale chrétienne est la science qui, à l'aide de la religion révélée et de la raison, nous enseigne les lois divines et humaines, auxquelles nous devons conformer nos actes, si nous voulons faire notre salut. Autrement dit, c'est la science qui nous fait connaître nos devoirs.

2 Objet et but. - Il découle de la définition que la morale a pour objet les actes humains et les lois qui les régissent, et pour but de nous
enseigner ce que nous devons faire ou éviter pour accomplir la volonté de Dieu et gagner la vie éternelle.

 

3 Utilité. - On a contesté l'utilité de la morale, sous prétexte que la conscience suffit à déterminer le devoir, que la vertu ne s'enseigne pas, et qu'on peut être un homme de bien sans étude préliminaire, tandis qu'on ne l'est pas toujours avec la science la plus complète de la morale. - Il est bien certain qu'il ne faut pas confondre la connaissance avec la pra­tique du bien ; il n'en reste pas moins que l'étude de la science morale est utile parce qu'elle supplée souvent la conscience, quand le devoir est dif­ficile à saisir. «Dans les temps troublés, dit Guizot, il est souvent plus dif­ficile de connaître son devoir que de le faire. » La conscience peut être obscurcie par les passions, les préjugés ou l'intérêt ; il arrive aussi parfois que deux devoirs sont en conflit. Dans ces différents cas, une connais­sance nette des principes de morale peut seule nous guider et inspirer notre conduite.

 

4 Division. - La Morale se divise en deux parties: elle comprend la Morale théorique et la Morale pratique.

 

A. La Morale théorique établit le fondement du devoir, et traite, à un point de vue général, des actes humains, des lois qui les régissent, de la conscience, qui est la faculté de reconnaître la loi et de l'appliquer aux circonstances, des péchés ou infractions à la loi, et des vertus ou habitudes qui nous inclinent à vivre selon la loi.

 

B. La Morale pratique étudie les devoirs, les péchés et les vertus pris en particulier. Elle se trouve énoncée dans ce qu'on pourrait nommer les deux Codes de la religion chrétienne : les Commandements de Dieu et les Commandements de l'Église: c'est elle qui doit faire l'objet spécial de notre étude.

 

Avant d'aborder cette étude, nous parlerons, très brièvement, dans cette leçon, des points les plus importants de la Morale théorique, c'est-à­-dire du fondement de l'obligation morale, des actes humains, et des lois. Les questions de la conscience, des péchés et .des vertus seront traitées plus loin (Voir leçon 12 et suivantes).

 

157. - II. Le devoir. Notion. Espèces. Fondement.

La morale étant la science qui nous enseigne nos devoirs, il y a donc lieu de rechercher, avant toute autre chose : - ce qu'est le devoir; ­2 ° quelles en sont les espèces ; - 3 ° quel en est le fondement.

 

1 Notion. - Le devoir est toute règle qui impose à notre volonté l'obli­gation morale de faire certains actes et d'omettre certains autres. Entre les différentes actions que nous avons la liberté d'accomplir, notre conscience fait, en effet, une distinction de la plus haute importance. Elle affirme que les unes sont bonnes et les autres mauvaises ; d'un côté le bien, de l'autre le mal. Sans doute elle ne nous prescrit pas tout ce qui est bien, mais elle veut que tout ce que nous faisons soit bien.

 

2 Espèces - Les devoirs se divisent en deux grandes catégories : ­a) les devoirs de justice ou devoirs juridiques, et - b) les devoirs de charité ou devoirs non juridiques. Les premiers sont ainsi appelés, parce que, normalement, on peut en obtenir l'exécution devant les tribunaux: telle est, par exemple, l'obligation de payer ses dettes ; au devoir strict du débiteur correspond, chez le créancier, le droit absolu d'exiger son dû en recourant, s'il le faut, à la force publique. Les seconds, au contraire, ne sont pas exigibles devant les tribunaux : ainsi, faire l'aumône est pour le riche un devoir grave; mais au devoir du riche ne correspond pas, chez le pauvre, le droit absolu de l'exiger.

Par ailleurs les devoirs sont : - 1. affirmatifs ou négatifs suivant qu'ils prescrivent un acte ou le défendent ; - 2. naturels ou positifs suivant que les actes sont commandés ou défendus par la loi naturelle ou par les lois positives.

 

3  Fondement. - Quel est le fondement du devoir ? En d'autres termes, au nom de quoi ou de qui la conscience nous prescrit-elle certains actes qui sont bons et nous défend-elle ceux qui sont mauvais ?

 

A cette question les moralistes chrétiens répondent que la morale ne peut trouver d'autre fondement qu'en Dieu. Car l'idée de l'obligation suppose un rapport de sujet à maître. Or tous les hommes, en tant qu'hommes, sont égaux : aucun ne peut imposer, par lui-même, sa volonté aux autres. Dire, par conséquent qu'il n'y a pas de Dieu, c'est dire que l'homme n'a pas de maître, qu'il est indépendant, c'est du même coup le décharger de tout devoir.

 

D'après les moralistes chrétiens, c'est donc Dieu, notre créateur, qui est aussi notre législateur et le rémunérateur de nos oeuvres. Mais pourquoi Dieu prescrit-il certaines actions et défend-il certaines autres ? C'est que Dieu ne peut pas ne pas vouloir le bien : c'est là une loi qui découle de sa nature (1). Il n'a donc pu créer l'homme sans vouloir qu'il le réalise, lui aussi, et obéisse à la même loi qui le régit. Pour nous diriger vers notre fin et nous faire connaître notre devoir, il a déposé l'idée du bien dans notre nature et il nous a donné la raison pour le discerner. La conscience, qui est la voix de la raison, découvre cet ordre fixé par le créateur ; elle prend connaissance de la loi et elle proclame bonnes toutes les actions qui lui sont conformes et mauvaises celles qui vont à l'encontre.

 

(1) C'est donc une erreur de dire que les actions sont bonnes ou mauvaises, parce que Dieu le veut ainsi, comme il aurait pu vouloir qu'il en fût autrement. Il faut dire, au contraire, que si Dieu le veut ainsi, c'est qu'elles sont intrinsèquement bonnes et conformes au Bien absolu et incréé, c'est-à-dire à la loi éternelle.

158. - III. Morale indépendante et Morale chrétienne.


1  La Morale indépendante.
- Toute morale qui ne reconnaît pas Dieu comme principe de l'obligation, est une morale indépendante. Il n'est pas possible d'exposer ici, même d'une façon sommaire, tous les systèmes des philosophes qui ont cherché, en dehors de Dieu et de toute religion, le fondement de la loi morale, et qui ont fait de vaines tentatives pour fon­der une morale indépendante. Les plus importants peuvent se ramener à trois classes. Selon qu'ils ont pris leur principe dans la sensibilité ou dans la raison et qu'ils ont reconnu comme motifs d'action soit le plaisir, soit l'intérêt, soit l'honnête, ils s'appellent : la morale du plaisir, la morale uti­litaire et la morale rationnelle.

 

A. LA MORALE DU PLAISIR. - L'homme est fait pour le bonheur. Le but de la vie doit donc être la recherche du plaisir. D'où il suit qu'il faut appeler bien tout ce qui apporte une jouissance et mal tout ce qui cause de la douleur. « Recherche le plaisir, fuis la douleur », telle est la maxime de la morale du plaisir. Cette doctrine qui a été professée dans l'antiquité, par Aristide de Cyrène, a été reprise par les matérialistes (Encyclopédistes), au XVIII° siècle.

 

B. LA MORALE DE L'INTÉRET.- La morale utilitaire a succédé vite à la morale du plaisir. Il ne fallait pas, en effet, une bien longue expérience, pour s'apercevoir que les plaisirs ne sont pas tous bons â prendre, qu'ils sont souvent suivis de douleurs et que notre intérêt bien compris nous commande de les peser avec toutes leurs consé­quences, avant de les accepter. Le principe de l'intérêt diffère donc de celui du plaisir en ce qu'il est réfléchi, qu'il fait un choix, et qu'on ne se détermine qu'aux actes qui sont susceptibles de procurer le maximum de bonheur avec le minimum de peines.

La morale de l'intérêt, ébauchée dans l'antiquité par Épicure, a subi de nom­breuses modifications. A la morale de l'intérêt particulier s'est substituée la morale de l'intérêt général. De nos jours, ses trois principales formes sont : la morale altruiste, la morale évolutionniste et la morale sociologique.

 

a) LA MORALE ALTRUISTE (du latin, («  alter » autre, autrui) pose pour principe d'ac­tion l'amour d'autrui et a pour contraire l'égoïsme. Partant de ce principe, d'ailleurs faux, que l'intérêt général est la condition de l'intérêt particulier, et que l'égoïste, comme le dit BENTHAM, calculerait mal, s'il faisait abstraction de l'intérêt des autres puisque, si nous ne respectons pas la vie et les biens de nos semblables, ceux-ci ne respecteront pas davantage notre vie et nos biens, la morale altruiste affirme que le meilleur moyen de travailler à son propre bonheur, c'est de faire celui des autres. La grande loi qui doit donc gouverner le monde, c'est la loi de la solidarité (Bourgeois, La Solidarité). Est bien, par conséquent, toute action qui obéit à cette loi et mal toute action qui la contrarie.

 

b) LA MORALE EVOLUTIONNISTE, appelée aussi morale scientifique, ne diffère guère de la morale altruiste que parla forme plus scientifique sous laquelle elle présente sa doctrine. Ce système de morale prétend s'appuyer sur les faits et sur l'histoire de l'humanité. D'après ses partisans, les mœurs ont passé par les mêmes transforma­tions que les espèces. A l'origine, les hommes, à peine sortis de l'espèce animale par évolution, en avaient gardé les mœurs. Guidés plus par l'instinct que par la raison, ils recherchaient le plaisir individuel, même au détriment des autres, mais instruits par l'expérience qui leur démontra vite que celui qui recevait des coups et des injures, répondait par des coups et des injures, ils comprirent qu'il était préférable de faire le sacrifice de certains plaisirs : ainsi, de l'égoïsme est né l'altruisme. La notion du devoir, la distinction entre le bien et le mal a donc été un fruit tout naturel de l'expé­rience, de l'éducation et de l'hérédité.

 

c) LA MORALE SOCIOLOGIQUE (DURKHEIM, LÉVY-BRUHL, A. BAYET) prétend, elle aussi, s'appuyer sur les faits. Aux yeux de ses partisans « seule la morale laïque et positive... peut être enseignée et imposée à tous », car autrement ceux qui ne croient pas en Dieu seraient sans morale. Il faut donc fonder la morale sur des faits qui s'imposent à tous, par exemple « sur ce fait que les hommes vivant en société ont des intérêts communs... et par suite des devoirs communs » (1) dont l'ensemble constitue la morale. Au surplus, les devoirs ne sont sacrés qu'autant qu'ils peuvent servir à notre bonheur et à celui de l'humanité. Comme on le voit, la morale socio­logique, sauf l'étiquette nouvelle, se confond avec la morale de l'intérêt général et avec la morale du plaisir.

 

C. LA MORALE RATIONNELLE. - La morale rationnelle, appelée aussi morale kantiste, du nom d'un de ses principaux partisans, le philosophe allemand, KANT (§ 1804), prétend fonder la morale uniquement sur la raison et la nature ; d'où son autre nom de morale naturelle. D'après Kant, le caractère de l'homme, ce qui fait de lui un être distinct des animaux, c'est, non pas sa sensibilité et ses passions, vu qu'il les partage avec eux, c'est sa raison. S'il veut donc garder sa condition d'homme, il doit préférer les biens de la raison aux biens de la sensibilité : autrement, il abdiquerait sa dignité humaine. Or la raison pratique, ou conscience, dicte à l'homme son devoir, - impératif catégorique, - auquel il faut obéir, uniquement parce qu'il est le devoir. Le devoir doit donc être accompli pour lui-même, et non en vue d'une récompense.

 

(1) A. BAYET, précis de morale, p. 2-5.

 

Le bien est une fin en soi et n'a pas besoin de rémunération. Plus que cela : l'espoir de la récompense ferait de la pratique du bien un calcul et une spéculation, il suppri­merait, du même coup, le mérite de la vertu et avilirait la morale.

A la morale rationnelle se rattachent: - a) LA MORALE DU SURHOMME, imaginée par le philosophe allemand, NIETZSCHE (t 1900), d'après laquelle les hommes supé­rieurs ou surhommes doivent commander aux incultes et leur imposer leur volonté comme des lois ;- b) LA MORALE DE L'HONNEUR, d'après laquelle est bien ce qui mérite l'estime des hommes et mal tout ce qui suscite la réprobation : morale qui serait excellente s'il était établi que l'opinion publique n'était jamais injuste dans ses appréciations et faussée par des préjugés ; - c) LA MORALE DE LA CONSCIENCE (Guyau - 1888), qui professe que la conscience pousse l'homme à mener la vie la plus parfaite, par conséquent, à pratiquer les préceptes de la morale, non pas en vertu d'un commandement, ni en vertu d'une sanction, mais parce que c'est le meilleur moyen de nous perfectionner et de réaliser les besoins de notre nature.

 

2 La Morale chrétienne. - Il est facile aux moralistes chrétiens de démontrer que les principes sur lesquels s'appuient les différents systèmes de la morale indépendante sont, ou bien faux, ou insuffisants, et que, seule la morale qui reconnaît Dieu comme créateur, comme législateur et comme rémunérateur, jouit de l'autorité indispensable pour rendre le bien obligatoire (No 157).

 

A. Les principes de la Morale indépendante sont faux ou insuffisants :

 

a) faux: 1. quand ils prennent le plaisir pour règle de conduite. Il est assez évident que le plaisir n'est pas toujours un bien, que les plaisirs de la sensibilité sont fugitifs et que certains plaisirs très vifs, comme ceux du jeu et de l'ambition, sont suivis souvent de grandes peines. - 2. Bien que le principe de l'intérêt soit de meilleure qualité que celui du plaisir, il ne saurait non plus déterminer le devoir. L'intérêt personnel peut être conseillé, mais il n'est pas obligatoire. Quant à la doctrine de l'intérêt général, elle commet une grossière erreur, lorsqu'elle soutient que le bonheur de l'individu et celui de la société vont toujours de pair. N'est-il pas fréquent, au contraire, de les trouver en opposition ? Le soldat, en temps de guerre, le médecin, en temps d'épidé­mie, qui donnent leur vie pour le bien de la société ne sacrifient-ils pas leur intérêt particulier à l'intérêt général ? Qu'on nous dise en vertu de quel principe on peut leur demander le sacrifice de leur bonheur à celui de la société.

 

b) Le principe de la Morale rationnelle est juste, mais insuffisant. Il est vrai que la raison droite doit être regardée comme la règle de la moralité ; mais de qui la rai­son tient-elle son autorité ? Comment peut-elle être, à la fois, le législateur et le sujet ? Pour commander à l'homme et lui imposer des lois, il faut être au-dessus de lui. Si la raison, qui est partie intégrante de l'homme, parle en son propre nom, elle peut proclamer qu'un acte est honnête ; mais il n'est pas en son pouvoir de l'imposer.

 

B. La Morale chrétienne complète donc très heureusement la morale rationnelle. En considérant la raison humaine comme dépendante de Dieu, comme une image de la Raison incréée, et l'ordre naturel comme la manifestation de la volonté divine, elle a le droit de poser comme règle qu'il y a obligation de vivre et d'agir selon l'ordre constitué par le Sou­verain Maître et Législateur.

Quant à l'accusation que les rationalistes font à la morale chrétienne d'être une morale intéressée, elle est plus spécieuse que fondée.

 

a) L'on peut répondre d'abord que le désintéressement absolu est sans doute une excellente chose, mais il faudrait savoir s'il se trouve au fond de la nature humaine, et s'il est possible de diriger les hommes, en ne leur mettant devant les yeux que la beauté du devoir à accomplir.

 

b) Par ailleurs, est-il vrai que la morale chrétienne n'ait pas d'autres motifs plus élevés pour pousser au bien, que la perspective du Ciel ou de l'Enfer, de la récom­pense ou du châtiment ? N'est-ce pas une erreur de dire que la sanction éter­nelle se substitue au devoir Assurément, elle l'appuie, mais elle ne le cons­titue pas. Les chrétiens obéissent à la loi morale, avant tout, parce qu'elle est l'expression de la volonté de Dieu. « Ce n'est pas parce que l'homme ver­tueux aura fait un calcul qu'il sera béatifié, c'est parce qu'il aura fait son devoir. Plus il se sera oublié dans l'effort vertueux, plus grande sera sa récompense. La mesure de son désintéressement sera celle de son salaire (1) ».

 

c) Il serait facile enfin de démontrer, par dix-neuf siècles d'histoire, que le christianisme a toujours été la meilleure école de désintéressement.

159. - IV. L'Acte humain. Conditions pour la moralité d'un acte.

1 Définition. - Ce que nous appelons ici a acte humain » n'est pas tout acte accompli par l'homme, mais seulement celui dont il est respon­sable : c'est donc l'acte moral qui procède de la volonté délibérée de l'homme.

 

2 Conditions requises pour la moralité d'un acte. - D'après la définition qui précède, l'acte humain requiert deux conditions : le discernement et la liberté. En d'autres termes, pour qu'un acte soit moral, il faut que la raison discerne la qualité bonne ou mauvaise de cet acte et que la volonté soit libre d'agir ou de ne pas agir.


A. LE DISCERNEMENT. - Le discernement est l'opération de notre esprit, qui considère l'action en elle-même et dans les circonstances qui l'accompagnent, et juge si elle est bonne, mauvaise ou indifférente.

Le discernement a des degrés. Il est : -a) distinct, ou -b) confus, suivant que nous percevons clairement ou vaguement la qualité bonne ou mauvaise d'une chose. Aussi, quand il s'agit d'établir la responsabilité, faut-il distinguer entre: -1 .les actes pleinement délibérés, c'est-à-dire accomplis avec un entier discernement (responsabilité com­plète) ; - 2.les actes semidélibérés, c'est-à-dire accomplis avec un discernement impar­fait, comme dans le demi-sommeil (responsabilité atténuée) ; et- 3. les actes indélibé­rés, c'est-à-dire accomplis sans discernement; ex.: les actes des fous, les actes spontanés et instinctifs, comme dans les mouvements des passions, les accès de fièvre, de délire, la suggestion hypnotique, si on n'y a pas donné son consentement (aucune responsabilité).

 

(1) Mgr D'HULST, Carême de. 1891, 5e Conférence. «  La morale et la sanction »

B. LA LIBERTÉ. - La liberté est le pouvoir qu'a la volonté de se déterminer pour une chose plutôt que pour une autre, de choisir entre le bien et le mal (1). La liberté suppose donc que l'on est exempt de toute contrainte intérieure et de toute violence extérieure.

La liberté,-le volontaire, comme disent les théologiens, - a, elle aussi, des degrés.

Le volontaire est : - a) parfait, lorsque la liberté est entière; - b) imparfait, lorsque la liberté est incomplète (ex. : mouvement de colère irréfléchie). La responsabilité n'est totale que dans le volontaire parfait.

Qu'il soit parfait ou imparfait, le volontaire est : -1. exprès ou tacite, suivant qu'il se manifeste par la parole ou un signe extérieur ou bien que le silence peut être interprété comme une marque d'approbation, d'après l'axiome : « Qui ne dit rien consent » : ce qui a lieu dans les cas où celui qui se tait devrait parler ; - 2. Explicite ou implicite, suivant que la volonté est formellement exprimée ou impliquée dans une autre proposition explicite ; ex. : si vous dites : «  Je vais à la messe », vous manifestez explicitement votre volonté d'observer le dimanche ; si vous dites simplement : « Je veux sanctifier le dimanche » vous exprimez implicitement votre volonté d'aller à la messe et de ne pas travailler ; - 3. direct ou indirect, suivant que la volonté envisage un acte et le veut comme tel (ex. : tuer pour se venger ou pour voler), ou bien que, sans le vouloir en lui-même, on prévoit qu'il peut résulter d'un acte directement voulu (ex. : tuer en état d'ivresse : l'ivresse a été voulue directement,- l'homicide indi­rectement). Pour que le volontaire indirect soit imputable, il faut que la conséquence mauvaise de l'acte directement voulu (ivresse) ait été prévue, au moins confusément, et qu'on ait pu et dû s'en abstenir : pour cette dernière raison, le médecin et l'infir­mière qui, par devoir d'état, soignent certaines maladies, ne sont pas responsables des mauvaises pensées qui peuvent leur venir, comme l'est celui qui s'y expose sans motifs suffisants ; - 4. actuel ou virtuel, suivant que la volonté se manifeste au moment de l'acte ou qu'elle persévère parce qu'elle n'a pas été révoquée par une volonté contraire (ex. : si l'on offre le matin à Dieu toutes les actions de la journée, l'intention persévère alors que, au moment où l'on agit, l'on n'y pense plus).

 

(1) Il suit de là que les fatalistes et les déterministes, qui nient l'existence de la liberté, rejettent du même coup toute morale, toute distinction entre le bien et le mal, vu que la liberté est l'une des deux conditions essentielles de la moralité d'un acte.

160. - V. Les Causes qui changent la moralité de l'acte.

 

Comme le discernement et la liberté dérivent de l'intelligence et de la volonté, les causes, qui sont susceptibles d'influencer ces deux facultés, changent la nature de la moralité, et, par conséquent, de la responsabilité.

 

1 Causes qui influent sur l'intelligence. - L'IGNORANCE ET L’ERREUR.

 - Deux causes influent directement sur l'intelligence : l'ignorance et l'erreur. Il y a entre les deux une distinction assez nette, puisque ignorer c'est ne rien savoir, ne pas soupçonner la vérité, tandis que errer, c'est croire qu'une chose fausse est vraie ou qu'une chose vraie est fausse ; mais, dans la pratique, ce qui se dit de l'une peut s'appliquer à l'autre.

L'ignorance peut porter sur la loi ou sur le fait : ignorance du droit ou du fait. Ainsi, on peut ignorer qu'une loi de l'Église prohibe les mariages entre parents dans la ligne collatérale, jusqu'au 3e degré, ou, connaissant. la loi, on peut ignorer sa parenté.

Que l'ignorance porte sur le droit ou le fait, elle est invincible ou vin­cible : - a) invincible, quand on ne la soupçonne pas ou qu'il n'y a pas moyen de la vaincre. Dans ce cas, les actes qui, en eux-mêmes, sont répré­hensibles, deviennent moralement bons, parce que celui qui agit, croit à l'existence d'une obligation et obéit par conséquent à sa conscience, en y conformant sa conduite ; réciproquement, les actes bons deviennent moralement mauvais si, par erreur, on les croit défendus ;- b) vincible, quand on soupçonne la vérité et qu'on ne cherche pas à la connaître. L'ignorance vincible diminue la liberté. Si cependant elle est affectée et qu'on ne veut pas s'instruire de la loi, pour pouvoir pécher plus librement, la culpabilité, loin d'être amoindrie, est plutôt augmentée, en raison de l'intention mauvaise.

 

2 Causes qui influent sur la volonté. - Les principales sont: la crainte, la violence, les passions, le tempérament, l'éducation, l'habitude et les maladies du corps et de l'âme.

A. LA CRAINTE ET LA VIOLENCE. - 11 y a, entre la crainte et la violence, cette différence, que la première atteint les actes intérieurs et les actes extérieurs, tandis que la seconde n'influe que sur les actes extérieurs. - a) La crainte, qui pro­vient d'une cause intrinsèque, n'enlève pas le libre arbitre : ainsi, une personne dan­gereusement malade qui, par peur de la mort, fait le vœux de donner cent francs aux pauvres en cas de guérison, est tenue de l'exécuter si elle guérit effectivement. - b) La crainte, qui vient d'une cause extrinsèque et qui est ordinairement l'effet de la violence, enlève le libre arbitre et la responsabilité, du montent qu'on résiste inté­rieurement à la force majeure. Les martyrs, que les persécuteurs obligeaient par la force à rendre un culte aux idoles, n'étaient pas coupables du péché d'idolâtrie. Dans le cas de violence, la responsabilité est donc en raison directe du degré de consentement intérieur que la volonté donne à l'acte extérieur.

B. LES PASSIONS. - La passion, dont il s'agit ici, est un mouvement, désordonné de l'âme, qui la pousse hors dos bornes de la raison. - a) Quand la passion est d'une telle violence qu'elle cause comme une rupture d'équilibre et qu'elle trouble entièrement l'esprit, elle enlève toute liberté et excuse de tout mal, à moins qu'elle ne soit volontaire dans sa cause. - b) Si, au contraire, comme il arrive généralement, elle peut être vaincue par l'effort de la volonté, l'on peut distinguer trois cas ­1. Ou bien on lui résiste avec succès et alors la passion vaincue augmente le mérite. -- 2. Ou bien on succombe après avoir résisté: dans ce cas, la passion, sans excuser complètement, diminue la culpabilité. - 3. Ou bien la volonté, loin de résister à la passion, s'y abandonne, l'excite et en augmente l'intensité : dans ce troisième cas, il y a aggravation de la faute.

C. LE TEMPÉRAMENT consiste dans les dispositions innées en nous et qui nous viennent de l'hérédité. «  L'homme, héritant des modes de sentir et de penser de ses pères, est sollicité à vouloir et par suite à agir comme eux (1). » Ces impulsions et ces tendances n'entraînent pas la nécessité irrésistible des actes ; elles ne font que diminuer la liberté.

D. L’EDUCATION a pour rôle de développer les heureuses dispositions que la nature a déposées en nous et de retrancher les mauvaises. Elle doit diriger les pas­sions, les soumettre à la raison, combattre les mauvaises inclinations en les rempla­çant par de bonnes. S'il est des cas où le travail est difficile, l'histoire nous prouve qu'il n'est pas au-dessus des forces humaines et qu'un tempérament violent peut devenir un modèle de douceur, comme saint François de SALES, qu'un orgueilleux comme saint François Xavier, peut s'élever au plus haut degré de l'humilité et ne plus connaître d'autre ambition que celle du salut des âmes. Mais il arrive aussi que les idées de bien et de mal sont faussées par une mauvaise éducation et que la notion du devoir est obscurcie par les préjugés. Il peut se faire, par exemple, qu'un anarchiste croie de bonne foi qu'il a le droit de voler les autres pour rétablir l'égalité sociale. Pour juger des cas de ce genre et mesurer le degré de responsabilité, il suffit d'appliquer les mêmes principes que pour l'ignorance et l'erreur.

E. L’HABITUDE est une tendance à agir dans un certain sens, qui résulte de la répétition des mêmes actes. - a) Si la mauvaise habitude a été acquise volontaire­ment et qu'on s'y adonne sans résistance, la responsabilité est aggravée. - b) Quand elle est le produit de l'inadvertance et qu'elle est repoussée, aussitôt qu'on en a cons­cience, elle est involontaire et supprime toute responsabilité. - c) Si elle a été con­tractée volontairement mais rejetée ensuite, elle diminue la liberté : tel est le cas du blasphémateur ou de l'ivrogne qui retombent dans leurs vieux péchés, même lors­qu'ils ont déjà extirpé leurs mauvaises habitudes.

F. LES ÉTATS PATHOLOGIQUES. - Les maladies du corps et de l'âme sont assez nombreuses. Nous ne mentionnerons ici que les plus importantes :

a) LES IMPULSIONS IRRESISTIBLES - Il peut arriver, dans certains cas patholo­giques, qu'on soit poussé au mal comme par une force irrésistible. Les malheureux qui ont des crises de ce genre sont sans doute irresponsables mais ils doivent prendre les moyens de les rendre inoffensives, en priant par exemple un ami de les arrêter.

b) La NEURASTHENIE est un état pathologique dans lequel les nerfs sont affaiblis, et dont les effets sont une dépression physique et morale, et une grande inconstance de la volonté. La responsabilité du neurasthénique est atténuée.

c) L'HYSTERIE est également un état maladif du système nerveux, de caractère plus grave. Ses effets sont de diminuer ou d'éteindre la sensibilité dans certaines parties du corps (anesthésie) et de l'augmenter dans d'autres (hyperesthésie). Cette irritabilité des nerfs qui influe sur le caractère, qui fait que l'humeur et les sentiments de l'hystérique varient, d'une minute à l'autre, débilite certainement sa volonté, mais il est bien difficile de déterminer jusqu'à quel point le libre arbitre est affaibli.

d) L'EPILEPSIE est, comme l'hystérie, un désordre des nerfs. « Sous l'influence de l'impulsion, l'épileptique est capable de blesser, de tuer les personnes qui s’approchent. et il est d'autant plus terrible que sa vigueur, dans ces moments, est prodigieuse et qu'il frappe avec une sûreté remarquable (1).» Ces crimes alors ne sont pas imputables.

e) L’ABOULIE est une annihilation de la volonté par suite d'une dépression du sys­tème nerveux. Les personnes atteintes d'aboulie sont incapables de faire une chose que pourtant elles désirent faire. Dans ces cas, la responsabilité peut être nulle. Il y a toujours responsabilité, quand l'aboulie a été provoquée par une cause que l'on a posée volontairement, par exemple, en usant de stupéfiants (volontaire indirect).

f) L'HYPNOSE est un sommeil artificiel (V. N° 178) dans lequel l'hypnotisé perd la conscience de ses actes. Elle n'enlève pas la responsabilité quand celui qui S'est laissé volontairement endormir, a prévu que des mauvaises actions lui seraient peut-être suggérées (volontaire indirect).


(1) Th. Ribot, L'hérédité psychologique.

(2) FERE ; L'épilepsie.

 

161. - VI. Éléments de la moralité de l'acte humain. Règles d'appréciation.

 

1 Eléments de la moralité. -Trois éléments concourent à la mora­lité de l'acte humain : l'objet, la fin et les circonstances. Pour qu'un acte soit bon, il faut que ces trois éléments soient conformes à notre nature d'êtres raisonnables. Si l'un d'entre eux ne l'est pas, l'action est mauvaise.

A. L'OBJET. - Le premier élément qui fait la moralité de l'acte humain, c'est la nature même de cet acte, c'est-à-dire l'objet, considéré indépendamment de la fin et des circonstances. Il y a, en effet, des actes, qui, considérés intrinsèquement (en soi), sont bons, ou mauvais, ou indif­férents : ainsi, il est bien d'aimer Dieu et de soulager la misère de son pro­chain, il est mal de voler et de nuire à la réputation d'autrui et il est indifférent de se promener. Il y a aussi des actes qui ne sont bons eu mau­vais que par accident. c'est-à-dire en raison d'un précepte qui les com­mande ou les interdit (ex. : travail du dimanche).

Remarquons encore que l'objet mauvais en soi peut l'être d'une façon absolue, si bien que Dieu ne peut en changer la nature : tel est le cas du blasphème et du parjure ; ou d'une façon conditionnelle, en sorte que, dans certaines conditions, la nature de l'acte cesse d'être mauvaise : ainsi. il est licite de prendre le bien d'autrui dans le cas d'extrême nécessité.

B. LA FIN. - On entend par fin l'intention qui nous dirige dans l'accomplissement d'un acte. L'on voit tout de suite que l'intention peut changer la nature de l'action : ainsi, une bonne action peut être faite avec une mauvaise intention, et réciproquement, une mauvaise action, avec bonne intention. Je peux faire l'aumône par ostentation, et je peux voler dans le but de secourir un malheureux.
C. LA CIRCONSTANCE est quelque chose de purement accidentel qui s'ajoute à l'acte humain. Ainsi, le vol est toujours le vol, mais la circonstance diffère si l'on vole un pauvre ou un riche, si l'on vole dans une église, etc.

 

2 Principes pour apprécier la moralité des actes humains. - En se basant sur les trois éléments qui concourent à la moralité de l'acte : l'objet, la fin et les circonstances, voici les principes les plus essentiels qui permettent d'apprécier la valeur morale des actions humaines.

1er Principe. - Une action bonne intrinsèquement, c'est-à-dire par son objet, peut devenir meilleure par la fin qu'on poursuit. Faire l'aumône par pitié pour le pauvre est un acte bon ; faire l'aumône pour plaire à Dieu est un acte meilleur. - Il peut arriver qu'une action, bonne de sa nature, soit faite avec deux intentions, l'une bonne, l'autre répréhensible. Si cette dernière n'est pas l'intention principale, l'action ne perd qu'une partie de son mérite : tel est le cas de celui qui fait l'aumône principalement par charité et secondairement par ostentation (1).

2eme Principe. - La fin peut parfois changer totalement la nature d'un acte. Ainsi une action bonne par son objet devient mauvaise quand on poursuit une fin mauvaise : ex. : faire un signe de croix par dérision, faire la charité à un pauvre pour le détourner de la vraie religion et du devoir, sont de mauvaises actions. Nous avons dit « parfois », car, si une action est mauvaise par son objet, elle ne devient pas bonne, parce que la fin qu'on a en vue est bonne. « La fin ne justifie pas les moyens. » « Il ne faut pas faire le mal pour qu'il en sorte du bien » dit saint PAUL (Rom, III, 8). Il est défendu de voler, alors même qu'on voudrait soulager un malheu­reux ; on ne peut tuer un malade dans le but, sans doute excellent, de lui éviter la souffrance. Cependant la bonne intention diminue toujours la culpabilité, et la supprime entièrement, comme il a été dit (N°160), dans le cas d'une conscience invinciblement erronée.

D'autre part, s'il s'agit d'une action qui n'est pas mauvaise en soi, et qui l'est seulement parce qu'elle est défendue par une loi positive, elle devient permise si elle est faite dans une bonne intention et qu'elle doit entraîner des conséquences utiles. L'on peut présumer alors que le législa­teur n'a pas prévu le cas en question. Il est mal, par exemple, de désobéir à un ordre donné par un supérieur, mais si l'exécution de cet ordre a des conséquences mauvaises que le supérieur n'a pas prévues, la désobéissance n'est plus une faute. Ce n'est pas la fin qui justifie de mauvais moyens, ce sont les moyens qui cessent d'être mauvais, car on a le droit de sup­poser que c'est la volonté du supérieur d'annuler l'ordre qu'il a donné.

3eme Principe. - Une action indifférente en soi devient bonne ou mau­vaise, suivant la fin que l'on se propose. Ex. : se promener pour se délasser et mieux travailler après, ou bien pour se faire admirer.

4eme Principe. - Une action mauvaise en soi, mais non d'une manière absolue, peut devenir licite dans le cas de conflit de deux devoirs et en raison de la nécessité où l'on est de choisir entre deux actes opposés et d'accomplir celui qui est imposé par le devoir d'ordre supérieur. Ainsi la désobéissance aux parents, le meurtre, le vol, le mensonge sont des actes mauvais en soi. Nous avons pourtant le droit et même le devoir de désobéir à nos parents s'ils nous commandent des choses opposées à la loi de Dieu (No 200). De même il est permis, comme nous le verrons plus loin, de tuer un injuste agresseur (No 212), de voler dans le cas d'extrême misère (NO 229), de mentir pour ne pas trahir un secret (No 238).

5eme Principe. - Une action bonne ou indifférente qui a deux sortes d'effets, les uns bons, les autres mauvais, est licite si l'intention est bonne et que les bons effets compensent ou surpassent les mauvais. Il est permis à un prêtre, malgré le scandale, d'entrer dans une maison mal famée, s'il a des raisons graves de le faire, comme, par exemple, pour administrer un sacrement.

6eme Principe,-Une action bonne ou mauvaise par son objet et par sa fin, devient meilleure ou plus mauvaise en raison des circonstances. L'aumône faite par un pauvre est un acte plus méritoire que la même aumône faite par un riche. Il est plus mal de voler dans une église que dans une maison.
Les circonstances peuvent, elles aussi, changer totalement. la nature d'un acte : ainsi, travailler est un acte bon en soi ; travailler le dimanche est un acte mauvais ; manger de la viande est un acte indifférent ; manger de la viande le vendredi est un acte mauvais, parce que défendu par l'Église.

LA COOPÉRATION. - Si l'on considère, non plus l'action elle-même, mais la coopération, il faut distinguer entre la coopération directe et la coopération indirecte. Si la coopération est directe, elle est généralement défendue. On ne peut aider quelqu'un à tuer ou à voler- Cependant, dans ce dernier cas, il est permis d'aider un voleur, si le refus doit nous coûter la vie ; la vie est un bien plus précieux qu'on a le droit de protéger avant la fortune d'autrui.

Si la coopération est indirecte, elle n'est pas coupable, pourvu que l'acte ne soit pas intrinsèquement mauvais et qu'on ait une raison sérieuse de coopérer. Ainsi il est permis à un ouvrier imprimeur de coopérer à la publi­cation d'un mauvais livre, s'il n'a pas d'autres moyens de gagner sa vie.

(1) L'on voit par là en quoi consiste la pureté d'intention. Agir avec pureté d'inten­tion, c'est écarter de sa volonté toute intention personnelle et égoïste, c'est ne se laisser guider que par des motifs élevés, le devoir, le dévouement, l'amour de Dieu et du prochain.

162. - VII. La loi en général. Les espèces de lois.

La moralité d'un acte étant le rapport de cet acte avec la loi morale, il nous faut rechercher : - 1. ce qu'est la loi morale en général ; et - 2. quelles sont les différentes espèces de lois.


1 Notion de la loi. -La loi, considérée en général, est une règle d'ac­tion; juste et raisonnable, imposée, en vue du bien commun, aux membres d'une société par celui qui la gouverne de droit.
Il découle de cette définition que, pour obliger en conscience, la loi doit être : - 1. juste, c'est-à-dire ne rien commander de contraire à l'ordre établi par Dieu, par exemple, un acte absolument mauvais ; - 2. raisonnable, c'est-à-dire que la raison admet comme moralement pos­sible, et qui n'est pas au-dessus de nos forces, tel que le sacrifice de notre vie, sauf toutefois lorsque le salut du pays l'exige, comme en temps de guerre ; - 3. imposée en vue du bien commun : le législateur a donc le droit d'imposer des sacrifices à une classe de la société, en vue de l'in­térêt général ;- 4. La loi, pour être obligatoire, doit avoir été promul­guée, de manière à être connue de ceux à qui elle s'adresse. Ceux qui ignorent la loi peuvent être excusables devant leur conscience; mais dans le droit civil, personne, n'est censé ignorer la loi.

 

COROLLAIRES. –

 

A. Du fait que la loi morale est obligatoire, elle crée, d'un côté, le devoir, et, de l'autre, le droit: - a) le devoir, c'est-à-dire la nécessité morale (1) de faire ce que commande la loi ; - b) le droit, c'est-à-dire le pouvoir moral d'accomplir notre devoir. Ce que la loi morale, nous prescrit de faire, elle défend aux autres de l'empêcher, et, quelles que soient les inégalités qui séparent les individus les uns des autres, les plus humbles et les plus pauvres ont devant elle les mêmes droits que les puissants et les riches.

 

B. La loi morale entraîne, en outre, comme conséquences :- a) la res­ponsabilité ou l'obligation de rendre compte des actions., bonnes ou mau­vaises, qu'on a accomplies et de se soumettre à la sanction qu'elles méri­tent : récompense ou châtiment (1) ; - b) soit le mérite, c'est-à-dire l'accroissement de notre valeur morale qui nous rend dignes de la récompense, soit le démérite ou la diminution de la valeur morale qui nous rend dignes du châtiment (2).

 

2 Les espèces de lois. - Selon que l'ordre intimé par la loi morale vient de Dieu ou des hommes, la loi est: - a) divine, ou - b) humaine. La loi divine revêt une double forme. Elle est: - 1. naturelle, ou - 2. positive.

 

La loi humaine se subdivise à son tour en :- 1) loi ecclésiastique et - 2) loi civile ; la première émane de l'autorité ecclésiastique, et la seconde de l'autorité civile. Nous allons dire quelques mots de ces différentes lois.

 

(1) Par là, la loi morale diffère de la loi physique. Tandis que celle-ci est une règle nécessaire, qu'on ne peut violer, celle-là oblige mais ne contraint pas : on ne doit pas la violer, mais on le peut, parce qu'elle respecte la liberté.

163. - VIII. La loi naturelle.

 

1 Définition. - La loi naturelle est, comme son nom l'indique, celle qui découle de la nature des choses : elle commande donc ce qui est conforme à la nature et à la fin de l'homme, et elle défend tout ce qui s'y oppose. Gravée par Dieu au fond du cœur humain, elle nous est connue par les lumières de la raison ; mais il peut arriver que cette connaissance soit obscurcie et même faussée par les préjugés, les passions et la mau­vaise éducation.

 

2 Existence. - L'existence de la loi naturelle nous est attestée: - a) par le témoignage de saint Paul qui, dans sa « lettre aux Romains », parle « des prescriptions d'une loi écrite dans le cœur » et à laquelle les gen­tils obéissent (Rom., II, 14, 15) ;- b) par notre conscience, qui déclare certaines actions bonnes et d'autres mauvaises ; et - c) par le témoignage de tous les peuples, qui sont unanimes à faire la distinction entre le bien et le mal, encore qu'ils se trompent dans l'application.

 

3 Objet. - 1. A vrai dire, quelques principes seulement, généraux et universels, sont l'objet premier de la loi naturelle. Tels sont les principes suivants :« Il faut aimer le souverain bien, c'est-à-dire Dieu, » « Il faut faire le bien et éviter le mal. » « Ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu'on te fasse à toi-même. » « Vis conformément à la droite raison. » - 2. De ces principes premiers dérivent tous nos devoirs envers Dieu, envers nous-mêmes et nos semblables : culte dû au Créateur, respect des parents, défense du suicide, de l'homicide, du vol, du mensonge, bref, tous les préceptes, contenus dans le Décalogue, sauf le 3e concernant la sanctification du Sabbat, qui est une loi positive.

 

4 Sujet et Obligation. - 1. Tandis que les lois positives sont rela­tives et variables, c'est-à-dire ne s'adressent qu'à une partie de l'humanité et changent avec les époques, les pays et les circonstances, la loi naturelle est universelle, immuable et absolue. Elle s'impose à tous les hommes de tous les pays et de tous les temps et ne souffre pas de dispense. - 2. Cepen­dant il y a lieu de distinguer entre ses préceptes négatifs (ex. : ne pas tuer, ne pas voler) qui obligent à tout instant, et ses préceptes affirmatifs (ex. : adorer Dieu), qui n'obligent qu'à des moments déterminés. - 3. Comme elle ne règle pas notre conduite sur tous les points, elle a besoin d'être complétée par les lois positives : divines et humaines.

 

(2) Il y a lieu toutefois de faire la distinction entre la responsabilité morale et la responsabilité légale. Devant la loi, tout dommage causé à autrui, voulu ou non, doit être réparé. Devant la conscience, on n'est généralement responsable que de ses inten­tions, suivant la maxime courante :« L’intention fait l'action » ; en d'autres termes, le bien ou le mal qu'on a voulu faire doivent être considérés comme faits, au point de vue du mérite ou du démérite. Nous avons dit « généralement » , car une action qu'on sait mauvaise ne devient pas licite, parce qu'on l'accomplit avec une bonne intention. (Voir 2eme principe, p. 17).

(1) Le mérite ou le démérite sont naturels ou surnaturels, suivant que nos actions sont faites sans ou avec la grâce (V. Fasc. III, N° 323).

164. - IX. La loi divine positive.

Dieu ne s'est pas contenté d'inscrire la loi naturelle dans le cœur de l'homme, il lui a encore manifesté sa volonté à différentes époques de son histoire. La loi primitive, la loi mosaïque et la loi chrétienne forment, pour ainsi dire, les trois stades de la Révélation divine.

 

A. La Loi primitive. - Cette loi comprend les préceptes imposés à Adam et aux Patriarches, et transmis de génération en génération jusqu'à Moïse par tradition orale. Les préceptes les plus importants de cette loi furent : la défense faite à Adam de manger du fruit de l'arbre de la science, la loi de la circoncision imposée à Abraham et à ses descendants en signe de l'alliance de Dieu avec le peuple juif (Gen., XVII, 10) et l'obligation d'offrir des sacrifices.

 

B. La Loi mosaïque ou Loi écrite ou Loi ancienne. - La loi mosaïque, qui remplaça la loi primitive, s'appelle ainsi, parce que la partie la plus importante de cette loi, c'est-à-dire le Décalogue, a été commu­e au peuple hébreu, par l'intermédiaire de Moise. Elle s'appelle encore : - 1. loi écrite, parce que les dix préceptes du Décalogue étaient gravés sur deux tables, dites " Tables de la Loi ; et – 2 loi ancienne, par opposition à la loi chrétienne, dénommée loi nouvelle.

 

1. La loi mosaïque comprenait, en premier lieu, Ie Décalogue, qui confirmait les principaux préceptes de la loi naturelle, que les hommes pervertis, par le péché originel avaient méconnus. En voici le texte : I. «  Je suis Jéhovah ton Dieu qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte. Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face. Tu ne te prosterneras point devant les idoles et tu ne les serviras point. II. Tu ne prendras pas le nom de Jéhovah en vain. III. Souviens ­toi du jour du Sabbat pour le sanctifier. IV. Honore ton père et ta mère, afin que tes jours soient longs dans le pays que Jéhovah ton Dieu te donne. V. Tu ne tueras point. VI. Tu ne commettras point le péché d'impureté. VII. Tu ne déroberas point. VIII. Tu ne porteras point de faux témoignage contre ton prochain. IX Tu ne convoitera point la maison de ton prochain. X. Tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni rien de ce qui lui appartient. u(Exode, xx, 1, 17). Comme il est facile de le constater, les dix Commandements de Dieu se confondent à peu près avec le Décalogue. La seule différence consiste en ce que la défense relative au culte des idoles (1er précepte) a été supprimée connue inutile, que le dimanche a remplacé le Sabbat et que les deux derniers Commandements ont été transposés.

 

2. La loi mosaïque comprenait, en second lieu, des préceptes cérémoniels ou rituels qui réglaient les choses du culte, et des lois civiles qui réglaient les rapports des sujets, soit entre eux, soit avec les gouvernants. Ces deux catégories de lois s'adressaient aux Juifs et n'obligeaient qu'eux, tandis que le Décalogue, n'étant que la confirmation de la loi naturelle, s'impo­sait à tous les hommes (1). Les préceptes qui ne regardaient que les Juifs, furent abolis avec la Loi nouvelle.

 

C. La Loi chrétienne ou Loi nouvelle. - La loi chrétienne, promul­guée par les Apôtres et leurs successeurs, est ainsi appelée parce qu'elle a Jésus-Christ pour auteur.

On l'appelle encore :- 1. loi nouvelle, parce qu'elle a remplacé la loi mosaïque, dite loi ancienne ; - 2, loi évangélique, parce que son contenu se trouve surtout dans les Évangiles ; - 3. loi d'amour, parce qu'elle s'im­pose plus par l'amour que par la crainte ;- 4. loi de grâce, parce que les chrétiens reçoivent, pour l'observer, des grâces abondantes dues aux mérites du Rédempteur. La loi chrétienne comprend des préceptes concernant la foi, la morale et le culte.

 

a) LA FOI, c'est-à-dire les vérité que nous devons croire et dont les principales sont contenues dans le Symbole des Apôtres (Voir le 1er fascicule).

 

b) LA MORALE – La morale chrétienne comprend un double objet : des préceptes et des conseils. 1. Les préceptes - Ce sont ceux du Décalogue, complétés par les commandements de l’Eglise. Dans son Discours sur la montagne, Notre Seigneur, après avoir déclaré qu'il n'était pas venu pour abolir la Loi, mais pour la confirmer, promulgua de nou­veau et perfectionna la Loi ancienne (Mat., V, 17 et suiv).

Les dix Commandements du Décalogue que nous avons cités plus haut, ont été au XVIe siècle mis en vers français et ont été insérés dans les prières du matin et du soir. Les trois premiers Commandements règlent nos devoirs envers Dieu; le quatrième, nos devoirs envers la famille; les six derniers, nos devoirs envers nous-mêmes et notre prochain. 2. Les conseils. - La Loi nouvelle contient, en outre, des conseils (pauvreté, chasteté, obéissance) qui, sans imposer une obligation stricte, permettent d'arriver à, une plus haute perfection et de mériter une plus grande récompense dans le ciel (V. 18eme Leçon).

 

c) LE CULTE, c'est-à-dire les moyens (grâce, prière et sacrements) que Dieu a mis à notre disposition, tant pour nous sanctifier que pour lui rendre le culte qui lui est dû.

 

Nota. - L'ensemble des lois divines constitue ce qu'on appelle le « Droit divin ».


(1) Le troisième précepte qui impose la sanctification du Sabbat, étant une loi positive, comme nous l'avons déjà dit, faisait exception à cette régie générale.

 

165. - X. Les lois ecclésiastiques.

 

Quoique parfaite et définitive, la Loi nouvelle ne pouvait traverser tous les siècles sans s'adapter aux temps, aux lieux et aux circonstances. C'est pourquoi Jésus-Christ confia à son Église, comme nous l'avons vu (No 134, Fasc. I), le pouvoir de faire des lois.


A. Le législateur. Le Souverain Pontife, soit seul, soit de concert avec les Évêques réunis en Concile, peut faire des lois pour toute l'Eglise. L'Evêque ne peut en faire que pour son diocèse. Les lois faites pour toute l'Eglise ou lois générales se trouvent dans un recueil appelé le Code du .Droit canonique, qui fut promulgué par Benoît XV, en 1917, et eut force de loi en 1918 : il contient 2414 canons ou lois. - Les lois spéciales à un diocèse, ou lois particulières, se trouvent dans un recueil, appelé Statuts diocésains.

Quel que soit le législateur, il arrive souvent que la loi a besoin d'être expliquée et interprétée. L'interprétation, qui a pour but de préciser dans quelle mesure la loi est obligatoire, est faite soit par le législateur lui-même (interprétation authentique), soit par des  moralistes (interprétation doctrinale), qui expliquent la loi d'après les règles reçues. La coutume peut  également servir d'interprétation à la loi (interprétation usuelle).


B. Objet. - Les lois ecclésiastiques ayant pour but de procurer le bien spirituel et le salut des fidèles, leur objet comprend :- 1. tout ce qui est du domaine spirituel et concerne la sanctification des âmes : culte, discipline, peines canoniques ; - 2. tout ce qui est du domaine mixte (ex. : dans les questions de l'école) et même ce qui est du domaine temporel, lorsque celui-ci a des rapports avec la morale chrétienne (ex. : contrats).


C. Sujet et Obligation.

Can. 12. Ne sont pas tenus par les lois purement ecclésiastiques ceux qui ne sont pas baptisés; les baptisés qui ne jouissent pas suffisamment de l'usage de la raison ; ceux qui, bien qu'ayant l'usage de la raison, n'ont pas encore sept ans, à moins que le contraire ne soit expressément statué par le droit (1).

Can. 13. -§ 1. Les lois générales obligent partout ceux à qui elles s'appliquent. § 2. Les lois particulières à un territoire obligent ceux à qui elles s'adressent et qui ont là un domicile ou un quasi-domicile et y demeurent en fait, en observant le canon 14.

Can. 14. - § 1. Les voyageurs ne sont pas tenus :- 1 par les lois particulières de leur territoire, lorsqu'ils en sont éloignés, à moins que la transgression de ces lois ne cause un préjudice dans leur propre diocèse ou que ces lois ne soient personnelles ; - 2- ni par les lois du territoire où ils se trouvent, sauf par celles qui sont portées en faveur de l'ordre public; - 3- mais ils sont tenus par les lois générales, même si elles ne sont pas en vigueur dans leur territoire ; ils n'y sont pas tenus au contraire si elles n'obligent pas dans l'endroit où ils se trouvent. § 2. Les vagabonds (ceux qui n'ont pas de domicile) sont tenus tant par les lois générales que par les lois particulières qui sont en vigueur dans le lieu où ils se trou­vent.

L'obligation créée par la loi, est d'autant plus rigoureuse : a) que la matière est grave, - b) que le législateur a eu l'intention d'imposer un commandement grave, et - e) qu'il a porté contre les délinquants des peines graves, comme l'excommunication.


D. Cessation de la loi. - Il peut arriver que :- a) la loi n'oblige pas sans cesser d'exister, ou - b) qu'elle soit supprimée.

 

Dans le premier cas, l'obligation d'une loi cesse de deux façons : 1. par impuissance physique ou morale : à l'impossible nul n'est tenu ; - 2. par dispense (2). Celle-ci est accordée par le législateur lui-même ou son successeur ou par une personne déléguée qui a reçu, du législateur ou de l'usage, le pouvoir de dispenser.


Dans le second cas, la loi est supprimée. - 1. par abrogation; - 2. par la cessation de la fin pour laquelle la loi était établie ; - 3. par la désué­tude. On dit qu'une loi est tombée en désuétude lorsque, pendant un cer­tain laps de temps, elle a cessé d'être appliquée ou qu'elle a été rem­placée par une coutume contraire. Pour qu'une coutume abroge une loi, il faut qu'elle soit suivie pendant un certain temps par la majorité des fidèles, qu'elle ne soit pas contraire au droit divin et qu'elle soit approuvée, d'une façon expresse ou tacite, par le législateur.

 

Nota. - L'ensemble des lois ecclésiastiques constitue ce qu'en appelle le « Droit ecclésiastique ».

 

(1) Le législateur, étant au-dessus de la loi, n'est tenu à, s'y soumettre que par conve­nance.

(2) Comme la dispense est un acte de juridiction et qu'elle peut être exercée en dehors du territoire, l'évêque, le curé ou les délégués peuvent; dispenser leurs fidèles en dehors de leur territoire. Celui qui a le pouvoir de dispenser les autres a très probablement celui de se dispenser lui-même. Les raisons générales qui peuvent motiver une dispense sont : - a) la grande difficulté d'observer la loi ;- b) la piété des fidèles qui requièrent la dispense ;- c) les aumônes en faveur des bonnes oeuvres.

166. - XI. Les lois civiles.

A. Législateur. = L'auteur de la loi civile c'est celui qui détient l'au­torité dans la société (roi dans une monarchie, assemblée des nobles dans une aristocratie, assemblée législative dans une démocratie).

B. Objet. - Les lois civiles, étant faites dans l'intérêt de la société, ont pour but tout ce qui contribue au bien publie. Leur domaine est donc très étendu. Il embrasse : - a) les biens du corps, les affaires matérielles (lois qui favorisent l'agriculture, l'industrie et le commerce ; lois qui règlent les contrats, l'acquisition et la transmission des richesse.-) ;- b) les biens de l'esprit (littérature, sciences et arts) ; et - c) les biens de la société prise dans son ensemble et considérée au point de vue de la solidarité de tous ses membres (lois d'assistance publique, orphelinats, hospices, hôpi­taux, secours aux vieillards, etc. ).

Bien que les lois civiles émanent de la volonté du législateur, il ne faut pas croire qu'elles soient laissées à son caprice. Elles n'ont, au contraire, de valeur qu'autant qu'elles prennent la loi naturelle comme base et qu'elles ne sont pas en opposition avec ses principes. Elles ne doivent donc jamais être arbitraires.

Il suit de là que l'État est indépendant dans les matières purement civiles, de même que l'Église est indépendante dans les matières purement religieuses. Au contraire, dans les matières mixtes qui comportent un double terrain, comme par exemple la question des lois scolaires, il doit y avoir accord entre les deux Pouvoirs, et l'un ne doit pas aller contre les légitimes exigences de l'autre. Il est certain, en effet, que les parents ont le droit d'élever leurs enfants selon leur foi et leurs principes religieux. L'État a donc le choix entre deux alternatives : ou bien laisser aux parents la liberté d'enseignement, ou s'il se substitue à eux et revendique le monopole, il doit offrir les mêmes garanties et assurer l'instruction religieuse.

 

C. Sujet et Obligation. - Les lois civiles obligent en conscience tous les sujets d'un pays (1), du moment qu'elles ne sont pas manifestement injustes. Il faut cependant faire une distinction entre les lois préceptives et prohibitives, c'est-à-dire celles qui commandent ou défendent un acte et les lois purement pénales (ex. : lois contre les fraudeurs). Les premières obligent avant la sentence du juge ; les secondes n'obligent qu'après la sentence.

 

Nota. - L'ensemble des lois d'un État constitue ce qu'on appelle le « Droit civil ». Au droit civil, propre à chaque pays, il faut rattacher le Droit international ou Droit des gens, contenant l'ensemble des lois qui règlent les rapports des nations entre elles (ex. : traités de commerce, pro­tection des biens de leurs nationaux, etc. ).

Conclusion pratique.

 

1 Soyons fiers de notre Morale chrétienne et étudions-on bien les prin­cipes peur être à même de répondre aux attaques des adversaires.

 

2 Récitons tous les jours les Commandements, en remerciant Dieu de nous avoir fait connaître mes devoirs d'une façon si précise.

 

3 Écoutons la parole du Psalmiste et gravons-la dans nos cœurs : « Bienheureux l'homme qui craint le Seigneur et qui se complaît dans ses commandements. » (Psaume 127).

 

(1) Les étrangers sont soumis aux lois relatives au bon ordre et aux biens qu'ils possèdent dans les pays dont ils ne sont pas citoyens.

 

LECTURES. - 1 Les Commandements de Dieu donnés sur le Sinaï. (Exode, XX et suivants).

2 Jésus-Christ promet la vie éternelle à ceux qui gardent les commandements. (Mat., XIX, 16, 17).

 

QUESTIONNAIRE.

I. 1 Qu'est-ce que la morale chrétienne ? 2 Quel est son objet ? 3 Quel est son but ? 4 Est-il nécessaire d'étudier la Morale pour prati­quer la vertu ? 5 Comment divise-t-on la Morale ?

II. 1 Qu'est-ce que le Devoir ? 2 Quelles en sont les espèces ? 3 Quel est le fondement du devoir ?

III. 1 Qu'entendez-vous par Morale indépendante ? 2 Quelle différence y a-t-il entre la Morale du plaisir et la Morale de l'intérêt ? 3 Qu'est-ce que la Morale al­truiste ? 4 Qu'est-ce que la Morale évolutionniste ? 5 Qu'est-ce que la Morale sociologique ? 6 La Morale rationnelle ? 7 En quoi ces différents systèmes de Morale sont-ils faux ou incomplets ? 8 Comment la Morale chrétienne les complète ­t-elle ? 9 Quel reproche fait-on à la Morale chrétienne ?

IV. 1 Qu'entend-on par acte humain ? 2 Quelles sont les conditions requises pour la moralité de l'acte humain ?

V. 1 Quelles sont les causes qui influent sur la responsabilité ? 2 Quelles sont les conséquences de l'ignorance et de l'erreur ? 3 Quelles sont les causes qui influent spécialement sur la volonté ? 4 Quelles sont les principales maladies du corps et de l'âme qui gênent le libre arbitre ?

VI. 1 De quoi dépend la moralité de l'acte humain ? 2 Énoncez les principes essentiels qui peuvent servir à déterminer la valeur morale de l'acte humain. 3 Qu'est-­ce que la coopération ?

VII. 1 Comment peut-on définir la loi en général ? 2 Quelle différence y a-t-il entre la loi physique et la loi morale ? 3 Quelles sont les conséquences de l'existence de la loi morale ? 4 Quelles sont les espèces de lois ?

VIII. 1 Qu'est-ce que la loi naturelle ? 2 Comment prouve-t-on son existence ? 3 Quel est son objet ? 4 Quel en est le sujet ? 5 Quelle obligation impose-t-elle ?

IX. 1 Qu'entendez-vous par la loi divine positive ? 2 Quelles sont les trois époques où Dieu révéla plus spécialement sa volonté ? 3 Tous les préceptes de la loi mosaïque ont-ils été supprimés parla loi chrétienne ? 4 La loi chrétienne comprend-­elle seulement des préceptes ?

X. 1 Qu'est-ce que les lois ecclésiastiques ? 2 Quel en est le législateur ? 3 Qu'est-­ce que les lois générales ? 4 Où sont-elles contenues ? 5 Qu'est-ce que les lois par­ticulières ? 6 Où sont-elles contenues ? 7 A qui revient-il de les interpréter ? 8 Quel est leur objet ? 9 Quel en est le sujet ? 10 Quelle obligation imposent­-elles ? 11 Comment la loi ecclésiastique cesse-t-elle d'obliger ou d'exister ?

XI. 1 Qu'est-ce que les lois civiles ? 2 Quel en est le législateur ? 3 Quel est leur objet ? 4 Leur sujet ? 5 Quelle obligation imposent-elles ? 6 Qu'est-ce que le droit international ?

DEVOIRS ÉCRITS. - 1 Le bien est-il conçu de la même façon par tous les systèmes de Morale ?

2 Exposer des différents systèmes de la Morale indépendante. 3 Montrer par le spectacle du monde qu'il n'y a pas toujours accord entre l'utilité et ce qu'on appelle la vertu, et que la morale utilitaire est une morale du moindre effort. 4 Quels sont les rapports de la Morale chrétienne avec le dogme ?

 

2eme LEÇON

 

1er COMMANDEMENT DE DIEU

« Un seul Dieu tu adoreras, Et aimeras parfaitement »

 

Nos Devoirs envers Dieu. La Vertu de Religion.

Le Culte de Dieu – Les Cultes secondaires

 

Vertu de Religion

1° Définition

2° Objet

a)       Culte de latrie

b)       Culte d’Hyperdulie et de dulie

c)       Culte relatif

1° Objet du Culte – Culte de Latrie

a)       Définition

b)       Manifestation

1.       Adoration

2.       Action de Grâces

3.       Prière

4.       Amende honorable

c)       Qualité

1.       Intérieur

2.       Extérieur

3.       Privé

4.       Public

d)       Objet

1.       Dieu seul

2.       JC parce que personne Divine

2° Objet du Culte – Hyperdulie et dulie

a)       Culte de la Sainte Vierge

b)       Culte des Anges, des Saints et des Bienheureux

c)       Manière de rendre ces cultes

3° Objet du Culte – Culte relatif

a)       Reliques

1.       Définition

2.       Espèces

3.       Légitimité du Culte

b)       Croix : Vraie croix et autres croix.

c)       Images

1.       Définition

2.       Légitimité du Culte

 
167. - Mots.

Adorer (du latin («  ad », « orares », s'a­dresser à quelqu'un, le prier). - a) Dans un sens large, l'adoration c'est l'acte par lequel nous reconnaissons l'excellence de quelqu'un et nous lui exprimons notre soumission. Il faut entendre dans ce sens ce qu'on appelle « l'adoration du pape », c'est-à-dire l'hommage de res­pect et de soumission que les cardinaux offrent à un pape nouvellement élu. – b) Dans le sens strict, - comme il est employé dans cette leçon, - le mot adorer désigne l'acte de culte par lequel nous reconnaissons Dieu comme notre Créa­teur et Maître, et nous proclamons, par le fait, notre dépendance.

Honorer. Manifester du respect, de l'estime pour quelqu'un, à cause de ses qualités, de ses mérites.

Révérer. Témoigner de la déférence et du respect pour ce qui a un caractère de sainteté.

On n'adore que Dieu. On honore la Sainte Vierge, les Anges et les Saints. On révère les reliques des Saints.

Culte (du latin «  caltas », « culus », honorer). Acte religieux par lequel nous rendons nos hommages soit à Dieu, soit à certaines créatures.

Culte de latrie (du grec «  latreia », adoration). Le culte qui s'adresse à Dieu s'appelle culte de latrie ou d'adoration, les deux mots ayant la même significa­tion, comme on peut le voir par l'éty­mologie.

Culte de dulie (du grec « douleia », ser­vitude). Ce culte est celui que nous ren­dons aux créatures. aux serviteurs de Dieu : Anges ou Saints. Culte d'hyperdulie (grec « caper », au­-dessus, « douleia »). Culte supérieur à celui des Anges et des Saints, mais inférieur à celui de latrie. C'est le nom qu'on donne au culte de la Sainte Vierge.


DÉVELOPPEMENT

 

168 - I. Le premier Commandement de Dieu. La vertu de religion.

 

1. Devoirs imposés par le premier commandement de Dieu «Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face. Tu ne te prosterneras point devant les idoles », tel est le premier précepte du Décalogue. Cette formule négative a été traduite, dans 1er Commande­ment, par une formule positive: « Un seul Dieu tu adoreras et aimeras parfaitement. » Le 1er Commandement renferme donc deux devoirs.: - adoration et- b) l'amour de Dieu. Nous nous acquittons du premier devoir par la vertu de religion.

Le second devoir, l'amour de Dieu ou la charité, en implique deux autres : la foi et l'espérance. Il est clair, en effet, que nous ne pouvons aimer quelqu'un qu'autant que nous croyons on lui et que nous espérons en sa bonté. D'où il suit que ce second devoir commande la pratique des trois vertus théologales la Foi, l'Espérance et la Charité. Nous avons rattaché ces trois leçons à la question des Vertus (voir Leçons 15, 16 et 17).

Dans cette leçon il ne sera question que de la vertu de religion.

 

2 La Vertu de religion.

 

A. DÉFINITION -La vertu de religion est une vertu surnaturelle qui nous porte à rendre à Dieu et à certaines de ses créatures le culte qui leur est dû. C'est une vertu morale et non théologale, car elle n'a pas Dieu pour objet immédiat, mais le culte que nous lui rendons.

 

B. OBJET. - La vertu de religion a un triple objet: - 1. L'objet principal c'est le culte de Dieu et de l'Homme-Dieu : nous leur rendons le culte suprême, appelé culte d'adoration ou de latrie (voir Vocabulaire). - 2. L'objet secondaire, c'est le culte de certaines créatures : la Sainte Vierge, les Anges et les Saints, qui participent à la gloire de Dieu dans le ciel et ont droit, par le fait, à notre respect et à notre vénération. Le culte que nous leur rendons comme à des serviteurs de Dieu, s'appelle culte d'hyperdulie (Vocabulaire) pour la Sainte Vierge et culte de dulie pour les Anges et les Saints. - 3. Le troisième objet de notre culte, c'est tout ce qui nous rappelle le souvenir de Dieu, de l'Homme-Dieu et des serviteurs de Dieu ; à savoir : les croix, les reliques et les images. Le culte que nous rendons à ces objets est un culte tout à fait relatif, c'est-à-dire qu'il ne s'adresse pas tant aux objets en question qu'aux personnes qu'ils représentent.

 

169. - II. Le 1er Objet du culte : Le culte d'adoration ou de latrie.

 

Le culte, considéré en général, est une marque de soumission vis-à-vis d'une personne dont nous reconnaissons l'excellence et la supériorité. C'est ainsi que les vieillards et les supérieurs nous inspirent le respect, que les génies et les héros qui nous dépassent par leur science, par leur valeur personnelle, commandent l'admiration, qui est déjà un degré en plus. Quand il nous arrive parfois de dire que nous avons un culte pour telle personne que nous estimons et vénérons, l'expression n'est donc pas impropre, entendue dans ce sens. L'enfant, par exemple, a un culte pour ses parents ; le soldat a un culte pour le drapeau qui représente la patrie : tous, nous nous inclinons devant ce qui est noble et grand.

Au-dessus des génies, au-dessus de la famille et de la patrie, il y a quel­qu'un « à qui seul appartient la gloire, la majesté et l'indépendance », quelqu'un, qui est au haut de l'échelle : c'est Dieu. Nous lui devons donc un culte suprême. Ce culte suprême s'appelle le culte d'adoration ou de latrie.

Le culte de latrie, c'est donc le culte par lequel nous rendons nos hommages à Dieu et le reconnaissons connue notre Créateur et Maître.

 

170. - III. Manifestations du culte de latrie.

 

Le culte de latrie peut être rendu par quatre actes différents : l'adoration, l'action de grâces, la prière et, dans le cas de péché, l'amende honorable.

 

1 L'adoration. - L'adoration, c'est l'acte par lequel nous procla­mons le souverain domaine de Dieu sur toutes choses et notre dépendance absolue. Dieu est, en effet, celui de qui nous tenons tout : « Que nous vivions ou que nous mourions, nous appartenons à Dieu », dit saint Paul. (Rom., XIV, 8). Ce sentiment intime que l'homme a de sa dépendance, est exprimé, d'une certaine façon, par des gestes, tels que la génuflexion et la prostration, par des attitudes qui marquent la bassesse, l'humilité et le respect : ainsi, l'homme se met à genoux pour prier. Mais l'acte essen­tiel de l'adoration, c'est le sacrifice, qui consiste à immoler une victime (sacrifice proprement dit), ou à nous dépouiller d'un bien auquel nous attachons un grand prix (sacrifice improprement dit), dans le but de pro­clamer que Dieu est tout, et que nous n'avons rien qui ne lui appartienne (1). C'est ainsi que toutes les religions de l'antiquité l'ont compris, puisque toutes ont mis le sacrifice au centre de leur vie religieuse.

 

2 L'action de grâces. - Dieu n'est pas seulement notre Maître, il est encore notre bienfaiteur. Nous devons donc lui exprimer toute notre reconnaissance.

 

3 La prière. - La prière c'est l'acte par lequel nous supplions Dieu de nous accorder de nouveaux bienfaits : ce qui est une manière de pro­clamer son souverain domaine sur nous.

 

4 L'amende honorable. - Que de fois l'homme est ingrat vis-à-vis de son bienfaiteur et l'offense par le péché ! Il doit désavouer ses fautes, et, en se frappant la poitrine, implorer le pardon.


(1) Les théologiens distinguent :-- a) le sacrifice intérieur par lequel notre âme S'offre à Dieu, en faisant des actes de foi, de charité, de dévotion, de prières, etc., et - b) le sacrifice extérieur qui consiste à offrir à Dieu ou notre corps ou nos biens. Le martyre est certainement le plus grand sacrifice que nous puissions faire ; puis viennent la conti­nence, l'abstinence, les mortifications, quelles qu'elles soient, la pauvreté volontaire, etc.

 

171. -IV. Les qualités du Culte de latrie.

 

Le culte que nous rendons à Dieu peut être : 10 intérieur, 20 extérieur, 30 privé, 40 public. Tous les quatre sont obligatoires : la proposition est de foi.


1 Le culte intérieur. - Il consiste dans les sentiments de foi, d'amour, d'adoration, etc., que notre âme éprouve pour Dieu. « L'heure approche et elle est déjà venue, disait Notre Seigneur à la Samaritaine, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. » (Jean, IV, 23). Par ces paroles, le Christ n'entendait pas supprimer le culte exté­rieur ; mais, sachant que les Juifs avaient une tendance à en exagérer l'importance, il voulait leur enseigner que les démonstrations extérieures seraient de peu de prix, si elles n'étaient pas l'écho fidèle des sentiments qui sont en nos âmes. Donc, point de vaines formules, ni d'hypocrisie ! Il ne sied pas de se frapper la poitrine si le cœur n'est pas contrit. Les hommages que nous rendons à Dieu ne doivent pas ressembler à tant de formules de politesse si peu sincères qu'on débite dans le monde. Il faut que le culte soit vrai et exprime bien les sentiments de notre âme ; autrement, on pourrait nous adresser le même reproche qu'aux Juifs et aux Pharisiens : « Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. » (Isaïe, XXIX, 13 ; Mat., XV, 8).


2 Le culte extérieur. - Ce culte est la manifestation, par des signes sensibles, de nos sentiments intérieurs envers Dieu. Le culte intérieur ne suffit pas. Si l'homme a une âme, il a aussi un corps ; l'un comme l'autre sont soumis au devoir de l'adoration. Il est donc indispensable d'expri­mer la soumission de tout notre être par des actes extérieurs où notre corps joue le rôle principal : par exemple, la prière vocale, la génuflexion, l'inclination de la tête, le prosternement du corps, tous actes que l'Église a réglementés par des prescriptions qui font l'objet de la Liturgie.

Outre qu'il est un devoir, le culte extérieur est encore un moyen. Il sort : - a) à traduire les sentiments intimes de l'âme, qui ont besoin de s'épa­nouir à l'extérieur, et - b) par réciproque, il doit aviver et réchauffer le culte intérieur et en devenir comme le stimulant.

 

3 Le culte privé. - Ce culte est celui qui est exercé par un individu en son nom propre; qu'il soit rendu en public ou dans le privé, il ne tra­duit que les seuls sentiments de son âme.

 

4 Le culte public. - C'est celui qui exprime les sentiments d'une société. Les sociétés ont, comme les individus, leurs obligations vis-à-vis de Dieu ; elles lui doivent donc un culte public. Ce dernier s'exerce par des représentants qui accomplissent des actes religieux au nom de leurs frères, et non pas simplement en leur propre nom, comme dans le culte privé. La condition essentielle du culte public, ce n'est donc pas qu'il soit accompli en public, mais qu'il soit exercé par un représentant officiel de l'Église, au nom d'une portion de la société (paroisse, communauté) ou de la société tout entière, pour reconnaître les droits de Dieu sur cette société et le remercier de ses bienfaits ou implorer son pardon : par exemple, le bréviaire que le prêtre récite chez lui au nom de la société, est un acte de culte public.

Les principales manifestations du culte public sont : l'assistance à la messe, aux offices, aux processions.

 

172. - V. Devons-nous adorer Jésus – Christ ?

 

Le culte d'adoration ou de latrie est dû à Dieu seul. Jésus-Christ, en tant qu'Homme-Dieu, a-t-il droit à notre adoration ? telle est la question qui se pose.

Sans doute, s'il était possible de faire abstraction de sa divinité et de le considérer dans son humanité seulement, Notre-Seigneur n'aurait pas droit au culte d'adoration. Mais la chose n'est possible qu'en imagination, puisque les deux natures du Christ aboutissent à une seule et même per­sonne, la personne du Verbe incarné. Or, comme le culte est toujours rendu à la personne, et non à la nature, il s'ensuit, comme nous l'avons déjà vu à propos du culte du Sacré-Coeur (1er fascicule, No 85), que son corps et son âme sont adorables au même titre que sa divinité, puisqu'ils sont le corps et l'âme de la seconde Personne de la Sainte Trinité : «  Il faut honorer le Fils comme on honore le Père. » (Jean, v, 23).

 

173. - VI. Le 2e Objet du culte : La Sainte Vierge. Les Anges et les Saints.

 

1 Le culte de la Sainte Vierge. - Nous n'adorons pas la Sainte Vierge, vu qu'elle est une créature ; nous l'honorons (Vocabulaire) et la vénérons seulement. En raison de son éminente dignité de Mère de Dieu, de ses insignes privilèges et à cause de son double titre de corédemptrice et de médiatrice universelle (No 87), nous lui rendons un culte supérieur à celui des Anges et des Saints, qu'on appelle pour cela culte d'hyperdulie (Vocabulaire). Que ce culte soit légitime, on l'a vu Fasc. I, No 88.

 

2 Le culte des Anges et des Saints. - Nous honorons et vénérons les Anges et les Saints comme les amis et les serviteurs de Dieu, et comme nos protecteurs et nos modèles : ce culte, inférieur à celui de la Sainte Vierge, s'appelle culte de dulie (Vocabulaire).

Ont droit au culte public de dulie :- 1. tous les anges, et spécialement, les plus connus, saint Michel, saint Gabriel, saint Raphaël et notre ange gardien ; - 2 tous les saints canonisés (1). Si tous ont droit à un culte public, il en est qui méritent un culte spécial, soit à cause de leur dignité, comme saint Joseph, saint Jean-Baptiste, saint Pierre et saint Paul, soit à cause de circonstances particulières, comme le patron (2) de notre pays, de notre diocèse, de notre paroisse, et certains saints qui ont reçu de Dieu le privilège de nous obtenir telle ou telle faveur. - 3. Quant aux bienheu­reux, ils n'ont droit au culte public « que dans les lieux où le Saint-Siège le permet et de la manière qu'il l'a concédé » (can. 1277).

 

3 Manière de rendre les cultes d'hyperdulie et de dulie. - a) Pour rendre convenablement le culte qui est dû à la Sainte Vierge, nous devons célébrer pieusement toutes les fêtes établies en son honneur et faire un fréquent appel à son grand crédit auprès de Dieu (3). - b) Nous honorons les Saints en portant leurs noms avec respect, en assis­tant aux sermons et aux offices en leur honneur, mais le meilleur culte que nous puissions leur rendre, c'est d'imiter leurs vertus.

 

(1) Canonisation. - La canonisation est la déclaration solennelle par laquelle le Pape décrète qu'un bienheureux est inscrit au canon ou catalogue des saints et doit être honoré par l'Église d'un culte public.

Telle qu'elle est pratiquée de nos jours, elle est toujours précédée de la déclaration de vénérabilité et de la béatification et implique une longue procédure (Voir notre Manuel d'Apologétique, 391n ou notre Abrégé de la Doctrine chrétienne No 218n),

(2) - Les Saints peuvent être choisis et, après confirmation du Saint-Siège, pris comme patrons par les nations, les diocèses, les provinces, les confréries, les familles religieuses et autres lieux et personnes morales. Les bienheureux ne peuvent être pris pour patrons qu'avec un Induit spécial du Saint-Siège » (Can. 1278).

Ceux dont l'Église entreprend le procès de béatification et qu'elle nomme vénérables, ne peuvent être l'objet d'un culte public ; mais les fidèles ont le droit de les invoquer et de les honorer en leur particulier.

(3) Quand on dit la messe en l'honneur de la Sainte Vierge ou des saints, le saint Sacrifice est toujours offert à Dieu ; mais nous prions la Sainte Auge et les saints de nous aider par leurs prières à obtenir les grâces que nous sollicitons. Les protestants ont supprimé ces différents cultes.

 

174. - VII. Le troisième objet du culte. Le Culte des Reliques.

 

L'Église rend aux reliques des saints, aux croix et aux images saintes un culte qui s'appelle culte relatif, par opposition au culte absolu. Tandis que le culte absolu s'adresse directement à la personne qu'on veut honorer, le culte relatif ne s'adresse qu'aux objets qui en rappellent le souvenir Nous parlerons du culte des reliques dans ce paragraphe et du culte des croix et des images dans le paragraphe suivant.


1 Définition. - On entend par reliques (lat. reliquioe, restes) ce qui nous reste d’un Saint : ses ossements, les vêtements qui ont servi à son usage et les instruments de son supplice lorsqu'il s'agit d'un martyr.

 

2 Espèces. - On distingue les reliques insignes et les, reliques non insignes. « Les reliques insignes sont : le corps, la tête, le bras, l'avant ­bras, le coeur, la langue, la main, la jambe ou la partie du corps où le martyr a souffert, pourvu que celle-ci soit entière et assez grande » (can. 1281, § 2). Les reliques non insignes sont de petites parties du corps comme celles, par exemple, qu'on enferme dans de petits médaillons.

« Seules peuvent être honorées d'un culte public. les reliques authen­tiquées (c'est-à-dire reconnues pour vraies) par l'autorité compétente » (can. 1283, § 1). Il est défendu, du reste, « d'agiter la question de l'authen­ticité des reliques, surtout dans les sermons, les livres, les feuilles ou commentaires destinés à favoriser la piété... » (can. 1286).

 

3 Légitimité du culte. - Le culte des reliques est légitime. Cette vérité de foi s'appuie sur la Sainte Écriture, la Tradition et la raison.

 

A. SAINTE ÉCRITURE. - Les auteurs sacrés nous rapportent plu­sieurs miracles opérés par les reliques des saints. Ainsi, dans l'Ancien Testament, il est raconté que le simple contact des os d'Élisée ressuscita un homme mort (IV Rois, XIII, 21). - Dans le Nouveau Testament, nous lisons dans les Actes que des malades furent guéris de leurs maladies et délivrés des esprits mauvais rien qu'en touchant des linges ayant appar­tenu à saint Paul (Actes, XIX, 12).

 

B. TRADITION. - 1. Le culte des reliques remonte à la plus haute antiquité. Dès le IIe siècle, les premiers chrétiens recueillirent les restes de Saint IGNACE D'ANTIOCHE, de Saint POLYCARPE et autres martyrs pour les vénérer. Saint AMBROISE et Saint AUGUSTIN parlent de nombreux miracles opérés sur les tombeaux de Saint ÉTIENNE, de Saint GERVAIS et de Saint FELIX DE NOLE. - 2. Le concile de Trente a condamné les Protestants qui regardaient le culte des reliques comme superstitieux ; il a déclaré que les fidèles devaient «vénérer les corps des martyrs et des autres saints qui vivent avec Jésus-Christ, parce que ces corps ont été les membres vivants du Christ et les temples du Saint-Esprit, parce qu'ils doivent ressusciter glorieux pour la vie éternelle et que par eux Dieu accorde beaucoup de bienfaits aux hommes » (Sess. XXV).

 

C. RAISON. - Tout homme est porté par un sentiment naturel à conserver pieusement et à entourer de respect les restes de ceux qu'il a aimés ou admirés : parents, amis, hommes illustres. Il est donc juste que nous vénérions les restes des saints qui ont illustré l'Église par leurs vertus héroïques (1).

 

4 Manière de rendre le culte aux reliques. - L'Église honore les reliques par différents actes extérieurs, par exemple, en les portant en procession, en les encensant dans les offices publics, en les exposant par­fois à la vénération des fidèles et en célébrant tous les ans une fête en leur honneur.

 

(1) Il convient de remarquer que, si les restes n'étaient pas ceux du saint qu'on veut vénérer, il n'y aurait pas pour cela idolâtrie, vu que les hommages ne doivent pas s'ar­rêter aux reliques, mais aller au saint qui est l'objet de notre culte.

 

175. - VIII, Le Culte des Croix et des Images.

 

1 Croix. - Il faut distinguer entre la vraie Croix, qui a porté Notre­-Seigneur et qu'il a arrosée de son sang, et les autres croix, en bois ou en métal, qui ont été faites sur le modèle de la vraie Croix. La première est une véritable relique, et elle a droit à un culte relatif d'adoration. Les secondes n'ont pas évidemment le même prix ; mais elles méritent cepen­dant notre respect et notre vénération parce qu'elles sont des signes qui nous rappellent le Sauveur.

 

2 Images.

 

A. Il faut entendre par images religieuses les sculptures, les peintures, les gravures, les statues qui nous représentent le Christ, la Sainte Vierge et les Saints.

 

B. LE CULTE DES IMAGES EST LÉGITIME. - Cette vérité de foi s'appuie sur la Sainte Écriture, la Tradition et la raison.

 

a) SAINTE ÉCRITURE. - A vrai dire, dans l'Ancien Testament, le culte des images ne fut pas en grande faveur. Les Juifs étant trop enclins à l'idolâtrie, Dieu leur avait défendu de faire des images, de peur qu'ils ne fussent tentés de les adorer comme des idoles (Exode, XX, 4 ; Lév., XXVI, 1). Mais la défense n'était pas absolue, car il commanda à Moïse de placer deux chérubins d'or de chaque côté de l'arche d'alliance (Ex., XXV, 18) et d'élever sur un poteau un serpent d'airain (symbole du Christ sur sa croix), qu'il suffisait de regarder avec foi pour être guéri si l'on était mordu par un serpent (Ex., XXI, 8, 9).

 

b) TRADITION. -1. Le culte des images fut pratiqué, dès l'origine du christianisme, comme le prouvent les nombreuses images de Notre-Seigneur, de la Sainte Vierge et des martyrs, peintes sur les murs des catacombes. - 2. Le Ile concile de Nicée (787) condamna les empereurs d'Orient qui faisaient briser les statues et badigeonner les images et que, pour cette raison, on appela iconoclastes ou briseurs d'images (V. notre Hist. de l'Église, No 115). - 3. Le concile de Trente (1563) définit la légitimité du culte contre les Protestants, qui traitaient le culte d'erroné et d'idolâtrique et détruisaient les oeuvres d'art.

 

c) RAISON. - 1. Le culte des images est conforme à notre nature. Ne gardons-nous pas, avec un pieux souvenir, les portraits de ceux que nous avons aimés ? Pourquoi nous serait-il interdit de vénérer les images qui nous rappellent notre Sauveur, la Vierge et les Saints ? - 2. Les images qui ornent nos églises (sculptures, tableaux, fresques, vitraux) sont comme le livre des ignorants, dans lequel ils peuvent s'instruire des mystères et de l'histoire de notre religion, à condition évidemment qu'elles aient tout ce qu'il faut pour être des images religieuses. C'est pourquoi « il est défendu de placer dans les églises des images insolites, qui ne sont pas conformes à l'usage approuvé par l'Église, ou des images manquant de décence » (can.1279).

 

Conclusion pratique.

 

1 « Je vous adore, ô mon Dieu, avec la soumission due à votre souve­raine grandeur ; je crois en vous, parce que vous êtes la vérité même ; j'espère en vous, parce que vous êtes infiniment bon ; je vous aime de tout mon cœur, parce que vous êtes souverainement aimable et j'aime le pro­chain comme moi-même pour l'amour de vous. » Cette formule de prière, si nous la récitons attentivement et du fond de notre cœur, sera l'expres­sion parfaite des sentiments que nous devons avoir vis-à-vis de notre Créateur.

 

2 Rendons aussi à la Sainte Vierge, aux Anges et aux Saints le culte qui leur revient. Qu'il y ait toujours à notre foyer le crucifix, pour nous donner un enseignement et un modèle, et l'image de la Vierge pour nous prêcher la confiance et la vertu. Ne séparons pas dans notre dévotion la Mère du Fils; c'est par Marie que l'on va à Jésus et qu'on est le plus sûr d'obtenir les grâces dont on a besoin.

 

LECTURES. - 1- L'adoration ne doit être rendue qu'à Dieu. Saint Paul et saint Barnabé refusent les adorations des païens. (Act., XIV). 2 Culte des saints. La gloire qui leur vient de Dieu. (Ps., CXLIX).

 

QUESTIONNAIRE.

I. 1 Quel est l'objet du 1er Commandement de Dieu ? 2 Quels devoirs nous impose-t-il ? 3 Qu'est-ce que la vertu de religion ? 4 Quel -st son triple objet ?

II. Qu'est-ce que le culte en général ? 21 Qu'est-ce que le culte de latrie ?

Ill. 1 Quels sont les quatre actes par lesquels nous rendons le culte de latrie ?

IV. 1 Quelles sont les qualités du culte de Dieu ? 2 Pourquoi rendons-nous à Dieu un culte intérieur ? 3 Serait-il suffisant sans le culte extérieur ? 4 Qu'est-ce que le culte privé ? 5 Qu'est-ce que le culte public ? 6 Le culte public est-il tou­jours exercé en public ?

V. 1 Devons-nous adorer Jésus-Christ ? 2 Pour quelles raisons devons-nous l'adorer ?

VI. 1 Quel culte rendons-nous à la Sainte Vierge ? 2 Comment s'appelle ce culte ? 3 Et celui des Anges et des Saints ? 4 A qui le culte public de dulie peut-il être rendu ? 5 Comment devons-nous leur rendre le culte ?

VIL 1 Qu'entendez-vous par culte relatif? 2 Qu'est-ce que les reliques? 3 Qu'est­-ce que les reliques insignes ? 4 Les reliques non insignes ? 5 Prouvez que le culte des reliques est légitime ? 6 Comment l'Église les honore-t-elle ?

VIII. 1 Quel culte rendons-nous à la vraie Croix ? 2 Et aux autres croix ? 3 Quel culte rendons-nous aux images ? 4 Prouvez que le culte des images est légitime.

 

DEVOIRS ÉCRITS. - 1 Dire quel culte nous rendons à Dieu parles pèleri­nages, les processions, les sonneries de cloches. 2 Que signifiaient l'or, l'encens et la myrrhe que les Mages déposèrent aux pieds de Notre-Seigneur ? 3- Pouvons-nous rendre un culte à ceux qui ne sont pas encore canonisés par l'Église ? 4 Les bienheu­reux ne peuvent-ils pas être l'objet d'un culte ? 5 Quelle différence faites-vous entre le culte que nous rendons au Saint-Sacrement et celui de la vraie Croix ? L'un est-il supérieur à l'autre ?

 

3eme LEÇON

 

Les Péchés contre la Vertu de Religion

 

Péchés contre la vertu de religion

1. Par excès.

a)       Idolâtrie

a.       Définition

b.       Espèces

1.       Idolâtrie par ignorance.

2.       Idolâtrie vraie

3.       Idolâtrie simulée

c.       Malice

b)       Superstition

a.       Définition

b.       Espèces

1.       Vaine observances

2.       Divination

3.       Magie

4.       Spiritisme

5.       Hypnotisme

c.       Malice

2. défaut.

a)       Sacrilège

a.       Définition

b.       Espèces

1.       Personnel

2.       Réel

3.       Local

c.       Malice

b)       Incrédulité et Impiété

c)       Indifférence

a.       Théorique

b.       Pratique

 

176. - Mots.

 

Idolâtrie (du grec « eidôlôn », idole ; «  latreia », culte). Culte d'adoration rendu aux idoles, c'est-à-dire à tout ce qui n'est pas Dieu, à la créature animée ou ina­nimée : hommes, héros, animaux, soleil, plantes ou statues, ou encore personnage fictif : par exemple, la grande Révolu­tion française adora la déesse Raison.

Superstition (du latin « super », sur « st