Retour à la page d'accueil

Chrétienté
Doctrine sociale

 

Gloire de Dieu ou gloire de l’homme.

par l'abbé J.-M. Robinne

 

Combien de nos contemporains, même parmi les chrétiens, se soucient‑ils effectivement de la gloire de Dieu au point d'en faire le but de tous leurs efforts et de leur vie?

 

Certes, et peut‑être aujourd'hui plus qu'hier, nous parlons beaucoup du Christ et de notre vie en lui ; certes, on se dépense sans compter au service de mouvements et d’oeuvres multiples.

 

            Mais tout ce zèle a‑t‑il vraiment pour mobile premier la gloire de Dieu ?

 

Que de vies intérieures enfermées sur elles‑mêmes et leurs petits événements quotidiens ! Que de vies spirituelles plus avides de jouir de Dieu que de l'aimer pour lui ! Inconsciemment sans doute, de telles vies sont au service de la gloire non pas de Dieu, mais de l'homme.

 

Que de vanités et d'égoïsmes, individuels ou collectifs, que de misères variées rendent illusoires, stériles, et par certains aspects nocives, les activités d'un apostolat apparemment tout  donné à Dieu, mais de fait d'abord soucieux de gloire humaine ! Cela sans doute est de tous les temps. Mais voilà qui est plus nouveau et plus dangereux encore, parce que plus sournois : le naturalisme ambiant exerce sa séduction sur beaucoup de jeunes chrétiens.

En poussant jusqu'au bout la logique de ce christianisme frelaté et trompeur, Dieu y apparaît au service de l'homme : ce qu'on attend d'abord du Christ, c'est le plein épanouissement humain de son disciple, ce qu'on demande à l’Evangile, c'est le secret d'une vie heureuse, individuelle et collective. Gloire de l'homme et non pas gloire de Dieu.

 

Il y a plus grave encore. Beaucoup de jeunes s'imaginent avoir mis Dieu dans leur vie parce qu’ils se sentent donnés totalement, dans l'absolu, à leur progrès moral et à l'apostolat de l'un ou l'autre des mouvements Catholiques.

 

Le don est peut‑être absolu, mais il n'est pas fait à l'Absolu. On peut croire se donner « absolument » à une cause néfaste : les militants communistes sont donnés dans l'absolu à leur parti. S'il se trouvait qu'un militant chrétien ne connaisse d'autre absolu que celui‑là, il faudrait dire que son absolu est à référence humaine : ce qu'il cultiverait en lui ne serait seulement que la qualité de son engagement. Et qui ne voit que nous ne sortons pas de l'homme et de sa gloire ? Ainsi trompé par cette nouvelle forme d'idolâtrie, le militant chrétien passe sans effort au parti communiste ou à tout autre totalitarisme.

 

L'idole de notre temps n'est plus la Raison, la Science, et le Progrès ; c'est l'Homme. Et non pas l'homme abstrait des idéalistes du XIXème siècle mais cet homme concret du Moi ou du Nous, engagé tout entier au service de lui‑même et de sa plus grande gloire.

 

L'absolu du don n’est alors que le reflet d'une fausse divinité qui donne à cet effort, apparemment si beau, un caractère nettement idolâtrique, qui pour n'être pas explicite, n'en est que plus dangereux.

 

La partie sera sauvée et nos jeunes seront d'authentiques. disciples du Christ au jour où, dans cette perspective ils diront avec saint Paul et avec l’Eglise, Gloire au seul Sage, à Dieu, par Jésus‑Christ, dans les siècles des siècles (Rom. 16, 27).