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Chrétienté
Doctrine sociale

 

La Royauté du Christ.

par l'abbé J.-M. Robinne

Le titre de Seigneur attribué au Christ provient de deux domaines différents. D’une part le Christ est Seigneur en tant que chef de l’Eglise, et d’autre part, il est Seigneur en tant que Roi. Nous allons essayer de développer ces deux points qui sont souvent méconnus et méprisés dans notre société.
 

  1. Le Christ Chef.


  2.  

    Cette propriété du Christ si fortement affirmée par St Paul et par St Jean, est rattachée, par la nature même des choses, à l’exercice du sacerdoce de Jésus par rapport aux hommes. L’effet propre de ce sacerdoce est l’expiation de nos péchés. Et cet effet Jésus n’a pu le réalisé en lui-même, parce qu’il a la sainteté parfaite et substantielle, n’ayant rien de commun avec le péché. Or, précisément, Jésus est le chef de l’Eglise, qui est son corps mystique, parce que supérieur à tous par la grâce qu’il possède en toute plénitude, il communique cette vie de la grâce, à des degrés divers, à tous ceux qui font partie à un titre quelconque de ce corps mystique.

    " En raison de sa proximité à l’égard de Dieu, sa grâce est la plus élevée et elle est la première, bien qu’elle ne le soit pas dans l’ordre des temps : tous les hommes en effet ont reçu la grâce en raison de la sienne, de plus Jésus possède la plénitude de toutes les grâces, et il a la vertu de communiquer sa grâce à tous les membres de l’Eglise, ainsi que l’affirme St Jean : nous avons tout reçu de sa plénitude. Il est donc évident que Jésus doit être dit le chef de l’Eglise. "

    C’est à la fois comme Dieu et comme homme que Jésus est le chef du corps mystique. Comme Dieu, il est cause instrumentale de la grâce. Comme homme il produit physiquement en nous la grâce, comme cause efficiente instrumentale, mais comme cause méritoire, il intervient dans la production de la grâce en nos âmes, à titre de cause principale.

    L’action de la tête dans le corps mystique s’exerce sur les membres considérés dans leur intégrité. Par conséquent l’action du Christ s’exerce sur les hommes non seulement du côté de leur âme mais aussi du côté de leur corps. " L’humanité entière du Christ influe sur les hommes… principalement quant à l’âme, et secondairement quant au corps. "

    Mais c’est à cause de l’âme, à laquelle il est substantiellement uni , que notre corps peut recevoir l’influence de la vie divine qui a son origine dans le Christ ; il n’y a donc pas parité

    De qui le Christ est-il le chef en acte ? " Le Christ est le chef, d’abord et principalement de ceux qui lui sont unis en acte par la gloire, deuxièmement de ceux qui lui sont unis en acte par la charité ; enfin de ceux qui lui sont unis en acte par la foi. "

    Le Christ est donc le chef en acte des catholiques pécheurs, le Christ est le chef formel en acte des schismatiques non hérétiques, qui bien que séparés de l’Eglise quant à la charité gardent encore le lien de la foi. Le Christ est le chef en acte des catholiques excommuniés qui gardent la foi théologique. En revanche il faut refuser à tout homme vivant dans l’infidélité le droit d’appartenir à un degré quel qu’il soit au corps du Christ.

    De qui le Christ est-il le chef en puissance : La réponse est simple et n’est que la conclusion de ce qui précède. Jésus est en puissance seulement le chef de tous les hommes qui ne sont pas vivifiés surnaturellement par la foi. Cependant parmi ces hommes certains ne seront jamais unis en acte au Christ. En effet ceux qui seront damnés ne seront jamais unis au Christ en acte. Une fois morts, ils n’auront plus aucun moyen d’être unis au Christ comme ses membres. Le Christ sera alors simplement leur roi.

    On voit par là que le titre de chef convient pleinement au Christ par rapport à l’Eglise.
     
     

  3. Le Christ Roi.

L’affirmation du Christ Roi se retrouve à toutes les pages de l’Ecriture. Il est appelé le Dominateur qui doit sortir de Jacob, le Roi que le Père a établi sur Sion, sa montagne sainte, pour recevoir en héritage les nations et comme domaine les extrémités de la terre. Le chant nuptial, qui célèbre sous la figure d’un roi très riche et très puissant, le vrai roi d’Israël contient cette strophe : Ton trône, ô Dieu, est établi pour toujours ; le sceptre de ta royauté est un sceptre de droiture. Dans un autre passage, une prophétie, esquissant avec plus de netteté les traits du Christ, annonce que son règne ne connaîtra pas de frontières et que la justice et la paix seront sa richesse.

A ces textes s’ajoutent les nombreux oracles des prophètes, et d’abord ce texte très connu d’Isaïe : Un enfant nous est né et un fils nous a été donné. L’empire a été posé sur ses épaules ; et on le nomme Admirable, Conseiller, Dieu, Fort, Père éternel, Prince de paix. Son empire s’étendra et la paix n’aura pas de fin ; il siégera sur le trône de Dieu et possédera son royaume , pour l’établir et l’affermir par le droit et la justice, dès maintenant et pour toujours. Les autres prophètes ne rendent pas d’oracles différents de celui d’Isaïe ; ainsi Jérémie prédit le rejeton juste qui surgira de la race de David, ce Fils de David qui régnera avec le titre de Roi et possédera la sagesse et qui rendra la justice sur terre.

Cette doctrine du Christ Roi proclamée par l’Ancien Testament, n’est pas inconnue dans les pages du Nouveau ; bien au contraire, elle y trouve une magnifique et splendide confirmation. Rappelons seulement le message de l’ange apprenant à la Vierge qu’elle enfanterait un Fils auquel le Seigneur Dieu donnerait le trône de David son père et qui régnerait éternellement sur la maison de Jacob, et dont le règne n’aurait point de fin.

Le Christ porte lui-même témoignage de sa puissance, soit lors de son dernier discours au peuple, soit lorsqu’il répond au proconsul romain qui lui demandait publiquement s’il était roi.

Jésus, homme, a reçu un véritable pouvoir royal, bien qu’il ne l’ai jamais exercé. Ce pouvoir est donc resté d’ordre général et transcendant ; il ne pouvait en rien contrecarré le pouvoir royal effectif, exercé par les monarques et les princes, cependant ce pouvoir explique bien les expressions scripturaires qui attribuent au Christ le pouvoir suprême sur tous les rois : Regem regum, dominum dominantium. Cette royauté temporelle est expliquée par le pouvoir que le Christ avait ici-bas sur toute créature, sans cependant toujours en user.
 
 

C’est dans son entretien avec Pilate, tel que le rapporte St Jean, que Jésus nous dévoile la vraie nature de sa royauté spirituelle : " Mon royaume n’est pas de ce monde… " Il ne nie point qu’il soit roi ; mais il ne veut pas régner ici bas à la façon des monarques terrestres. Il ne veut régner que sur les esprits et sur les cœurs, afin de les conduire au ciel où sa royauté se manifestera éternellement.

" L’autorité de Jésus ne vient pas seulement d’un droit de naissance, comme Fils unique de Dieu, mais encore en vertu d’un droit acquis. Lui-même en effet nous a arraché à la puissance des ténèbres. Lui-même s’est livré pour la Rédemption de tous. " En d’autres termes Jésus Christ a deux royautés, dont l’une lui convient en tant que Dieu et l’autre en tant qu’homme. Comme Dieu il est le Roi et le Souverain de toutes les créatures qui ont été faites par lui, et outre cela en tant qu’homme il est roi en particulier de tout le peuple qu’il a racheté, sur lequel il s’est acquis un droit absolu par le prix qu’il a donné à sa délivrance. Voilà donc les deux royautés du Christ : la première lui est naturelle et lui appartient par sa naissance, la seconde il l’a méritée.

Universalité : La royauté du Christ a les limites de la Rédemption, elle est donc universelle, le Christ s’étant offert pour tous. Les infidèles eux-mêmes tombent sous la puissance du Christ : " tout est soumis au Christ quant à la puissance, bien que tout ne lui soit pas encore soumis quant à l’exercice de cette puissance ".

La royauté du Christ atteint les hommes non seulement comme individus ; mais encore comme membres de la société familiale ou civile. L’homme doit opérer son salut dans la famille et dans la cité ; famille et cité sont instituées par la nature, c’est à dire par Dieu, et puisque Jésus Christ est venu tout "récapituler " en lui-même, la famille et la cité, comme telles doivent reconnaître son pouvoir royal.

Exercice de cette Royauté : La puissance, bien que marquant le règne de Dieu sur ses créatures, n’est pas l’attribut particulier de cette royauté spirituelle du Christ sur les hommes. La royauté spirituelle du Christ sur les hommes s’exerce spécialement " par la Vérité, la Justice et la Charité. "

Le règne par la Vérité est le règne par la foi. Mais l’acte de foi est essentiellement libre. L’autorité du Christ s’exerçant sur la vérité suppose donc déjà que la volonté de l’homme soit soumise à Jésus. Le règne par la Justice n’est pas le règne du christ en ce monde, mais dans l’autre. C’est à ce règne que ce rapporte la fonction de juge qu’exercera le Christ au dernier jour. Mais il ne l’exercera qu’après avoir épuisé sur nous les ressources de son amour. Si le Christ ne peut régner sur nos âmes par la miséricorde il y règnera par la justice. ; s’il n’y règne par l’amour et par la grâce, il règnera par la sévérité de ses jugements et la rigueur de ses ordonnances. Ici-bas pendant notre vie c’est surtout par la charité que s’exerce l’autorité du Christ.