L’ordre social chrétien par le
règne social de Marie
Désordre dans le domaine social
Remède prescrit par les souverains
pontifes : l’ordre social chrétien
Ne jamais pactiser avec les sectes
sataniques, auteurs du désordre
Rétablit l’ordre, c’est-à-dire le
règne du Christ
Le grand moyen : la très
sainte Vierge
Marie a été constituée par Dieu
antagoniste de Satan et de ses suppôts
Marie, vraiment Reine de France
Par la révolution de 1789, la France
officielle s’est insurgée contre l’ordre social chrétien, opposant dans tous
les domaines les droits de l’homme aux droits de Dieu. Depuis cette apostasie
publique, le règne de l’enfer s’installe de plus en plus chez nous, viciant l’ensemble
et les détails de notre vie nationale, sociale, familiale et individuelle.
Tout le monde souffre de ce désordre,
et nous-mêmes, les catholiques, pourrions accepter cette souffrance si elle
était par elle-même rédemptrice. Mais tel n’est pas le cas puisque l’acceptation
indéfinie de l’état de choses actuel, ce renoncement à la rénovation de l’ordre,
serait en propre un suicide.
Que doivent faire les catholiques dans
ce chaos ? Peuvent-ils intervenir dans la solution de ce drame ?
Nous le croyons.
En effet, le vicaire du Christ, toutes
ces dernières années, au fur et à mesure que le danger grandissait, n’a cessé
de proclamer qu’il fallait de toute nécessité rendre au Christ la place que
Satan prétend lui ravir dans les âmes, dans les familles, dans les rapports
sociaux et dans la patrie ; que, pour terrasser l’enfer, il fallait
implorer le puissant et indispensable secours de celle qui est l’antagoniste de
Satan ; enfin que, pour assurer le triomphe de Jésus, Marie doit être là,
lui préparant les voies et lui soumettant les cœurs.
Nous allons donc essayer, à la lumière
des enseignements et des précises injonctions des souverains pontifes, de
discerner quel est le devoir des catholiques dans les malheureuses conjonctures
présentes, et ce qu’il nous est possible de faire pour gagner à notre Mère et
Reine les individus, les familles, les corps de métiers, et la France entière.
Depuis que les droits de l’homme
cherchent à supplanter chez nous les droits de Dieu, Satan sème partout le
désordre.
L’autorité, principe d’unité et d’action,
est découronnée de son auréole divine et dépossédée de son rôle paternel.
« Bon nombre de nos
contemporains, marchant sur les traces de ceux qui, au siècle dernier, se sont
décerné le titre de philosophes, prétendent que tout pouvoir vient du peuple ;
que, par suite, l’autorité n’appartient pas en propre à ceux qui l’exercent,
mais à titre de mandat populaire, et sous cette réserve que la volonté du
peuple peut toujours retirer à ses mandataires la puissance qu’elle leur a
déléguée[2] ! » « Il est évident qu’une
telle théorie, au lieu de fortifier l’ordre et la paix, favorise l’instabilité
et livre les masses aux meneurs habiles et malhonnêtes. En effet, si l’autorité
souveraine découle formellement du consentement de la foule, et non pas de
Dieu, principe suprême et éternel de toute puissance, elle perd aux yeux des
sujets son caractère le plus auguste et elle dégénère en une souveraineté
artificielle qui a pour assiette des bases instables et changeantes comme la
volonté des hommes dont on la fait dériver[3]. » Et pour conserver le mandat
populaire, les démagogues font converger tous leurs efforts à flatter les
passions du peuple : l’État n’assure plus le bien commun, il n’est plus qu’une
grande entreprise de corruption ; c’est ainsi que nous assistons à cette
licence universelle des spectacles, de la presse et de la radio ; c’est de
là que viennent également ces trains de lois et de décrets antisociaux qui
accumulent les ruines parce qu’ils n’ont pas la raison pour origine, mais la
passion aveugle.
C’est encore l’esprit diabolique qui
souffle partout sa haine infernale. Au lieu de l’union charitable de tous les
ordres de la société, l’enfer les a dissociés pour les opposer dans la lutte
des classes. « Tel un ulcère mortel, cette lutte s’est développée au sein
des nations, paralysant l’industrie, les métiers, le commerce, tous les
facteurs enfin de la prospérité privée et publique. Cette plaie est rendue plus
dangereuse encore du fait de l’avidité des uns à acquérir les biens temporels,
de la ténacité des autres à les conserver, de l’ambition commune à tous de
posséder et de commander. De là de fréquentes grèves, volontaires ou forcées ;
de là encore des soulèvements populaires et des répressions par la force
publique, fort pénibles et fort dommageables pour tous les citoyens[4]. »
La famille elle-même, première cellule
de la société, n’a pas échappé aux coups de l’enfer ; c’est même contre
elle qu’il déploie le plus sa rage.
« On décida que ni Dieu ni le
Seigneur Jésus ne présideraient plus à la fondation de la famille, et l’on fit
rentrer dans la catégorie des contrats
civils le mariage, dont le Christ
avait fait un grand sacrement et qui, dans sa pensée, devait être le
symbole saint et sanctificateur du lien indissoluble qui l’unit lui-même à son
Église. Aussi, dans les masses populaires s’obscurcissent les idées et les
sentiments religieux que l’Église avait infusés à la cellule-mère de la société
qui est la famille ; la hiérarchie et la paix du foyer disparaissent ;
l’union et la stabilité de la famille sont de jour en jour plus compromises ;
le feu des basses convoitises et l’attachement mortel à des intérêts mesquins
violent si fréquemment la sainteté du mariage que les sources de la vie des
familles et des peuples en sont infectées.
« Enfin, on a paru exclure Dieu et le Christ de l’éducation de la jeunesse ; on
est arrivé, et c’était inévitable, non pas à supprimer la religion dans les
écoles, mais à l’y faire attaquer à mots couverts ou même ouvertement ; les
enfants en ont conclu qu’ils n’avaient rien ou pour le moins fort peu à
attendre, pour la conduite de la vie, de cet ordre de choses qu’on passait
absolument sous silence ou dont on ne parlait qu’avec des termes de mépris. Et,
de fait, si Dieu et sa loi sont proscrits de l’enseignement, on ne voit plus
comment on peut demander aux jeunes gens de fuir le mal et de mener une vie
honnête et sainte, ni comment préparer pour la famille et la société des hommes
de mœurs rangées, partisans de l’ordre et de la paix, capables et à même de
contribuer à la prospérité publique[5]. »
Privés des soutiens naturels d’une société normale et
chrétienne, les individus sont abandonnés à leurs passions excitées déjà par l’esprit
diabolique qui anime la vie sociale.
« Nul ne l’ignore, chez les hommes de tout âge et
de toute condition, les âmes sont devenues inquiètes, aigries et ombrageuses, l’insubordination
et la paresse sont devenues choses courantes, les limites imposées par la
pudeur sont dépassées, surtout dans les modes et dans les danses, par suite de
la légèreté des femmes et des jeunes filles, dont les toilettes fastueuses
excitent la haine des déshérités ; enfin la foule des miséreux grandit,
qui fournissent à l’armée de la sédition des effectifs considérables et
toujours renouvelés.
« La vie chrétienne a si bien disparu en beaucoup
de milieux qu’il semble que, loin d’avancer dans la voie du progrès, l’humanité
semble retourner à la barbarie…
« Partout on trouve le dédain des biens éternels
que le Christ ne cesse d’offrir à tous par son Église, et une soif insatiable
de posséder les biens éphémères et caducs d’ici-bas.
« Or, ces biens matériels ont pour effet, si on
les recherche avec excès, d’engendrer des maux de tous genres et tout d’abord
la corruption et la discorde. Car, vils et grossiers de leur nature, ils ne
peuvent rassasier le cœur de l’homme qui, créé par Dieu et destiné à jouir de
sa gloire, est voué à vivre dans une insatiabilité et une inquiétude
perpétuelles aussi longtemps qu’il ne se repose pas dans le sein de Dieu[6]. »
Tout le monde souffre de la mainmise de l’enfer sur le
gouvernement et la vie sociale de la France. Satan n’est que haine, il
multiplie les malheurs là où les hommes se livrent à son empire.
Pour ressusciter notre patrie, il n’y a donc qu’une
solution : détrôner l’enfer et rétablir l’ordre social chrétien dans
tous les domaines selon les enseignements pontificaux. Et le Christ, qui est
« prince de la paix », nous communiquera, autant qu !il est
possible ici-bas, le bonheur dont lui seul est la source.
Comprenons bien l’histoire du monde. Tous les
événements, grands et petits, publics ou privés, ne sont que les faits d’armes
d’un gigantesque combat.
« Depuis que, par la jalousie du démon, le genre
humain s’est misérablement séparé de Dieu, auquel il était redevable de son
appel à l’existence et des dons surnaturels, il s’est partagé en deux camps
ennemis, lesquels ne cessent de combattre, l’un pour la vérité et la vertu, l’autre
pour tout ce qui est contraire à la vérité et à la vertu.
« Le premier est le
royaume de Dieu sur la terre, à savoir la véritable Église de Jésus-Christ.
« Le second est le royaume de Satan. Sous son
empire et en sa puissance se trouvent tous ceux qui, suivant les funestes
exemples de leur chef et de nos premiers parents, refusent d’obéir à la loi
divine et multiplient leurs efforts, ici pour se passer de Dieu, là pour agir
directement contre lui.
« A notre époque, les fauteurs du
mal paraissent s’être coalisés dans un immense effort, sous l’impulsion et avec
l’aide d’une société répandue en un grand nombre de lieux et fortement
organisée : la société des francs-maçons. Ceux-ci ne prennent plus la
peine de dissimuler leurs intentions et ils rivalisent d’audace entre eux
contre l’auguste majesté de Dieu. C’est publiquement, à ciel ouvert, qu’ils
entreprennent de ruiner la sainte Église, afin d’arriver, si faire se pouvait,
à dépouiller complètement les nations chrétiennes des bienfaits dont elles sont
redevables à Jésus-Christ Sauveur[7]. »
Pie XI lui aussi a dénoncé les
sociétés secrètes - « Toujours prêtes à soutenir les ennemis de Dieu et de
l’Église, quels qu’ils soient, elles ne manquent pas de raviver toujours
davantage cette haine insensée qui ne peut donner ni la paix ni le bonheur,
mais qui conduira certainement à la ruine[8]. »
Il est vrai que, parfois, les sectes
diaboliques, en passe de mal politique, camouflent pour un temps leur mauvais
esprit afin de mieux réaliser leurs desseins pervers ; voilà pourquoi Léon
XIII, dans l’encyclique que nous venons de citer, donnait ces recommandations
aux évêques :
« En premier lieu, arrachez à la
franc-maçonnerie le masque dont elle se couvre et faites-la voir telle qu’elle
est.
« Secondement, par vos discours
et vos lettres pastorales, instruisez vos peuples. Faites-leur connaître les
artifices employés par ces sectes pour séduire les hommes et les attirer dans
leurs rangs. Montrez-leur la perversité de leurs doctrines et l’infamie de
leurs actes…
« Le principe fondamental qui est
comme l’âme de la secte étant condamné par la morale, il ne saurait être permis de se joindre à elle
ni de lui venir en aide d’aucune façon[9]. »
Les catholiques doivent donc animer
toute leur vie chrétienne d’esprit de combat contre les puissances du mal ;
il faut qu’ils soient décidés à mener cette contre-révolution sur tous les
terrains. Trop facilement, en effet, les fidèles se sont laissé influencer par
l’athéisme officiel ; ils cachent, dans l’ombre de leur vie privée, le
christianisme qu’ils devraient aussi proclamer dans leur vie sociale ; et
l’on voit « le fait
monstrueux en soi, sans pourtant être
rare, que des hommes qui font
profession de catholicisme aient une conscience dans la vie privée et une autre
dans la vie publique[10] ».
Jésus est certes le Roi de chaque âme
en particulier, mais il est aussi le Roi des familles, le Roi des corps de
métiers, le Roi des nations, le Roi de l’humanité entière. Ils sont bien rares
ceux qui s’efforcent de lui donner la première place dans toute leur vie, et
de se comporter ouvertement dans
leurs relations sociales d’après les principes qu’il nous a laissés dans son
Évangile et qu’il nous précise par son Église. C’est donc un devoir urgent de
lutter de toutes nos forces pour rendre au Christ la place que Satan prétend
lui ravir dans les âmes, dans les familles, dans la vie sociale et dans la
nation.
a) Dans la vie individuelle
Les catholiques doivent tout d’abord
établir solidement en eux-mêmes le
règne du Seigneur Jésus. Il n’est pas rare d’entendre les chrétiens gémir sur l’apostasie
de la France, et pourtant vivre comme s’ils n’étaient pas disciples de jésus
crucifié. Ceux-là sont responsables du
mal qui sévit dans le monde : ils attirent les malédictions divines au
lieu d’être parmi les « dix justes » qui pourraient nous sauver. C’est
en nous-mêmes qu’il faut commencer la contre-révolution qui doit terrasser l’enfer
et assurer le triomphe du Christ. Dans toutes les tentations, montrons-nous des
soldats valeureux, pour ne pas nous laisser dominer par Satan, mais pour
réserver tout notre être au bon Dieu.
Nous appliquerons ainsi ce que Pie XI
a nommé « le remède fondamental » lorsqu’il écrivait dans son encyclique
contre le communisme athée : « Comme aux époques des plus violentes
tempêtes de l’histoire de l’Église, aujourd’hui encore le remède fondamental
consiste dans une rénovation sincère de
la vie privée et publique selon les principes de l’Évangile chez tous ceux
qui se glorifient d’appartenir au Christ, afin qu’ils soient vraiment le sel de
la terre et préservent la société humaine de la corruption totale. »
b) Dans la vie familiale
Que les catholiques fassent de leur
foyer une forteresse de l’esprit évangélique.
« Jésus-Christ règne dans la
famille lorsque, ayant à sa base le sacrement du mariage chrétien, elle
conserve inviolablement son caractère d’institution sacrée, où l’autorité
paternelle reflète la paternité divine qui en est la source et lui donne son
nom, où les enfants imitent l’obéissance de jésus adolescent, et dont toute la
vie respire la sainteté de la famille de Nazareth[11]. »
c) Dans la vie sociale
Que les catholiques affirment
bravement leurs principes surnaturels et qu’ils s’efforcent de les appliquer,
envers et contre tous, dans leurs relations amicales et professionnelles.
« Le devoir de tous les
catholiques, devoir qu’il faut remplir religieusement et inviolablement dans
toutes les circonstances tant de la vie privée que de la vie sociale et
publique, est de garder fermement et de professer sans timidité les principes
de la vérité chrétienne, enseignée par le magistère de l’Église catholique[12]. »
« Quand les circonstances en font
une nécessité, ce ne sont pas seulement les prélats qui doivent veiller à l’intégrité
de la foi, mais comme le dit saint Thomas : « Chacun est tenu de
manifester publiquement sa foi, soit pour instruire et encourager les autres
fidèles, soit pour repousser les attaques des adversaires[13]. »
« C’est approuver l’erreur que de
ne pas y résister ; c’est étouffer la vérité que de ne pas la défendre…
Quiconque cesse de s’opposer à un forfait manifeste peut être regardé comme un
complice secret[14]. »
« Parmi les catholiques, alors
qu7ils devraient protéger et revendiquer les droits de l’Église avec le plus de
zèle, quelques-uns, obéissant à une sorte de prudence humaine, prennent un
parti contraire ou se montrent timides et trop soumis dans leur façon d’agir.
On comprend facilement que cette conduite expose à de graves dangers[15]. »
Et gardons-nous des concessions, même
seulement apparentes, du libéralisme, sous le vain prétexte de gagner nos
adversaires : « Ceux qui veulent faire parmi les socialistes œuvre d’apôtres,
doivent professer les vérités du christianisme dans leur plénitude et leur
intégrité, ouvertement et sincèrement, sans aucune complaisance pour l’erreur[16]. »
Léon XIII nous indique le moyen
pratique de mener une vie sociale chrétienne. Il terminait son encyclique Humanum genus, dirigée contre les sectes diaboliques, en indiquant les remèdes à
opposer au règne de l’enfer. Parmi ceux-ci, il recommande très instamment la reconstitution des corporations ouvrières : « Une institution due à la sagesse de nos pères, et momentanément
interrompue par le cours des temps pourrait, à l’époque où nous sommes,
redevenir le type et la forme de créations analogues. Nous voulons parler des corporations ouvrières. Elles sont destinées à protéger, sous la tutelle de la religion,
les intérêts du travail et les mœurs des travailleurs.
« Si la pierre de touche d’une
longue expérience avait fait apprécier à nos ancêtres l’utilité de ces
associations, notre âge en retirerait peut-être de plus grands fruits, tant
elles offrent de précieuses ressources pour combattre avec succès et pour
écraser la puissance des sectes. Ceux qui n’échappent à la misère qu’au prix du
labeur de leurs mains sont souverainement dignes, à cause de leur condition, de
la charitable assistance de leurs semblables, mais ils sont aussi les plus
exposés à être trompés par les séductions et les ruses des apôtres du mensonge.
Il faut donc leur venir en aide avec une très grande bonté et leur ouvrir les
rangs d’associations honnêtes pour les empêcher d’être enrôlés dans les
mauvaises. En conséquence, et pour le salut du peuple, nous souhaitons
ardemment de voir se rétablir, sous les auspices et le patronage des évêques,
ces corporations appropriées aux besoins du temps présent[17]. »
d) Dans la vie politique
Les catholiques doivent lutter
vaillamment pour venger les droits de Dieu outragé, ne faisant aucune
concession ni aucun quartier aux suppôts de l’enfer.
A l’heure présente où les ennemis s’affrontent
partout, la tolérance n’est plus de
saison.
Et qu’on ne s’étonne pas de ce devoir
politique des catholiques : « Ce n’est pas l’Église qui est descendue
dans l’arène politique ; on l’y a entraînée et pour la mutiler et pour la
dépouiller. Le devoir de tout catholique n’est-il donc pas d’user des armes
politiques qu’il tient en main pour la défendre et aussi pour forcer la
politique à rester dans son domaine et à ne s’occuper de l’Église que pour lui
rendre ce qui lui est dû[18] »
Voici d’ailleurs les objectifs que Pie
X proposait aux catholiques « Combattre par tous les moyens justes et
légaux la civilisation antichrétienne réparer par tous les moyens les désordres
si graves qui en dérivent ; replacer Jésus dans la famille, dans l’école,
dans la société rétablir le principe de l’autorité humaine comme représentant
celle de Dieu prendre souverainement à cœur les intérêts du peuple et en
particulier ceux de la classe ouvrière et agricole, non seulement en inculquant
au cœur de tous le principe religieux, seule source vraie de consolation dans
les angoisses de la vie, mais en s’efforçant de sécher leurs larmes, d’adoucir
leurs peines, d’améliorer leur condition économique par de sages mesures, s’employer,
par conséquent, à rendre les lois publiques conformes à la justice, à corriger
ou à supprimer celles qui ne le sont pas, défendre enfin et soutenir avec un
esprit vraiment catholique les droits de Dieu en toutes choses et les droits
non moins sacrés de l’Église[19]. »
Comme nous venons de le voir, le
problème de l’heure se pose ainsi Satan cherche à conquérir la France entière
pour notre plus grand malheur il faut donc le chasser et restaurer chez nous l’ordre
social chrétien pour le plus grand bonheur de notre patrie.
Or c’est la très sainte Vierge Marie qui a été prédestinée par Dieu pour
écraser la tête de l’infernal serpent et préparer l’avènement du Verbe incarné.
Si donc nous voulons triompher de
Satan et de ses suppôts, et rendre la France à jésus, nous devons nous mettre
sous l’égide de la très sainte Vierge Marie, et travailler avec elle au
triomphe du Christ-Roi.
Dieu a établi Marie pour diriger l’armée du bien dans sa lutte contre les
troupes de l’enfer. Relisons pour nous en convaincre une
des premières pages de la Bible. Lorsque le Seigneur est venu porter la
sentence de mort contre nos premiers parents et contre le serpent diabolique,
il dit à ce dernier : « je mettrai une inimitié entre toi et la
femme, entre ta postérité et sa postérité : celle-ci te meurtrira la tête,
et tu la meurtriras au talon (Gn. 3, 15). » Ainsi se trouvent précisés les
adversaires dont nous parlait Léon XIII au chapitre précédent. Tous les
événements de ce monde ne sont que la mise en œuvre de cette unique inimitié
qui dresse Satan contre la très sainte Vierge Marie, les suppôts de Satan
contre les enfants de Marie : Jésus et les membres de son Corps mystique.
Si donc nous voulons mener un combat efficace contre l’enfer, nous devons
mettre la sainte Vierge à la base de toute notre activité ; soutenus par
elle, nous renverserons les puissances infernales et nous rétablirons chez nous
le règne du Christ-Roi.
C’est en Marie que les souverains
pontifes mettent leur confiance pour triompher du mal si puissant à l’heure
actuelle.
Léon XIII terminait son encyclique
contre la franc-maçonnerie par un appel à la Vierge puissante : « Demandons
à la Vierge Marie, Mère de Dieu, de se faire notre auxiliaire et notre
interprète ; victorieuse de
Satan, qu’elle déploie sa
puissance contre les sectes réprouvées. »
Plus près de nous, Pie XI consacrait sa
dernière encyclique à prêcher le saint rosaire : « Quiconque étudie
avec diligence les annales de l’Église catholique verra facilement uni à tous
les fastes du nom chrétien le patronage efficace de la Vierge, Mère de Dieu.
« En effet, lorsque les erreurs
se répandent en tous lieux, s’acharnent à lacérer le vêtement sans couture de l’Église
et à bouleverser le monde catholique, c’est à celle qui a détruit seule toutes les hérésies du monde (Bréviaire romain) que
nos pères s’adressèrent d’un cœur confiant, et la victoire remportée par elle
ramena des temps meilleurs…
« Bien que tarit et de si grands
maux nous menacent, et que nous ayons à en craindre de plus grands encore pour
l’avenir, nous ne devons pas perdre courage… Mais plutôt, comme nous l’avons
rappelé en commençant, employons auprès de Dieu une médiation très agréable à
ses yeux, celle de la bienheureuse Vierge, puisque pour nous servir des paroles
de saint Bernard "Telle est sa volonté que nous recevions tout par le
moyen de Marie"[20]. »
Nous autres Français, nous sommes tenus plus
spécialement de mettre la très sainte
Vierge à la base de notre vie tant privée que publique : n’est-elle
pas en vérité la Reine de France ? Ce privilège nous vaut d’ailleurs l’inimitié
des forces infernales.
Nous avons célébré en 1938 le
troisième centenaire de la consécration de notre patrie à la sainte Vierge, et
le pieux roi Louis XIII écrivait dans son décret :
« Nous avons déclaré et déclarons
que, prenant la très sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice spéciale
de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre
État, notre couronne et nos sujets, la suppliant de vouloir nous inspirer une
si sainte conduite et défendre avec tant de soin ce royaume contre l’effort de
tous ses ennemis que, soit qu’il souffre le fléau de la guerre ou jouisse des
douceurs de la paix, ce que nous demandons à Dieu de tout notre cœur, il ne
sorte point des voies de la grâce qui conduisent à celles de la gloire. »
Pie XI a confirmé de son autorité
apostolique ce vœu de Louis XIII lorsqu’il reprenait presque mot pour mot les
phrases du décret royal dans la première bulle de son pontificat, adressée à « la
France, fille aimée de l’Église ».
« Nous déclarons et confirmons
que la Vierge Marie, Mère de Dieu, a été régulièrement choisie, sous le titre
de son assomption dans le ciel, comme principale patronne de la France auprès
de Dieu, avec les privilèges que comportent ce titre et cette dignité [21]. »
La royauté de la sainte Vierge n’est pas un simple titre honorifique.
Dieu lui a donné par grâce tout ce que
le Christ possède par nature et, avec son divin Fils et en dépendance de lui,
elle gouverne le monde, et tout
spécialement la France, comme
elle le fit entendre à sainte Catherine Labouré en lui révélant la médaille
miraculeuse.
Saint Louis-Marie Grignion de Montfort
nous décrit magnifiquement le rôle efficace que Dieu a donné à Marie dans l’ensemble
de la création : « Telle est la volonté du Très-Haut, qui exalte les
humbles, que le ciel, la terre et les enfers plient, bon gré mal gré, aux
commandements de l’humble Marie, qu’il a faite la souveraine du ciel et de la
terre, la générale de ses armées, la trésorière de ses trésors, la
dispensatrice de ses grâces, l’ouvrière de ses grandes merveilles, la
réparatrice du genre humain, l’exterminatrice des ennemis de Dieu et la fidèle
compagne de ses grandeurs et de ses triomphes[22]. »
Notre Reine dirige les intelligences
par ses inspirations, embrase et coordonne les volontés par le feu de son
amour, soutient les énergies par sa puissance royale et peut ainsi maintenir
son peuple dans l’harmonie de la paix. Mais, pour cela, il faut qu’il se
soumette librement à sa souveraine ; elle attend de lui cette bonne
volonté et même la réclame par des menaces pour essayer de vaincre les cœurs
rebelles : « Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée
de laisser aller la main de mon Fils », dit-elle en pleurant, à la
Salette.
Nous allons donc faire tous nos efforts, comme
elle le demande à Pellevoisin, pour reconquérir à
notre Reine le royaume dont elle est officiellement bannie et le règne de Marie
rétablira et affermira chez nous le règne du Christ-Roi. Pie X nous en assure
dans son admirable encyclique Ad diem
ilium, écrite à l’occasion du cinquantième
anniversaire de la définition de l’Immaculée Conception : « Marie,
compagne assidue de Jésus, de la maison de Nazareth au plateau du Calvaire,
initiée plus que tout autre aux secrets de son cœur, dispensatrice, comme de
droit maternel, des trésors de ses mérites, elle est, pour toutes ces causes, d’un
secours très certain et très efficace pour arriver à la connaissance et à l’amour
de Jésus-Christ. Les hommes, hélas ! nous en
fournissent, dans leur conduite, une preuve trop péremptoire qui, séduits par
les artifices du démon ou trompés par de fausses doctrines, croient pouvoir se
passer du secours de la Vierge. Infortunés, qui négligent Marie sous prétexte d’honneur
à rendre à Jésus-Christ ! Comme si l’on pouvait "trouver l’enfant
autrement qu’avec la Mère !"[23] »
Donnons en quelques mots les
conclusions des chapitres précédents.
Satan envahit de plus en plus la
France, il corrompt les individus, les familles, les relations sociales et l’État ;
pour lui résister victorieusement et le chasser de ses repaires, il faut
grouper autour de la Vierge Marie, antagoniste de Satan, les individus, les
familles, les corps de métiers et donner à notre Reine la possibilité d’exercer
son pouvoir en notre patrie.
Au lieu des puissances infernales, nous
voulons rétablir le règne du Christ-Roi. C’est encore la Vierge Marie qui
préparera cette restauration surnaturelle. Pour soumettre à jésus les
individus, les familles, les corps de métiers et la France, il faut les confier
à Marie qui est « le moyen sûr et la voie droite et immaculée pour aller à
Jésus-Christ et le trouver parfaitement[24] ».
La consécration individuelle à Marie
est la base d’une vie chrétienne profonde, en même temps qu’elle est la
condition essentielle de toute action féconde sur le terrain social. Comme nous
l’avons déjà fait remarquer, beaucoup prêchent
l’ordre social chrétien sans se mettre en peine d’harmoniser leur conduite avec
leurs principes. Ils vivent en
contradiction avec la loi divine. Au fond, ils trahissent la vérité ; ils
ne sont pas pour Dieu, ils sont contre Dieu. Pie XI est sévère pour ces
chrétiens de façade ; il écrivait dans sa lettre contre le communisme
athée :
« Même dans tous les pays
catholiques, un trop grand nombre de personnes ne sont pour ainsi dire que des
catholiques de nom. Tout en observant plus ou moins fidèlement les pratiques
les plus essentielles de la religion qu’ils se vantent de professer, un trop
grand nombre n’ont pas le souci de perfectionner leurs connaissances religieuses,
d’acquérir des convictions intimes et plus profondes ; ils s’appliquent
encore moins à vivre de telle sorte qu’à l’apparence extérieure corresponde
vraiment la beauté intérieure d’une conscience droite et pure, comprenant et
accomplissant tous ses devoirs sous le regard de Dieu. Cette religion de façade,
vaine et trompeuse apparence, déplait
souverainement au divin Sauveur, car
il veut que tous adorent le Père "en esprit et en vérité (Jn 4, 23)".
Celui qui ne vit pas véritablement et sincèrement la foi qu’il professe ne
saurait résister au vent de la persécution et à la tempête violente qui souffle
aujourd’hui ; il sera misérablement emporté par le nouveau déluge qui
menace le monde et, tout en se perdant lui-même, il fera du nom de chrétien un
objet de dérision[25]. »
Cette foi vivante est le fruit très
certain de l’union à Marie : « Qu’il appartienne à la Vierge, surtout
à elle, de conduire à la connaissance de jésus, c’est de quoi l’on ne peut
douter, si l’on considère, entre autres choses, que, seule au monde, elle a eu
avec lui, dans une communauté de toit et dans une familiarité intime de trente
années, ces relations étroites qui sont de mise entre une mère et son fils… Il
suit de là ( … ) que personne ne la vaut non plus pour
unir les hommes à Jésus. Si, en effet, selon la doctrine du divin maître,
"la vie éternelle consiste à vous connaître, vous qui êtes le seul vrai
Dieu, et celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ" : comme nous
parvenons par Marie à la connaissance de Jésus-Christ, par elle aussi, il nous
est plus facile d’acquérir la vie dont il est le principe et la source[26]. »
Établissons donc solidement le règne
de Marie en nous, et nous pourrons alors travailler efficacement à lui
reconquérir son royaume.
Il n’est pas question ici de recruter
des sympathisants ; il faut des âmes entièrement livrées à Jésus par
Marie. Si nous sommes dociles à notre Mère, elle nous fera découvrir ceux qu’elle
s’est préparés ; cherchons-les dans tous les Milieux, car la grâce nous
réserve bien des surprises : des âmes en apparence les plus éloignées de
nous seront captivées par le désir de combattre pour notre Reine.
Pour soustraire nos foyers à l’influence
diabolique et pour y établir solidement le règne de jésus, il faut les consacrer
à la très sainte Vierge. Il ne suffit pas, en effet, que les chrétiens soient
dévoués à Marie en leur particulier, ils doivent aussi mener leur vie familiale
en dépendance de leur commune Mère. A cette fin, qu’ils intronisent Marie en
leur famille pour qu’elle y fasse triompher le Christ-Roi.
Pie XI a recommandé cette dévotion
familiale envers Marie ; il terminait ainsi son encyclique sur le rosaire « Et
que les pères et les mères de famille donnent l’exemple à leurs enfants
spécialement quand tous se réunissent, au déclin du jour, après la tâche
quotidienne, dans la maison familiale. Qu’ils commencent alors les premiers à
réciter à genoux, devant l’image de la Vierge, les prières du saint rosaire, s’unissant
ensuite aux autres de cœur et de bouche. C’est là une habitude singulièrement
salutaire, dont il ne peut certainement pas ne pas découler pour le foyer
domestique une tranquillité sereine et l’abondance des dons célestes.
« C’est pourquoi, depuis qu’il
nous arrive très souvent de recevoir en audience de nouveaux époux et de leur
adresser paternellement la parole, non seulement nous leur faisons donner un
chapelet en leur recommandant instamment de s’en servir, mais nous les
exhortons, allant même jusqu’à nous proposer en exemple, de ne pas laisser
passer un seul jour, en dépit des plus grandes fatigues et préoccupations, sans
réciter le rosaire[27]. »
L’influence maternelle de Marie
formera nos foyers à l’image de celui de Nazareth, car elle est vivante, notre
Reine, elle peut donc agir dans la mesure de notre bonne volonté. Une famille
qui se donne spontanément à elle et qui vit de cette consécration éprouvera
sans tarder la bienfaisante action de notre Mère. Elle unira les esprits et les
cœurs dans une intimité toujours plus profonde, elle rayonnera et accroîtra
dans les âmes les vertus qui ont fait la gloire éternelle de la sainte Famille ;
enfin, elle conduira sûrement au milieu de toutes les vicissitudes ceux qui se
seront confiés à sa garde.
Satan trouble la vie sociale par la
haine et la lutte des classes, par un esprit d’indépendance et de fausse
égalité. Comme partout, il faut opposer à l’influence diabolique l’action
maternelle de Marie qui assurera le triomphe de l’ordre social chrétien. En
groupant les différents membres des métiers autour de leur Mère commune, ils
retrouveront l’esprit de famille qui doit les animer ; alors la charité
chrétienne réchauffée auprès d’un cœur maternel les unira entre eux, alors
aussi ils collaboreront avec ensemble et bonne volonté au bien commun. Seul cet
esprit profondément chrétien peut assurer la reconstitution des corporations
selon le désir des papes. Car tel est leur désir : tout près de nous, Pie
XI nous le rappelait dans sa célèbre encyclique Quadragesimo anno : « On
ne saurait arriver à une guérison parfaite que si, à ces classes opposées, on
substitue des organes bien constitués, des "ordres" ou des
"professions" qui groupent les hommes non pas d’après la position qu’ils
occupent sur le marché du travail, mais d’après les différentes branches de l’activité
sociale auxquelles ils se rattachent. De même, en effet, que ceux que
rapprochent des relations de voisinage en viennent à constituer des cités,
ainsi la nature incline les membres d’un même métier ou d’une même profession,
quelle qu’elle soit, à créer des groupements corporatifs, si bien que beaucoup
considèrent de tels groupements comme des organes sinon essentiels, du moins
naturels dans la société.
« Or toutes les institutions
destinées à favoriser la paix et l’entraide parmi les hommes, si bien conçues
qu’elles paraissent, reçoivent leur solidité surtout du lien spirituel qui unit
les membres entre eux. Quand ce lien fait défaut, une fréquente expérience
montre que les meilleures formules restent sans résultat. Une vraie collaboration
de tous, en vue du bien commun, ne s’établira donc que lorsque tous auront l’intime
conviction d’être les membres d’une grande famille et les enfants d’un même
Père céleste, de ne former, dans le Christ, qu un seul Corps dont ils sont
réciproquement les membres, en sorte que si l’un souffre, tous souffrent avec
lui. Alors, les riches et les dirigeants, trop longtemps indifférents au sort
de leurs frères moins fortunés, leur donneront les preuves d’une charité
effective, accueilleront avec une bienveillante sympathie leurs justes
revendications, excuseront et pardonneront à l’occasion leurs erreurs et leurs
fautes. De leur côté, les travailleurs déposeront sincèrement les sentiments de
haine et d’envie que les fauteurs de lutte des classes exploitent avant tant d’habileté,
ils accepteront sans rancœur la place que la divine Providence leur a assignée ;
ou plutôt, ils en feront grand cas, comprenant que tous, en accomplissant leur
tâche, collaboreront utilement et honorablement au bien commun et qu’ils
suivent de plus près les traces de celui qui, étant Dieu, a voulu, parmi les
hommes, être un ouvrier et être regardé comme un fils d’ouvrier[28]. »
Redisons-le hardiment, c’est à la très
sainte Vierge Marie qu’il appartient de soustraire ses enfants à l’influence
diabolique et de leur rendre cet esprit de famille entre eux et à l’égard du
Père céleste.
Il faut donc commencer la réorganisation corporative autour de Marie,
Reine des métiers. Comme pour
tout commencement, les débuts seront sans apparence ; comme pour toute œuvre
surnaturelle, il y aura bien des contradictions et des retards, mais finalement
notre patience récoltera ses fruits. Ayons confiance
en l’efficacité des principes surnaturels : la vérité triomphe
toujours en fin de compte.
La très sainte Vierge doit régner sur
la France, son royaume de prédilection ; le lieutenant de Jésus et de
Marie doit prendre la place de la judéo-maçonnerie et des « représentants
du peuple » ; la royauté du Christ et celle de sa Mère doivent être à
nouveau reconnues par une consécration nationale dont l’esprit inspirera toutes
les lois de notre patrie. Alors sera réalisé chez nous ce que Pie XI souhaitait
pour toutes les nations : « Jésus-Christ règne dans la société
lorsque, rendant à Dieu un souverain hommage, elle reconnaît que c’est de lui que dérivent l’autorité et ses
droits, ce qui donne au pouvoir
ses règles, à l’obéissance son caractère impératif et sa grandeur ; quand
cette société reconnaît à l’Église son privilège, qu’elle tient de son
fondateur, de société parfaite, maîtresse et guide des autres sociétés ;
non que l’Église amoindrisse l’autorité de ces sociétés - légitimes chacune
dans sa sphère - mais elle les complète très heureusement comme le fait la
grâce pour la nature ; d’ailleurs le concours de l’Église permet à ces
sociétés d’apporter aux hommes une aide puissante pour atteindre leur fin
dernière, qui est le bonheur éternel, et les met plus à même d’assurer le
bonheur de leurs membres durant leur vie mortelle[29]. »
Est-il besoin d’insister pour affirmer
qu’il ne s’agit pas ici de « parti politique » et que notre action
doit se maintenir dans son élévation surnaturelle ? Mais, par ailleurs, il
est nécessaire de rappeler cette parole du pape Pie X. « Tout restaurer
dans le Christ ! Restaurer dans le Christ, non seulement ce qui incombe
directement à l’Église en vertu de sa divine mission, qui est de conduire les
âmes à Dieu, mais encore ce qui découle spontanément de cette divine mission :
la civilisation chrétienne, dans l’ensemble de tous et de chacun des
éléments qui la constituent[30]. »
Pour chasser de chez nous les suppôts
de Satan, que les vrais enfants de Marie fassent tous leurs efforts au service
de leur Reine. Tout d’abord, le grand moyen d’action, c’est la prière et la pénitence, comme la sainte Vierge elle-même nous
les prêche à Lourdes et à Pontmain.
« Mais, si le Seigneur ne garde
la cité, c’est en vain que veille le gardien (Ps 126). Aussi, comme dernier et
grand remède, nous vous recommandons, vénérables frères, de promouvoir et d’intensifier,
le plus efficacement possible, dans vos diocèses, le double esprit de prière et
de pénitence chrétienne. Quand les apôtres demandèrent au Sauveur pourquoi ils
n’avaient pu, eux, délivrer de l’esprit malin un démoniaque, le Seigneur
répondit : « De pareils démons ne se chassent que par la prière et le
jeûne (Mt 18, 20) ». Le mal qui, aujourd’hui, ravage l’humanité ne pourra
de même être vaincu que par une sainte et universelle croisade de prière et de
pénitence. Et nous recommandons tout spécialement aux ordres contemplatifs d’hommes
et de femmes de redoubler leurs supplications et leurs sacrifices, pour obtenir
du ciel, en faveur de l’Église, un vigoureux appui dans les luttes présentes, grâce à la puissante intercession de la
Vierge immaculée, elle qui écrasa la
tête de l’antique serpent et reste toujours depuis lors la sûre défense et
l’invincible "secours des chrétiens"[31]. »
C’est tout spécialement par le saint rosaire qu’il faut recourir à
Marie, le rosaire étant la prière par
excellence des heures troublées. Sa
Sainteté Pie XI, faisant écho aux nombreuses encycliques de Léon XIII sur cette
dévotion, recommande le chapelet comme très efficace pour renouveler l’esprit
de l’Évangile dans les âmes et pour triompher des ennemis de la sainte Église.
« Et de même qu’au temps des croisades s’élevait dans toute l’Europe, de tous les peuples, une seule voix, une supplication unique, qu’aujourd’hui également, dans le monde
entier, dans les villes et les plus petits pays, tous cherchent, unis par le
cœur et par l’effort, au moyen d’instances filiales et répétées, à obtenir de
la Mère de Dieu que soient défaits les ennemis de la civilisation chrétienne et
humaine, afin que sur les hommes fatigués et égarés puisse resplendir la
véritable paix !
« Ainsi donc, si tous
accomplissent ce qui leur est demandé avec les dispositions requises, avec une
grande confiance et une fervente piété, on peut vraiment espérer que, comme par
le passé, la bienheureuse Vierge Marie obtiendra également de nos jours, de la
toute-puissance de son Fils, que les flots des actuelles tempêtes soient
retenus et calmés et qu’une brillante victoire couronne cette noble émulation
des chrétiens dans la prière[32]. »
La prière et le sacrifice ne suffisent
pas cependant. Le souverain pontife nous demande une lutte efficace par tous les moyens légitimes :
« Il est donc nécessaire qu’inlassablement nous élevions une muraille autour de la maison d’Israël (Ez 13, 5), unissant, nous aussi, nos forces en un groupe compact, qui oppose un front unique et solide aux phalanges malfaisantes, ennemies de Dieu aussi bien que du genre humain. Dans cette lutte, en effet, il s’agit de la décision la plus importante qui puisse être demandée à la liberté humaine : pour ou contre Dieu, c’est là le nouveau choix qui doit décider du sort de toute l’humanité : dans la politique, dans les questions économiques, dans la morale, dans la science, dans l’art, dans l’État, dans la société, dans la famille, en Orient et en Occident, partout ce problème se pose comme décisif, par les conséquences qui en dérivent… Nous conjurons donc dans le Seigneur aussi bien les individus que les nations de vouloir, en face de tels problèmes et dans un moment de luttes si acharnées et si vitales pour l’humanité, laisser de côté cet étroit individualisme, ce bas égoïsme qui aveugle les esprits les plus perspicaces et stérilise les initiatives les plus nobles, pour peu qu’elles sortent d’un cercle étroit d’intérêts particuliers, qu’ils s’unissent tous, au prix de lourds sacrifices, pour leur propre salut et pour celui de l’humanité entière