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Chrétienté
Doctrine sociale

 

La profession de foi dans la vie de tous les jours.

par l'abbé J.-M. Robinne

Dans la vie de tous les jours les catholiques sont de plus en plus sollicités par un milieu hostile ou indifférent. Il arrive même qu’on leur demande de poser des actes en opposition avec leur foi. Que doivent-ils faire ?

Nous allons essayer dans les lignes qui suivent de donner des réponses à ses interrogations. Mais il nous faut d’abord préciser que ces réponses ne pourront être que générales, nous ne pouvons dans cet article répondre à tous les cas particuliers qui peuvent se poser. Dans des cas de doutes il faut en parler à un prêtre qui pourra en fonction du contexte et des implications donner une réponse plus précise.

Pour commencer cet article nous vous livrons l’article 2 de la question 3 de la II-II de la somme théologique de saint Thomas qui s’intitule : " La confession de la foi est-elle nécessaire au salut. "
 
 

En sens contraire , l'Apôtre affirme ( Rm 10,10 ) : " La foi du coeur mène à la justice, et la confession des lèvres au salut. "

Réponse : Ce qui est nécessaire au salut tombe sous les préceptes de la loi divine. La confession de la foi, étant quelque chose de positif, ne peut tomber que sous un précepte positif. Aussi se range-t-elle parmi les choses nécessaires au salut de la même façon dont elle peut tomber sous un précepte positif de la loi divine. Or les préceptes positifs, nous l'avons dit, n'obligent pas à tout instant, encore qu'ils obligent tout le temps : ils obligent à l'endroit et au moment voulus, et suivant les autres circonstances voulues auxquelles doit se limiter un acte humain pour pouvoir être un acte de la vertu. Ainsi donc confesser la foi n'est pas de nécessité de salut à tout moment ni en tout lieu ; mais il y a des endroits et des moments ou c'est nécessaire : quand en omettant cette confession, on soustrairait à Dieu l'honneur qui lui est dû, ou bien au prochain l'utilité qu'on doit lui procurer. Par exemple si quelqu'un, alors qu'on l'interroge sur la foi, se tait, et si l'on peut croire par là ou qu'il n'a pas la foi ou que cette foi n'est pas vraie, ou que d'autres par son silence seraient détournés de la foi. Dans ces sortes de cas la confession de la foi est nécessaire au salut.

Solutions: 1. La fin de la foi, comme celle des autres vertus doit être rapportée à la fin de la charité, qui est d'aimer Dieu et le prochain. Et c'est pourquoi, quand l'honneur de Dieu ou l'utilité du prochain le demande, on ne doit pas se contenter de s'unir à la vérité divine par sa foi, mais on doit confesser cette foi au-dehors.

2. En cas de nécessité, là ou la foi est en péril, n'importe qui est tenu de faire connaître sa foi, soit pour instruire ou affermir les autres fidèles, soit pour repousser les attaques des infidèles. Mais en d'autres temps, instruire les gens dans la foi n'est pas l'affaire de tous les fidèles.

3. Si le trouble chez les infidèles naît d'une profession de foi proclamée sans aucune utilité ni pour la foi ni pour les fidèles, il n'est pas louable de confesser la foi publiquement. D'ou la parole du Seigneur ( Mt 7,6 ) : " Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré, et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux, de peur que, retournés contre vous, ils vous déchirent. " Mais, si l'on espère pour la foi quelque utilité, ou s'il y a nécessité, alors méprisant le trouble des infidèles, on doit publiquement confesser la foi. De là cette réponse du Seigneur ( Mt 15,14 ) , alors que les disciples lui avaient dit les pharisiens scandalisés par une de ses paroles : " Laissez-les ", sous-entendu se troubler, " ce sont des aveugles et des conducteurs d'aveugles "

Quelles sont les conclusions que nous pouvons tirer pour l’instant de ce texte.

En temps normal les " majores " sont tenus plus que d’autres de professer la foi : un père de famille à son foyer ne peut cacher sa foi ; ni non plus un prêtre dans sa paroisse. En période critique ce devoir peut s’étendre aux minores. " Cependant, dit Cajetan, autre chose est de professer une foi étrangère, autre chose de cacher sa foi : le premier n’est jamais permis, le second peut l’être. "

Il ne peut jamais être permis en effet de renier extérieurement sa foi, ni directement, ni indirectement, que ce soit par paroles, par signes ou par actions.

Quelques cas concrets proposés par la théologie morale nous aiderons à saisir le principe :

  1. Celui qui interrogé juridiquement sur sa foi est, dans la pratique, obligé de la professer extérieurement, même au péril de sa vie. Il pourrait cependant, semble-t-il, refuser de répondre à l’interrogation si celle-ci n’était pas légale.

  2. Celui qui est interrogé par un particulier ne serait tenu de répondre que si son silence, eu égard aux circonstance, pouvait effectivement faire croire qu’il a renoncé à la foi, ou scandaliser les fidèles.

  3. Il peut, pour des raisons exceptionnelles, être permis temporairement permis de dissimuler sa foi et de poser des actes qui seront sans doute interprétés comme un signe d’absence de foi. Mais la légitimité de ces actes suppose deux conditions : d’abord qu’ils ne soient pas intrinsèquement mauvais, donc qu’ils n’impliquent pas négation de la foi ou scandale ; ensuite qu’un motif existe, proportionné aux inconvénients qui pourraient indirectement en résulter. C’est ainsi qu’en pays hérétique ou infidèle il peut être licite de ne pas observer les règles du jeûne et de l’abstinence.

  • L’application de ce dernier principe surtout reste délicat, et il sera parfois difficile de déterminer quelle est la limite exacte du permis et de l’illicite en cette matière.


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    Nous avons là les grands principes communément admis en théologie morale. Quelles en sont les conséquences pour la vie quotidienne ? On peut dire en quelques mots que dans la vie courante les catholiques ne sont pas obligés d’exposer clairement leur foi catholique dans leur travail. Nous avons souligner le terme " obligés " car ici nous sommes dans le domaine de ce qu’il est permis ou non de faire et non pas dans celui de ce qu’il est mieux de faire. Cependant il faut également noter qu’il ne serait pas forcément bon d’affirmer en toutes circonstances notre foi. La charité chrétienne oblige elle aussi, et il se peut que pour un plus grand bien on soit obligé de ne pas tout dire tout le temps. Saint Thomas dans la question sur la charité fraternelle (Cf. les questions disputées) rappelle que si l’affirmation de la foi peut provoquer un scandale et par la même occasion détourner un certain nombre de personnes de la seule véritable religion il est bon de se taire (à condition qu’il n’y ait pas de la part de celui qui se tait une affirmation explicite de renoncement à la foi).

    Ce que nous pouvons affirmer de plus dans ce domaine c’est que dans le monde actuel l’exemple prouve plus que le discours. " Qu’ainsi votre lumière brille devant les hommes afin que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père qui est dans les cieux " (Mt. 5, 16). Les conseils que donne Jésus sur la manière de prier, les reproches si véhément qu’Il adresse aux pharisiens, ne laissent aucun doute sur la portée de ce conseil. Si une vie est vraie elle ne peut pas ne pas rayonner. Celui qui met en pratique les lois du Royaume, à savoir les béatitudes, est la " lumière du monde " (Mt. 5, 14). Il ne doit cependant pas se cacher, et ceux qui l’entourent, sensibles à la qualité de lumière qui émane de lui remonteront jusqu’à la Source : Dieu, " Lui qui nous a appelé dans son admirable Lumière " (I Pet. 2, 9) Le chrétien doit à tous cette vérité qu’il est seul à même de donner. Il ne s’agit pas d’ailleurs seulement de justice mais d’amour.

    C’est donc, en premier, par son exemple que le chrétien va communiquer ce don inestimable qu’il possède. Les paroles viennent après. Il faut, avant de pouvoir en parler, vivre la foi. Ceux qui écoutent une parole au point de mettre tout leur être en accord avec elle suscitent, dans cette parole, des harmoniques qui la rendent intrinsèquement plus pénétrante, qui lui confèrent une exigence de communicabilité à laquelle doivent bientôt se rendre ceux qui d’abord n’écoutaient qu’avec moins de profondeur, ou moins de docilité.

    Si nous prenons la Vérité comme mesure permanente de notre vie, nous faisons luire une lumière purifiante et convertissante.

    Notre premier devoir consiste donc dans l’exemple, bien sûr ce devoir est exigeant car il nécessite beaucoup plus de notre part que de belles paroles. Ensuite pour l’affirmation explicite de notre foi par la parole, et étant mis de côté les cas où nous devons absolument le faire (cf. ci-dessus les cas de théologie morale), il y aura autant de réponses que de cas. Plus une personne aura de responsabilités plus elle aura un devoir important d’exprimer sa foi. Donner aux autres le pain de la vérité, parce qu’on dit, parce qu’on vit, parce qu’on est, c’est être fidèle à l’engagement d’autant plus profond qu’il est moins exprimable, et qui nous lie aux autres parce qu’à Dieu. Dans tous les cas c’est l’amour de Dieu et du prochain qui doit nous motiver, c’est l’amour de Dieu et du prochain qui doit régler notre vie, sans cela nous nous éloignons de notre mission sur terre et tout discours si beau et si convaincant soit-il ne serait que poussière. Si dans nos actions ce n’est pas la charité qui nous pousse à agir de telle manière afin d’être un témoin de la Vérité, alors peu importe l’action que l’on pose. Seule cette fidélité qui nous conforme à Dieu importe. Elle fait du chrétien la Lumière du monde, lui qui sinon ne serait qu’un affreux redresseur de tords.
     
     

    On peut donc en conclusion résumer la profession de foi en trois points :

    1. Une profession verbale, celle par excellence du prédicateur, celle aussi de tout chrétien au moment où l’honneur de Dieu et le salut des âmes le requièrent.

    2. Une profession que l’on pourrait appeler sacramentelle et dont le mystère eucharistique offre le principal et le plus beau specimen.

    3. Une profession diffuse qui est celle de toute une vie, où toute la conduite personnelle et sociale, où loin de démentir le Christ, accepte de lui demander la loi de ses démarches. Les vertus qui déterminent la présence du Christ sur le plan quotidien ne se confondent pas purement et simplement avec les vertus dont la nature est capable. Les saints Innocents ont selon le mot de l’Ecriture confessé Jésus Christ, non par des paroles, mais par leur vie. Tout catholique soit en témoigner par les vertus de sa vie