Est-il permis d’avorter ?
Petite étude sous la forme d'une question théologique de St Thomas
Objections :
Il semble
qu’il soit licite d’avorter dans pour les raisons suivantes.
1.
La femme est maître
de son corps.
Les femmes ont un droit de disposer de leur
corps, c’est une revendication du
féminisme contre toutes les formes de misogynie. Elles ont donc le droit
d’avorter.
Lorsqu’un
enfant n’a pas été désiré, il risque d’être malheureux de souffrir toute sa
vie. Afin d’éviter toutes ces souffrances, il faudrait mieux qu’il ne naisse
pas.
3. Le viol
Lorsqu’un viol a eu lieu et
que la victime se retrouve enceinte et que pour des raisons diverses (budget,
volonté,...) et parfaitement acceptables, elle ne veut pas avoir d'enfant (qui
serait perturbé le jour où il apprendrait les conditions de sa création), alors
il est licite de la faire avorter le plus rapidement possible : à
situations exceptionnelles, mesures exceptionnelles.
4. "Paternité
responsable"
Si la fécondation a lieu par
accident (échec de la contraception), le couple peut retourner à son avantage
le terme de l'Eglise de "paternité responsable" pour justifier que
l'avortement est nécessaire par égard aux enfants déjà existants aux besoins
desquels les parents ne pourraient plus subvenir efficacement si un nouvel
enfant venait à naître. Beaucoup d’enfants conçus seront malheureux et n’auront
pas une vie de qualité. L’avortement prévient ce problème et le résout.
5. Mauvais parents
Si les parents se savent
incapables de bien assumer les rôles de père et de mère, il vaudrait mieux que
la femme avorte s'il y a fécondation accidentelle pour ne pas laisser naître un
enfant qui deviendrait assurément malheureux.
6. Malformation
Si, lors de la formation de
l'embryon, on remarque une malformation qui aura pour effet absolument certain
la naissance d'un enfant irrémédiablement handicapé ou anormal, il vaudrait
mieux empêcher la naissance et faire avorter la mère par amour pour l'enfant,
pour ne pas donner la vie à un être qui sera très probablement très malheureux
et très seul du fait de son handicap. Cette solution semble la meilleure afin
de lui épargner une indigne de l’homme.
7. Danger pour la vie de
l'enfant et/ou de la mère
Si pour une raison quelconque les vies de l'enfant et/ou étaient à coup sûr menacées lors de l'accouchement, il vaudrait ne pas prendre le risque de tuer soit la mère et son enfant soit carrément les deux ! Cela peut devenir alors un choix entre une vie et une autre.
8. Mort du père
Si le père du futur enfant meurt durant la
gestation, la mère peut vouloir ne pas donner naissance à un enfant qui n'a
plus de père ; cela pourrait être très préjudiciable à l'équilibre
psychologique de l'enfant et ce serait par amour que la mère ne voudrait plus
alors d'un enfant dont elle sait qu'il souffrira.
S'il y a mort du futur père, la mère peut aussi se
rendre compte de son incapacité financière (par exemple) à subvenir aux besoins
d'un enfant que deux salaires auraient permis de bien faire vivre ; elle peut
alors vouloir avorter.
Il n’est jamais permis d’avorter. Cela apparaît dans
le syllogisme suivant :
Il n’est jamais permis de tuer un être innocent.
Or l’enfant dans le sein de sa mère est un être
innocent.
Donc il n’est jamais permis de tuer l’enfant dans le
sein de sa mère.
La majeure du syllogisme est évidente car tout homme a le
droit à la vie. Ce droit est reconnu par la Déclaration Universelle des Droits
de l’Homme de 1948 (article 3) et même par la loi Veil qui dépénalise
l’avortement en France : « La loi garantit le respect de tout être
humain dès le commencement de la vie. » (article 1) ! Ce droit est
absolu et inaliénable ; il ne fait qu’énoncer une exigence de toute
société digne de ce nom : l’égalité absolue de tous les hommes quant à la vie.
On peut même dire que ce droit est le premier car il fonde tous les autres
droits ; s’il n’est pas respecté tous les autres sont menacés. Supprimer à
un être le droit à la vie revient en effet à supprimer le sujet du droit.
C’est à la mineure que les partisans de l’avortement
s’attaquent. C’est cette vérité que nous allons nous attacher à prouver plus
longuement. En effet, c’est une constante chez les hommes : à chaque fois
qu’ils ont voulu exploiter leurs semblables ou les exterminer, ils ont mis en
doute le caractère humain de ceux-ci. Dans l’antiquité, les esclaves étaient
considérés comme des choses, au XVIe siècle les indiens comme des « bêtes
à apparence humaine », ainsi que nous le rapporte Montaigne et plus près
de nous les nazis ont considérés les juifs comme des « non-hommes » des Unmemschen.
Or le caractère humain de l’embryon ne fait pas de doute. La science génétique moderne montre que dès le premier instant de la vie, se trouve déjà fixé le programme de ce que sera ce vivant. A la rencontre des gamètes mâles et femelles, tout le code génétique, c’est-à-dire, ce qui fait que cet être est un homme, et même cet homme dans sa particularité et non un autre, est présent. Voici ce que déclarait devant Commission du Sénat des Etats-Unis le professeur Jérôme Lejeune, membre de l’Institut et découvreur du gène de la trisomie : « Sitôt que les 23 chromosomes paternels sont réunis avec les 23 chromosomes maternels, toute l’information génétique, nécessaire pour exprimer toutes les qualités innées de l’individu nouveau, se trouve rassemblée. De même que l’introduction d’une mini cassette dans un magnétophone permet la restitution d’une symphonie, de même le nouvel être commence à s’exprimer sitôt qu’il est conçu ». Et le Professeur Lejeune de conclure « La nature humaine de l’être humain, depuis sa conception jusqu’à sa vieillesse, n’est pas une hypothèse métaphysique, mais bien une évidence expérimentale »[2]. A titre de comparaison, personne ne se demande en médecine vétérinaire si un embryon de vache est animé de vie féline ou canine. Il ne fait de doute pour personne que ce que la vache porte dans son utérus est un veau. De même, le produit de la procréation humaine est un être humain.
On peut arriver à la même conclusion en raisonnant par l’absurde. Notons tout d’abord qu’il est impossible de nier avec une certitude absolue que l’embryon soit un être humain. C’est une évidence. Le maximum que l’on puisse concéder est qu’il est douteux que l’embryon soit un être humain. Il se pourrait en effet qu’à un moment donné l’embryon humain qui était jusque là un être potentiellement humain devienne réellement un homme. Remarquons déjà à ce stade qu’on se heurte à deux problèmes insolubles : si l’embryon humain n’est pas dès sa conception un être humain quand le sera-t-il effectivement ? Par quel saut ontologique extraordinaire cela se produit-il ? Il est totalement impossible de morceler le processus physique enclenché pour y introduire une discontinuité et affirmer : « ça y est, c’est une personne » alors qu’avant cela n’en était pas une. Mais il y a plus. En effet, dans ce cas, à chaque fois que l’on pratique un avortement, on accepte alors logiquement le principe que l’on tue peut-être un homme. Mais accepter ce principe, c’est accepter qu’il est licite de tuer un être humain, car en prenant le risque de tuer un homme, je prends le risque d’être homicide.[3] Je remets en cause par voie de conséquence l’inviolabilité absolue de la vie humaine.
Mis en forme, le raisonnement s’énonce alors de la façon suivante :
Pour rendre licite l’avortement, il ne suffit pas de prouver que le fœtus puisse ne pas être une personne, il faut pouvoir prouver avec certitude que cela n’en est pas une. En effet, dans le cas contraire, on prend le risque d’être homicide.
Or il est impossible d’avoir la certitude métaphysique que le fœtus n’est pas une personne humaine et la science nous incline même à penser le contraire.
Donc il n’est jamais licite d’avorter.
Réponse aux objections[4].
Principe
général :
Une intention bonne ne
suffit pas à changer la valeur d’un acte. Ainsi on ne peut pas exécuter des
innocents, pour sauver la Patrie. Sauver le Patrie est une fin bonne, mais
cette fin ne justifie pas qu’on sacrifie un innocent : le droit à la vie
humaine est inaliénable. Plus brièvement, la
fin ne justifie pas les moyens. Or nous avons vu dans le corps de
l’article, que l’avortement est toujours intrinsèquement mauvais parce qu’on
tue un enfant. De même, les circonstances ne suffisent pas à changer la valeur
d’un acte. Elles peuvent atténuer ou aggraver la responsabilité de celui qui le
pose, mais en aucun cas elles ne peuvent faire ce que ce qui est mal devienne
bien.
1.La femme est
maître de son corps.
L’enfant non né n’est pas un
organe de sa mère, il est un être unique, distinct, avec son individualité
génétique propre. La femme ne peut disposer l’existence de cet être à sa guise
comme le faisait le pater familias dans la société romaine. Refuser cela, c’est
reconnaître l’esclave, système où un être humain peut devenir la propriété d’un
autre.
Il n’existe aucun critère
pour dire si un enfant désiré sera heureux et si un enfant désiré sera
malheureux . Il existe des enfants non prévus qui sont aimés et des
enfants désirés qui ne le sont pas : les bourreaux d’enfants désirent avoir des enfants. La
psychologie montre en outre que la mère passe souvent au cours de sa grossesse
de la contrariété à l’acceptation, et de l’acceptation à l’amour. Nous ne
pouvons pas figer le désir au moment du début de la grossesse car il mûrit et
progresse. Nous n’avons pas été tous désirés ; mais nous sommes sûrs
d’avoir été accueillis. Enfin, l’enfant n’est pas un objet de consommation,
c’est une personne. C’est ne pas une
vidéo ou une voiture, si « ça » plaît, on le prend ; sinon on
avorte.
3. Le viol
On ne remédie pas à une injustice en commettant une injustice plus
grave encore ; on ne répare pas le mal en commettant le mal. Par ailleurs, on assiste
ces dernières années à une augmentation du nombre de viols. La libéralisation
de l’avortement crée une mentalité de violence où le plus fort a le droit pour
lui et où le plus faible ne peut résister au plus fort. Par là elle, elle
conduit à banaliser le viol en exposant davantage encore les femmes à l’emprise
phallocratique des hommes. Enfin, il est malhonnête de se servir de situations
extrêmes pour banaliser l’avortement. A partir de quelques situations
contraignantes, tout devient soudainement permis.
4. "Paternité
responsable"
Les partisans de
l’avortements ont l’habitude de dire que la prévention à l’avortement se fait
par la contraception. Or l’habitude contraceptive engendre la mentalité
abortive : en cas d’échec de la contraception, on recourt plus facilement
à l’avortement. Les faits sont d’ailleurs là pour en témoigner, 25 ans après la
voir Veil, le nombre d’avortements n’a pas diminué et a même augmenté. Par
ailleurs, dire qu’à partir du moment où les parents sont trop pauvres les
enfants n’auront pas une vie de qualité,
revient à soutenir que la vie ne vaut pas
la peine d’être vécue qu’à partir d’un seuil de qualité. C’est une
proposition monstrueuse et inacceptable, car on soutient le subjectivisme
intégral. Quelle est cette qualité de vie ? Où se situe le bonheur ?
Faut-il préférer le magnétoscope à l’accueil de l’enfant ? Le bonheur de
l’un ne fait pas le bonheur de l’autre : Pierre sait sourire là où Paul
pense au suicide. Enfin, notre société n’a jamais été aussi riche. Il faudrait
donc penser à une politique familiale qui donne au couple ayant de nombreux
enfants le minimum de biens matériels indispensables pour assurer une existence
digne.
5. Mauvais parents
Personne
ne peut prévoir ce que sera le bonheur d’un enfant. S’il est légitime de tuer
un être humain parce qu’il risque
d’être malheureux, alors il est aussi légitime de tuer ceux qui, dores et déjà
sont malheureux. Et personne n’ose soutenir cette conséquence pourtant
rigoureuse.
6. Malformation
Si l’on admet que l’on peut
éliminer tous les indésirés (les handicapés, le trisomiques, les malades
mentaux), la société humaine se détruit. Si l’on admet pas la présence des
autres avec leurs différences, la vie en société devient infernale. Face à un
handicapé, quelle est la solution la plus humaine, le supprimer ou l’aider à
mener la meilleure existence compte tenu de ses capacités ? L’enfant
atteint d’une malformation est pourtant membre de l’espèce humaine. Si l’on
l’élimine en raison de sa malformation, on éliminera ceux qui n’ont pas la
couleur de peau ou le sexe espéré.
7. Danger pour la vie de
l'enfant et/ou de la mère
Ainsi que nous l’avons dit tout au début, la fin ne justifie pas les moyens. Le
principe de la solution est simple : on
ne choisit pas. On ne peut pas sacrifier une vie innocente à une autre. Ce
que l’on doit vouloir, c’est sauver les deux. Il peut arriver cependant que,
ayant fait tout ce qui est humainement possible, on aboutisse à une conséquence
non voulue : la mort. Il peut arriver aussi qu’en voulant soigner la mère
d’un cancer, cela entraîne une conséquence malheureuse, non voulue, non
désirée. Mais nous sommes là dans le cas d’un acte qui à un double effet l’un
positif (la guérison du cancer), l’autre négatif (la mort de l’enfant). Cela
est licite, car on ne veut pas dans ce cas l’effet
négatif, on s’y résigne, on le désire pas, on le tolère.
8.
Mort du père
Cette objection revient aux précédentes (n° 2, 4 et 6). On identifie indûment la vie humaine et la qualité de la vie humaine. Bien sûr, il est préférable qu’un enfant ait un père ou puisse avoir le minimum vital, mais en aucun cas le fait qu’il n’ait pas de père, ne donne le droit de le tuer. Vie humaine et qualité de vie ne sont pas à mettre sur le même plan. Pour prendre un exemple, on ne pas mettre sur le même plan la démocratie et la qualité (ou les défauts) de la démocratie. Les défauts de la démocratie, il faut les combattre, mais le pire moyen de les combattre serait de détruire la démocratie.
Annexe
1 : Léa.
1er mai : Par amour, mes parents
aujourd’hui m’ont appelé à la vie
15 mai : Mes premières artères apparaissent et
mon corps se forme très rapidement.
19 mai : J’ai déjà une bouche
21 mai : Mon cœur commence à battre.
22 mai : Je ne sais pas du tout pourquoi maman
se fait tant de soucis.
28 mai : Mes bras et mes jambes commencent à
croître. Je m’étends et je m’étire.
8 juin : A mes mains poussent de petits doigts.
16 juin : C’est seulement aujourd’hui que ma
maman a appris que j’étais là.
20 juin : Maintenant c’est sûr : je suis
une fille.
24 juin : Tous mes organes se dessinent. Je
peux sentir la douleur.
6 juillet : J’ai des cheveux et des sourcils.
8 juillet : Mes yeux sont finis depuis
longtemps même si mes paupières sont encore fermées.
19 juillet : Mon cœur bat magnifiquement. Je me
sens protégée.
20 juillet : Aujourd’hui ma maman m’a fait
mourir.
Un gynécologue
Annexe 2 : L’embryon un être humain
Extraits du dialogue du professeur Lejeune
avec la Cour au procès de Maryville (USA)[5]
Q. ‑ Nous pourrions
prendre ‑ tentant de faire une expérience scientifique- un zygote,
l'examiner, voir l'ADN et les autres structures de la cellule en supposant que
nous avons les connaissances suffisantes pour le faire, et dire tout sur cet
être humain ?
R. ‑ Je dirais oui,
sauf accident non prévisible ; mais je voudrais dire qu'il n'y a pas de machine
assez grande pour y faire entrer une telle information.
Q. ‑ Mais si nous
avions une telle machine, nous pourrions voir dans le zygote et nous pourrions
dire quelle couleur de cheveux aurait cette personne ?
R. ‑ Sans doute.
Q. ‑ Quelle couleur
des yeux aurait cette personne ?
R, ‑ Oui
Q. ‑ Pourrions‑nous
regarder dans le zygote, dans sa structure, ou dans les chromosomes, ou dans
l'ADN, et dire quelle langue parlerait cette personne ?
R. ‑ Je ne le crois
pas. Nous pourrions dire, dans votre exemple, cet être sera capable de parler
et il parlera japonais s'il vit à Tokyo. Mais nous pourrions dire,
réciproquement, en regardant dans la première cellule d'un chimpanzé, cet être‑là
ne parlera jamais !
Q ‑ Pourrions‑nous
regarder dans le zygote, dans des chromosomes, dans l’ADN, dans l'équilibre de
ses structures et dire si cet embryon se développera en une Personne de
sensibilité libérale ou conservatrice ?
R, ‑ Même en regardant
des adultes, je ne puis deviner cela, Maître ! ….
Q. ‑ Permettez‑moi
de m'assurer que je comprends bien ce que vous me dites, que le zygote devrait
être traité avec le même respect qu'un être humain adulte.
R. ‑ Je ne vous dis pas cela, car je ne
suis pas en position pour le savoir. Je vous dit : c'est un être humain.
Ensuite, c'est un juge qui vous dira si cet être humain a les mêmes droits que
les autres. ( ... ) Mais si vous me demandez en tant que généticien si cet être
est un humain, je vous dirais que ‑ puisque est et qu’il et qu'il est humain ‑ il est un être
humain.
Q. – Dr. Lejeune, bien sûr vous êtes un scientifique et, je
suis sûr que dans une large part vous fondez vos convictions et vos sentiments
sur votre connaissance de la génétique et d'autres sciences. Concédez‑vous
qu'il existe d’autres scientifiques fort distingués, des hommes aussi instruits
que vous, qui ont réfléchi et qui ont accès à la même information scientifique
que vous, et qui arrivent à des conclusions différentes ?
R. ‑ Sur quoi ?
Q. Sur les droits normaux ou
sur les devoirs normaux envers le zygote
R, Ah! pour çà, je vous
l'accorde, mais pas sur le fait de savoir si un être humain ou non.
Objection : L’Eglise en condamnant l’avortement est en contradiction avec son
magistère antérieur. Pendant des siècles, les théologiens, et saint Thomas
d’Aquin en tête, ont soutenu une animation tardive et non dès le moment
de la conception. Or la position de l’Eglise par rapport à l’avortement
suppose la reconnaissance de l’embryon comme un être humain à part entière dès
sa conception, ce qui est impossible si l’on soutient la théorie d’une
animation tardive.
Réponse[6] :
L’Eglise suit les
conceptions philosophiques de son époque. Pendant tout le Moyen Age, elle a
suivi les théories des anciens grecs qui pensaient qu’ils y avait une animation
tardive de l’embryon. Aristote que suit saint Thomas pensait qu’il fallait 40
jours pour que le fœtus masculin soit animé (80 pour le féminin !). Elle
distinguait deux fautes de gravité inégale : « l’avortement
homicide » et « l’avortement contraception » en cas
d’élimination de l’embryon avant son « animation » (avant qu’il soit
humain). Ainsi dans les pénitenciels du haut Moyen Age, la pénitence prévue
pour une avortement provoqué après le
40° jour peut atteindre 10 ans et tandis qu’en cas « d’avortement contraception »,
elle n’excède jamais un an. De même, dans le décret de Gratien (1140), on
lit : « n’est pas homicide celui qui procure l’avortement avant que
l’âme ne soit infusée dans le corps ». Après de nombreuses
tergiversations, l’Eglise en est venue à soutenir la théorie de l’animation
immédiate. C’est cette théorie qu’il faut soutenir comme étant la plus
probable, en raison de la révolution scientifique opérée par les progrès de la
génétique qui nous montrent que tous les caractéristiques de l’être humain sont
présents de la fécondation de l’ovule[7].
L’Eglise n’a donc pas changé son enseignement au sujet de la défense de la vie
humaine, mais elle l’a affiné en fonction de progrès de la science.
[1] Un excellent témoin de cette loi naturelle se trouve dans le serment d’Hippocrate que les jeunes médecins prêtent à l’aube de leur carrière et qui date du cinquième siècle. Il y est notamment écrit : « Je ne remettrai à personne du poison, même si l’on m’en demande, ni ne prendrai l’initiative d’une telle suggestion, je ne remettrai à aucune femme des substances provoquant l’avortement ». Depuis quelques années, hélas, cette dernière partie a disparu.
[2] Jérôme Lejeune, « Quand commence un être humain ? », allocution prononcée le 23 avril 1981 devant la Commission du Sénat des Etats Unis. Cité en annexe du livre de Marc Dem, Lettre à Monsieur Quelconque sur les enfants artificiels, Dismas, Dion Valmont (Belgique), 1987, pp. 197-200.
[3] Pour prendre un autre exemple, si je prends le risque d’injecter à un homme un produit que je sais être peut-être empoisonné, j’accepte implicitement que celui qui a reçu l’injection soit empoisonné. S’il meurt, je suis donc responsable de sa mort. J’ai commis un acte immoral. Le seul moyen d’échapper à cette responsabilité aurait été de ne pas lui injecter de ce produit.. Si l’on refuse cette conséquence logique, alors la voie est ouverte et on pourra se permettre n’importe quoi.
[4] Nous empruntons la réponse aux objections de l’excellent livre de Michel Schooyans, Bioéthique et population : le choix de la vie, Paris, Fayard, 1994.
[5] Jérôme Lejeune, L’enceinte concentrationnaire, Paris, Fayard, 1991. L’ensemble de la démonstration mérite d’être lue.
[6] Cf. Thomas Deswarte (Université Paris IV Sorbonne), « L’Eglise et l’embryon », in Catholica, n° 49 (automne 1995), pp. 114-119.
[7] Cf. I. F Sagües, De deo creante et elevante, in Sacra Theologiae Summa, tome II, BAC, Madrid, 1964, pp 747-750. L’auteur, en plus de l’argument scientifique évoqué plus haut, développe des considérations théologiques fondées sur la Conception du Christ, l’Immaculée Conception et l’obligation du droit canon de baptiser sans condition (« absolute ») les fœtus (CIC de 1917 n° 747).