L’éducation chrétienne de nos
enfants
Par le Docteur Jean-Pierre Dickès
Extrait du « Cahier Saint Raphaël » n° 63, juillet 2001 :
Musique
de vie, musique de mort. (3, rue Coypel, 78000 Versailles).
[http://site.voila.fr/acim/]
"Je vous ai donné un exemple, afin que vous
fassiez comme je vous ai fait".
.Jean XI, 15
Il n’est pas possible d’évoquer l’homme
dans sa globalité sans se souvenir qu’il est le fils de Dieu. Qu’il y a en lui
quelque chose de plus qu’un être animé, aussi attachant soit-il. Un homme est
fait d’un corps et d’une âme. Il y a toute une dimension surnaturelle qui le
relie à son créateur. On ne « dresse » pas un homme comme un cheval
de course. Sa nature, son tempérament, ses gènes même (et c’est là une
découverte scientifique récente) le portent à se survivre à lui-même, à avoir
une idée de la perfection et aussi une foi instinctive en sa propre éternité. C’est
pour le chrétien le retour à Dieu en vue duquel il a été tiré du néant. Mais le
désir de ce retour n’est nullement une forme d’obligation que l’enfant aura
contractée par sa naissance.
Le médecin apprend que l’homme
est constitué du génotype, c’est-à-dire de ce qu’il est ; et du phénotype,
c’est-à-dire ce qu’il devient. Ce devenir n’existe que dans le cadre d’une
société et par les influences qu’elle donne.
Or. apparemment,
et contrairement aux thèses de Rousseau, la société n’a pas comme mission de dépraver l’homme dans sa bonté
naturelle. C’est exactement le contraire. L’homme à sa naissance est un être
imparfait. Il appartient à la société de le préparer à l’éternité qui est
perfection. À cet égard, la famille a un rôle prépondérant et décisif. Mais la
formation de l’enfant est tout un ensemble. Il n’est pas possible de
dire : « Je vais élever mes enfants en dehors de la Société » . Mais il n’est pas non plus possible de dire :
« Je vais élever mes enfants en dehors de la famille » .
Élever un enfant est donc un tout
qui sera donné par le sens chrétien transmis à l’enfant : l’éducation
Chrétienne.
Un devoir grave
« Les parents sont tenus par une très grave obligation : celle d’assurer selon leurs moyens l’éducation
religieuse et morale, physique et
civile des enfants et de veiller également sur leur bien temporel ». Voilà une prescription grave
que fait l’Église dans le droit Canon (n° 1113[1]). On
peut certes avoir des enfants pour les joies qu’ils procurent, mais le
principal objectif de tout foyer chrétien est bien de les ouvrir à la vie de la
Foi. Et ce n’est pas une mince affaire, dans une société où l’État qui
normalement est protecteur, encourage par tous les moyens la destruction des
âmes sinon celle des corps (euthanasie, avortements, suicides). L’État n’est
plus protecteur alors qu’il prétend aliéner les droits de la famille et imposer
une société laïque, c’est-à-dire sans Dieu. L’enfant se
trouve par le fait même coupé des racines naturelles qui doivent assurer son
développement. Si bien qu’il appartient aussi aux parents de suppléer à cette
carence qui est justifiée même dans l’Église Catholique au nom du Décret sur la
Liberté Religieuse du Concile Vatican II. Or le développement de l’enfant, par-delà
l’aspect purement physiologique, parait comme infiniment complexe.
Un être qui se transforme
Le nouveau-né apprend vite à
sourire si on lui sourit, à gazouiller si on lui parle. Il a besoin de
tendresse, de patience, pour lui donner à manger, le changer, l’endormir. Puis
il établit sa vie de relation. Bien vite il saura ce qu’il n’a pas le droit de
faire. Il faut l’encourager et savoir lui dire non, si nécessaire. A partir de quatre
ans, il manifeste par la parole ses sentiments, ses affections.
Il devient « intéressant »
mais égoïste et égocentrique. Il apprend à être le centre du monde, adulé. Et
aussi les caprices. Un cas fréquent est celui de l’anorexique : cet enfant
qui par opposition refuse de manger. S’engage alors une sorte de guerre avec
les parents. C’est à celui qui ne cédera pas. Le remède est d’ailleurs simple :
il consiste à laisser l’enfant dans son caprice et ne pas s’opposer à lui.
Au moment de la pré-adolescence,
l’enfant subit une transformation physiologique importante, mais il développe
aussi sa sensibilité : c’est le moment des grandes amitiés, le désir de s’affirmer
par la force et le cœur.
Puis, avec l’adolescence, le
garçon affirme sa force, avec gaucherie parfois. La jeune fille est plus
vulnérable par ses retenues, sa recherche de l’amour. Elle devient plus mûre
aussi et plus vite que les garçons.
Les différents tempéraments sont
depuis longtemps connus des psychologues et des pédiatres : nerveux,
bileux ou colériques. Les caractères aussi s’affirment : émotifs, non
émotifs, actifs ou au contraire peu entreprenants, passionnés, exubérants,
sentimentaux ou nerveux, flegmatiques, extravertis ou introvertis, apathiques,
voire amorphes. Toute une panoplie où les couleurs se juxtaposent ou se
mélangent plus ou moins sous forme de qualités ou de défauts. C’est dire qu’élever
un enfant n’est pas facile sans un minimum de connaissances et de réflexion.
Une grande mission
Or peu de parents, qui par ailleurs
se donneront bien du mal pour faire obtenir à leur enfant un examen ou une
situation brillante, improvisent littéralement dans la manière d’élever leur
enfant. Je me souviens d’un brillant chirurgien qui s’avisa un soir que
son enfant marchait d’une drôle de manière. II avait simplement développé un
magnifique rachitisme qui lui déformait les jambes en arc de cercle.
Les parents veilleront donc au
développement harmonieux du corps de leur enfant. Cela va sans dire, cela
va encore mieux en le disant. Nourriture saine et variée : que d’enfants
ont de gigantesques caries dentaires à cause du bonbon du soir. Bon air,
propreté, sorties, tenue vestimentaire adaptée au climat. repos
suffisant, sport, ambiance familiale calme. Tout cela est nécessaire.
Si les parents se battent, les
enfants sont énervés. Il en est de même s’ils sont plantés en permanence devant
la télévision ou des jeux violents qui déversent l’agressivité à toutes doses.
Il faudra donner aux enfants le
goût de l’effort, de l’attention, de l’observation. Une des qualités premières
des parents et de savoir écouter. L’âge de quatre ou cinq ans est celui des
pourquoi. Demandes parfois insolites auxquelles il est répondu souvent par jeu.
Mais plus tard les questions se font pressantes. Et là, les choses se
compliquent. La solution simple est de s’en débarrasser notamment en faisant fi
de la vérité, en mentant. On sait que tout
se joue avant six ans. Et le moindre faux-pas peut avoir des
conséquences incalculables.
Il n’est pas possible de toujours
répondre « les enfants naissent dans les choux ». La mère tient une
place apparemment déterminante dans ce qui doit devenir un dialogue permanent.
Car elle est l’âme de la famille.
L’apprentissage de la vérité
Le bébé est en général régi par
des instincts : il rit ou il pleure, il a faim ou soif, il aime ou n’aime
pas. Il convient de lui donner au plus tôt de bonnes habitudes (notamment en
matière de régularité de vie (sommeil, repos). Un enfant n’est pas une poupée
que l’on prend quand on en a envie.
De toutes ces bonnes habitudes
dépendra son éducation sensorielle. L’apprentissage doit être patient et
précoce : ranger les jouets, refuser les colères, susciter les
initiatives, inciter à la persévérance dans les jeux, développer l’observation
(qu’est-ce que cette image représente ?) ; montrer les détails des objets,
montrer les différences (notamment entre ce qui tient du monde imaginaire et de
la réalité). Apprendre à jouer en société, se faire aider dans les travaux
quotidiens.
Combien de mamans servent de
bonnes à des adolescents de dix-huit ans ! Le sens de l’effort est souvent
long à acquérir, facile à perdre. Veiller au sens de l’obéissance, du
dévouement… L’adolescence est une période particulièrement difficile et dépend
souvent des bonnes habitudes prises : lever rapide, prière du matin et du
soir, refus systématique des mensonges et de la dissimilation.
La nature des relations entre
parents et adolescents apparaît comme très différente de ce quelle était jadis.
Il n’est pas possible de commander à ses enfants comme on le faisait, il y a
cinquante ans.
La communication se basera alors
sur l’éducation, l’estime et les capacités des parents vis-à-vis de leurs
enfants. Age difficile : ceux-ci font fi de l’expérience des plus âgés,
pensants tout connaître. Ils se reposent plus volontiers sur l’amitié et sur
les relations avec leurs condisciples. C’est l’âge de la contestation qu’il a
fallu prévoir.
Une société laxiste
Le jeune devient alors volontiers
vindicatif. Le garçon fait l’idiot ou l’extravagant. La jeune fille joue la
coquette, la charmeuse. La mode actuelle est au satanisme : habits noirs, piercing, tatouages, musique provocante. Céder à une demande des parents
devient un déshonneur. Face à une réprimande, on boude, on claque les portes.
Certains couvent littéralement leurs
affaires personnelles. Pas question de pénétrer dans leur univers (même dans
leur chambre). Par ailleurs la société actuelle fait l’objet d’une tolérance
coupable vis-à-vis de la petite délinquance. D’où une tendance qui se développe
aux petits vols (en attendant les
grands), souvent alimentée par un sentiment de jalousie : « Il a ça,
pourquoi pas moi ? ». A l’avidité correspond aussi la colère à la
suite de reproches. Et bien sûr l’incitation permanente à l’usage de la drogue
et aux relations sexuelles précoces et sans contrôle. Il faut vivre avec son temps, répète-t-on.
Une autre des caractéristiques de
la société actuelle est qu’elle incite à la paresse. Le minimum d’efforts. On
rêvasse, on laisse faire, on se fiche de
tout. Désordre permanent de la
pensée, du cadre de vie. L’habitude aussi du mensonge.
A tout prendre finalement, ces
défauts et les demandes des enfants se retrouvent à des degrés divers lors de l’âge
adulte. C’est un chemin normal. Mais vers quel type d’éternité mène t-il ?
Vers les cimes
Les parents auront donc à cœur de
développer les qualités de leurs enfants. Un peu comme le montagnard qui
péniblement escalade les escarpements, mais découvre au fur et à mesure un
paysage de plus en plus grandiose. Or on ne part pas vers les cimes n’importe
comment. Les parents se doivent d’être préparés eux-mêmes. La foi intérieure et
extérieure est indispensable et développera l’enthousiasme nécessaire pour
prendre en charge l’enfant. Condition primordiale aussi : le couple a lieu
d’être stable et uni. Le père et la mère doivent, quel que soit leur âge,
regarder dans la même direction et ne pas se regarder l’un l’autre.
Que penser de deux montagnards
qui au lieu de regarder par les cimes passeront leur temps à regarder leur
matériel, ou les têtes qu’ils ont quand un vent glacé
leur balaie le visage ?
L’amour humain doit augmenter la
Foi, l’Espérance et la Charité. Faute de quoi il est voué à l’échec et ne
pourra être transmis. Rude responsabilité que d’élever un enfant. Il n’est pas
toujours facile de savoir écouter, former la sensibilité, réprimer les colères,
redresser les tendances à la paresse.
Père Fouettard ou Papa gâteau ?
Deux écueils entre lesquels il n’est pas facile de louvoyer. Les parents
oublient volontiers qu’ils n’ont pas des enfants pour leur satisfaction égoïste
comme s’ils achetaient une belle voiture. Ils doivent savoir leur transmettre l’amour
humain reflet de l’amour divin qui,soit les porter à
la vie éternelle.
Il faut donc les ouvrir à l’amour
du beau qui est la recherche de l’harmonie, l’amour du bien moteur de tout
progrès spirituel, l’amour de la vérité qui est source de joie, l’amour de l’idéal
nécessaire au vrai Bonheur, l’amour de Dieu reflet de la force et de la
sagesse. La formation de l’intelligence nécessite le goût du travail bien fait,
le développement du jugement et du raisonnement. L’éclosion de la volonté
demande persévérance, obéissance, efforts.
Une réciprocité de devoirs
L’homme est avant tout un animal
social. Il a besoin de protection. Il n’est pas libre comme le petit poussin
qui vient de casser sa coquille et qui peut déjà survivre par lui-même. Mais
réciproquement le jeune a des devoirs vis-à-vis de la société. Le boulanger a
besoin du médecin, qui a besoin du boucher qui a besoin du prêtre etc. Nous
sommes tous dépendants les uns des autres. Les hommes sont inégaux entre eux
par naissance. Et cette inégalité est protectrice. Mais un certain nombre de
règles sont nécessaires pour vivre en société. Le rôle des parents est d’apprendre
le plus vite possible à leurs enfants la politesse, la reconnaissance, l’ordre
et la propreté, le sens du service, le goût du sourire. Une des tâches les plus
difficiles des parents est celle de l’éveil de la conscience. La connaissance
de ce qui est bien ou mal, de ce qui rapproche de Dieu et de ce qui s’en
éloigne.
C’est finalement éclairer l’esprit
des enfants sur la volonté du Christ et les aider à l’accomplir librement. « Eduquer
à la crainte et à l’amour de Dieu ». Voilà qu’il n’est pas facile à une
époque où l’on en appelle volontiers à la liberté que doivent exercer les
enfants. Ils jugeront par eux-mêmes, dit-on, quand ils seront grands s’ils
veulent être baptisés. Que de parents renoncent délibérément ainsi à former
religieusement leurs enfants ! Faiblesse gravement coupable que de
renoncer à l’éveil de la Foi chez les plus petits, que de les éloigner de toute
pratique religieuse au nom de la liberté de conscience, que de renoncer à leur
donner des repères dans la vie. Que de cacher le caractère éphémère de la vie
sur terre.
Nous sommes des « passants »
sur notre planète. De minuscules grains de sables dans l’immensité de l’espace
et du temps. Et s’il n’y a pas l’Eternité à venir, quelle signification
accorder vraiment à notre passage sur terre ?
Le sens de Dieu
Le rôle le plus important des
parents est de préparer leurs enfants à la vie éternelle : instruction
religieuse, prière du matin, prière du soir, avant les repas, explications des
vérités de Foi, parler de l’amour de Dieu qui conduisit au sacrifice de la
Croix. Le développement de la piété se fait en famille par la prière, par la
messe du dimanche, par le développement de l’amour du prochain, corollaire de l’amour
de Dieu.
Cajoler un enfant, avoir de l’amour
pour lui, bien sûr. Mais finalement l’amour consiste essentiellement à le faire
approcher du Mystère de l’Incarnation et de la Rédemption.
Il n’est pas facile de faire
comprendre à un enfant que Dieu a pu envoyer son propre fils mourir sur une
croix dans d’atroces souffrances pour racheter le monde. Nous sommes alors dans
le domaine de la Foi. Et la Foi est un peu comme une plante qui a besoin pour
se développer d’être arrosée, d’avoir des racines plongées dans un terreau
nutritif, du soleil pour la réchauffer.
Tout cela est possible. D’abord
par l’exemple que montreront les parents eux-mêmes. Puis par les sacrifices qu’ils
s’imposeront pour mettre leurs rejetons dans des écoles vraiment catholiques.
Le but de tout cela est de mener les enfants à la vie sacramentelle, qui permet
de répandre la grâce de Dieu sur les hommes. Sans elle nous ne pouvons rien
faire. Vouloir développer une plante dans l’obscurité la plus complète est
impossible.
Les sacrements donnent la
lumière. Encore faudra-il commencer par le Baptême ce qui de nos jours n’est
plus guère évident. Mais ce sera l’instruction religieuse nécessaire des
jeunes, faite par les mamans, les catéchistes, les aumôniers des écoles. De
même, il faudra apprendre à prier. Et ce dialogue avec Dieu n’est pas toujours
facile non plus. Savoir s’adresser à la Sainte Vierge, notamment lors des
tentations de la Chair. Dans (Histoire de l’Eglise, la Vierge est toujours
présente. Elle peut intervenir entre Dieu et les hommes. Et saint Bernard
disait qu’elle répondait toujours à ceux qui l’invoquaient. La maman est celle
qui écoute, qui comprend, qui patiente, qui aide, qui transmet. Ce mot de maman
est le premier que prononce le petit enfant et souvent
le dernier de sa vie humaine.
A l’heure où tant de parents
abdiquent, renonçant à prendre leurs responsabilités vis-à-vis de leurs
enfants, il est bon de savoir que la Vierge restera toujours là comme ultime
recours. Tout simplement parce qu’elle nous a donné l’exemple parfait de l’Amour.
Dr. Jean-Pierre Dickès
[1] La
référence est du code de droit canonique de 1917. Le code de 1983 est moins
explicite et traite de cette obligation au n° 793 : « Les parents, ainsi que
ceux qui en tiennent lieu, sont astreints par l'obligation et ont le droit
d'éduquer leurs enfants ; les parents catholiques ont aussi le devoir et le
droit de choisir les moyens et les institutions par lesquels, selon les
conditions locales, ils pourront le mieux pourvoir à l'éducation catholique de
leurs enfants. » (Note de la rédaction du site Salve Regina)