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La Collaboration des époux
Par le groupe Domus Christiani du Mans
PLAN
Introduction
I. Les trois niveaux d’une bonne collaboration
1. La
collaboration de deux esprits
2. La
collaboration de deux volontés
3. La
collaboration dans l’action
II. Les pratiques actuelles et la réponse chrétienne
1.
Egalitarisme et
complémentarité
2.
Le travail de la
femme
3.
La présence du
père
Conclusion
INTRODUCTION
Les époux chrétiens bénéficient, par le sacrement de
mariage, « d’un joug de grâce » (Pie XII) qui les unit par un
lien indissoluble, pour s’aider l’un l’autre en portant, dans la communauté
d’une même vie, le poids de la famille. Tout ce qui se fait dans la famille
doit être le fruit de la collaboration, œuvre commune des époux. D’un point de
vue doctrinal, la sanctification mutuelle des époux est la
fin secondaire du mariage après la procréation et son corollaire,
l’éducation des enfants.
Qu’est-ce que collaborer ? Est-ce additionner
deux forces dont chacune travaille pour son propre compte ? NON !
Nous ne sommes pas deux locomotives unissant parallèlement leurs énergies pour
tirer un train trop pesant. Les époux sont plutôt comparables au mécanicien et
au chauffeur de la locomotive, qui font œuvre de collaboration matérielle et
consciente pour assurer la bonne marche du convoi. Chacun accomplit un travail
bien à lui, mais non sans se préoccuper de son compagnon ; il règle au
contraire son action sur la sienne selon que ce dernier en a besoin et qu’il
est en droit de l’attendre.
Dans un premier temps, nous verrons que cette
collaboration des époux se décline selon trois niveaux puis nous nous
pencherons sur les conceptions actuelles de la collaboration et les réponses
constantes du magistère.
* *
*
I. LES TROIS NIVEAUX D’UNE BONNE COLLABORATION
La collaboration humaine des époux chrétiens
s’articule autour du triptyque esprit, volonté, action.
1.
La
collaboration de deux esprits
Pie XII, dans ses allocutions aux époux chrétiens,
explique que seules les créatures intelligentes peuvent conjuguer leur libre
activité et collaborer entre elles, c’est-à-dire subordonner organiquement
l’œuvre particulière de chacun à une pensée commune, en vue d’une fin
commune : ici, le perfectionnement des époux dont dépend le bien commun
familial. Cela implique pour chacun de renoncer à sa propre indépendance en
unissant leurs pensées et leur foi. Ce n’est pas chose aisée. C’est pourquoi il
faut être, en esprit, bien décidés à se comprendre mutuellement, à s’estimer
sincèrement, persuadés de l’aide que l’autre peut apporter à la réalisation de
la fin commune.
Ainsi, tels des collaborateurs dont les
vues divergent inévitablement, il ne faut pas se réserver les travaux
qui plaisent mais travailler dans un esprit d’abnégation personnelle même si
son travail se perd dans l’anonymat de l’intérêt commun. Ce terreau spirituel
est indispensable pour que naisse une véritable collaboration.
Cette collaboration, indispensable au bonheur que Dieu
destine à la famille, passe également par l’étape d’une commune volonté.
2.
La
collaboration de deux volontés
Pour collaborer, il faut avoir la conviction de la
nécessité de cette collaboration. Cela implique une acceptation sincère et
entière des efforts à fournir dans un esprit d’amour cordial qui n’est pas la
simple résignation. Concrètement, c’est travailler ensemble sans attendre que
notre conjoint le propose, le demande ou l’exige, savoir faire les premiers pas
avec persévérance même si l’aide de notre conjoint nous paraît parfois
disproportionnée ou insuffisante par rapport à la nôtre pour le bien de la
famille. Nous parlons ici de « science cordiale » (Pie XII) de
la collaboration qui ne se trouve pas dans les livres mais dans le cœur et qui
entraîne l’action. Toutes les circonstances de nos vies doivent être utilisées
pour discerner les vertus et les défauts, les capacités et les lacunes de son
conjoint, non pour lui en faire le reproche, mais pour se rendre compte de ce
qu’on peut en attendre et de ce qu’il faudra compenser.
Pie XI précise dans son encyclique Casti connubii du
31 décembre 1930 que les époux devront avoir la ferme volonté de garder les Commandements
pour guide et qu’ils acquerront une sainte volonté commune en méditant
fréquemment sur l’état d’époux et sur le sacrement qu’ils ont reçu. Celui-ci a
été accompli au jour de leur mariage mais ses effets sont durables : les
époux verront les effets de la grâce du sacrement s’ils remplissent leurs
devoirs avec bonne volonté.
3.
La
collaboration dans l’action
Cette collaboration s’exerce dans le gouvernement et
la marche du foyer. Elle requiert un travail généreux dans l’affection
mutuelle, sans se laisser troubler par les changements et les sacrifices
inhérents à la vie de famille. Pie XI précise dans Casti connubii que l’amour
conjugal pénètre tous les devoirs de la vie conjugale et qu’il doit être à
l’image de l’amour du Christ pour son Eglise : passer des sentiments intimes
du coeur à l’action extérieure. « Cette action, dans la société
domestique, ne comprend pas seulement l’appui mutuel : elle doit viser
plus haut -et ceci doit même être son objectif principal-, elle doit viser à ce
que les époux s’aident réciproquement à former et à perfectionner chaque jour
davantage en eux l’homme intérieur : leurs rapports quotidiens les
aideront ainsi à progresser chaque jour dans la pratique des vertus, à grandir
surtout dans la vraie charité envers Dieu et envers le prochain, cette charité
où se résume en définitive toute la loi et les prophètes ». Il
rappelle ainsi que ce travail de perfectionnement réciproque constitue « la
cause et la raison première du mariage, si l’on ne considère pas strictement
dans le mariage l’institution destinée à la procréation et à l’éducation des
enfants, mais dans un sens plus large une mise en commun de toute la vie, une
intimité habituelle, une société ».
* *
*
Mais cette saine collaboration conjugale s’appuyant
sur l’enseignement traditionnel de l’Eglise est aujourd’hui remise en question
par des pratiques sociales mettant en péril l’équilibre de la famille.
* *
*
II LES PRATIQUES ACTUELLES ET LA REPONSE CHRETIENNE
Dans cette partie, nous allons traiter de trois traits
qui nous ont paru symptomatiques de notre société moderne : le
bouleversement de l’ordre hiérarchique au sein du couple, la problématique du
travail de la femme, et enfin, la question de la présence du père.
1.
Egalitarisme
et complémentarité
Ce premier point est la conséquence d’une volonté
idéologique de bouleverser l’ordre établi par Dieu au sein de la
famille. Depuis 1970, le père n'est plus chef de famille : l'autorité parentale
est conjointe quand les parents sont mariés, exercée par la mère seule quand ils
ne le sont pas et qu'ils ont tous les deux reconnu l'enfant (Cf. texte joint du
Planning familial). Pie XI constate dans Casti connubii (1930) une attaque
égalitaire sur les droits de la famille visant à l’émancipation de la femme.
« [Les maîtres d’erreurs] décident que cette émancipation doit être
triple, qu’elle doit se vérifier dans le gouvernement de la vie domestique,
dans l’administration des ressources familiales, dans la vie de l’enfant à
empêcher ou à détruire, et ils l’appellent sociale, économique,
physiologique : physiologique, car ils veulent que les femmes soient à
leur gré affranchies des charges conjugales et maternelles de l’épouse (…) ;sociale
en tant qu’ils enlèvent à la femme les soins domestiques, ceux des enfants et
ceux de la famille, pour que, ceux-là négligés, elle puisse se livrer à son
tempérament naturel et qu’elle se consacre aux affaires et aux fonctions de la
vie publique aussi. » Le Souverain Pontife poursuit en disant qu’en
fait cela ne constitue ni une émancipation, ni une digne liberté mais une
corruption de l’esprit de la femme et de la dignité maternelle, et surtout, que
descendue du trône où l’avait installée l’Evangile, elle redevient ce qu’elle
était chez les païens : un pur instrument de son mari. (On entend souvent
autour de nous dire sur le ton de l’ironie qu’une femme qui ne travaille pas et
un capital qui dort).
Historiquement,
le monde romain entourait de respect et de dignité la mère de famille :
« uxor dignitatis nomen est, non voluptatis. » (le
nom d’épouse est un nom de dignité et non pas de volupté). Cependant elle est
juridiquement assujettie à la puissance totale et illimitée du pater familias
qui a la propriété de la maison et de la famille. « La femme est au
pouvoir et dans la servitude de son mari, ou de celui qui tient le mari en son
pouvoir et servitude. »
Petit
à petit, les femmes devinrent indépendantes de l’autorité maritale, les
divorces augmentèrent. Sénèque s’en plaint en ces termes : « est-il
désormais une femme qui rougisse de rompre son mariage, depuis que d’illustres
et nobles dames comptent leurs années non par le nombre des consuls, mais par
celui de leurs maris, et divorcent pour se marier et se marient pour
divorcer ? »
Le
christianisme voulut rétablir la
hiérarchie indispensable à l’unité et au bonheur de la famille. « Que
l’homme ne sépare donc pas ce que Dieu a uni » (Mt XIX, 6) ou encore, « Ni
l’homme n’est dans le Seigneur sans la femme, ni la femme sans l’homme »
(St Paul 1 Co XI, 11).
En fait, Dieu a établi un principe de subordination
clairement borné : l’homme est la tête de la famille et a primauté de
gouvernement, la femme en est le cœur et a primauté de l’amour. Apparaît ici
clairement le principe de complémentarité des époux dans les tâches que Dieu
leur donne tout en reconnaissant l’égalité propre à la personne et à la dignité
humaine de chacun devant Dieu. Dans la sainteté, les époux sont égalitairement
et immédiatement unis au Christ. Il n’y a pas de différence entre l’homme et la
femme car tous sont un dans le Christ Jésus. Mais autres sont les conditions
des époux dans l’Eglise et dans la famille en tant que société visible. « Que
les femmes soient soumises à leurs maris comme au Seigneur ; parce que
l’homme est le chef de la femme comme le Christ est le chef de l’Eglise »
(St Paul 1 Eph v 22-23). « De même, les maris doivent aimer leur femme
comme leur propre [chair]. (…) on la nourrit (…), on l’entoure de soins, comme
le Christ fait pour l’Eglise, puisque aussi bien nous sommes membres de son
propre corps. » (Id).
Mais l’Eglise permet de moduler cet ordre :
« Au surplus, la soumission de la femme à son mari peut varier de degré,
elle peut varier dans ses modalités, suivant les conditions diverses des
personnes, des lieux et des temps ; bien plus, si le mari manque à son
devoir, il appartient à la femme de suppléer dans la direction de la
famille. » (Pie XI, Cati connubii).
2.
Le travail
de la femme
Aujourd’hui, les conditions de vie résultant de notre
situation économique, idéologique et sociale amènent l’homme et la femme à
travailler côte à côte dans les usines, les bureaux et les différents emplois.
En pratique, on aboutit donc à une large équivalence entre l’activité de
l’homme et de la femme. Le sens de la complémentarité des tâches de
chacun s’affaiblit voire disparaît, remplacé par une conception bêtement
égalitariste.
Les « maîtres d’erreur » dont parle Pie XI
(cf. II, 1, 1er§) « (…)veulent que la femme, même à l’insu
de son mari, et contre sa volonté, puisse librement avoir ses affaires, les
gérer, les administrer, sans se soucier autrement de ses enfants, de son mari
et de toute sa famille(…). » Le propos n’est pas de brider la femme
dans ses capacités à produire un travail équivalent à celui de l’homme mais de protéger
la famille cellule de base de toute société : « C’est pourquoi
l’Eglise peut et doit aider la société actuelle, en demandant inlassablement
que le travail de la femme à la maison soit reconnu et honoré par tous dans sa
valeur irremplaçable. » (JPII, Familiaris consortio 22 nov. 1981). L’enseignement
constant du Magistère demande à la société, en fonction de son évolution
propre, d’adapter les droits civils de telle sorte qu’ils soient conformes au
tempérament différent du sexe féminin, à l’honnêteté des moeurs et au bien
commun de la famille.
Cependant, certaines circonstances familiales peuvent
nécessiter que l’épouse travaille. Il faut dans ce cas et autant que possible
que la famille n’en pâtisse pas trop : « Si le droit d’accéder aux
diverses fonctions publiques doit être reconnu aux femmes comme il l’est aux
hommes, la société doit pourtant se structurer d’une manière telle que les
épouses et les mères ne soient pas obligées concrètement à travailler hors du
foyer et que, même si elles se consacrent totalement à leurs familles,
celles-ci puisse vivre et se développer de façon convenable. » (JPII,
Familiaris consortio).
Nous ne faisons qu’évoquer ce point, celui-ci pouvant
faire l’objet d’un topo à lui seul.
3.
La
présence du père
Les pensées des « maîtres d’erreurs » viennent
également influer sur la place du père
D’abord, le père d’aujourd’hui ne doit pas par effet
de mode laisser vacante sa place naturelle de chef de famille. Il doit
résister. C’est ce que suggère Jean-Paul II dans Familiaris consortio :
« En manifestant et en revivant sur terre la paternité même de Dieu,
l’homme est appelé à garantir le développement unitaire de tous les membres de
la famille. » Notons au passage la comparaison avec la paternité
divine.
Ensuite, l’époux est appelé, pour le bien de la
famille, à « gagner son pain à la sueur de son front » (Gn
III, 19). Pour autant, il faut qu’il se garde des professions
l’éloignant trop de la cellule familiale au risque de la déséquilibrer. JPII
dans Familiaris consortio parle d’ « un travail qui ne désagrège jamais
la famille mais la renforce dans son union et sa stabilité.» Cependant,
certaines professions ou certaines circonstances tragiques peuvent éloigner le
père. Il est alors du rôle de la mère de le rendre présent et de valoriser dans
le cœur de ses enfants son image. « Comme le montre l’expérience,
l’absence du père provoque des déséquilibres psychologiques et moraux ainsi que
des difficultés notables dans les relations familiales. » (Id).
Enfin et par-dessus tout, même si la mère a une part
prépondérante dans l’éducation des enfants, le père doit s’y impliquer
tout aussi sérieusement. « Là surtout où les conditions sociales et
culturelles poussent facilement le père à se désintéresser d’une certaine façon
de sa famille, ou du moins à être moins présent au travail d’éducation, il faut
faire en sorte que l’on retrouve dans la société la conviction que la place et
le rôle du père dans et pour la famille sont d’une importance unique et
irremplaçable.(…) Pour accomplir [sa tâche éducative], il faudra
[au père] une généreuse responsabilité à l’égard de la vie conçue sous le cœur
de la mère, un effort d’éducation plus appliqué et partagé avec son épouse, (…)
un témoignage de vie chrétienne adulte qui introduise plus efficacement les
enfants dans l’expérience vivante du Christ et de l’Eglise. »
* *
*
CONCLUSION
La collaboration des époux se construit chaque jour.
Elle est un jeu d’équilibre mais aussi, dans notre société moderne un beau défi
soutenu par l’Eglise. A nous de rester ferme face aux attaques répétées contre
la famille classique et ce dans l’Espérance, portés par la Foi que nous avons
dans le Christ, et l’Amour de Dieu pour ses créatures. Rappelons-nous de
l’appel de JPII : « n’ayez pas peur, avancez dans l’Espérance »,
exhortation reprise par Benoît XVI dès les premiers jours de son élection.