La bataille de Lépante
et le développement de la dévotion au Saint Rosaire
par l'abbé J. Olivier
Le XVIème
siècle est marqué par l’expansion de l’Empire Ottoman. En effet les Turcs,
après avoir occupé presque tout le bassin de la Méditerannée, l’Afrique du
Nord, le Moyen Orient, la péninsule balkanique, menacent l’Europe occidentale.
Ils s’emparent de Belgrade en 1521, enlèvent Rhodes l’année
suivante, puis envahissent la Hongrie et mettent le siège devant Vienne en
1529. Après avoir été repoussés de justesse et avoir échoué devant Malte, ils
se rabattent sur Chypre, colonie vénitienne.
Face à la menace
turque, l’Europe a du mal à s’unir. La France entretient même des relations
amicales avec Constantinople. Dans ce contexte peu favorable, le pape St Pie V
s’efforce avec patience et tenacité de coaliser les différents royaumes
européens contre les Turcs. Finalement, il réussit à établir une alliance avec
l’Espagne, Venise et Malte. En mai 1571, St Pie V proclame solennellement en la
Basilique Saint-Pierre la constitution de la Sainte-Ligue. Une flotte imposante
est réunie, qui est confiée à don Juan d’Autriche, frère de Philippe II
d’Espagne. Afin d’implorer la
protection céleste sur la flotte, St Pie V ordonne un jubilé solennel, un jeûne
et la prière publique du Rosaire.
La bataille
décisive a lieu le 7 octobre 1571, dans le golfe de Lépante, à la sortie du
détroit de Corinthe. Elle met aux prises 213 galères espagnoles et vénitiennes
et quelques 300 vaisseaux turcs. Cent mille hommes environ combattent dans
chaque camp. La flotte chrétienne remporte une victoire complète, grâce à de
l’artillerie lourde embarquée. Presque toutes les galères ennemies sont prises
ou coulées. L’amiral turc Ali Pacha est fait prisonnier et décapité. Quinze
mille captifs chrétiens sont libérés. A peine un tiers de la flotte turque peut s’échapper, brisant ainsi la légende
de l’invincibilité de la flotte musulmane.
Le soir de la bataille, le pape St Pie V va brusquement de
son bureau à la fenêtre, où il semble contempler un spectacle. Puis il se retourne
et dit aux prélats qui l’entourent : « Allons rendre grâce à
Dieu : notre armée est victorieuse ». C’était le 7 octobre un peu
avant 5 heures du soir, à l’heure où don Juan, victorieux, s’agenouillait sur
le pont de son navire pour remercier Dieu de sa protection. La nouvelle de la
victoire ne devait parvenir à Rome que 19 jours plus tard, le 26 octobre,
confirmant ainsi la révélation faite au souverain pontife.
En commémoration de
la bataille de Lépante, Pie V ajouta aux Litanies de la très Sainte Vierge,
une invocation supplémentaire : « Secours des chrétiens, priez
pour nous », et il ordonna
l’institution de la fête de Notre-Dame des Victoires que Grégoire XIII fera
ensuite célébrer, sous le nom de fête du Rosaire, chaque premier dimanche
d’octobre dans toutes les églises.
Au sein du peuple
catholique la victoire de Lépante contribua ainsi au rapide essor de la
dévotion du Rosaire et suscita la fondation d’un grand nombre de confréries. Elle
est une date importante de l’histoire du culte marial.