| Liturgie |
| Novus Ordo |
Regard sur 40 ans de
crise liturgique
Par l’abbé Q. Sauvonnet
Ces quelques
réflexions n’entendent considérer que l’aspect liturgique de la crise que
traverse l’Eglise depuis maintenant quarante années. Elles ne se prétendent pas
exhaustives, car elles veulent donner quelques repères à ceux qui, seulement
maintenant, cherchent à mieux comprendre comment on a pu en arriver à une telle
situation et surtout pourquoi certains se sont attachés au rit tridentin, au
risque de passer pour des rebelles.
Notre approche sera
chronologique.
I.
Le mouvement liturgique jusqu’au concile
Le mouvement liturgique n’a pas à la fin des
années 50 le même visage qu’à ces débuts. Alors que les aspirations initiales
consistaient à faire redécouvrir les richesses de la liturgie, un certain
esprit archéologisant, condamné d’ailleurs par Pie XII dans Mediator Dei, a faussé le courant et ne
rêve que de réformes en vue d’épurer la liturgie de toutes les scories amassées
au cours des siècles.
La constitution de Vatican II fut applaudie de tous : une avancée pour certains, une victoire dans le maintien de l’essentiel pour d’autres. Sans remettre en cause la bonne foi des pères conciliaires, il est certain que les progressistes virent là un succès indéniable, ils avaient atteint leurs objectifs. Voici ce qu’écrivait le P. A. Nocent avant l’ouverture du concile : « Il ne faudrait pas cependant s'imaginer tous les catholiques vibrant d'espoir dans l'attente d'un concile où seront étudiées les questions posées par la vie liturgique dans l'Église en notre temps. Il en est encore, et plus qu'on ne pourrait le croire, qui se demandent pourquoi il y a lieu de modifier des usages déjà anciens, bien ancrés dans leurs vieilles habitudes. Il y a chez eux une opposition farouche à ce qui pourrait troubler une religion qu'ils ont assouplie à leur propre mesure et dans laquelle ils goûtent un contentement maniaque, comme on se sent paresseusement à l'aise dans un vieux complet ou des chaussures éculées. Pourquoi troubler des pratiques dont ils se trouvent bien et dont ils croient tirer un réel profit spirituel ?
« A l'opposé de cet immobilisme, il est une autre attitude, trop impatiente, parfois insuffisamment éclairée, que réjouit à l'avance toute "iconoclastie", et tout incendie des vieilles idoles. Elle confond routine paresseuse avec tradition légitime et véritable, affectionne le changement pour lui-même, comme manifestation suprême de la vitalité. Il faut cependant parfois excuser sa violence et l'expliquer par une tenaillante angoisse pastorale...
«
Parallèlement aux problèmes œcuméniques, on sait qu'à l'ordre du jour du futur
concile est inscrite une révision de la liturgie et que des
commissions d'études se sont déjà mises au travail. Ce serait cependant aller
au devant d'une désillusion que de s'attendre à des solutions toutes faites, à
un remaniement complet. Le rôle du concile sera, autant que de prendre des
résolutions fermes, de donner une
impulsion à telle orientation précise dans telle recherche d'adaptation, de
barrer la route à telle tendance, légitime peut-être, mais reconnue
inopportune ».[1]
II.
Du concile au N.O.M.
A. La réforme du rit de Saint
Pie V demandée par le Concile
Toutes les réformes demandées par le concile
Vatican II furent réalisées dans l’édition du missel de 1965. De ce fait, se
trouve introduit dans ce missel la langue vernaculaire (sauf pour l’offertoire
et le canon), et se trouvent supprimés les prières au bas de l’autel et le
dernier évangile.[2]
B. L’élaboration d’un nouveau
rit
1967
Cette année marque un tournant.
-
les
propos de Mgr Bugnigni :
Le
P. Annibale Bugnini, sous-secrétaire de la Congrégation des Rites et
secrétaire du « Consilium » de liturgie, avait expliqué sans ambages ce qu'on
était en train de faire. « Il s'agit, disait-il, d'une restauration
fondamentale, je dirais presque d'une refonte et, pour certains points, d'une
véritable nouvelle création ».
-
la missa normativa :
Un nouveau formulaire de messe a été
expérimentée à
Pour montrer à quel point nous sommes loin des réformes voulues par le concile, voici un texte de Thierry Maertens, un bénédictin, dans Tres abhinc annos et Eucharisticum mysterium : « ... ces deux documents révèlent l'important chemin parcouru depuis le Concile, tant sur, le plan de la réforme matérielle que sur celui de la doctrine. » (P. 12).
« ... Rien, dans la Constitution sur la liturgie, ne laissait supposer qu'un document permettrait, quatre ou cinq ans plus tard, la proclamation du canon en langue vivante... » (P. 12-13).
(En note) : « La brochure collective la Liturgie dans les documents de Vatican II (...) soulignait également le danger pour les liturgistes et les réformateurs de s'en tenir trop strictement à la Constitution... » (P. 14).
« ... Aujourd'hui, parce qu'il a reçu un sacerdoce qui l'envoie en mission et le met davantage en contact avec les problèmes des hommes, le célébrant est davantage soucieux de se présenter, dans la liturgie, comme l'hôte de la maison de famille qui prête attention à chacun des convives et a pour chacun d'eux une parole ou un regard chaleureux... » (P. 20).
« ... Ainsi donc, en dehors de ce qui est propre à sa fonction, le célébrant ne jouit plus d'aucun privilège dans la fonction liturgique... » (P. 21).
1969
3 avril 1969
Constitution Apostolique Missale romanum de Paul VI approuvant une nouvelle messe (sans la promulguer encore).
19 juin 1969
Note du conseil permanent de l’épiscopat introduisant en France la communion dans la main.
Septembre 1969
Lettre des cardinaux Ottaviani et Bacci présentant à Paul VI un Bref examen critique de la nouvelle messe et demandant l’abrogation de cette messe nouvelle[3].
20 octobre 1969
Circulaire du Saint-Siège sur l’application progressive de la constitution apostolique Missale romanum.
12 novembre 1969
Ordonnance de l’Episcopat français rendant obligatoire, à partir du 1er janvier 1970, la célébration de la nouvelle messe et l’utilisation de la traduction française établie par la commission épiscopale.
Cette ordonnance soulève quelques difficulté d’un point de vue juridique : en effet l’épiscopat français y prétendait décider lui-même, en ne se référant qu’à son propre pouvoir, le changement de rite en France. Il n’invoquait ni la constitution apostolique Missale romanum, ni la circulaire romaine du 20 octobre 1969.
Par cette ordonnance, l’épiscopat français interdisait, en fait, à partir du 1er janvier 1970, le rite traditionnel de la messe et, quel que soit son rite, le latin à la messe.
Novembre 1969
Le 19 novembre, il
constate que le « changement » opéré par l'introduction du nouveau rite « a
quelque chose de surprenant, d'extraordinaire, la messe étant considérée comme
l'expression traditionnelle et intangible de notre culte religieux, de
l'authenticité de notre foi ». Mais il demande « que soit bien entendu que rien
n'est changé dans la substance de notre messe traditionnelle ».
« Ne parlons pas de
nouvelle
messe, dit-il pour conclure, mais
de nouvelle époque de la vie de
l'Eglise. » Le 26 novembre, il redit la valeur de la réforme effectuée. Le
changement devra amener les fidèles « à sortir de leurs petites dévotions
personnelles ou de leur assoupissement habituel ». Il fait remarquer que « ce
seront les personnes pieuses qui seront les plus dérangées. Elles avaient leur
façon respectable de suivre la messe ; elles se sentiront maintenant privées
de leurs pensées habituelles et obligées d'en suivre d'autres ». Les fidèles
seront associés de manière plus intime « aux rites officiels de la messe, tant
ceux de la Parole de Dieu que ceux du sacrifice eucharistique. Les fidèles, en
effet, sont, eux aussi, revêtus du « sacerdoce royal », ce qui veut dire qu'ils
sont habilités à cet entretien surnaturel avec Dieu ».
1970
26 mars 1970
Décret de la congrégation romaine du culte divin promulguant l’édition dite "typique" (c’est-à-dire officielle) de la nouvelle messe (en latin). L’épiscopat français, comme on l’a vu, n’avait pas attendu cette promulgation officielle pour en rendre obligatoire une traduction à sa façon.
III.
Statut du rit tridentin : première phase :
l’interdiction
1971
9 juin 1971
Déclaration du cardinal Ottaviani (publiée dans l’hebdomadaire Carrefour par Louis Salleron qui est allé à Rome interviewer le cardinal) : "Le rite traditionnel de la messe selon l’Ordo de saint Pie V n’est pas, que je sache, aboli".
14 juin 1971
Notification de la congrégation romaine du culte divin pour la mise en place de la nouvelle messe (notification superfétatoire pour la France où les évêques ont déjà devancé et dépassé Rome).
Novembre
Le
cardinal Heenan, à la demande de
1973
Janvier 1973
"Mise
au point" de Mgr Adam, évêque de Sion (Suisse), affirmant qu’"il est
interdit, sauf indult, de célébrer selon le rite de saint Pie V, qui a été
aboli (sic) par
Juillet 1973
-Communiqué de l’Assemblée plénière des évêques suisses : "I1 n’est plus permis de célébrer la messe selon le rite de saint Pie V."
Octobre 1973
Au nom de Mgr Badré, évêque de Bayeux et de Lisieux, le doyen d’Orbec publie un communiqué affirmant : "Le souci d’obéissance à l’Eglise interdit de célébrer la messe selon le rite de saint Pie V dans quelques circonstances que ce soit."
1974
14 novembre 1974
Communiqué de l’Épiscopat français qui, pour la première fois, cinq ans après coup, déclare explicitement interdite la messe traditionnelle (l’ordonnance du 12 novembre 1969 l’avait effectivement interdite, mais implicitement et par voie de conséquence, en rendant obligatoire la messe nouvelle en français).
Au communiqué est jointe l’ordonnance épiscopale du 14 novembre 1974, qui «confirme sa décision antérieure", celle du 12 novembre 1969, mais cette fois "en application" de la notification romaine du 14 juin 1971 et non plus de sa propre autorité.
1975
11 octobre 1975
Lettre du cardinal Villot, secrétaire d’Etat, approuvant, au nom de Paul VI, l’édition française du nouveau missel et assurant que par sa constitution apostolique Missale romanum de 1969, le pape a "prescrit que le nouveau Missel doit remplacer l’ancien".
1976
24 mai 1976
Discours consistorial de Paul VI réclamant que la messe traditionnelle ne soit plus jamais célébrée : "L’adoption du nouvel Ordo Missae n’est certainement pas laissée à la libre décision des prêtres ou des fidèles... Le nouvel Ordo a été promulgué pour prendre la place de l’ancien".
8 septembre 1976
A Jean Guitton qui lui demande d’autoriser en France la célébration de la messe traditionnelle, Paul VI répond "sévèrement" : - "Cela, jamais !"
(Cette violente répartie ne sera rendue publique qu’après la mort de Paul VI, dans le livre de Jean Guitton paru en décembre 1979 : Paul VI secret, p. 158.)
11 octobre 1976
Lettre de Paul VI à Mgr Lefebvre exigeant (entre autres) l’abandon total et définitif de la messe traditionnelle.
IV.
Statut du rit tridentin : Deuxième phase :
ébauches de solutions
A. la voie de l’indult
1980
19 juin 1980
La congrégation romaine du culte (dans une communication qu’elle aurait voulu garder secrète) demande à tous les évêques d’ouvrir une enquête sur la permanence éventuelle d’un attachement à la célébration de la messe en latin et selon le rite traditionnel. Jean Madiran révèle l’existence et le contenu de cette enquête dans Itinéraires, numéro 246 de septembre-octobre 1980, p. 153 et suiv.
1981
Novembre 1981
Mgr Antonio de Castro-Mayer, évêque de Campos, rend publique sa réponse à l’enquête liturgique en la publiant dans Itinéraires (numéro 257).
Il y déclare :
1° que conformément à la constitution conciliaire de Vatican II sur la liturgie, n° 54 et n° 36, les prêtres de son diocèse "maintiennent la coutume de célébrer la sainte messe en latin" ;
2° que conformément au n° 4 de la même constitution conciliaire, qui veut que "tous les rites légitimement reconnus soient conservés et favorisés de toutes les manières", la messe traditionnelle, dite "tridentine", est "célébrée d’une manière générale dans les paroisses du diocèse".
Décembre 1981
Publication à Rome des résultats (faussés) de l’enquête liturgique. Conclusion officielle : il n’existe plus aucun problème concernant la messe traditionnelle, presque complètement disparue et presque complètement oubliée.
1984
3 octobre 1984
Déclarant obtempérer à un désir personnel du pape ("ipse summus pontifex" ), la congrégation romaine du culte, par une lettre aux présidents des conférences épiscopales, donne aux évêques la faculté de permettre, s’ils le veulent, des célébrations de la messe traditionnelle[4].
1988
Protocole
d’accord : A la suite d'une
réunion d'experts qui a eu lieu du 13 au 15 avril 1984 et qui avait abouti à un
projet d'accord, Mgr Lefebvre a eu avec le cardinal Ratzinger les 3 et 4 moi,
une nouvelle rencontre au terme de laquelle a été mis au point le texte de
l'accord signé le 5 mai.
Suite à la consécration
épiscopale, à Ecône (Suisse), des abbés Richard Williamson, Bernard Tissier de
Mallerais, Alfonso de Galarreta et Bernard Fellay, le pape Jean-Paul II publie
le Motu Prorio Ecclesia Dei Adflicta[5]¸dans lequel dans
un premier temps il confirme solennellement la sentence d’excommunication de
Mgr M. Lefebvre, et dans un second temps, demande une « application large
et généreuse […] du missel romain selon l’édition typique de 1962 ».
Nous sommes encore aujourd’hui sous ce régime.
Compte tenu des évènements des années 1970, c’est un progrès indéniable, une
prise en compte par le droit du missel antérieur à 1969. Il reste que nous
demeurons là dans la perspective d’un indult, c'est-à-dire une exception à la
loi, la loi étant ici le N.O.M. …
Mentionnons en dernier lieu, quant à la prise
en compte par le droit de la messe de saint Pie V, les propos du cardinal Castrillon-Hoyos
en mai 2003 ; il affirme que la messe tridentine a toujours eu
« droit de cité ». Nous sommes loin des propos de Paul VI de 1976…
B. la liberté de célébrer
indifféremment l’un ou l’autre rit.
La limite de la solution adoptée réside en ce
que l’octroi de l’indult est du ressort exclusif de l’évêque du lieu. De ce
fait, la demande du Pape d’un accueil large et généreux ne s’est quasiment
jamais rencontrée. On assiste alors, progressivement, à une mise en ghetto du
rit tridentin.
De nombreux documents montrent que l’idée
d’une équivalence entre les deux rites fait son chemin.
1. Le
Cal Casaroli, secrétaire d’Etat, demandait au Cal Casoria, préfet de la
congrégation pour le culte divin, par une lettre du 18 mars 1984, de préparer
le texte du décret de l’indult de la même année. Dans cette lettre, le
secrétaire d’Etat rappelait : « une absolue interdiction de l’usage
du missel mentionné ne peut être justifiée ni d’un point de vue théologique, ni
d’un point de vue juridique.
2.
le Cardinal Stickler rapporte[6]
la réponse de la commission de 9 cardinaux réunie par Jean-Paul II en 1986 pour
statuer sur la question de l’abrogation du rite de St Pie V : « la
réponse donnée par huit [des neufs cardinaux] était que, non, la messe de saint Pie V n’a jamais été supprimée. […] Il y eu
une autre question, fort intéressante : « un évêque peut-il interdire de nos jours à un prêtre en situation
régulière de célébrer une messe tridentine ? » Les neufs
cardinaux ont été unanimes pour dire que qu’aucun évêque n’avait le droit
d’interdire à un prêtre catholique de dire la messe tridentine. Il n’y a aucune
interdiction officielle et je pense que le pape ne décrètera aucune
interdiction officielle ».
3. Latin Mass: Le cardinal Ratzinger a
récemment écrit que l’Église n’a jamais interdit aucune forme orthodoxe de
liturgie. L’Église a-t-elle jamais interdit le rite de St Pie V, qui a été
durant des siècles le rite officiel de l’Église?
Cardinal Medina: J’ai soigneusement étudié
la question de l’abrogation du rite de St Pie V après le Concile Vatican II. Je
suis un ami intime du cardinal Ratzinger, un grand théologien et homme d’Église
que j’ai connu et admiré depuis 1962, et auquel je suis reconnaissant pour sa
profonde pénétration liturgique. Sur la base de mes recherches, je ne puis
conclure que le rite de St Pie n’ait jamais été abrogé. Certains le pensent.
D’autres ont un autre point de vue. C’est pourquoi, comme le dit le dicton
latin : in dubiis libertas [en cas de doute, il y a liberté].
4.
Dans une lettre à Dante Pastorelli du 21 mai 2004, publiée dans Una Voce[7],
le Cal Medina précise à propos de la 3e édition typique du missel
romain (2002) : « Je répète mon sentiment : l’abrogation du
missel de Saint Pie V n’est pas prouvée. Je peux même ajouter que dans le
décret, signé par moi, lors de la promulgation de la troisième édition typique
du missel romain, il n’y a aucune stipulation de l’abrogation de la forme
antique du rite romain. Je dis bien « de la forme antique », parce
qu’il n’y a pas deux « rites romains », mais au contraire deux
« formes » de ce rite, lequel a une unité substantielle. Et je peux
préciser que l’absence de cette stipulation d’abrogation n’est pas un hasard ou
le fruit d’oubli, mais quelle est voulue ».
[1] In L’avenir de la Liturgie, Ed . Universitaires, 1961, pp9-11
[2] Pour une analyse détaillée
de cette réforme, consulter l’article de l’
[3]
Saint Père,
Après avoir examiné et fait examiner le nouvel ORDO
MISSAE préparé par les experts du " Comité pour l'application de la
Constitution sur la liturgie ", après avoir longuement réfléchi et prié,
nous sentons le devoir, devant Dieu et devant Votre Sainteté, d'exprimer les
considérations suivantes :
1. Comme le prouve suffisamment l'examen critique
ci-joint, si bref soit-il, oeuvre d'un groupe choisi de théologiens, de
liturgistes et de pasteurs d'âmes, le nouvel ORDO MISSAE si l'on considère les
éléments nouveaux, susceptibles d'appréciations fort diverses, qui y paraissent
sous-entendus ou impliqués, s'éloigne de
façon impressionnante, dans l'ensemble comme dans le détail, de la théologie
catholique de
2. Les raisons pastorales avancées pour justifier une
si grave rupture, même si elles avaient le droit de subsister en face de
raisons doctrinales, ne semblent pas suffisantes. Tant de nouveautés
apparaissent dans le nouvel ORDO MISSAE, et en revanche tant de choses
éternelles s'y trouvent reléguées à une place mineure ou à une autre place, -
si même elles y trouvent encore une place, - que pourrait se trouver renforcé et changé en certitude le doute, qui
malheureusement s'insinue dans de nombreux milieux, selon lequel des vérités
toujours crues par le peuple chrétien pourraient changer ou être passées
sous silence sans qu'il y ait infidélité au dépôt sacré de la doctrine auquel
la foi catholique est liée pour l'éternité. Les récentes réformes ont
suffisamment démontré que de nouveaux changements dans la liturgie ne pourront
pas se faire sans conduire au désarroi le plus total des fidèles qui déjà
manifestent qu'ils leur sont insupportables et diminuent incontestablement leur
foi. Dans la meilleure part du clergé cela se marque par une crise de
conscience torturante dont nous avons des témoignages innombrables et
quotidiens.
3. Nous sommes assurés que ces considérations,
directement inspirées de ce que nous entendons par la voix vibrante des
pasteurs et du troupeau, devront trouver un écho dans le cœur paternel de Votre
Sainteté, toujours si profondément soucieux des besoins spirituels des fils de
l'Eglise. Toujours les sujets, pour le bien desquels est faite la loi, ont eu
le droit et plus que le droit, le devoir, si la loi se révèle tout au contraire
nocive, de demander au législateur, avec une confiance filiale, son abrogation.
C'est pourquoi nous supplions instamment Votre Sainteté
de ne pas vouloir que - dans un moment où la pureté de la foi et l'unité de
l'Eglise souffrent de si cruelles lacérations et des périls toujours plus
grands, qui trouvent chaque jour un écho affligé dans les paroles du Père
commun - nous soit enlevée la possibilité de continuer à recourir à l'intègre
et fécond Missel romain de saint Pie V, si hautement loué par Votre Sainteté et
si profondément vénéré et aimé du monde catholique tout entier.
Cardinal Ottaviani.
Cardinal Bacci
[4] Indult
pour l’utilisation du Missel Romain de 1962 au jugement de l’évêque du diocèse
Traduction de la lettre circulaire datée au Vatican du
3 Octobre 1984 et adressée par la congrégation pour le culte divin aux
Présidents des conférences épiscopales.
Excellence,
Il y a quatre ans, à la demande du Souverain Pontife
Jean Paul II, les évêques de toutes l’Eglise furent invités à présenter une
relation :
sur la façon dont les prêtres et les fidèles de leurs
diocèses avaient accueilli le Missel promulgué en 1970 par le pape Paul VI,
obéissant ainsi aux décisions du concile Vatican II ;
sur le difficultés rencontrées dans la réalisation de
la réforme liturgique ;
sur les éventuelles résistances qu’il a peut-être fallu
vaincre.
Le résultat de cette consultation a été envoyé à tous
les évêques (cf. notitiae n.185, décembre 1981). D’après leurs réponses,
il semblait que le problème des prêtres et des fidèles attachés à ce que l’on
appelle le " rite tridentin " était pour ainsi réglé.
Mais comme ce problème subsiste, le Souverain Pontife,
désirant donner satisfaction à ces groupes, offre aux évêques diocésains la
faculté d’user d’un Indult pour permettre aux prêtres et aux fidèles , énumérés
explicitement dans la requête présentée à leur évêque, de célébrer la Messe en
utilisant le Missel Romain édité officiellement en 1962, tout en observant les
normes suivantes :
1.
Qu’il soit bien
clair que ces prêtres et ces fidèles n’ont rien à voir avec ceux qui mettent en
doute la légitimité et la rectitude doctrinale du Missel Romain promulgué par
le Pape Paul VI en 1970 et que leur position soit sans aucune ambiguïté et
publiquement reconnue.
2.
Que cette
célébration ne soit faite que pour les groupes qui la demandent ; qu’elle ait
lieu dans les églises et les chapelles que l’évêque du diocèse indiquera (et
pas dans les églises paroissiales, à moins que l’évêque ne le permette pour des
cas extraordinaires) ; et qu’elle se fasse aux jours et dans les conditions
approuvées par l’évêque, qu’il s’agisse des célébrations habituelles ou exceptionnelles.
3.
Cette célébration
devra se faire en suivant le Missel Romain de 1962 et en latin.
4.
On ne devra faire
aucun mélange entre les textes et les rites des deux missels.
Chaque évêque informera cette Congrégation des
autorisations accordées par lui et, un an après la concession de cet Indult,
des résultats de son application.
Cette concession, qui montre le souci du Père commun
pour tous ses enfants, devra être utilisée sans préjudice de l’observance de la
réforme liturgique dans la vie des communautés ecclésiales.
Je profite de cette occasion pour me dire dans le
Seigneur, votre très dévoué.
+ AUGUSTIN MAYER
Archevêque tit. de Satrianum
[5] Motu proprio " Ecclesia Dei adflicta"
1. C'est avec beaucoup de tristesse que l'Église de Dieu a appris l'ordination
épiscopale illégitime conférée le 30 juin dernier par Mgr Marcel Lefebvre, qui
a rendu vains tous les efforts que le Saint-Siège a déployés ces dernières
années pour assurer la pleine communion avec l'Église de la Fraternité
sacerdotale Saint-Pie-X fondée par le même Mgr Lefebvre. Tous ces efforts,
spécialement ceux de ces derniers mois particulièrement intenses, n'ont servi à
rien alors que le Siège apostolique a fait preuve de patience et d'indulgence
jusqu'à la limite du possible.
2. Cette tristesse est particulièrement ressentie par
le successeur de Pierre à qui revient en premier de veiller à l'unité de
l'Église, même si le nombre des personnes concernées directement par ces
évènements est relativement réduit. Car chaque personne est aimée de Dieu pour
elle-même et a été rachetée par le sang du Christ versé sur la Croix pour le
salut de tous les hommes.
Les circonstances particulières, objectives et
subjectives, qui entourent l'acte accompli par Mgr Lefebvre offrent à tous
l'occasion d'une réflexion profonde et d'un engagement renouvelé de fidélité au
Christ et à son Église.
La gravité du schisme
3. En lui-même, cet acte a été une désobéissance au
Souverain Pontife en une matière très grave et d'une importance capitale pour
l'unité de l’Église, puisqu'il s'agit de l'ordination d'évêques par laquelle se
perpétue sacramentellement la succession apostolique. C'est pourquoi une telle
désobéissance, qui constitue en elle-même un véritable refus de la primauté de
l'évêque de Rome, constitue un acte schismatique. En accomplissant un
tel acte malgré la monition formelle qui lui a été envoyée par le cardinal
préfet de la
Congrégation pour les Évêques le 17 juin dernier (DC
1988, n°1966, p. 740 - NDLR), Mgr Lefebvre a encouru avec les prêtres Bernard Fellay,
Bernard Tissier de Mallerais, Richard Williamson et Alfonso de Galarreta, la
grave peine de l'excommunication prévue par la discipline ecclésiastique.
Mais c'est surtout une notion de la Tradition, qui
s'oppose au Magistère universel de l'Église lequel appartient à l'évêque de
Rome et au corps des évêques, qui est contradictoire. Personne ne peut rester
fidèle à la Tradition en rompant le lien ecclésial avec celui à qui le Christ,
en la personne de l'apôtre Pierre, a confié le ministère de l'unité dans son
Église.
Appel à tous les catholiques
5. Devant une telle situation, j'ai le devoir d'attirer
l'attention de tous les fidèles catholiques sur quelques points que cette
triste circonstance met en lumière.
· a) Le résultat
auquel a abouti le mouvement promu par Mgr Lefebvre peut et doit être une
occasion pour tous les fidèles catholiques de réfléchir sincèrement sur leur
propre fidélité à la Tradition de l’Église, authentiquement interprétée par le
Magistère ecclésiastique, ordinaire et extraordinaire, spécialement dans les
Conciles œcuméniques, depuis Nicée jusqu'à Vatican Il. De cette réflexion, tous
doivent retirer une conviction renouvelée et effective de la nécessité
d'approfondir encore leur fidélité à cette Tradition en refusant toutes les
interprétations erronées et les applications arbitraires et abusives en matière
doctrinale, liturgique et disciplinaire.
C'est en premier lieu aux évêques, à cause de leur
mission pastorale propre, que revient le grave devoir d'exercer une vigilance
clairvoyante, pleine de charité et de fermeté, afin qu'une telle fidélité soit
partout sauvegardée.
Mais tous les pasteurs et les autres fidèles doivent
aussi avoir une conscience nouvelle non seulement de la légitimité mais aussi
de la richesse que représente pour l'Église la diversité des charismes et des
traditions de spiritualité et d'apostolat. Cette diversité constitue aussi la
beauté et l’unité dans la variété : telle est la symphonie que, sous l'action
de l'Esprit Saint, l'Église terrestre fait monter ver le ciel.
· b) Je
voudrais en outre attirer l'attention des théologiens et des autres experts en
science ecclésiastique afin qu'ils se sentent interpellés eux aussi par les
circonstances présentes En effet, l'ampleur et la profondeur des enseignements
du Concile Vatican II requièrent un effort renouvelé d'approfondissement qui
permettra de mettre en lumière la continuité du Concile avec la Tradition,
spécialement sur de points de doctrine qui, peut-être à cause de leur nouveauté
n'ont pas encore été bien compris dans certains secteurs de l'Église.
Directives pastorales
· c) Dans les
circonstances présentes, je désire avant tout lancer un appel à la fois
solennel et ému, paternel et fraternel, à tous ceux qui, jusqu'à présent, ont
été, de diverses manières, liés au mouvement issu de Mgr Lefebvre pour qu'ils
réalisent le grave devoir qui est le leur de rester unis au Vicaire du Christ
dans l'unité de l'Église catholique et de ne pas continuer à soutenir de
quelque façon que ce soit ce mouvement. Nul ne doit ignorer que l'adhésion
formelle au schisme constitue une grave offense à Dieu et comporte
l'excommunication prévue par le droit de l'Église.
A tous ces fidèles catholiques qui se sentent attachés
à certaines formes liturgiques et disciplinaires antérieures de la tradition
latine, je désire aussi manifester ma volonté - à laquelle je demande que
s'associent les évêques et tous ceux qui ont un ministère pastoral dans
l'Église - de leur faciliter la communion ecclésiale grâce à des mesures
nécessaires pour garantir le respect de leurs aspirations.
Création d'une nouvelle commission
6. Compte tenu de l'importance et de la complexité des
problèmes évoqués dans ce document, je décrète:
a) Une
Commission est instituée, qui aura pour mission de collaborer avec les évêques,
les dicastères de la Curie romaine et les milieux intéressés, dans le but de
faciliter la pleine communion ecclésiale des prêtres, des séminaristes. des
communautés religieuses ou des religieux individuels ayant eu jusqu'à présent
des liens avec la Fraternité fondée par Mgr Lefebvre et qui désirent rester
unis au successeur de Pierre dans l'Église catholique en conservant leurs
traditions spirituelles et liturgiques, à la lumière du protocole signé le 5
mai par le cardinal Ratzinger et Mgr Lefebvre.
b) Cette Commission est composée d'un cardinal président
et d'autres membres de la Curie romaine dont le nombre sera fixé selon les
circonstances.
c) On devra partout respecter les dispositions
intérieures de tous ceux qui se sentent liés à la tradition liturgique latine,
et cela par une application large et généreuse des directives données en leur
temps par le Siège apostolique pour l'usage du missel romain selon l’édition
typique de 1962.
7. Alors que 1’on approche de la fin de cette année
tout particulièrement consacrée à
Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 2 juillet 1988,
dixième année de mon pontificat.
IOANNES PAULUS PP. II
[6] Entretie publié dans The Latin Mass, été 1995
[7] Una Voce, bulletin de la section de Florence, Juillet-décembre 2004