| Magistère |
| Magistère pontifical |
Ad diem illum lætissimum du 2 février 1904
PIE
X, PAPE.
A nos vénérables frères les patriarches, primats,
archevêques, évêques et autres ordinaires en paix et en communion avec le siège
apostolique.
VÉNÉRABLES FRÈRES, SALUT ET
BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE.
Le cours du temps nous ramènera dans peu de mois à ce jour
d'incomparable allégresse où, entouré d'une magnifique couronne de cardinaux et
d'évêques - il y a de cela cinquante ans, - Notre prédécesseur Pie IX, pontife
de sainte mémoire, déclara et proclama de révélation divine, par l'autorité du
magistère apostolique, que Marie a été, dès le premier instant de sa
conception, totalement exempte de la tache originelle. Proclamation dont nul
n'ignore qu'elle fut accueillie par tous les fidèles de l'univers d'un tel
cœur, avec de tels transports de joie et d'enthousiasme, qu'il n'y eut jamais,
de mémoire d'homme, manifestation de piété soit à l'égard de l'auguste Mère de
Dieu, soit envers le Vicaire de Jésus-Christ, ni si grandiose, ni si unanime.
Aujourd'hui,
Vénérables Frères, bien qu'à la distance d'un demi-siècle, ne pouvons-nous
espérer que le souvenir ravivé de la Vierge Immaculée provoque en nos âmes
comme un écho de ces saintes allégresses et renouvelle les spectacles
magnifiques de foi et d'amour envers l'auguste Mère de Dieu, qui se contemplèrent
en ce passé déjà lointain ? Ce qui Nous le fait désirer ardemment, c'est
un sentiment, que Nous avons toujours nourri en Notre cœur, de piété envers la
bienheureuse Vierge aussi bien que de gratitude profonde pour ses bienfaits. Ce
qui, d'ailleurs, Nous en donne l'assurance, c'est le zèle des catholiques,
perpétuellement en éveil et qui va au-devant de tout nouvel honneur, de tout
nouveau témoignage d'amour à rendre à la sublime Vierge. Cependant, Nous ne
voulons pas dissimuler qu'une chose avive grandement en Nous ce désir :
c'est qu'il Nous semble, à en croire un secret pressentiment de Notre âme, que
Nous pouvons nous promettre pour un avenir peu éloigné l'accomplissement des
hautes espérances, et assurément non téméraires, que fit concevoir à notre
prédécesseur Pie IX et à tout l'Épiscopat catholique la définition solennelle
du dogme de l'Immaculée Conception de Marie.
Ces
espérances, à la vérité, il en est peu qui ne se lamentent de ne les avoir
point vues jusqu'ici se réaliser, et qui n'empruntent à Jérémie cette
parole : Nous avons attendu la paix, et ce bien n'est pas venu : le
temps de la guérison, et voici la terreur (Jr 8,15). Mais ne faut-il pas taxer de peu
de foi des hommes qui négligent ainsi de pénétrer ou de considérer sous leur
vrai jour, les œuvres de Dieu ? Qui pourrait compter, en effet, qui
pourrait supputer les trésors secrets de grâces que, durant tout ce temps, Dieu
a versés dans son Église à la prière de la Vierge ? Et, laissant même
cela, que dire de ce Concile du Vatican, si admirable d'opportunité ? et
de la définition de l'infaillibilité pontificale, formule si bien à point à
l'encontre des erreurs qui allaient sitôt surgir ? et de cet élan de
piété, enfin, chose nouvelle et véritablement inouïe, qui fait affluer, depuis
longtemps déjà, aux pieds du Vicaire de Jésus-Christ, pour le vénérer face à
face, les fidèles de toute langue et de tout climat ? Et n'est-ce pas un
admirable effet de la divine Providence que Nos deux prédécesseurs, Pie IX et
Léon XIII, aient pu, en des temps si troublés, gouverner saintement l'Église,
dans des conditions de durée qui n'avaient été accordées à aucun autre
pontificat ? A quoi il faut ajouter que Pie IX n'avait pas plus tôt
déclaré de croyance catholique la conception sans tache de Marie que, dans la
ville de Lourdes, s'inauguraient de merveilleuses manifestations de la Vierge,
et ce fut, on le sait, l'origine de ces temples élevés en l'honneur de
l'Immaculée Mère de Dieu, ouvrage de haute magnificence et d'immense travail,
où des prodiges quotidiens, dus à son intercession, fournissent de splendides
arguments pour confondre l'incrédulité moderne. - Tant et de si insignes
bienfaits accordés par Dieu sur les pieuses sollicitations de Marie, durant les
cinquante années qui vont finir, ne doivent-ils pas nous faire espérer le salut
pour un temps plus prochain que nous ne l'avions cru ? Aussi bien est-ce
comme une loi de la Providence divine, l'expérience nous l'apprend, que des
dernières extrémités du mal à la délivrance il n'y a jamais bien loin. Son
temps est près de venir, et ses jours ne sont pas loin. Car le Seigneur prendra
Jacob en pitié, et en Israël encore il aura son élu (Is 14,1). C'est donc avec une entière
confiance que nous pouvons attendre nous-mêmes de nous écrier sous peu :
Le Seigneur a brisé la verge des impies. La terre est dans la paix et le
silence ; elle s'est réjouie et elle a exulté (Is
14,5-7).
Mais,
si le cinquantième anniversaire de l'acte pontifical par lequel fut déclarée
sans souillure la conception de Marie, doit provoquer au sein du peuple
chrétien d'enthousiastes élans, la raison en est surtout dans une nécessité
qu'ont exposée Nos précédentes Lettres encycliques, Nous voulons dire de tout
restaurer en Jésus-Christ. Car, qui ne tient pour établi qu'il n'est route ni plus
sûre ni plus facile que Marie par où les hommes puissent arriver jusqu'à
Jésus-Christ, et obtenir, moyennant Jésus-Christ, cette parfaite adoption des
fils, qui fait saint et sans tache sous le regard de Dieu ?
Certes,
s'il a été dit avec vérité à la Vierge : Bienheureuse qui avez cru, car
les choses s'accompliront qui vous ont été dites par le Seigneur (Lc 1,45), savoir qu'elle concevrait et
enfanterait le Fils de Dieu ; si, conséquemment, elle a accueilli dans son
sein celui qui par nature est Vérité, de façon que, engendré dans un nouvel
ordre et par une nouvelle naissance ..., invisible en lui-même, il se rendît
visible dans notre chair (S. LEO M., Serm. 2, de Nativ. Domini, c. II) ;
du moment que le Fils de Dieu est l'auteur et le consommateur de notre foi, il
est de toute nécessité que Marie soit dite participante des divins mystères et
en quelque sorte leur gardienne, et que sur elle aussi, comme sur le plus noble
fondement après Jésus-Christ, repose la foi de tous les siècles.
Comment
en serait-il autrement ? Dieu n'eût-il pu, par une autre voie que Marie,
nous octroyer le réparateur de l'humanité et le fondateur de la foi ?
Mais, puisqu'il a plu à l'éternelle Providence que l'Homme-Dieu nous fût donné
par la Vierge, et puisque celle-ci, l'ayant eu de la féconde vertu du divin
Esprit, l'a porté en réalité dans son sein, que reste-t-il si ce n'est que nous
recevions Jésus des mains de Marie ?
Aussi,
voyons-nous que dans les Saintes Écritures, partout où est prophétisée la grâce
qui doit nous advenir, partout aussi, ou peu s'en faut, le Sauveur des hommes y
apparaît en compagnie de sa sainte Mère. Il sortira, l'Agneau dominateur de la
terre, mais de la pierre du désert ; elle montera, la fleur, mais de la
tige de Jessé. A voir, dans l'avenir, Marie écraser la tête du serpent, Adam
contient les larmes que la malédiction arrachait à son cœur. Marie occupe la
pensée de Noé dans les flancs de l'arche libératrice ; d'Abraham, empêché
d'immoler son fils ; de Jacob, contemplant l'échelle où montent et d'où descendent
les anges ; de Moïse, en admiration devant le buisson qui brûle sans se
consumer ; de David, chantant et sautant en conduisant l'arche
divine ; d'Elie, apercevant la petite nuée qui monte de la mer. Et, sans
nous étendre davantage, nous trouvons en Marie, après Jésus, la fin de la loi,
la vérité des images et des oracles.
Qu'il
appartienne à la Vierge, surtout à elle, de conduire à la connaissance de
Jésus, c'est de quoi l'on ne peut douter, si l'on considère, entre autres
choses, que, seule au monde, elle a eu avec lui, dans une communauté de toit et
dans une familiarité intime de trente années, ces relations étroites qui sont
de mise entre une mère et son fils. Les admirables mystères de la naissance et
de l'enfance de Jésus, ceux notamment qui se rapportent à son incarnation,
principe et fondement de notre foi, à qui ont-ils été plus amplement dévoilés
qu'à sa Mère ? Elle conservait et repassait dans son cœur ce qu'elle avait
vu de ses actes à Bethléem, ce qu'elle en avait vu à Jérusalem dans le
temple ; mais initiée encore à ses conseils et aux desseins secrets de sa
volonté, elle a vécu, doit-on dire, la vie même de son Fils. Non, personne au
monde comme elle n'a connu à fond Jésus ; personne n'est meilleur maître
et meilleur guide pour faire connaître Jésus.
Il
suit de là, et Nous l'avons déjà insinué, que personne ne la vaut, non plus,
pour unir les hommes à Jésus. Si, en effet, selon la doctrine du divin Maître,
la vie éternelle consiste à vous connaître, vous qui êtes le seul vrai Dieu, et
celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ (Jn 17,3) : comme nous parvenons par
Marie à la connaissance de Jésus-Christ, par elle aussi, il nous est plus
facile d'acquérir la vie dont il est le principe et la source.
Et
maintenant, pour peu que nous considérions combien de motifs et combien
pressants invitent cette Mère très sainte à nous donner largement de
l'abondance de ces trésors, quels surcroîts n'y puisera pas notre
espérance !
Marie
n'est-elle pas la Mère de Dieu ? Elle est donc aussi notre Mère.
Car
un principe à poser, c'est que Jésus, Verbe fait chair, est en même temps le
Sauveur du genre humain. Or, en temps que Dieu-Homme, il a un corps comme les
autres hommes ; en tant que Rédempteur de notre race, un corps spirituel,
ou, comme on dit, mystique, qui n'est autre que la société des chrétiens liés à
lui par la foi. Nombreux comme nous sommes, nous faisons un seul corps en
Jésus-Christ (Rm 12,5). Or, la Vierge n'a pas seulement conçu le Fils de Dieu afin
que, recevant d'elle la nature humaine, il devint homme ; mais afin qu'il
devint encore, moyennant cette nature reçue d'elle, le Sauveur des hommes. Ce
qui explique la parole des anges aux bergers : Un Sauveur vous est né, qui
est le Christ, le Seigneur (Lc 2,11).
Aussi,
dans le chaste sein de la Vierge, où Jésus a pris une chair mortelle, là même
il s'est adjoint un corps spirituel formé de tous ceux qui devaient croire en
lui : et l'on peut dire que, tenant Jésus dans son sein, Marie y portait
encore tous ceux dont la vie du Sauveur renfermait la vie.
Nous
tous donc, qui, unis au Christ, sommes, comme parle l'Apôtre, les membres de
son corps issus de sa chair et de ses os (Ep 5,30), nous devons nous dire originaires
du sein de la Vierge, d'où nous sortîmes un jour à l'instar d'un corps attaché
à sa tête.
C'est
pour cela que nous sommes appelés, en un sens spirituel, à la vérité, et tout
mystique, les fils de Marie, et qu'elle est, de son côté, notre Mère à tous.
Mère selon l'esprit, Mère véritable néanmoins des membres de Jésus-Christ, que
nous sommes nous-mêmes (S. AUG., L. de S. Virginitate, c. VI). Si
donc la bienheureuse Vierge est tout à la fois Mère de Dieu et des hommes, qui
peut douter qu'elle ne s'emploie de toutes ses forces, auprès de son Fils, tête
du corps de l'Église (Col 1,18), afin qu'il répande sur nous qui sommes ses membres les
dons de sa grâce, celui notamment de la connaître et de vivre par lui (1Jn 4,9) ?
Mais
il n'est pas seulement à la louange de la Vierge qu'elle a fourni la matière de
sa chair au Fils unique de Dieu, devant naître avec des membres humains (S.
BED. VEN., l. IV, in Luc. XI), et qu'elle a ainsi préparé une victime
pour le salut des hommes ; sa mission fut encore de la garder, cette
victime, de la nourrir et de la présenter au jour voulu, à l'autel.
Aussi,
entre Marie et Jésus, perpétuelle société de vie et de souffrance, qui fait
qu'on peut leur appliquer à égal titre cette parole du Prophète : Ma vie
s'est consumée dans la douleur et mes années dans les gémissements (Ps
30,11).
Et
quand vint pour Jésus l'heure suprême, on vit la Vierge debout auprès de la
croix, saisie sans doute par l'horreur du spectacle, heureuse pourtant de ce
que son Fils s'immolait pour le salut du genre humain, et, d'ailleurs,
participant tellement à ses douleurs que de prendre sur elle les tourments
qu'il endurait lui eût paru, si la chose eût été possible, infiniment
préférable (S. BONAV., I Sent., d. 48, ad Litt., dub. 4).
La
conséquence de cette communauté de sentiments et de souffrances entre Marie et
Jésus, c'est que Marie mérita très légitimement de devenir la réparatrice de
l'humanité déchue (EADMERI MON., De Excellentia Virg. Mariæ, c. IX),
et, partant, la dispensatrice de tous les trésors que Jésus nous a acquis par
sa mort et par son sang.
Certes,
l'on ne peut dire que la dispensation de ces trésors ne soit un droit propre et
particulier de Jésus-Christ, car ils sont le fruit exclusif de sa mort, et
lui-même est, de par sa nature, le médiateur de Dieu et des hommes.
Toutefois,
en raison de cette société de douleurs et d'angoisses, déjà mentionnée, entre
la Mère et le Fils a été donné à cette auguste Vierge d'être auprès de son Fils
unique la très puissante médiatrice et avocate du monde entier (PIUX IX,
in Bull. Ineffabilis).
La
source est donc Jésus Christ : de la plénitude de qui nous avons tout reçu
(Jn 1,16) ; par qui tout le corps, lié et rendu compact moyennant les
jointures de communication, prend les accroissements propres au corps et
s'édifie dans la charité (Ep 4,16). Mais Marie, comme le remarque justement saint
Bernard, est l'aqueduc (Serm. de temp., in Nativ. B. V., " De
Aquæductu ", n. 4) ; ou, si l'on veut, cette partie
médiane qui a pour propre de rattacher le corps à la tête et de transmettre au
corps les influences et efficacités de la tête, Nous voulons dire le cou. Oui,
dit saint Bernardin de Sienne, elle est le cou de notre chef, moyennant lequel
celui-ci communique à son corps mystique tous les dons spirituels ( S.
BERNARDIN. SEN., Quadrag. de Evangelio æterno,
Serm. X, a. III, c.3). Il s'en faut donc grandement, on le voit, que Nous
attribuions à la Mère de Dieu une vertu productrice de la grâce, vertu qui est
de Dieu seul. Néanmoins, parce que Marie l'emporte sur tous en sainteté et en
union avec Jésus-Christ et qu'elle a été associée par Jésus-Christ à l'œuvre de
la rédemption, elle nous mérite de congruo, comme disent les théologiens, ce
que Jésus-Christ nous a mérité de condigno, et elle est le ministre suprême de
la dispensation des grâces. Lui, Jésus, siège à la droite de la majesté divine
dans la sublimité des cieux (He 1,3). Elle, Marie, se tient à la droite
de son Fils ; refuge si assuré et secours si fidèle contre tous les
dangers, que l'on n'a rien à craindre, à désespérer de rien sous sa conduite, sous
ses auspices, sous son patronage, sous son égide ( PIUS IX, in Bull.
Ineffabilis).
Ces
principes posés, et pour revenir à notre dessein, qui ne reconnaîtra que c'est
à juste titre que Nous avons affirmé de Marie que, compagne assidue de Jésus,
de la maison de Nazareth au plateau du Calvaire, initiée plus que tout autre
aux secrets de son cœur, dispensatrice, comme de droit maternel, des trésors de
ses mérites, elle est, pour toutes ces causes, d'un secours très certain et
très efficace pour arriver à la connaissance et à l'amour de
Jésus-Christ ? Ces hommes, hélas ! Nous en fournissent dans leur
conduite une preuve trop péremptoire qui, séduits par les artifices du démon ou
trompés par de fausses doctrines, croient pouvoir se passer du secours de la Vierge.
Infortunés, qui négligent Marie sous prétexte d'honneur à rendre à
Jésus-Christ ! Comme si l'on pouvait trouver l'Enfant autrement qu'avec la
Mère !
S'il
en est ainsi, Vénérables Frères, c'est à ce but que doivent surtout viser
toutes les solennités qui se préparent partout en l'honneur de la Sainte et
Immaculée Conception de Marie. Nul hommage, en effet, ne lui est plus agréable,
nul ne lui est plus doux, que si nous connaissons et aimons véritablement
Jésus-Christ. Que les foules emplissent donc les temples, qu'il se célèbre des
fêtes pompeuses, qu'il y ait des réjouissances publiques : ce sont choses
éminemment propres à raviver la foi. Mais nous n'aurons là, s'il ne s'y ajoute
les sentiments du cœur, que pure forme, que simples apparences de piété. A ce
spectacle, la Vierge, empruntant les paroles de Jésus-Christ, nous adressera ce
juste reproche : Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de
moi (Mt 15,8).
Car
enfin, pour être de bon aloi, le culte de la Mère de Dieu doit jaillir du
cœur ; les actes du corps n'ont ici utilité ni valeur s'ils sont isolés
des actes de l'âme. Or, ceux-ci ne peuvent se rapporter qu'à un seul objet, qui
est que nous observions pleinement ce que le divin Fils de Marie commande. Car,
si l'amour véritable est celui-là seul qui a la vertu d'unir les volontés, il
est de toute nécessité que nous ayons cette même volonté avec Marie de servir
Jésus Notre-Seigneur. La recommandation que fit cette Vierge très prudente aux
serviteurs des noces de Cana, elle nous l'adresse à nous-mêmes : Faites
tout ce qu'il vous dira (Jn 2,5). Or, voici la parole de Jésus-Christ : Si vous
voulez entrer dans la vie, observez les commandements (Mt
19,17).
Que
chacun se persuade donc bien de cette vérité que, si sa piété à l'égard de la
bienheureuse Vierge ne le retient pas de pécher ou ne lui inspire pas la
volonté d'amender une vie coupable, c'est là une piété fallacieuse et
mensongère, dépourvue qu'elle est de son effet propre et de son fruit naturel.
Que
si quelqu'un désire à ces choses une confirmation, il est facile de la trouver
dans le dogme même de la Conception Immaculée de Marie. Car, pour omettre la
tradition, source de vérité aussi bien que la Sainte Écriture, comment cette
persuasion de l'Immaculée Conception de la Vierge a-t-elle paru de tout temps
si conforme au sens catholique, qu'on a pu la tenir comme incorporée et comme
innée à l'âme des fidèles ? Nous avons en horreur de dire de cette femme -
c'est la réponse de Denys le Chartreux - que, devant écraser un jour la tête du
serpent, elle ait jamais été écrasée par lui, et que, mère de Dieu, elle ait
jamais été fille du démon ( III Sent., d. II, q. 1). Non,
l'intelligence chrétienne ne pouvait se faire à cette idée que la chair du
Christ, sainte, sans tache et innocente, eût pris origine au sein de Marie,
d'une chair ayant jamais, ne fût-ce que pour un rapide instant, contracté
quelque souillure. Et pourquoi cela, si ce n'est qu'une opposition infinie
sépare Dieu du péché ? C'est là, sans contredit, l'origine de cette conviction
commune à tous les chrétiens, que Jésus-Christ avant même que, revêtu de la
nature humaine, il nous lavât de nos péchés dans son sang, dut accorder à Marie
cette grâce et ce privilège spécial d'être préservée et exempte, dès le premier
instant de sa conception, de toute contagion de la tache originelle.
Si
donc Dieu a en telle horreur le péché que d'avoir voulu affranchir la future
Mère de son Fils non seulement de ces taches qui se contractent volontairement,
mais, par une faveur spéciale et en prévision des mérites de Jésus-Christ, de
cette autre encore dont une sorte de funeste héritage nous transmet à nous
tous, les enfants d'Adam, la triste marque, qui peut douter que ce ne soit un
devoir pour quiconque prétend à gagner par ses hommages le cœur de Marie, de
corriger ce qu'il peut y avoir en lui d'habitudes vicieuses et dépravées, et de
dompter les passions qui l'incitent au mal ?
Quiconque
veut, en outre - et qui ne doit le vouloir ? - que sa dévotion envers la
Vierge soit digne d'elle et parfaite, doit aller plus loin, et tendre, par tous
les efforts, à l'imitation de ses exemples. C'est une loi divine, en effet, que
ceux-là seuls obtiennent l'éternelle béatitude qui se trouvent avoir reproduit
en eux, par une fidèle imitation, la forme de la patience et de la sainteté de
Jésus-Christ : car ceux qu'il a connus dans sa prescience, il les a
prédestinés pour être conformes à l'image de son Fils, afin que celui-ci soit
l'aîné entre plusieurs frères (Rm 8,29). Mais telle est généralement notre
infirmité, que la sublimité de cet exemplaire aisément nous décourage. Aussi
a-ce été, de la part de Dieu, une attention toute providentielle, que de nous
en proposer un autre aussi rapproché de Jésus-Christ qu'il est permis à
l'humaine nature, et néanmoins merveilleusement accommodé à notre faiblesse.
C'est la Mère de Dieu, et nul autre. Telle fut Marie, dit à ce sujet saint
Ambroise, que sa vie, à elle seule, est pour tous un enseignement. D'où il
conclut avec beaucoup de justesse : Ayez donc sous vos yeux, dépeintes
comme dans une image, la virginité et la vie de la bienheureuse Vierge,
laquelle réfléchit, ainsi qu'un miroir, l'éclat de la pureté et la forme même
de la vertu ( De Virginib., l. II, c. II).
Or,
s'il convient à des fils de ne laisser aucune des vertus de cette Mère très
sainte sans l'imiter, toutefois désirons-Nous que les fidèles s'appliquent de
préférence aux principales et qui sont comme les nerfs et les jointures de la
vie chrétienne, Nous voulons dire la foi, l'espérance et la charité à l'égard
de Dieu et du prochain. Vertus dont la vie de Marie porte, dans toutes ses
phases, la rayonnante empreinte, mais qui atteignirent à leur plus haut degré
de splendeur dans le temps qu'elle assista son Fils mourant. - Jésus est cloué
à la croix, et on lui reproche, en le maudissant, de s'être fait le Fils de
Dieu (Jn 19,7). Marie, elle, avec une indéfectible constance, reconnaît et adore en lui
la divinité. Elle l'ensevelit après sa mort, mais sans douter un seul instant
de sa résurrection. Quant à la charité dont elle brille pour Dieu, cette vertu
va jusqu'à la rendre participante des tourments de Jésus-Christ et l'associée
de sa Passion ; avec lui, d'ailleurs, et comme arrachée au sentiment de sa
propre douleur, elle implore pardon pour les bourreaux, malgré ce cri de leur
haine : Que son sang soit sur nous et sur nos enfants (Mt
27,25).
Mais, afin que l'on ne croie pas que Nous ayons perdu de vue
Notre sujet, qui est le mystère de l'Immaculée Conception, que de secours
efficaces n'y trouve-t-on pas, et dans leur propre source, pour conserver ces
mêmes vertus et les pratiquer comme il convient !
D'où
partent, en réalité, les ennemis de la religion pour semer tant et de si graves
erreurs, dont la foi d'un si grand nombre se trouve ébranlée ?
Ils
commencent par nier la chute primitive de l'homme et sa déchéance. Pures
fables, donc, que la tache originelle et tous les maux qui en ont été la
suite : les sources de l'humanité viciées, viciant à leur tour toute la
race humaine ; conséquemment, le mal introduit parmi les hommes, et
entraînant la nécessité d'un rédempteur. Tout cela rejeté, il est aisé de
comprendre qu'il ne reste plus de place ni au Christ, ni à l'Église, ni à la
grâce, ni à quoi que ce soit qui passe la nature. C'est l'édifice de la foi
renversé de fond en comble. - Or, que les peuples croient et qu'ils professent
que la Vierge Marie a été, dès le premier instant de sa conception, préservée
de toute souillure : dès lors, il est nécessaire qu'ils admettent, et la
faute originelle, et la réhabilitation de l'humanité par Jésus-Christ, et
l'Évangile et l'Église, et enfin la loi de la souffrance : en vertu de
quoi tout ce qu'il y a de rationalisme et de matérialisme au monde est arraché
par la racine et détruit, et il reste cette gloire à la sagesse chrétienne
d'avoir conservé et défendu la vérité.
De
plus, c'est une perversité commune aux ennemis de la foi, surtout à notre
époque, de répudier, et de proclamer qu'il les faut répudier, tout respect et
toute obéissance à l'égard de l'autorité de l'Église, voire même de tout
pouvoir humain, dans la pensée qu'il leur sera plus facile ensuite de venir à
bout de la foi.
C'est
ici l'origine de l'anarchisme, doctrine la plus nuisible et la plus pernicieuse
qui soit à toute espèce d'ordre, naturel et surnaturel.
Or,
une telle peste, également fatale à la société et au nom chrétien, trouve sa
ruine dans le dogme de l'Immaculée Conception de Marie, par l'obligation qu'il
impose de reconnaître à l'Église un pouvoir, devant lequel non seulement la
volonté ait à plier, mais encore l'esprit. Car c'est par l'effet d'une
soumission de ce genre que le peuple chrétien adresse cette louange à la
Vierge : Vous êtes toute belle, ô Marie, et la tache originelle n'est
point en vous ( Grad. Miss. In festo Imm. Concept.).
Et par
là se trouve justifié une fois de plus ce que l'Église affirme d'elle, que,
seule, elle a exterminé les hérésies dans le monde entier.
Que
si la foi, comme dit l'Apôtre, n'est pas autre chose que le fondement des
choses à espérer (He 11,1), on conviendra aisément que par le fait que l'Immaculée
Conception de Marie confirme notre foi, par là aussi elle ravive en nous
l'espérance. D'autant plus que si la Vierge a été affranchie de la tache
originelle, c'est parce qu'elle devait être la Mère du Christ : or, elle
fut Mère du Christ afin que nos âmes pussent revivre à l'espérance.
Et
maintenant, pour omettre ici la charité à l'égard de Dieu, qui ne trouverait
dans la contemplation de la Vierge immaculée un stimulant à regarder
religieusement le précepte de Jésus-Christ, celui qu'il a déclaré sien par
excellence, savoir que nous nous aimions les uns les autres, comme il nous a
aimés ?
Un
grand signe - c'est en ces termes que l'apôtre saint Jean décrit une vision
divine - un grand signe est apparu dans le ciel : une femme, revêtue du
soleil, ayant sous ses pieds la lune, et, autour de sa tête, une couronne de
douze étoiles (Ap 12,1). Or, nul n'ignore que cette femme signifie la Vierge Marie,
qui, sans atteinte pour son intégrité, engendra notre Chef.
Et
l'Apôtre de poursuivre : Ayant un fruit en son sein, l'enfantement lui
arrachait de grands cris et lui causait de cruelles douleurs (Ap 12,2). Saint Jean vit donc la très sainte
Mère de Dieu au sein de l'éternelle béatitude et toutefois en travail d'un
mystérieux enfantement. Quel enfantement ? Le nôtre assurément, à nous
qui, retenus encore dans cet exil, avons besoin d'être engendrés au parfait
amour de Dieu et à l'éternelle félicité. Quant aux douleurs de l'enfantement,
elles marquent l'ardeur et l'amour avec lesquels Marie veille sur nous du haut
du ciel, et travaille, par d'infatigables prières, à porter à sa plénitude le
nombre des élus.
C'est
notre désir que tous les fidèles s'appliquent à acquérir cette vertu de
charité, et profitent surtout pour cela des fêtes extraordinaires qui vont se
célébrer en l'honneur de la Conception immaculée de Marie.
Avec
quelle rage, avec quelle frénésie n'attaque-t-on pas aujourd'hui Jésus-Christ
et la religion qu'il a fondée ! Quel danger donc pour un grand nombre,
danger actuel et pressant, de se laisser entraîner aux envahissements de
l'erreur et de perdre la foi ! C'est pourquoi que celui qui pense être
debout prenne garde de tomber (1Co 10,12). Mais que tous aussi adressent à
Dieu, avec l'appui de la Vierge, d'humbles et instantes prières, afin qu'il
ramène au chemin de la vérité ceux qui ont eu le malheur de s'en écarter. Car
Nous savons d'expérience que la prière qui jaillit de la charité et qui
s'appuie sur l'intercession de Marie n'a jamais été vaine.
Assurément, il n'y a pas à attendre que les attaques contre
l'Église cessent jamais : car il est nécessaire que des hérésies se
produisent, afin que les âmes de foi éprouvée soient manifestées parmi vous (1Co
11,19). Mais la
Vierge ne laissera pas, de son côté, de nous soutenir dans nos épreuves, si
dures soient-elles, et de poursuivre la lutte qu'elle a engagée dès sa
conception, en sorte que quotidiennement nous pourrons répéter cette
parole : Aujourd'hui a été brisée par elle la tête de l'antique serpent (
Off. Imm. Conc. In II Vesp. ad. Magnif.).
Et
afin que les trésors des grâces célestes, plus largement ouverts que
d'ordinaire, nous aident à joindre l'imitation de la Bienheureuse Vierge aux
hommages que nous lui rendrons, plus solennels, durant toute cette année ;
et afin que nous arrivions plus facilement ainsi à tout restaurer en
Jésus-Christ, conformément à l'exemple de Nos prédécesseurs au début de leur
pontificat, nous avons résolu d'accorder à tout l'univers une indulgence
extraordinaire, sous forme de jubilé.
C'est
pourquoi, Nous appuyant sur la miséricorde du Dieu tout-puissant et sur
l'autorité des bienheureux apôtres, Pierre et Paul ; au nom de ce pouvoir
de lier et de délier qui Nous a été confié, malgré Notre indignité : à
tous et à chacun des fidèles de l'un et de l'autre sexe, résidant dans cette
ville de Rome, ou s'y trouvant de passage, qui auront visité trois fois les
quatre basiliques patriarcales, à partir du Ier dimanche de la Quadragésime, 21
février, jusqu'au 2 juin inclusivement, jour où se célèbre la solennité du Très
Saint-Sacrement, et qui, pendant un certain temps, auront pieusement prié pour
la liberté et l'exaltation de l'Église catholique et du Siège apostolique, pour
l'extirpation des hérésies et la conversion des pécheurs, pour la concorde de
tous les princes chrétiens, pour la paix et l'unité de tout le peuple fidèle,
et selon Nos intentions ; qui auront, durant la période indiquée, et hors
des jours non compris dans l'indult quadragésimal, jeûné une fois, ne faisant
usage que d'aliments maigres ; qui, ayant confessé leurs péchés, auront
reçu le sacrement de l'Eucharistie ; de même, à tous les autres, de tout
pays, résidant hors de Rome, qui, durant la période susdite, ou dans le cours
de trois mois, à déterminer exactement par l'Ordinaire, et même non continus,
s'il le juge bon pour la commodité des fidèles, et en tout cas avant le 8
décembre, auront visité trois fois l'église cathédrale, ou, à son défaut
l'église paroissiale, ou, à son défaut encore, la principale église du lieu, et
qui auront dévotement accompli les autres œuvres ci-dessus indiquées, Nous
concédons et accordons l'indulgence plénière de tous leurs péchés ;
permettant aussi que cette indulgence, gagnable une seule fois, puisse être
appliquée, par manière de suffrage, aux âmes qui ont quitté cette vie en grâce
avec Dieu.
Nous
accordons en outre que les voyageurs de terre et de mer, en accomplissant, dès
leur retour à leur domicile, les œuvres marquées plus haut, puissent gagner la
même indulgence.
Aux
confesseurs approuvés de fait par leurs propres Ordinaires, Nous donnons la
faculté de commuer en d'autres œuvres de piété celles prescrites par Nous, et
ce, en faveur des Réguliers de l'un et de l'autre sexe et de toutes les autres
personnes, quelles qu'elles soient, qui ne pourraient accomplir ces dernières,
avec faculté aussi de dispenser de la communion ceux des enfants qui n'auraient
pas encore été admis à la recevoir.
De
plus, à tous et à chacun des fidèles, tant laïques qu'ecclésiastiques, soit
réguliers, soit séculiers, de quelque Ordre ou Institut que ce soit, y inclus
ceux qui demandent une mention spéciale, Nous accordons la permission de se
choisir, pour l'effet dont il s'agit, un prêtre quelconque, tant régulier que
séculier, entre les prêtres effectivement approuvés (et de cette faculté
pourront user encore les religieuses, les novices et autres personnes habitant
les monastères cloîtrés, pourvu que le confesseur, dans ce cas, soit approuvé
pour les religieuses), lequel prêtre, les personnes susdites se présentant à
lui, pendant la période marquée, et lui faisant leur confession avec
l'intention de gagner l'indulgence du jubilé et d'accomplir les autres œuvres
qui y sont requises, pourra, pour cette fois seulement et uniquement au for de
la conscience, les absoudre de toute excommunication, suspense et autres
sentences et censures ecclésiastiques, portées et infligées pour quelque cause
que ce soit, par la loi ou par le juge, même dans les cas réservés d'une manière
spéciale, qu'ils le soient à n'importe qui, fût-ce au Souverain Pontife et au
Siège apostolique, ainsi que de tous les péchés ou délits réservés aux
Ordinaires et à Nous-même et au Siège apostolique, non toutefois sans avoir
enjoint au préalable une pénitence salutaire et tout ce que le droit prescrit
qu'il soit enjoint, et s'il s'agit d'hérésie, sans l'abjuration et la
rétractation des erreurs exigée par le droit ; de commuer, en outre, toute
espèce de vœux, même émis sous serment et réserves au Siège apostolique
(exception faite de ceux de chasteté, d'entrée en religion, ou emportant une
obligation acceptée par un tiers), de commuer ces vœux, disons-Nous, en
d'autres œuvres pieuses et salutaires, et s'il s'agit de pénitents constitués
dans les Ordres, et même réguliers, de les dispenser de toute irrégularité
contraire à l'exercice de l'Ordre ou à l'avancement à quelque Ordre supérieur,
mais contractée seulement pour violation de censure.
Nous
n'entendons pas, d'ailleurs, par les présentes, dispenser des autres
irrégularités, quelles qu'elles soient et contractées de quelque façon que ce
soit, ou par délit ou par défaut, soit publique, soit occulte, ou par chose
infamante, ou par quelque autre incapacité ou inhabilité ; comme Nous ne
voulons pas non plus déroger à la Constitution promulguée par Benoît XIV,
d'heureuse mémoire, laquelle débute par ces mots : Sacramentum pœnitentiæ,
avec les déclarations y annexées ; ni enfin que les présentes puissent ou
doivent être d'aucune espèce d'utilité à ceux que Nous-même et le Siège
apostolique, ou quelque prélat ou juge ecclésiastique aurait nommément
excommuniés, suspendus, interdits ou déclarés sous le coup d'autres sentences
ou censures, ou qui auraient été publiquement dénoncés, à moins qu'ils n'aient
donné satisfaction, durant la période susdite, et qu'ils ne se soient accordés,
s'il y avait lieu, avec les parties.
A
quoi il Nous plaît d'ajouter que Nous voulons et accordons que, même durant
tout ce temps du jubilé, chacun garde intégralement le privilège de gagner,
sans en excepter les plénières, toutes les indulgences accordées par Nous ou
par Nos prédécesseurs.
Nous
mettons fin à ces lettres, Vénérables Frères, en exprimant à nouveau la grande
espérance que Nous avons au cœur, qui est que, moyennant les grâces
extraordinaires de ce jubilé, accordé par Nous sous les auspices de la Vierge
Immaculée, beaucoup qui se sont misérablement séparés de Jésus-Christ
reviendront à lui, et que refleurira, dans le peuple chrétien, l'amour des
vertus et l'ardeur de la piété. Il y a cinquante ans, quand Pie IX, Notre
prédécesseur, déclara que la Conception Immaculée de la bienheureuse Mère de
Jésus-Christ devait être tenue de foi catholique, on vit, Nous l'avons rappelé,
une abondance incroyable de grâces se répandre sur la terre, et un
accroissement d'espérance en la Vierge amener partout un progrès considérable
dans l'antique religion des peuples. Qu'est-ce donc qui Nous empêche d'attendre
quelque chose de mieux encore pour l'avenir ? Certes, Nous traversons une
époque funeste, et Nous avons le droit de pousser cette plainte du
Prophète : Il n'est plus de vérité, il n'est plus de miséricorde, il n'est
plus de science sur la terre. La malédiction et le mensonge et l'homicide et le
vol et l'adultère débordent partout (Os 4,1-2)., Cependant, du milieu de ce qu'on
peut appeler un déluge de maux, l'œil contemple, semblable à un arc-en-ciel, la
Vierge très clémente, arbitre de paix entre Dieu et les hommes. Je placerai un
arc dans la nue et il sera un signe d'alliance entre moi et la terre (Gn 9,13). Que la tempête se déchaîne donc,
et qu'une nuit épaisse enveloppe le ciel : nul ne doit trembler. La vue de
Marie apaisera Dieu et il pardonnera. L'arc-en-ciel sera dans la nue, et à le
voir je me souviendrai du pacte éternel (Gn 9,16). Et il n'y aura plus de déluge pour
engloutir toute chair (Gn 9,15). Nul doute que si Nous Nous confions, comme il
convient, en Marie, surtout dans le temps que nous célébrerons avec une plus
ardente piété son Immaculée Conception, nul doute, disons-Nous, que Nous ne
sentions qu'elle est toujours cette Vierge très puissante qui, de son pied
virginal, a brisé la tête du serpent (Off. Imm. Conc. B. M. V.).
Comme
gage de ces grâces, Vénérables Frères, Nous vous accordons dans le Seigneur,
avec toute l'effusion de Notre cœur, à vous et à vos peuples, la bénédiction
apostolique.
Donné
à Rome, auprès de Saint-Pierre,
le 2
février 1904, de Notre Pontificat la première année
PIE X, PAPE.