Encyclique MEDIATOR DEI
de Sa Sainteté le Pape PIE XII
SUR LA SAINTE LITURGIE
D’après le texte latin des A.
A. S., XXXIX, 1947, p. 521 ;
traduction française officielle publiée dans la Documentation Catholique,
t. XLV, col. 193. Les titres et sous-titres ne font
pas partie du texte original, mais de la version française de Rome.
A nos vénérables frères les
patriarches, primats, archevêques, évêques et autres ordinaires de lieux en
paix et communion avec le siège apostolique
Vénérables frères, salut et
bénédiction apostolique
INTRODUCTION
Jésus-Christ Rédempteur du
monde
Médiateur entre Dieu et les
hommes (I Tm II, 5), Grand Prêtre qui a pénétré les
cieux, Jésus, Fils de Dieu (cf. He IV, 14), en
entreprenant l’œuvre de miséricorde qui devait combler le genre humain de
bienfaits surnaturels, eut certainement en vue de rétablir entre les hommes et
leur Créateur l’ordre troublé par le péché et de ramener à son Père céleste,
principe premier et fin dernière, l’infortunée descendance d’Adam, souillée par
la faute originelle.
C’est pourquoi, durant son
séjour sur la terre, non seulement il annonça le commencement de la Rédemption
et l’inauguration du royaume de Dieu, mais il s’employa aussi à sauver les âmes
par l’exercice continuel de la prière et du sacrifice, jusqu’au jour où, sur la
croix, il s’offrit en victime sans tache à Dieu, pour purifier notre conscience
des œuvres mortes, afin que nous servions le Dieu vivant (cf. He IX, 14). Par là, toute l’humanité, heureusement retirée
du chemin qui la conduisait à la ruine et à la perdition, fut de nouveau
orientée vers Dieu, afin que par la coopération de chacun à l’acquisition de sa
propre sainteté, qui naît du sang immaculé de l’Agneau elle donnât à Dieu la
gloire qui lui est due.
Le divin Rédempteur voulut
ensuite que la vie sacerdotale, qu’il avait commencée dans son corps mortel par
ses prières et son sacrifice, fût continuée sans interruption au cours des
siècles dans son Corps mystique qui est l’Église. Il institua donc un sacerdoce
visible pour offrir en tout lieu l’oblation pure (cf. Mal., I, 11), afin que
tous les hommes, de l’Orient à l’Occident, délivrés du péché, servissent Dieu,
par devoir de conscience, librement et spontanément.
L’Église
continue la fonction sacerdotale de Jésus-Christ
L’Église,
fidèle au mandat reçu de son fondateur, continue donc la fonction sacerdotale
de Jésus-Christ, principalement par la sainte liturgie. Elle le fait d’abord à
l’autel, où le sacrifice de la croix est perpétuellement représenté (Cf. Conc. Trid., Sess. XXII, can. 1.)
et renouvelé, la seule différence étant dans la manière de l’offrir (Ibid.,
can. 2.) ; ensuite par les sacrements qui sont pour les hommes les moyens
spéciaux de participer à la vie surnaturelle ; enfin par le tribut quotidien
de louange offert à Dieu, Souverain Bien. " Quel joyeux spectacle n’offre
pas au ciel et à la terre l’Église en prière, dit Notre prédécesseur Pie XI, d’heureuse
mémoire. Sans interruption, tout le jour et toute la nuit, se répète sur la
terre la divine psalmodie des chants inspirés ; il n’est pas d’heure du
jour qui ne soit sanctifiée de sa liturgie propre, il n’est pas de période de
la vie qui n’ait sa place dans l’action de grâces, la louange, les demandes et
la réparation de cette solennelle et commune prière du Corps mystique du
Christ, qui est l’Église ". (Lettre encycl. Caritate
Christi, du 3 mai 1932.)
Réveil des études liturgiques
Vous savez sans doute,
Vénérables Frères, qu’à la fin du siècle dernier et au début de celui-ci, les
études liturgiques furent poussées avec une singulière ardeur, par les louables
efforts de particuliers, et grâce surtout à l’activité zélée et assidue de
plusieurs monastères de l’Ordre illustre de saint Benoît ; il s’ensuivit,
non seulement dans de nombreux pays d’Europe, mais même au-delà des mers, une
noble et fructueuse émulation dont les résultats bienfaisants ne tardèrent pas
à se faire sentir, soit dans le domaine des sciences religieuses où les rites
liturgiques de l’Église d’Occident et de celle de l’Orient furent plus
largement étudiés et connus, soit dans la vie spirituelle privée de nombreux
chrétiens.
Les cérémonies sacrées de la
messe ont été mieux connues, comprises, estimées ; la participation aux
sacrements a été plus large et plus fréquente ; la beauté des prières
liturgiques plus goûtée, et le culte de la sainte Eucharistie considéré, à
juste titre, comme la source et l’origine de la vraie piété chrétienne. En
outre, plus que par le passé, on a fait connaître aux fidèles qu’ils forment
tous ensemble un seul corps, très étroitement uni, dont le Christ est la tête
et que le peuple chrétien a le devoir de participer, à sa juste place, aux
rites liturgiques.
Empressement du Saint-Siège pour le culte liturgique
Vous savez certainement que
ce Siège apostolique a toujours apporté un soin diligent pour que le peuple
confié à sa garde fût éduqué à un sens liturgique à la fois juste et actif, qu’avec
un zèle non moins grand il s’est préoccupé de faire briller jusque dans l’extérieur
des rites sacrés une dignité convenable. Parlant Nous-même, selon la coutume,
aux prédicateurs de carême à Rome en 1943, Nous les avons instamment priés d’exhorter
leurs auditeurs à prendre une part plus active au sacrifice de la messe ;
récemment encore, Nous avons fait faire une nouvelle traduction latine du livre
des psaumes sur le texte original, afin que les prières liturgiques dont il
constitue dans l’Église catholique une part si importante fussent mieux
comprises, leur vérité et leur saveur plus facilement perçues. (Cf. Lettre ap. Motu Proprio In cotidianis precibus, du 24 mars 1945.)
Bien que cet apostolat
liturgique Nous apporte un grand réconfort à cause des fruits salutaires qui en
proviennent, la conscience de Notre charge Nous impose pourtant de suivre avec
attention ce renouveau tel qu’il est présenté par quelques-uns, et de veiller
soigneusement à ce que les initiatives ne dépassent pas la juste mesure ni ne
tombent dans de véritables excès.
Déficits des uns -
Exagération des autres
Or si, d’une part, Nous
constatons avec douleur que dans quelques pays le sens, la connaissance et le
goût de la sainte liturgie sont parfois insuffisants et même presque
inexistants, d’autre part Nous remarquons, non sans
préoccupation et sans crainte, que certains sont trop avides de nouveauté et se
fourvoient hors des chemins de la saine doctrine et de la prudence. Car, en
voulant et en désirant renouveler la sainte liturgie, ils font souvent
intervenir des principes qui, en théorie ou en pratique, compromettent cette
sainte cause, et parfois même la souillent d’erreurs qui touchent à la foi
catholique et à la doctrine ascétique.
La pureté de la foi et de la
morale doit être la règle principale de cette science sacrée qu’il faut en tout
point conformer aux plus sages enseignements de l’Église. C’est donc Notre
devoir de louer et d’approuver tout ce qui est bien, de contenir ou de blâmer
tout ce qui dérive du vrai et juste chemin.
Que les inertes et les tièdes
ne croient pourtant pas avoir Notre approbation parce que Nous reprenons ceux
qui se trompent ou que Nous refrénons les audacieux ; mais que les
imprudents ne s’imaginent pas couverts de louanges du fait que Nous corrigeons
les négligents et les paresseux.
Dans cette encyclique nous
nous occupons surtout de la liturgie latine ; ce n’est pas que Nous
nourrissions une moindre estime pour les vénérables liturgies de l’Église
orientale, dont les rites, transmis par d’anciens et glorieux documents, Nous
sont également très chers ; mais cela tient aux conditions particulières
de l’Église d’Occident, qui semblent demander en cette matière l’intervention
de Notre autorité.
Que tous les chrétiens
écoutent donc avec docilité la voix du Père commun, dont le désir le plus
ardent est que tous, intimement unis à lui, s’approchent de l’autel de Dieu, en
professant la même foi, en obéissant à la même loi, en participant au même
sacrifice, d’un même esprit et d’une même volonté. L’honneur dû à Dieu le
réclame ; les besoins des temps actuels l’exigent. En effet, après une
longue et cruelle guerre qui a divisé les peuples par ses discordes et ses
carnages, les hommes de bonne volonté font de leur mieux pour les ramener tous
à la concorde. Nous croyons pourtant qu’aucun projet et aucune initiative ne
sont, en ce cas, aussi efficaces que le zèle énergique pour la religion et l’esprit
vigoureux qui doivent animer et guider les chrétiens, de sorte que, acceptant
sincèrement les mêmes vérités et obéissant de bon cœur aux légitimes pasteurs,
dans l’exercice du culte rendu à Dieu, ils constituent une communauté
fraternelle : " Puisque, tout en étant plusieurs, nous formons un
seul corps, nous qui participons tous à un même pain " (I Cor X. 17).
I. LA LITURGIE, CULTE PUBLIC
Honorer Dieu : devoir
des individus
Le devoir fondamental de l’homme
est certainement celui d’orienter vers Dieu sa personne et sa vie. " Car c’est
à lui que nous devons tout d’abord nous unir comme à notre principe
indéfectible, à lui que doivent constamment s’adresser nos choix comme à notre
fin dernière, c’est lui aussi que dans notre négligence nous perdons par le
péché, et que nous devons retrouver en témoignant de notre foi et de notre
fidélité " (S. Thomas, Summa Theol., IIa IIae, q. 81, a. 1.). Or l’homme se tourne normalement vers
Dieu quand il en reconnaît la suprême majesté et le souverain magistère, quand
il accepte avec soumission les vérités divinement révélées, quand il en observe
religieusement les commandements, quand il fait converger vers lui toute son
activité, bref quand il lui rend, par la vertu de religion, le culte et l’hommage
dus à l’unique et vrai Dieu.
Devoir de la collectivité
C’est un devoir qui oblige en
premier lieu les hommes pris en particulier, mais c’est aussi un devoir
collectif de toute la communauté humaine basée sur des liens sociaux
réciproques, parce qu’elle aussi dépend de l’autorité
suprême de Dieu.
Il faut remarquer, en outre,
que les hommes y sont tenus d’une manière spéciale, pour avoir été élevés par
Dieu à l’ordre surnaturel.
C’est pourquoi nous voyons
Dieu dans l’établissement de la loi ancienne, édicter aussi des préceptes
rituels et préciser avec soin les règles que le peuple devait observer pour lui
rendre un culte légitime. Il établit, en conséquence, divers sacrifices et fixa
les diverses cérémonies pour les bien offrir ; il détermina clairement
tout ce qui concernait l’arche d’Alliance, le temple et les jours de fête. Il
constitua la tribu sacerdotale et le Grand Prêtre, il indiqua avec détail les
vêtements dont se serviraient les ministres sacrés, et tout ce qui pourrait
avoir quelque relation avec le culte divin (cf. Livre du Lévitique).
Ce culte, du reste, n’était
qu’une ombre (cf. He X, 1) de celui que le Prêtre
suprême du Nouveau Testament devait rendre au Père céleste.
Honneur rendu au Père par le
Verbe incarné : sur la terre…
De fait à peine " Le
Verbe s’est-il fait chair " (Jn, I, 14) qu’il se
manifeste au monde dans sa fonction sacerdotale, en faisant au Père éternel un
acte de soumission qui devait durer tout le temps de
sa vie : " En entrant dans le monde il dit : voici que je viens…
pour faire, ô Dieu, votre volonté " (Heb X. 5-7).
Cet acte, il devait le porter à sa perfection d’une manière merveilleuse dans
le sacrifice sanglant de la croix : " C’est en vertu de cette volonté
que nous sommes sanctifiés, par l’oblation que Jésus-Christ a faite, une fois
pour toutes, de son propre corps " (Ibid., X, 10). Toute son activité au
milieu des hommes n’a pas d’autre but. Enfant, il est présenté au Seigneur dans
le temple de Jérusalem ; adolescent, il s’y rend encore ; dans la
suite il y retourne souvent pour instruire le peuple et pour prier. Avant d’inaugurer
son ministère public, il jeûne durant quarante jours ; par la parole et
par son exemple il nous exhorte tous à prier, soit de jour, soit de nuit. En
tant que Maître de vérité, " il éclaire tout homme " (Jn, I, 9), afin que les mortels reconnaissent le vrai Dieu
immortel et qu’ils ne soient pas " de ceux qui se retirent pour leur
perte, mais de ceux qui gardent la foi pour sauver leur âme " (He X, 39). En tant que Pasteur, il dirige son troupeau, il
le conduit aux pâturages vivifiants et lui donne une loi à observer, afin que
personne ne s’écarte de lui et de la route droite tracée par lui, mais que tous
vivent saintement sous son inspiration et sous sa conduite. A la dernière Cène,
usant d’un rite et d’un apparat solennel, il célèbre la nouvelle Pâque et il en
assure la continuation grâce à l’institution divine de l’Eucharistie ; le
lendemain, élevé entre ciel et terre, il offre sa vie en sacrifice pour nous
sauver, et de sa poitrine transpercée il fait en quelque sorte jaillir les
sacrements, qui distribuent aux âmes les trésors de la Rédemption. Ce faisant,
il n’a en vue que la gloire de son Père et la plus grande sainteté de l’homme.
… et dans la gloire
Entré ensuite dans le lieu de
la béatitude céleste, il veut que le culte institué et rendu durant sa vie sur
terre se continue sans interruption. Car il ne laisse pas orphelin le genre
humain : il l’assiste toujours de sa continuelle et puissante protection,
en se faisant notre avocat au ciel auprès du Père (cf. I Jn,
II, 1) ; mais il l’aide aussi par son Église, dans laquelle il perpétue sa
divine présence au cours des siècles, qu’il a établie la colonne de la vérité
(cf. I. Tm III, 15) et la dispensatrice de sa grâce,
et que par le sacrifice de la croix il fonda, consacra et affermit à jamais.
(Cf. Boniface IX, Ab origine mundi, du 7 octobre
1391, Callixte III, Summus Pontifex, du 1er janvier 1456 ; Pie II, Triumphans Pastor, du 22 avril 1459 ;
Innocent XI, Triumphans Pastor,
du 3 octobre 1678.)
L’Église
continue à honorer Dieu, en union avec le Christ
L’Église
a donc en commun avec le Verbe incarné le but, le devoir et la fonction d’enseigner
à tous la vérité, de régir et de gouverner les hommes, d’offrir à Dieu le
sacrifice digne et acceptable, et de rétablir ainsi entre le Créateur et les
créatures cette union et cette harmonie que l’apôtre des nations désigne
clairement par ces paroles : " Vous n’êtes plus des étrangers ni des
hôtes de passage ; mais vous êtes concitoyens des
saints et membres de la famille de Dieu, édifiés que vous êtes sur le fondement
des apôtres et des prophètes, dont Jésus-Christ lui-même est la pierre
angulaire. C’est en lui que tout l’édifice bien ordonné s’élève, pour former un
temple saint dans le Seigneur ; c’est en lui que, vous aussi, vous êtes
édifiés, pour être par l’Esprit-Saint une demeure où Dieu habite " (Ep II, 19-22). Dans sa doctrine, dans son gouvernement,
dans le sacrifice et les sacrements que le divin Rédempteur a institués, dans
le ministère enfin qu’il lui a confié après avoir ardemment prié et répandu son
sang, la société fondée par lui n’a d’autre fin que de croître et de s’étendre
toujours plus, ce qui se réalise quand le Christ s’établit et grandit dans les
âmes des mortels et quand à leur tour les âmes des mortels croissent et se
fortifient dans le Christ ; de la sorte s’amplifie chaque jour davantage
dans ce terrestre exil le temple sacré où la divine Majesté reçoit le culte
agréable et légitime. Dans toute action liturgique, en même temps que l’Église,
son divin Fondateur se trouve présent : le Christ est présent dans le
saint sacrifice de l’autel, soit dans la personne de son ministre, soit
surtout, sous les espèces eucharistiques ; il est présent dans les
sacrements par la vertu qu’il leur infuse pour qu’ils soient des instruments
efficaces de sainteté ; il est présent enfin dans les louanges et les
prières adressées à Dieu, suivant la parole du Christ : " Là où deux
ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux " (Mt., XVIII,
20). La sainte liturgie est donc le culte public que notre Rédempteur rend au
Père comme Chef de l’Église ; c’est aussi le culte rendu par la société
des fidèles à son chef et, par lui, au Père éternel : c’est, en un mot, le
culte intégral du Corps mystique de Jésus-Christ, c’est-à-dire du Chef et de
ses membres.
Commencements historiques de
la sainte liturgie
L’activité liturgique a pris
naissance avec la fondation même de l’Église. Les premiers chrétiens, en effet,
" étaient assidus aux prédications des apôtres, à la fraction du pain en
commun et aux prières " (Ac II, 42). Partout où
les pasteurs peuvent réunir le noyau de fidèles, ils dressent un autel sur
lequel ils offrent le sacrifice et autour duquel viennent prendre place d’autres
rites destinés à la sanctification des hommes et à la glorification de Dieu. Au
premier rang de ces rites se trouvent les sacrements, les sept sources
principales de salut ; vient ensuite la louange divine assurée par les
fidèles qui dans leurs réunions communes obéissent aux exhortations de l’apôtre
Paul : " Que vous vous instruisiez et vous avertissiez les uns les
autres en toute sagesse ; sous l’inspiration de la grâce, que vos cœurs s’épanchent
vers Dieu en chants, par des psaumes, des hymnes, des cantiques spirituels
" (Col. III, 16) ; puis vient la lecture de la loi des prophètes, de
l’Évangile et des Épîtres des apôtres ; enfin l’homélie, ou sermon du
président de l’assemblée, qui rappelle et commente avec profit les
enseignements du divin Maître et les événements principaux de sa vie, et dont
les conseils opportuns et les exemples stimulent tous les assistants.
Son organisation et ses
développements
Le culte s’organise et se
développe selon les circonstances et les besoins des chrétiens, il s’enrichit
de nouveaux rites, de nouvelles cérémonies et de nouvelles formules, toujours
dans le but " que nous tirions enseignement de ces signes extérieurs, que
nous prenions conscience de nos progrès et que nous nous stimulions fortement à
les poursuivre car la valeur du résultat dépendra de la ferveur qui l’aura
précédé " (S. Augustin, Epist. 130, ad Probam, 18.). L’âme est ainsi rendue plus attentive à Dieu
et le sacerdoce de Jésus-Christ remplit son rôle à travers tous les siècles,
puisque aussi bien la liturgie n’est pas autre chose que l’exercice de cette
fonction sacerdotale. Comme son divin Chef, l’Église assiste à jamais ses fils,
elle les aide et les exhorte à la sainteté afin qu’ils puissent un jour, parés
de cette beauté surnaturelle, faire retour au Père qui est dans les cieux. Elle
engendre à la vie céleste ceux qui sont nés à la vie terrestre ; dans leur
lutte contre l’ennemi implacable, elle leur communique la force du Saint-Esprit ;
elle appelle les chrétiens près des autels et, de ses avis et de ses
invitations réitérés, elle les pousse à prendre leur part dans la célébration
du sacrifice eucharistique ; elle les nourrit du Pain des anges pour qu’ils
soient toujours plus forts ; ceux que le péché a blessés et souillés, elle
les purifie et elle les console ; ceux qui sont appelés par vocation
divine à remplir le ministère sacerdotal, elle les consacre par un rite légal ;
elle affermit de ses grâces et de ses dons surnaturels le chaste mariage de
ceux qui sont destinés à fonder et constituer une famille chrétienne ;
enfin, après avoir réconforté et restauré les dernières heures de leur vie
terrestre par son viatique eucharistique et par la sainte onction, elle
accompagne pieusement au tombeau les dépouilles de ses fils, elle les y dépose
religieusement et les met sous la protection de la croix, afin qu’un jour elles
en ressuscitent victorieuses de la mort. A ceux qui se consacrent au service de
Dieu pour atteindre la perfection dans la vie religieuse, elle accorde sa
bénédiction et de solennelles prières. Elle tend enfin sa main secourable aux
âmes qui dans les flammes du purgatoire implorent des prières et des suffrages,
afin de les conduire finalement à l’éternel bonheur.
II. LA LITURGIE, CULTE
INTÉRIEUR ET EXTÉRIEUR
C’est un culte extérieur
L’ensemble du culte que l’Église
rend à Dieu doit être à la fois intérieur et extérieur. Extérieur certes, car
tel le requiert la nature de l’homme, composé d’une âme et d’un corps ;
car la Providence divine a voulu que " par la connaissance des réalités
visibles nous soyons attirés à l’amour des réalités invisibles " (Missale Rom., Praef. Nativ.) ; car tout ce qui vient de l’âme s’exprime
naturellement par le moyen des sens ; car ce ne sont pas seulement les
individus, mais aussi la collectivité humaine, qui ont besoin de rendre leur
culte à Dieu ; celui-ci doit être social ; ce qui est impossible si,
dans le domaine religieux lui aussi, il n’existe pas d’assujettissements
extérieurs et de manifestations extérieures ; c’est enfin le moyen d’attirer
particulièrement l’attention sur l’unité du Corps mystique, d’en accroître le
zèle, d’en corroborer les forces et d’en intensifier l’action : "
bien que les cérémonies ne contiennent en elles-mêmes aucune perfection, aucune
sainteté, elles sont pourtant des actes extérieurs de religion, et par leur
signification elles stimulent l’âme à la vénération du sacré, elles élèvent l’esprit
aux réalités surnaturelles, nourrissent la piété, fomentent la charité,
accroissent la foi, fortifient la dévotion, instruisent les âmes simples, font
l’ornement du culte de Dieu, conservent la religion et distinguent les vrais
chrétiens des faux et des hétérodoxes " (I. Card. Bona,
De divina psalmodia, cap. XIX, § 3, 1.)
Mais il est surtout culte
intérieur
Mais l’élément essentiel du
culte doit être l’intérieur, car il est nécessaire de vivre toujours dans le
Christ, de lui être tout entier dévoué, pour rendre en lui, avec lui et par
lui, gloire au Père des cieux. La sainte liturgie requiert que ces deux
éléments soient intimement unis, et elle ne se lasse jamais de le répéter
chaque fois qu’elle prescrit un acte extérieur de culte. Ainsi, par exemple,
elle veut " que ce que nous professons dans nos observances extérieures, s’accomplisse
réellement dans notre intérieur " (Missale Rom.,
Secreta feriae V post Dom.
II Quadrag.). Sans quoi, la religion devient
assurément un formalisme inconsistant et vide. Vous savez, Vénérables Frères,
que le divin Maître juge indignes du temple sacré et n’hésite pas à les en
chasser, ceux qui croient honorer Dieu par le seul son de phrases bien
construites et par des poses théâtrales, et se persuadent pouvoir assurer
parfaitement leur salut éternel sans déraciner de leur âme leurs vices
invétérés (cf. Mc VII, 6, et Isaïe, XXIX, 13). L’Église veut donc que tous les fidèles se prosternent aux
pieds du Rédempteur pour lui professer leur amour et leur vénération ;
elle veut que les foules, à l’exemple des enfants qui, joyeux et chantants,
allèrent à la rencontre du Christ le jour de son entrée à Jérusalem, chantent
en chœur pour acclamer la gloire du Roi des rois et de l’Auteur souverain de
tout bien, et pour lui témoigner leur reconnaissance ; elle veut que de
leurs lèvres sortent des prières, tantôt de supplication, tantôt de joie et de
louange, afin d’expérimenter, comme les apôtres au bord du lac de Tibériade, l’aide
de sa miséricorde et de sa puissance ; ou bien, comme Pierre sur le mont
Thabor, pour s’abandonner eux-mêmes et tous leurs biens, au Dieu éternel, dans
les mystiques transports de la contemplation.
Exagération de l’élément
extérieur
C’est donc avoir une notion
tout à fait inexacte de la sainte liturgie que de la regarder comme une partie
purement extérieure et sensible du culte divin, ou comme une cérémonie
décorative ; ce n’est pas une moindre erreur de
la considérer simplement comme l’ensemble des lois et des préceptes par
lesquels la hiérarchie ecclésiastique ordonne l’exécution régulière des rites
sacrés.
Qu’il soit donc bien entendu
de tous qu’on ne peut dignement honorer Dieu si l’âme ne tend pas à la
perfection de la vie, et que pour faire parvenir à la sainteté, le culte rendu
à Dieu par l’Église en union avec son chef divin possède la plus grande
efficacité.
Quand il s’agit du sacrifice
de la messe et des sacrements, cette efficacité provient surtout et avant tout
de l’action elle-même (ex opere operato).
Si l’on considère ensuite l’activité propre de l’épouse sans tache de Jésus-Christ,
qui rehausse de ses prières et de ses cérémonies le sacrifice eucharistique et
les sacrements, ou s’il s’agit des sacramentaux et des autres rites institués
par la hiérarchie ecclésiastique, alors l’efficacité dépend surtout de l’action
de l’Église (ex opere operantis
Ecclesiae), en tant que sainte et étroitement unie à
son Chef dans toute son activité.
Théories nouvelles sur la
" piété objective "
A ce propos, Vénérables
Frères, Nous voudrions attirer votre attention sur les nouvelles théories
touchant ce qu’on appelle la " piété objective " ; tendant à
mettre en relief le mystère du Corps mystique, la réalité effective de la grâce
sanctifiante et l’action divine des sacrements et de la messe, elles semblent
vouloir amoindrir ou même passer sous silence la " piété subjective "
ou personnelle.
Dans les cérémonies
liturgiques, et en particulier dans le saint sacrifice de l’autel, il est bien
vrai que l’œuvre de notre rédemption se continue et que ses fruits nous sont
appliqués. Le Christ nous sauve chaque jour dans les sacrements et à la messe ;
par eux, il purifie sans cesse et il consacre à Dieu toute l’humanité. Ces
actes ont donc une valeur " objective ", qui nous fait vraiment
participer à la vie divine de Jésus-Christ. C’est donc de la vertu divine, et
non de la nôtre, qu’ils tirent leur efficacité pour unir la piété des membres à
celle du Chef et en faire en quelque sorte une action de toute la communauté.
Certains concluent de ces profonds arguments que toute la piété chrétienne doit
se renfermer dans le mystère du Corps mystique du Christ, sans aucune
considération " personnelle " ou " subjective " ; ils
estiment donc qu’il faut négliger les autres pratiques de religion non
strictement liturgiques et accomplies en dehors du culte public.
Bien que les principes ci-dessus
exposés soient excellents, tout le monde remarquera pourtant que ces
conclusions sur les deux sortes de piété sont tout à fait fallacieuses,
insidieuses et dommageables.
Nécessité de la piété
subjective
Il est vrai que les
sacrements et le sacrifice de la messe ont une valeur intrinsèque en tant qu’ils
sont les actions du Christ lui-même ; c’est lui qui communique la grâce
divine de Chef et la diffuse dans les membres du Corps
mystique ; mais pour avoir l’efficacité requise, il est absolument
nécessaire que les âmes soient bien disposées. Ainsi, à propos de l’Eucharistie,
l’apôtre Paul nous dit : " Que chacun s’éprouve soi-même, et qu’ainsi
il mange de ce pain et boive de ce calice " (I Co
XI, 28). C’est pourquoi l’Église, en termes expressifs et concis, nomme-t-elle
" défense de la milice chrétienne " (Missale
Rom., Feria IV Cinerum : orat
post imposit. cinerum.)
tous les exercices de purification de l’âme, surtout
durant le jeûne du carême ; ils représentent, en effet, les efforts actifs
des membres qui veulent, avec l’aide de la grâce, adhérer à leur Chef, afin
que, dit saint Augustin " la source même de la grâce apparaisse dans notre
Chef " (De praedestinatione sanctorum,
31). Mais il faut remarquer que ce sont des membres vivants, doués de raison et
de volonté personnelles ; en approchant leurs lèvres de la source, ils
doivent donc nécessairement s’emparer vitalement de l’aliment, se l’assimiler
et écarter tout ce qui pourrait en empêcher l’efficacité. Il faut donc affirmer
que l’œuvre rédemptrice, indépendante en soi de notre volonté, requiert notre
effort intérieur pour pouvoir nous conduire au salut éternel.
Nécessité de la méditation et
des pratiques de piété
Si la piété privée et
intérieure des individus négligeait le saint sacrifice de la messe et les
sacrements et se soustrayait à l’influx salvifique qui émane du Chef dans les
membres, ce serait évidemment chose blâmable et
stérile. Mais lorsque tous les exercices de piété non strictement liturgiques
ne visent l’activité humaine que pour la diriger vers le Père des cieux, pour
exciter efficacement les hommes à la pénitence et à la crainte de Dieu, pour
les arracher à l’attrait du monde et des plaisirs, et réussir à les conduire
par un dur chemin au sommet de la sainteté, alors ils ne méritent pas seulement
Nos plus grands éloges, mais ils s’imposent par une absolue nécessité, car ils
démasquent les écueils de la vie spirituelle, ils nous poussent à l’acquisition
des vertus et ils augmentent l’ardeur avec laquelle nous devons nous consacrer
entièrement au service de Jésus-Christ. La piété authentique, que le docteur
angélique appelle " dévotion " et qui est l’acte principal de la
vertu de religion - acte qui met les hommes dans l’ordre, les oriente vers Dieu
et les fait s’adonner librement à tous les exercices du culte divin (Cf. s.
Thomas. Summa Theol., IIa IIae.
q. 82, a. 1.) cette piété
authentique a besoin de la méditation des réalités surnaturelles et des
pratiques de piété pour s’alimenter, s’enflammer, s’épanouir et nous pousser à
la perfection. Car une juste conception de la religion chrétienne réclame qu’avant
tout la volonté soit consacrée à Dieu et qu’elle exerce son influence sur les
autres facultés de l’âme. Mais tout acte de volonté présuppose l’exercice de l’intelligence,
et avant même que naissent le désir et le projet de se consacrer à Dieu dans le
sacrifice de soi-même, il est nécessaire de connaître les raisons et les motifs
qui commandent la religion, comme la fin dernière de l’homme et la grandeur de
la majesté divine, le devoir de se soumettre au Créateur, les inépuisables
trésors de l’amour dont Dieu a voulu nous enrichir, la nécessité de la grâce
pour atteindre le but assigné, et la voie spéciale que la divine Providence a
voulue pour nous, en nous unissant tous à Jésus-Christ notre Chef, comme les membres
d’un corps. Et parce que les motifs de l’amour n’ont pas toujours de prise sur
notre âme agitée par les mauvaises passions, il est fort opportun que la
considération de la justice divine nous impressionne salutairement pour nous
amener à l’humilité chrétienne, à la pénitence et à l’amendement.
Fruits concrets d’une vraie
piété
Toutes ces considérations ne
doivent pas être un vain rappel, mais tendre activement à soumettre nos sens et
leurs facultés à la raison illuminée par la foi, à purifier notre âme pour l’unir
chaque jour plus intimement au Christ, nous conformer
toujours plus à lui et puiser en lui l’inspiration et la force divine dont elle
a besoin, à être des stimulants toujours plus efficaces au bien, à la fidélité
au devoir d’état, à la pratique de la religion, à l’exercice fervent de la
vertu : " Vous, vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu "
(cf. I Co III, 23). Que tout soit donc bien ordonné
et " théocentrique ", si nous voulons vraiment que tout soit dirigé à
la gloire de Dieu par la vie et la vertu qui nous viennent de notre divin Chef :
" Ainsi donc, Frères, puisque nous avons, par le sang de Jésus, un libre
accès dans le sanctuaire, par la voie nouvelle et vivante qu’il a inaugurée
pour nous à travers le voile, c’est-à-dire à travers sa chair, et puisque nous
avons un Grand Prêtre établi sur la maison de Dieu, approchons-nous avec un
cœur sincère, dans la plénitude de la foi, le cœur purifié des souillures d’une
mauvaise conscience, et le corps lavé dans une eau pure. Restons inébranlablement
attachés à la profession de notre espérance… Ayons l’œil ouvert les uns sur les
autres pour nous exciter à la charité et aux bonnes œuvres " (He X, 19-24).
Harmonie et équilibre entre
les membres du Corps mystique
De là résulte un harmonieux
équilibre entre les membres du Corps mystique de Jésus-Christ. En nous
enseignant la foi catholique, en nous exhortant à l’observation des
commandements, l’Église prépare la route à son action proprement sacerdotale et
sanctifiante ; elle nous dispose à une contemplation plus intime de la vie
du divin Rédempteur et nous conduit à une connaissance plus profonde des
mystères de la foi, pour que nous y puisions une nourriture surnaturelle dont
la force nous permette, avec l’aide du Christ, de progresser sûrement vers la
perfection. Par ses ministres d’abord, mais aussi par ses simples fidèles
remplis de l’Esprit de Jésus-Christ, l’Église cherche à faire pénétrer cet
esprit dans toute la vie privée, conjugale, sociale et même économique et
politique, afin que tous ceux qui portent le nom d’enfants de Dieu puissent
plus facilement atteindre leur fin.
Cette activité privée des
chrétiens et l’effort ascétique destiné à purifier l’âme stimulent l’énergie
des fidèles et les disposent à participer dans de meilleures dispositions au
saint sacrifice de la messe, à recevoir les sacrements avec plus de fruit, à
célébrer les rites sacrés de façon à en sortir plus généreux et plus forts pour
la prière et l’abnégation chrétienne, à répondre activement aux inspirations de
la grâce prévenante et à imiter chaque jour davantage les vertus de notre
Rédempteur ; ils ne seront pas les seuls à en profiter, mais avec eux tout
le corps de l’Église, dans lequel tout le bien qui se fait dérive de la vertu
du Chef et sert finalement au bien de tous les membres.
Accord entre l’action divine
et la coopération humaine
Il ne peut donc y avoir dans
la vie spirituelle, aucune opposition ou contradiction entre l’action divine,
qui infuse la grâce dans les âmes pour continuer notre rédemption, et l’active
coopération de l’homme qui ne doit pas rendre vaine la grâce de Dieu (cf. II Co VI, 1) ; entre l’efficacité du rite extérieur des
sacrements, qui provient de leur valeur intrinsèque ex opere
operato et le mérite de celui qui les administre ou
les reçoit ex opere operantis ;
entre les prières privées et les prières publiques ; entre la morale et la
contemplation ; entre la vie ascétique et la piété liturgique ; entre
la juridiction et le magistère légitime de la hiérarchie ecclésiastique, d’une
part, et le pouvoir sacerdotal proprement dit, qui s’exerce dans le saint
ministère, d’autre part.
Pour de graves motifs, l’Église
prescrit aux ministres de l’autel et aux religieux de s’adonner, aux temps
marqués, à la méditation, à l’examen et amendement de la conscience, et aux
autres exercices spirituels (C.I.C., can. 125, 126,
565, 571, 595, 1367.), parce que destinés d’une manière particulière à remplir
les fonctions liturgiques de la messe et de la louange divine. Sans doute la
prière liturgique, du fait qu’elle est la prière publique de l’épouse de Jésus-Christ,
a une dignité supérieure à celle des prières privées ; mais cette
supériorité ne veut nullement dire qu’il y ait, entre ces deux sortes de
prières, contradiction ou opposition. Inspirées par un seul et même esprit,
elles tendent, ensemble et d’accord, au même but, jusqu’à ce que le Christ soit
formé en nous (cf. Gal., IV, 19), et devienne " tout en tous " (Col.,
III, 11).
III. LA LITURGIE EST RÉGLÉE
PAR LA HIÉRARCHIE ECCLÉSIASTIQUE
La nature de l’Église exige
une hiérarchie…
Pour mieux comprendre ce qu’est
la sainte liturgie, il faut encore considérer un autre de ses caractères, qui n’est
pas de moindre importance.
L’Église
est une société et, comme telle, elle requiert une autorité et une hiérarchie
propres. Si tous les membres du Corps mystique participent aux mêmes biens et
tendent aux mêmes fins, tous ne jouissent pas pourtant du même pouvoir ni ne
sont habilités pour accomplir les mêmes actes. Le divin Rédempteur, en effet, a
voulu constituer son royaume et l’appuyer sur des fondements stables selon l’ordre
sacré, qui est une sorte d’image de la hiérarchie céleste.
Aux seuls apôtres et à ceux
qui, après eux, ont reçu de leurs successeurs l’imposition des mains, a été
conféré le pouvoir sacerdotal, en vertu duquel ils représentent leur peuple
devant Dieu de la même manière qu’ils représentent devant leur peuple la
personne de Jésus-Christ. Ce sacerdoce ne leur est pas transmis par hérédité ni
par descendance humaine ; il n’émane pas non plus de la communauté
chrétienne et il n’est pas une délégation du peuple. Avant de représenter le
peuple auprès de Dieu, le prêtre est l’envoyé du divin Rédempteur, et parce que
Jésus-Christ est la Tête de ce Corps dont les chrétiens sont les membres, il
représente Dieu auprès du peuple dont il a la charge. Le pouvoir qui lui est
confié n’a donc, de sa nature, rien d’humain ; il est surnaturel et il
vient de Dieu : " Comme mon Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie…
(Jn, XX, 21) ; celui qui vous écoute m’écoute…
(Lc X, 16) ; allez dans le monde entier et prêchez l’Évangile à toute
créature : celui qui croira et sera baptisé sera sauvé " (Mc XVI, 15-16).
… et donc un sacerdoce
extérieur, visible…
C’est pourquoi le sacerdoce
extérieur et visible de Jésus-Christ ne se transmet pas dans l’Église d’une
manière universelle, générale ou indéterminée : il est conféré à des
hommes choisis et constitue une sorte de génération spirituelle que réalise l’un
des sept sacrements, l’ordre ; celui-ci ne donne pas seulement une grâce
particulière propre à cet état et à cette fonction, mais encore un "
caractère " indélébile, qui configure les ministres sacrés à Jésus-Christ
Prêtre et qui les rend aptes à exercer légitimement les actes de religion
ordonnés à la sanctification des hommes et à la glorification de Dieu, suivant
les exigences de l’économie surnaturelle.
… consacré par le sacrement
de l’ordre
En effet, de même que le bain
baptismal distingue tous les chrétiens et les sépare de ceux que l’eau sainte n’a
point purifiés et qui ne sont point membres du Christ, de même le sacrement de
l’ordre range les prêtres à part des autres fidèles du Christ qui n’ont point
reçu ce don, car eux seuls, répondant à l’appel d’une sorte d’instinct surnaturel,
ont accédé à l’auguste ministère qui les consacre au service des autels et fait
d’eux les divins instruments par lesquels la vie céleste et surnaturelle est
communiquée au Corps mystique de Jésus-Christ. Et, en outre, comme Nous l’avons
dit plus haut, eux seuls sont marqués du caractère indélébile qui les fait
" conformes " au Christ Prêtre ; d’eux seuls les mains ont été
consacrées, " afin que tout ce qu’ils béniraient soit béni, et tout ce qu’ils
consacreraient soit consacré et sanctifié au nom de Notre-Seigneur
Jésus-Christ " (Pontif. Rom., De ordinatione presbyteri, in manuum unctione.). Qu’à eux donc
recourent tous ceux qui veulent vivre dans le Christ, car c’est d’eux qu’ils
recevront le réconfort et l’aliment de la vie spirituelle ; d’eux ils recevront
le remède du salut, grâce auquel, guéris et fortifiés, ils pourront échapper au
désastre où mènent les vices ; par eux, enfin, leur vie commune familiale
sera bénie et consacrée, et leur dernier souffle en cette vie mortelle
deviendra l’entrée dans la béatitude éternelle.
La liturgie dépend de
l’autorité ecclésiastique
a. Par sa nature même
Puisque la liturgie sacrée
est accomplie au premier chef par les prêtres au nom de l’Église, son
ordonnancement, sa réglementation et sa forme ne peuvent pas ne pas dépendre de
l’autorité de l’Église. Ce principe, qui découle de la nature même du culte
chrétien, est confirmé par les documents de l’histoire.
b. Par ses relations étroites
avec le dogme
Ce droit indiscutable de la
hiérarchie ecclésiastique est corroboré encore par le fait que la liturgie
sacrée est en connexion intime avec les principes doctrinaux qui sont enseignés
par l’Église comme points de vérité certaine, et par le fait qu’elle doit être
mise en conformité avec les préceptes de la foi catholique édictés par le
magistère suprême pour assurer l’intégrité de la religion révélée de Dieu.
A ce sujet, Nous avons jugé
devoir mettre en exacte lumière ceci, que vous n’ignorez sans doute point,
Vénérables Frères : à savoir, l’erreur de ceux qui ont considéré la
liturgie comme une sorte d’expérience des vérités à retenir comme de foi ;
de façon que si une doctrine avait produit, par le moyen des rites liturgiques,
des fruits de piété et de sanctification, l’Église l’approuverait, et qu’elle la
réprouverait dans le cas contraire. D’où proviendrait l’axiome : Lex orandi, lex credendi ; " la règle de la prière est la règle
de la croyance ".
Mais ce n’est point cela qu’enseigne,
ce n’est point cela que prescrit l’Église. Le culte qui est rendu par elle au
Dieu très saint est, comme le dit de façon expressive saint Augustin, une
profession continue de foi catholique et un exercice d’espérance et de charité :
Fide, spe, caritate colendum Deum, affirme-t-il. (Enchiridion. cap. 3.) Dans la
liturgie sacrée, nous professons la foi catholique expressément et ouvertement,
non seulement par la célébration des mystères, l’accomplissement du sacrifice,
l’administration des sacrements, mais aussi en récitant ou chantant le "
Symbole " de la foi, qui est comme la marque distinctive des chrétiens, et
de même en lisant les autres textes, et surtout les Saintes Écritures inspirées
par l’Esprit-Saint. Toute la liturgie donc contient la foi catholique, en tant
qu’elle atteste publiquement la foi de l’Église.
C’est pourquoi, chaque fois
qu’il s’est agi de définir une vérité divinement révélée, les souverains
pontifes et les conciles, lorsqu’ils puisaient aux " sources théologiques
", tirèrent maint argument de cette discipline sacrée ; tel, par
exemple, Notre prédécesseur d’immortelle mémoire Pie IX, lorsqu’il décréta l’Immaculée
Conception de la Vierge Marie. Et de même l’Église et les saints Pères, lorsqu’ils
discutaient de quelque vérité douteuse et controversée, ne négligeaient pas de
demander des éclaircissements aux vénérables rites transmis depuis l’antiquité,
de là vient l’axiome connu et respectable : Legem
credendi lex statuat supplicandi, " que la règle de la prière fixe la règle
de la croyance " (De gratia Dei " Indiculus "). Ainsi, la sainte liturgie ne désigne et
n’établit point la foi catholique absolument et par sa propre autorité, mais
plutôt, étant une profession des vérités célestes soumises au suprême magistère
de l’Église, elle peut fournir des arguments et des témoignages de grande
valeur pour décider d’un point particulier de la doctrine chrétienne. Que si l’on
veut discerner et déterminer d’une façon absolue et générale les rapports entre
la foi et la liturgie, on peut dire à juste titre : Lex
credendi legem statuat supplicandi, " que
la règle de la croyance fixe la règle de la prière ". Et il faut parler de
même quand il s’agit des autres vertus théologales : In… fide, spe, caritate
continuato desiderio semper
oramus, " nous, prions toujours et avec une
ardeur continue, dans la foi, l’espérance et la charité " (S. Augustin, Epist. 130, ad Probam, 18.).
IV. PROGRÈS ET DÉVELOPPEMENT
DE LA LITURGIE
De tout temps, la hiérarchie
ecclésiastique a usé de ce droit sur les choses de la liturgie ; elle a
organisé et réglé le culte divin, rehaussant son éclat de dignité et de
splendeurs nouvelles, pour la gloire de Dieu et le profit spirituel des
chrétiens. Et, de plus, elle n’a pas hésité - tout en sauvegardant l’intégrité
substantielle du sacrifice eucharistique et des sacrements - à modifier ce qu’elle
jugeait n’être pas parfaitement convenable et à ajouter ce qui lui paraissait
plus apte à accroître l’honneur rendu à Jésus-Christ et à l’auguste Trinité, et
à instruire et stimuler le peuple chrétien de façon plus bienfaisante. (cf.
Const. Divini cultus, du 20
décembre 1928.)
Éléments divins et éléments
humains de la liturgie
En effet, la sainte liturgie
est formée d’éléments humains et d’éléments divins ; ceux-ci, évidemment,
ayant été établis par le divin Rédempteur, ne peuvent en aucune façon être
changés par les hommes ; les premiers, au contraire, peuvent subir des
modifications diverses, selon que les nécessités des temps, des choses et des
âmes les demandent, et que la hiérarchie ecclésiastique, forte de l’aide de l’Esprit-Saint,
les aura approuvées. De là vient l’admirable variété des rites orientaux et
occidentaux ; de là l’accroissement progressif par lequel des coutumes
cultuelles et des œuvres de piété particulières se développent peu à peu, alors
qu’on n’en trouvait qu’un faible indice dans les âges antérieurs ; et de
là vient aussi parfois que telles pieuses institutions, que le temps avait
effacées, soient de nouveau remises en usage. Toutes ces transformations
attestent la vie permanente de l’Église à travers tant de siècles ; elles
expriment le langage sacré qui, au cours des temps, s’est échangé entre elle et
son divin Époux, pour dire sa foi et celle des peuples à elle confiés, et son
amour inépuisable ; et elles montrent la sage pédagogie par laquelle elle
excite et augmente de jour en jour dans les croyants " le sens du Christ
".
Développement de certains
éléments humains
Il y eut, certes, bien des
causes au progrès et au développement de la liturgie sacrée tout au long de la
glorieuse vie de l’Église.
a. Dû à une formulation
doctrinale plus précise
Ainsi, par exemple, tandis
que la doctrine catholique du Verbe de Dieu incarné, du sacrement et du
sacrifice de l’Eucharistie, de la Vierge Marie Mère de Dieu, était déterminée
de façon plus certaine et plus exacte, de nouvelles formes rituelles furent
introduites, par lesquelles la lumière qui avait jailli plus éclatante des
déclarations du magistère ecclésiastique se trouva répétée et comme reflétée de
façon plus plénière et plus juste dans les actions liturgiques, et put atteindre
avec plus de facilité l’esprit et le cœur du peuple chrétien.
b. Dû à des modifications
disciplinaires
Ensuite le progrès de la
discipline ecclésiastique dans l’administration des sacrements, par exemple du
sacrement de pénitence, et l’institution puis la suppression du catéchuménat et
encore la communion eucharistique sous une seule espèce adoptée dans l’Église
latine, furent autant de causes qui, certainement, contribuèrent à la
transformation de l’ancien rite au cours des temps et à l’introduction lente d’un
rite nouveau, qui parut plus en accord avec les réglementations par là
impliquées.
c. Dû aussi à des pratiques
de piété extra-liturgiques
A ce progrès et à cette
transformation contribuèrent beaucoup des initiatives de piété et des œuvres
qui ne sont point en liaison intime avec la liturgie sacrée et qui, nées dans
les époques suivantes par un admirable dessein de Dieu, prirent parmi le peuple
une si grande importance : tel, par exemple, le culte accru et chaque jour
plus attentif envers la divine Eucharistie, et de même envers les cruelles
souffrances de notre Rédempteur, envers le Sacré-Cœur
de Jésus, la Vierge Mère de Dieu et son très chaste Époux.
A ces effets eurent part
aussi, au gré des circonstances, les pèlerinages publics de piété au tombeau
des martyrs, les jeûnes de dévotion, enfin les prières stationales
qui se célébraient en esprit de pénitence dans la sainte cité et auxquelles
prenait part souvent le Souverain Pontife lui-même.
d. Dû encore au développement
des beaux-arts
Et il est facile de
comprendre que le développement des beaux-arts, surtout de l’architecture, de
la peinture et de la musique, influa considérablement sur la détermination et
les formes variées que reçurent les éléments extérieurs de la liturgie sacrée.
L’Église
a usé de ce même droit sur les choses liturgiques pour défendre la sainteté du
culte divin contre les abus introduits avec témérité et imprudence par des
personnes privées et des Églises particulières. Et c’est ainsi que, au XVIe siècle, les usages et coutumes de ce genre s’étant
accrus à l’excès, et les initiatives privées en ces matières menaçant l’intégrité
de la foi et de la piété pour le plus grand profit des hérétiques et de la
propagation de leurs erreurs, Notre prédécesseur d’immortelle mémoire Sixte-Quint établit en l’année 1588 la Sacrée Congrégation
des Rites, afin de défendre les rites légitimes de l’Église et d’en écarter
tout ce qui aurait été introduit d’impur (Const. Immensa,
du 22 janvier 1588), à cette institution, de nos jours encore, il appartient,
de par la fonction qui lui est dévolue, d’ordonner et décréter tout ce qui
concerne la liturgie sacrée (C. I. C., can. 253).
V. CE PROGRÈS NE PEUT ÊTRE
ABANDONNÉ A L’ARBITRAIRE DES
PERSONNES PRIVÉES
C’est pourquoi au seul
Souverain Pontife appartient le droit de reconnaître et établir tout usage
concernant le culte divin, d’introduire et approuver de nouveaux rites, de
modifier ceux mêmes qu’il aurait jugés immuables (cf. C. I. C., can. 1257) ;
le droit et le devoir des évêques est de veiller diligemment à l’exacte
observation des préceptes des saints canons sur le culte divin (cf. C. I. C.
can. 1261). Il n’est donc pas permis de laisser à l’arbitraire des personnes
privées, fussent-elles de l’ordre du clergé, les choses saintes et vénérables
qui touchent la vie religieuse de la société chrétienne, et de même l’exercice
du sacerdoce de Jésus-Christ et le culte divin, l’honneur qui doit être rendu à
la très sainte Trinité, au Verbe incarné, à son auguste Mère, et aux autres
habitants du ciel, et le salut des hommes. Pour cette raison, aucune personne
privée n’a le pouvoir de réglementer les actions extérieures de cette espèce,
qui sont au plus haut point liées avec la discipline ecclésiastique et avec l’ordre,
l’unité et la concorde du Corps mystique, et qui, plus est, fréquemment avec l’intégrité
de la foi catholique elle-même.
Quelques abus téméraires
L’Église,
sans doute, est un organisme vivant, donc, même en ce qui regarde la liturgie
sacrée elle croît, se développe, évolue, et s’accommode aux formes que
requièrent les nécessités et les circonstances au cours des temps, pourvu que
soit sauvegardée l’intégrité de la doctrine. Néanmoins, il faut réprouver l’audace
tout à fait téméraire de ceux qui, de propos délibéré, introduisent de
nouvelles coutumes liturgiques ou font revivre des
rites périmés, en désaccord avec les lois et rubriques maintenant en vigueur.
Or, Nous avons appris avec grande douleur, Vénérables Frères, que cela se
produisait, et en des choses, non seulement de faible, mais aussi de très grave
importance ; il en est, en effet, qui dans la célébration de l’auguste
sacrifice eucharistique, se servent de la langue vulgaire, qui transfèrent à d’autres
époques des jours de fête - lesquels avaient été décrétés et établis après mûre
délibération - qui enfin suppriment des livres de la prière publique approuvés
par l’Église les textes sacrés de l’Ancien Testament, parce qu’ils les jugent
insuffisamment adaptés à notre temps et inopportuns.
L’emploi de la langue latine,
en usage dans une grande partie de l’Église, est un signe d’unité manifeste et
éclatant, et une protection efficace contre toute corruption de la doctrine
originale. Dans bien des rites cependant, se servir du langage vulgaire peut
être très profitable au peuple : mais c’est au seul Siège apostolique qu’il
appartient de le concéder ; et sans son avis et son approbation, il est
absolument interdit de rien faire en ce genre, car, comme Nous l’avons dit, la
réglementation de la sainte liturgie dépend entièrement de son appréciation et
de sa volonté.
Attachement exagéré aux rites
anciens
Il faut juger de même des
efforts de certains pour remettre en usage d’anciens rites et cérémonies. Sans
doute, la liturgie de l’antiquité est-elle digne de vénération ; pourtant,
un usage ancien ne doit pas être considéré, à raison de son seul parfum d’antiquité,
comme plus convenable et meilleur, soit en lui-même, soit quant à ses effets et
aux conditions nouvelles des temps et des choses. Les rites liturgiques plus
récents eux aussi, sont dignes d’être honorés et observés, puisqu’ils sont nés
sous l’inspiration de l’Esprit-Saint, qui assiste l’Église à toutes les époques
jusqu’à la consommation des siècles (cf. Mt, XXVIII, 20) ; et ils font
partie du trésor dont se sert l’insigne Épouse du Christ pour provoquer et
procurer la sainteté des hommes.
Revenir par l’esprit et le
cœur aux sources de la liturgie sacrée est chose certes sage et louable, car l’étude
de cette discipline, en remontant à ses origines, est d’une utilité
considérable pour pénétrer avec plus de profondeur et de soin la signification
des jours de fêtes, le sens des formules en usage et des cérémonies sacrées ;
mais il n’est pas sage ni louable de tout ramener en toute manière à l’antiquité.
De sorte que, par exemple, ce serait sortir de la voie droite de vouloir rendre
à l’autel sa forme primitive de table, de vouloir supprimer radicalement des
couleurs liturgiques le noir, d’exclure des églises les images saintes et les
statues, de faire représenter le divin Rédempteur sur la croix de telle façon
que n’apparaissent point les souffrances aiguës qu’il a endurées, de répudier
et rejeter enfin les chants polyphoniques ou à plusieurs voix, même s’ils se
conforment aux normes données par le Siège apostolique.
Archéologisme excessif
De même, en effet, qu’aucun
catholique sérieux ne peut, dans le but de revenir aux anciennes formules
employées par les premiers conciles, écarter les expressions de la doctrine
chrétienne que l’Église, sous l’inspiration et la conduite du divin Esprit, a
dans des âges plus récents élaborées et décrété devoir être tenues, avec grand
profit pour les âmes ; et qu’aucun catholique sérieux ne peut écarter les
lois en vigueur pour revenir aux prescriptions des sources anciennes du Droit
canonique, de même, quand il s’agit de liturgie sacrée, quiconque voudrait
revenir aux antiques rites et coutumes, en rejetant les normes introduites sous
l’action de la Providence, à raison du changement des circonstances, celui-là
évidemment, ne serait point mû par une sollicitude sage et juste.
Une telle façon de penser et
d’agir ferait revivre cette excessive et malsaine passion des choses anciennes
qu’excitait le concile illégitime de Pistoie, et
réveillerait les multiples erreurs qui furent à l’origine de ce faux concile et
qui en résultèrent, pour le grand dommage des âmes, erreurs que l’Église,
gardienne toujours vigilante du " dépôt de la foi " à elle confié par
son divin Fondateur, a réprouvées à bon droit (cf. Pie VI, Const. Auctorem fidei, du 28 août 1794, nn. XXXI-XXXIV, XXXIX, LXII, LXVI, LXIX-LXXIV.).
Car des desseins et des initiatives de ce genre tendent à ôter toute force et
toute efficacité à l’action sanctificatrice, par laquelle la liturgie sacrée
oriente, pour leur salut, vers le Père céleste les fils de l’adoption.
Que tout se fasse donc de
telle façon que soit sauvegardée l’union avec la hiérarchie ecclésiastique. Que
personne ne s’arroge la liberté de se donner à soi-même des règles, et de les
imposer aux autres de son propre chef. Seul le Souverain Pontife, comme
successeur du bienheureux Pierre à qui le divin Rédempteur a confié le soin de
paître le troupeau universel (Jn XXI, 15-17), et avec
lui les évêques, que " l’Esprit-Saint a placés… pour régir l’Église de
Dieu " (Act XX, 28) sous la conduite du Siège
apostolique, ont le droit et le devoir de gouverner le peuple chrétien. C’est
pourquoi, Vénérables Frères, chaque fois que vous défendez votre autorité - et
avec une sévérité salutaire s’il le faut - non seulement vous remplissez la
fonction de votre charge, mais vous faites respecter la volonté même du
Fondateur de l’Église.
II LE CULTE EUCHARISTIQUE
I. NATURE DU SACRIFICE
EUCHARISTIQUE
Le point culminant et comme
le centre de la religion chrétienne est le mystère de la très sainte
Eucharistie que le Christ, Souverain Prêtre, a instituée, et qu’il veut voir
perpétuellement renouvelé dans l’Église par ses ministres. Comme il s’agit de
la matière principale de la liturgie, Nous estimons utile de Nous y attarder
quelque peu et d’attirer votre attention, Vénérables Frères, sur ce sujet très
important.
Le Christ, notre Seigneur,
" prêtre éternel selon l’ordre de Melchisédech " (Ps CIX, 4), "
ayant aimé les siens qui étaient dans le monde " (Jn
XIII, 1), " durant la dernière Cène, la nuit où il fut trahi, voulut,
comme l’exige la nature humaine, laisser à l’Église, son Épouse bien-aimée, un
sacrifice visible, pour représenter le sacrifice sanglant qui devait s’accomplir
une fois seulement sur la croix, afin donc que son souvenir demeurât jusqu’à la
fin des siècles et que la vertu en fût appliquée à la rémission de nos péchés
de chaque jour… Il offrit à Dieu son Père son corps et son sang sous les
apparences du pain et du vin, symboles sous lesquels il les fit prendre aux
apôtres, qu’il constitua alors prêtres du Nouveau Testament, et il ordonna, à
eux et à leurs successeurs, de l’offrir " (Conc.
Trid., Sess. XXII, cap. 1).