Les
sept péchés capitaux de l'enfance.
R.P. Ch. De Maillardoz s.j.
I
‑ L'EGOISME
L’égoïsme est le culte du " moi ". Le nom
même en est l'expression. Ego, on le sait, est le pronom possessif latin que le
français traduit par « je » ou « moi ».
Plus que simple culte de soi‑même, l'égoïsme
est le soin que l'on prend de se satisfaire soi‑même au détriment de son
prochain.
Ce vice implique donc une faute contre la justice ou
contre la charité, ajoutée au simple dérèglement de l'amour de soi-même mal
entendu[1]
1. ‑ Amour
naturel. Concupiscence. Egoïsme
Ne confondons pas ces trois termes :
L’amour naturel est le zèle légitime de l'être
à l'égard de son propre bien. Saint Thomas a de belles lignes sur ce sujet[i][2].
La concupiscence, au sens théologique du mot,
est principe d'excès dans l'amour de soi‑même. Faux principe de bien, il
est, en réalité, cause de mal pour l'individu.
Mais ce zèle désordonné peut préjudicier à son seul
auteur ; tel est le cas de certains défauts : la paresse, la gourmandise, la
vanité.
S'il porte tort à autrui, l'amour‑propre se
nomme égoïsme. Amour illégitime de soi‑même, au détriment du
prochain.,
2.
‑ Égoïsme matériel et égoïsme formel
Nouvelle distinction formulée par la morale.
L'égoïsme matériel est la pratique inconsciente et involontaire
de ce vice.
L'égoïsme formel est la recherche consciente, volontaire,
de notre bien‑être aux dépens de nos semblables. Le premier ne constitue
pas une faute : l'acte moral mauvais exigeant triple condition : la matière, la
connaissance et le consentement.
Conclusion. ‑ L'enfant ne peut se rendre
coupable d'égoïsme véritable, au sens moral, ou coupable, avant l'usage de sa
raison.
3.
‑ L'égoïsme dans le jeune enfant
Pas d'égoïsme " matériel " plus manifeste que celui dont le nouveau‑né nous rend témoins.
Il asservit à ses besoins et à ses fantaisies toutes
les personnes attachées à son service, sans tenir compte de l'excès de ses
exigences. Il n'a aucune connaissance réfléchie de cette tyrannie la volonté y
demeure complètement étrangère. Il ne peut donc pas être taxé d'égoïsme formel.
Précisons la situation. Le nouveau‑né est‑il
susceptible de contracter l'habitude de l'égoïsme matériel ? Oui, sans
doute. Il n'est pas nécessaire que l'habitude soit revêtue de la condition
morale pour être habitude. L'animal est susceptible d'habitude : il est
incapable d'habitude morale, en aucun temps de sa vie.
L'habitude morale est la coutume connue par
l'intelligence et consentie par la volonté. Or, la bête n'est douée ni
d'intelligence ni de volonté. Ses habitudes sont d'ordre sensible, corporel,
matériel seulement.
Le nouveau‑né, il est vrai, est en possession
de son intelligence et de sa volonté; mais il ne jouit pas encore de leur
usage. Il se trouve, durant quelque temps, réduit à la condition de l'animal. Il
contracte des habitudes, mais de nature purement sensible, corporelle,
matérielle. Vient le jour où son intelligence s'illumine et sa volonté se
détermine librement. A ce moment, consent‑il à l'habitude bonne, c'est
vertu; consent‑il à l'habitude mauvaise, c'est vice. Heure grave sur
laquelle doit veiller une mère. Elle transfigurera l'habitude sensible, bonne,
en habitude morale ou spirituelle. Elle apprendra à l'enfant à se libérer de
l'habitude mauvaise, qu'il aurait jusqu'alors inconsciemment pratiquée.
4.
‑ L'origine de l'égoïsme dans l'enfant
Qu'elle le veuille ou non, et quelques précautions
qu'elle prenne, toute mère est fauteur d'égoïsme matériel dans son enfant.
Première cause. ‑ Le nouveau‑né a
besoin de tant de soins ; sa fragilité exige tant de délicatesse ; son état de
souffrance nécessite de si impérieux empressements, que la charité même de cet
ange qu'est la mère chrétienne déterminera, dans le nourrisson, l'habitude de
l'égoïsme.
Seconde cause. ‑ L'impuissance où se
trouve le bébé de se rendre compte de l'excès de ses exigences est la seconde
porte par où l'égoïsme s'introduit dans ses moeurs. L'enfant est désarmé ; il
ne peut l'expulser. Son intelligence sommeille. Sa volonté est en léthargie.
5.
‑ Précaution préalable. Prévenir le mal
Au mal involontaire créé par sa charité elle‑même,
une mère avisée emploiera un premier remède ‑ Réduire le mal, le plus
possible, fidèle en cela au principe si connu
Prévenir plutôt que guérir.
Deux moyens à mettre en œuvre :
1° Suppression de toute superfluité.
2° Réduction du nécessaire.
S'abstenir de faire contracter au nouveau‑né
des habitudes superflues telles que le bercer, le tenir dans les bras,
l'accompagner de chants, lui prodiguer toutes dorloteries plus qu'il n'est
nécessaire.
Réduire le nécessaire à une certaine austérité.
Là se reconnaîtront, et l'intelligence d'une mère, et
son amour. Faut‑il une forte dose d'esprit pour comprendre que les
mauvaises habitudes sont pour l'enfant autant de tyrans, autant de terrains de
lutte, autant de principes de souffrances, contre lesquelles on le condamne à
réagir, un jour ou l'autre, peut‑être pendant des mois et des années ?
S'il en est ainsi, de quel côté est l'amour ? ‑
Du côté de la gâterie, principe d'égoïsme, de sensualité, de révolte, de
violences et de tous les vices ? Ou du côté d'une austérité qui affranchit
l'enfant d'un véritable fourmillement d'infirmités morales ?
Le milieu n'existant pas entre bien et mal, toute
mauvaise habitude dont vous préservez votre enfant est une bonne habitude contraire,
dont vous ornez sa petite âme.
Quelle parure !
Pourquoi ces bébés calmes, tranquilles, silencieux,
faciles à soigner gracieux à tous ? Parce qu'ils ont une mère digne de ce nom.
Ils en sont l'honneur. Témoins vivants de sa haute intelligence, de son
énergie, de son empire sur elle‑même et d'un amour tout d'abnégation. Il
serait plus agréable de jouer à la poupée avec cet objet vivant. Mais ce serait
le profaner, le sacrifier, le rabaisser en place de « l'élever » : ce
serait faire passer dans son coeur d'enfant la frivolité de l'âme maternelle.
Combien nombreuses les mères égoïstes, qui sacrifient
leurs enfants à leur plaisir personnel ! Se soucient‑elles de purger
d'égoïsme l'enfant de Dieu ?... Elles le contaminent.
Grandes enfants, bien plus que mères !
6.
‑ Premier remède : Instruire
Aussitôt qu'il fait usage de sa raison, que l'enfant,
avons nous dit, soit pénétré par sa mère d'aversion contre l'égoïsme matériel,
dont il a abusé jusqu'alors, sans le savoir.
Notez que je dis « usage de la raison », et
non « âge de raison ». La différence est énorme entre l'un et
l'autre. « Age de raison » est un terme de convention sur lequel on
peut disserter longtemps. Je m'en suis acquitté longuement au cours de la
seconde partie de la pédagogie rationnelle. Je n'y reviens pas.
L'usage de la raison est simplement l'exercice des
facultés intellectuelles. A quel moment le bébé commence‑t‑il à
user de son intelligence ? De quand date sa première pensée ? Qui le dira jamais ?
Aussi bien la question est‑elle oiseuse.
Rapportons‑nous en aux mères. Nul oeil n'a la vue plus sûre à l'intérieur
de l'enfant.
Ce que la science peut affirmer, c'est que le
développement de l'intelligence va de pair avec l'exercice du langage. L'usage
de la parole développe l'usage de la raison. L'enfant pose une question, puis
raisonne ; son raisonnement intérieur amène sur ses lèvres une nouvelle
interrogation ; il réfléchit sur la seconde réponse qui lui est faite, et étend
plus loin le champ de ses explorations mentales. En peu de temps, sa pensée a
conquis un terrain considérable. Aussi, un auteur a‑t‑il pu dire
qu'en quelques mois, le nouvel interlocuteur apprend plus que tout le reste de
sa vie. Il ne s'agit pas ici de science, mais d'idées. Il forme, dans son
esprit, un plus grand nombre d'idées nouvelles qu'il ne les multipliera plus
tard[3].
Quelle est‑elle la grande idée à implanter à cette
grave époque, dans le jeune cerveau ? ‑ L'idée de dévouement. D'après
le principe capital: " Les contraires sont guéris par leurs contraires.
"
Le dévouement est le contraire de l'égoïsme.
Autre principe : La vérité pénètre dans
l'intelligence enfantine par les yeux avec plus de clarté que par l'oreille.
Soyez donc pratique, et lorsque vous prenez votre petit enfant pour compagnon
de vos courses, ne manquez pas de lui inculquer que le service d'autrui, à
quelque titre que ce soit, est le mobile presque universel de l'activité
humaine. Service intéressé ou désintéressé, service gratuit ou rétribué,
service libre ou obligé, service naturel ou surnaturel, peu importe, c'est
toujours activité en faveur d'autrui,
Tu vois ce facteur, qui dépose des lettres dans les
boîtes, à l'entrée des maisons. Deux fois par jour, il fait le tour du quartier
pour rendre ce service à toutes les personnes de son rayon postal.
Et ce jeune garçon qui a un nom imprimé en or sur sa
casquette, c'est un jeune homme qui, toute la journée, dépose à domicile
les objets achetés par les clients de son magasin.
Ce soldat ? Il a quitté son village pour s'exercer à
la guerre. Il est prêt à donner sa vie pour défendre son pays.
Ce prêtre qui va si vite, il se rend chez un malade
pour le confesser, le consoler, peut‑être lui porter le bon Dieu.
Tu le vois, tout le monde se rend utile au prochain.
Servir, c'est vivre ! La règle est universelle. On méprise ceux qui ne veulent
que se faire servir, s'amuser et non travailler.
Mais il n'est pas besoin de parcourir les rues pour
jouir du spectacle d'un constant dévouement à autrui. Ne remarques tu
pas les soins que prodigue, jour et nuit, ta maman à ta petite soeur de
six mois ? J'en ai fait autant pour toi.
Et ton papa ? Quand tu te réveilles, il est déjà
parti pour son bureau. Ne le vois‑tu pas rentrer, à midi, bien
fatigué, repartir bien vite, et revenir épuisé le soir ? Pour qui travaille‑t‑il
? Pour toi. S'il ne se soumettait pas à une existence si dure, tu
n'habiterais pas ce bel appartement, tu ne serais pas si bien vêtu, tu n'aurais
pas une table si agréablement servie.
Ta bonne, qui, du matin au soir, t'assiste dans tous
tes besoins, elle a tout quitté pour venir te servir. Elle a laissé son papa,
sa maman, ses frères et soeurs, sa maison, son pays, pour s'attacher à ton
service. Si tu es trop petit pour nous rendre service, n'as‑tu rien à faire
? Mais oui, tu n'es pas exempt du devoir
de réciprocité. Tu dois faire plaisir à tous ceux qui t'entourent et
témoigner au moins ta reconnaissance par ton empressement à obéir, ton
courage à corriger tes défauts et ta gracieuseté constante envers tous.
Dépouillés de toute rhétorique, semblables discours
constituent, le premier remède à opposer à l'égoïsme. Plus simple leur
forme, plus efficace leur effet.
7.
‑ Second remède: Former à la pratique
Toujours dans l'ordre des leçons par le moyen des
sens, ainsi que par l'emploi des contraires, il est une industrie de rendement
meilleure encore.
Obtenez de l'enfant qu'il prenne plaisir à s'associer
au service de la maison. La bonne met le couvert. Que les cuillères, objet le
plus inoffensif et le moins fragile, soient confiées à l'enfant. C'est
lui qui les disposera à côté de chaque assiette. Les serviettes, c'est
lui qui les portera à la place de chacun des convives. Les chaises, il
les approchera de la table. On fait les chambres, on fait le salon. Il aura
quelque petit emploi. Ainsi d'autres détails d'intérieur.
Qu'estimez‑vous le plus profitable en éducation
? De l'enfant qui traîne derrière une bonne, d'une pièce à l'autre de
l'appartement, étranger à toute idée de service à rendre ? Elle
va se renforçant, au contraire, dans sa pensée, l'idée qu'il n'est sur terre
que pour être servi. Ou le jeune enfant prenant intérêt à ce qu'il voit
accomplir sous ses yeux et en tirant le profit qui vient d'être indiqué, grâce à
une association discrète et fort modérée au service des siens ?
Une certaine aristocratie se révoltera peut‑être
à l'idée de jeux semblables ? Elle criera à l'avilissement de ses
rejetons ? Elle qualifiera de " grooms " des enfants à particule ?
Qu'elle ne suive pas notre conseil ! Et que son ire se calme.
En bien des ménages actuels, des dames font elles mêmes
leur cuisine. Se prennent‑elles pour des cuisinières à gages ? Nombreuses
les jeunes filles de distinction qui ne s'estiment nullement perdues d'honneur,
parce qu'elles mettent la table de famille et rendent, dans leur intérieur,
d'autres services à leurs parents.
8.
‑ Troisième remède : Compatir à autrui
Nul spectacle n'est plus déconcertant pour l'égoïsme
que la vue du dévouement d'autrui. Transportez l'enfant riche dans le taudis du
pauvre ; ses yeux lui en diront plus long que tous vos discours. Dans vos
visites à l'indigent, que le jeune enfant vous accompagne. A la sortie des
galetas, que de sujets de conversation ! En reprenant le chemin du logis,
faites avec votre petit compagnon l'inventaire de tous les objets qui manquent
aux enfants de son âge, s'il se reporte à l'abondance dont il est doté sous le
toit paternel. A un âge où les impressions sont aussi vives que tendres sont
les sentiments, vous créerez, par cette industrie, pour toute sa vie, l'homme
de charité, en même temps que le chrétien aux moeurs austères.
Faites mieux encore. Que l'enfant soit le distributeur de vos aumônes. Qu'il prenne plaisir au contact de sa main avec celle de l'indigent.
Et enfin, dernier trait de perfection : que les friandises dont il réjouit ses petits pauvres soient le fruit de sa mortification ; que les jouets dont il fait offrande laissent un joyeux vide parmi les siens.
Le Saint‑Esprit ne manquera pas d'assaisonner
pareilles largesses de joies si savoureuses que l'âme enfantine ne se passionne
pour la charité.
Cette éducation a été le noviciat de tous les saints.
9.
‑ Quatrième remède: Le surnaturel
Enfin, dans la lutte contre l'égoïsme, comme dans la
poursuite de toute autre passion malsaine, que le surnaturel soit le moyen
d'élection. Réagissons contre certaine pédagogie qui fait de l'éducation une
oeuvre d'ordre seulement naturel. De tels auteurs se montrent semblables
à un distributeur d'aumônes, dont les tiroirs sont remplis de monnaie. Dans le
tiroir de gauche, monnaie de cuivre ; dans le tiroir de droite, pièces d'or. Le
second reste clos ; le premier seul se vide... Piètre aubaine ! Deux leçons
surnaturelles sont ici de saison. L'Evangile préconise au plus haut degré les
deux vertus de mortification et de charité. ‑ Se priver ! ‑
Et donner !
De bonne heure, le disciple de Jésus‑Christ
sera instruit de la doctrine du Maître et modelé sur ses exemples. Mortification
du corps, abnégation de l'esprit : vraie caractéristique du chrétien. Mais ce
qui l'est bien plus encore : générosité à l'égard d'autrui. La charité est le
dernier lustre de l'enfant de Dieu, la splendeur du visage paternel sur un
front d'innocence.
Trois industries compléteront l'oeuvre éducative.
1° La première est la " causerie "
quotidienne. Trois livres illustrés ouvriront la conversation entre mère et
enfant. Je les rappelle :
a) La Bible, qui nous
raconte les merveilles de la libéralité divine dans l'ordre de la nature ;
b) L'Evangile, qui déploie à nos yeux ce que la grâce
nous offre de plus touchant dans la personne de Dieu fait homme ;
c) La Vie des Saints,
glorieux vainqueurs de l'égoïsme et héros de la charité.
2° La seconde industrie sera la privation, sage,
modérée, mais courageuse, de ce qui flatte la nature. De sa propre initiative,
l'enfant ne se mortifiera pas. D'où la nécessité pour les parents de limiter la
jouissance, et dût leur coeur en saigner quelques gouttes, le devoir s'impose
de ne point accorder à l'enfant tout ce qu'il réclame de plaisir. Pas
d'éducation chrétienne sans austérité évangélique !
3° Le troisième degré de la formation surnaturelle,
dans la matière dont nous parlons, sera toujours, pour l'âme enfantine,
l'emploi de l'industrie, par elle‑même la plus délicieuse : Donner à
Jésus‑Christ dans la personne du pauvre.
Avivez, mère chrétienne, dans l'intelligence du
" petit ", la flamme de l'esprit de foi. Notre‑Seigneur
Jésus‑Christ ne pouvait nous rendre plus attrayante la charité, qu'en se
posant comme le bénéficiaire même de nos largesses. Si immense est la gratitude
dont nous lui sommes débiteurs ! Si irrésistible est la sympathie de sa
personne ! Que lui refuserions‑nous ? De quoi ne nous priverions‑nous
pas, s'il venait frapper à notre porte et nous tendre la main ? C'est lui !
C'est lui qui frappe, quand nous entendons le pauvre heurter à notre huis !
Cette main tendue, c'est celle qui fut percée de clous sur le Calvaire ! Ce
coeur, d'où s'exhalent des gémissements, c'est celui qui fut transpercé sur la
croix ! Ce coeur qui déverse ses douleurs, c'est le Coeur adorable qu'ouvrit la
lame du centurion !
Ce n'est pas vrai, vous repartira l'enfant.
Alors, prenant en main l'Evangile, vous lirez
« Quand le Fils de l'homme viendra, en sa majesté, et
avec lui tous les anges, il s'assiéra sur son trône de gloire. Toutes les
générations humaines seront assemblées à ses pieds; la séparation s'opérera
entre brebis et boucs: à droite les premières, à gauche les seconds. Le roi
élèvera la voix. A ceux de sa droite, il dira :
« Venez, les bénis de mon Père, possédez le royaume
qui vous a été préparé dès l'origine du monde ; parce que j'ai eu faim, et vous
m'avez donné à manger; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire; sans abri,
vous m'avez logé; nu, vous m'avez couvert ; malade, vous êtes venu me faire
visite »[4]…
« Alors, d'une seule voix, les justes me répondront Seigneur,
quand donc vous avons‑nous vu souffrir de la faim, de la soif, du froid,
de la nudité, de la maladie ? Ce n'est point à vous que nous avons fourni
aliment, boisson, logement, vêtement, compagnie ! Et le roi leur répondra : je
vous l'affirme, en vérité, tout ce que vous avez fait aux derniers des miens,
c'est à moi‑même que vous l'avez fait ».
Racontez à votre enfant les belles surprises par
lesquelles jésus s'est plu à confirmer ces paroles envers nombre de saints.
Saint Pierre Pascal, évêque de Jaën,
en Espagne, n'ayant plus d'argent pour délivrer les chrétiens captifs, se vend
lui même pour en libérer un de plus. Le voilà enfermé dans la citadelle, les
fers aux mains et aux pieds. Liberté lui est laissée cependant d'offrir chaque
jour le Saint Sacrifice de la Messe. Un matin, pas de servant. Après un long
moment d'attente, il descend, rencontre, assis sur le pas de la porte, un jeune
esclave en guenille.
‑ Veux‑tu me servir à l'autel ? lui demande le Saint.
‑ Volontiers.
Il remonte avec son servant. Durant la cérémonie, l'évêque
se sent embrasé d'une ferveur inaccoutumée. Elle semble émaner de son servant.
La sainte Messe achevée
‑ Qui es‑tu ? lui
demande le pontife.
‑ Pierre, je suis Jésus‑Christ. Dans huit
jours, tu régneras avec moi dans le paradis.
Combien d'autres traits réjouiront l'enfant et le
convaincront de la substitution du pauvre à Jésus‑Christ, telle
que nous l'a affirmée le Sauveur. Le pauvre est la personne morale du Christ. J'ai
toujours admiré ces petits enfants courant à leur mère dès l'apparition du
mendiant:
‑ Maman, donnez‑moi un sou pour ce pauvre.
Triomphe surnaturel de la charité sur l'égoïsme vaincu.