| Morale |
Caritas veritatis
La charité de la vérité
P. Guérard des Lauriers, o.p.
Revue « Itinéraires », n°155, pp. 217-234
La charité est une, et cependant, « lien de
perfection »[1], elle revêt des formes
multiples[2]. La
charité est Dieu[3], et elle est aussi Dieu en
nous[4].
Contraste familier à qui scrute l’insertion de l’Incréé dans le créé.
La même charité stimule la contemplation et inspire l’ascèse,
porte remède à toute l’indigence humaine et verse au fond de l’âme un baume
mystérieux. Immense et belle fresque, dont peut jouir tout chrétien, pourvu
qu’il sache ouvrir les yeux, dans le coin de terre où Dieu l’a fait naître. La
charité de la vérité n’en est qu’un motif, dont nous n’examinerons qu’un
aspect...
« La charité de la vérité, dit S. Augustin[5], recherche un saint loisir ; la nécessité de la charité supporte de servir avec équité ». S. Augustin parlait d’expérience : c’est au prix d’un long et coûteux effort que, « prêtre du premier ordre » ne craignant pas pour autant de réfuter les hérétiques, il réussit à composer le De Trinitate, c’est-à-dire en l’occurrence, à installer la « caritas veritatis » au cœur de la « necessitas caritatis ». Scruter la vérité pour elle-même n’est pas prendre en charge d’une manière immédiate les besoins de ses frères : le poêle de Descartes n’est pas une officine de philanthropie. La vérité est cependant un pain dont tous ont besoin : le rompre est une / œuvre éminente de charité, plus encore s’il s’agit des vérités qui concernent le Bien ultime de l’homme. Il revient au seul christianisme de résoudre, en une sagesse ineffable, l’apparente antinomie entre « caritas veritatis » et « necessitas caritatis ».
Nous envisagerons ici une communication de la vérité inspirée
par l’amour de Dieu - d’où charité de la vérité - : mais il s’agira d’une
vérité plus immédiate et plus universelle, plus simple et plus profonde, plus
familière et plus difficile à atteindre que la vérité élaborée par
l’esprit : il s’agira de la vérité de la vie.
Les formes élémentaires - dire vrai, vivre vrai, être vrai
-que revêt la charité de la vérité, en constituent le climat plutôt que la
substance ; car, si l’amour les inspire, la justice ne laisse pas de les impérer. Nous en présenterons d’abord une triangulation,
nous en examinerons ensuite le fondement dans la Révélation.
« Dire vrai », c’est d’abord ne pas mentir. Règle
simple, et juste ; car, mentir, c’est retourner contre le prochain le
droit qu’a tout homme à un échange spirituel avec ses semblables. « Dire
vrai », c’est également, et c’est plus délicat, sérier les cas dans
lesquels il convient de dire ou de taire la vérité.
Dans l’amour d’amitié, chacun veut et son bien propre et le bien de Celui qu’il aime. Le premier de ces biens est la vérité de la vie, dans son engagement extérieur comme dans sa rectification intime. Je me dois à moi-même la vérité, et mon ami la tient pour son propre bien parce qu’elle est mon bien. Je la lui dois donc au nom de l’amitié, qui postule l’unité du désir et celle / du bien, aimé en commun. Cela n’entraîne pas qu’on doive toujours tout dire ; il suffit, pour l’ordinaire, d’être prêt à communiquer. La communication effective constitue cependant une exigence plus urgente quand il s’agit de la vie intime, laquelle se déroule au degré même d’intériorité d’où procède l’amitié ; il y a des confidences qu’on ne refuse pas sans trahir, et bientôt sans détruire, l’amour qui les exigeait.
En tout cela, ce qui importe, c’est le fait même de la communication,
le don, non l’objet du don ; car la vérité que je dis peut, de soi, être
personnellement indifférente à l’ami ; ainsi lorsqu’il s’agit d’une chose
qui n’est sienne que parce qu’elle est mienne. Mais il peut s’agir aussi d’un
bien qui est en propre le bien de celui que j’aime ; et même du bien dont,
par excellence, il a besoin : savoir, la vérité concernant la
rectification morale personnelle. Dire cette vérité, c’est exercer la
correction fraternelle. Deux conditions sont pour cela requises : être en
situation pour juger juste, estimer probable l’amendement suggéré.
Ce service se pratique spontanément entre ceux qu’unit une
charité fervente. Mais il ne faut pas le limiter à des groupes particuliers :
il a sa forme héroïque, mais aussi sa forme commune, spontanée, sur laquelle il
convient de réfléchir. Quand il ne sied point de dire la vérité, on peut la
suggérer. On doit, pour le moins, éviter tout ce qui pourrait induire autrui en
erreur ; notamment la flatterie[6], ou
même simplement les éloges trop fréquents susceptibles de porter celui qui les
reçoit à une funeste surestime de soi-même. Ce comportement servile est souvent
dicté par la cupidité, par l’inclination à la facilité, ou par un certain
dilettantisme de la politesse ; il n’est pas pour autant justifié.
Il est si simple d’amortir les petits heurts inhérents aux contacts
humains en flattant l’amour-propre, si agréable d’être le témoin, voire le
point de mire, d’une amabilité que l’on contribue à entretenir en
séduisant : il semble que l’on crée un capital qui profite à tous et qui
ne coûte rien à personne ; mais, en réalité, on fausse l’ordre des
valeurs, on empêche le jeu des réflexes sains en emprisonnant les consciences
dans un réseau de convenances qu’elles prennent pour de l’authentique charité.
La charité de la vérité exige une habituelle franchise qui préférera la fermeté
et même une pointe de rudesse à l’ombre de la flatterie facile.
Faut-il rappeler que ce service charitable doit être rendu en particulier aux chefs, qui sont, à ce point de vue, les plus desservis des hommes ? « Un prince sera la fable de toute l’Europe, et lui seul n’en saura rien » remarquait Pascal[7]. Il ne convient pas, sauf exception, de dire à un supérieur quels défauts on remarque en lui ; du moins lui doit-on de ne pas favoriser le jeu de penchants déficients par des connivences tacites dont le ressort caché est en général un intérêt égoïste.
Pour dire vrai, il faut vivre vrai. On ne peut sentir comment
la vérité mesure les choses et les vies, que si l’on vit soi-même dans la
vérité.
Toute la différence entre l’insupportable redresseur de torts
et le charitable témoin de la vérité, c’est que le premier ne saisit la vérité
qu’abstraitement, et l’applique comme un calque inflexible sur les conduites
qu’il entend reprendre ; tandis que le second, vivant de la vérité, se
trouve établi avec tous ses frères en une communion intelligible grâce à
laquelle il prévient instinctivement les déviations plus encore qu’il ne les
observe.
Pour dire vrai, il suffit de vivre vrai. Il y a alors
communication non habituellement explicitée, mais latente, de la vérité ;
persuasion de la vérité par la vérité de la vie.
Cela implique, sur le plan humain, conformité à l’état et à la
fonction qui nous situent au regard d’autrui. Les
quelques paroles que rapporte l’Evangile concernant la prédication de saint Jean-Baptiste
sont, à cet égard, fort suggestives [8] :
il demande à tous de se montrer secourables, conformément à la grande loi
humaine qui doit devenir la loi du Royaume ; et, sollicité à plus de
précision, il prescrit tout simplement à chacun d’accomplir ce qu’on a
justement appelé le « devoir d’état », en veillant d’ailleurs à
s’abstenir de toute fraude. Les percepteurs n’exigeront rien au-delà de ce qui
est fixé, les soldats ne molesteront personne et se contenteront de leur paye.
Stricte justice, pensera-t-on ? « Formellement », oui. Cependant S. Jean prêche dans la perspective du Royaume. Les conseils qu’il donne ne sont qu’un point de départ, une préparation. Il faut les prolonger, les affiner, mais en en conservant la rigoureuse et profonde simplicité. La justice du Royaume serait privée de sens sans la charité. L’obligation de justice peut être impérée par l’amour ; lequel opère, à la source de l’agir, une transformation, non une destruction. La charité ne demande pas qu’on change de condition [9] ; elle doit faire vivre autrement, dans la même condition. Elle peut avoir ses œuvres propres, elle doit d’abord informer, pour chacun, l’agir que la Providence lui départit. En un mot, la charité étant la perfection du chrétien, elle doit, pour lui, assumer toute la vie.
Il est fort commun de dire que le « devoir d’état »
doit être accompli pour l’amour de Dieu. Songe-t-on assez qu’il constitue
également, vis-à-vis du prochain, la charité primordiale ? S’il est
entendu que nous coopérons au bien de nos frères par la tâche qui nous est
dévolue, si en perspective chrétienne aucun bien ne peut être étranger au bien
divin qu’il appartient à chacun d’atteindre, il s’ensuit que notre tâche, même
considérée dans l’ordre naturel, relève fondamentalement de la charité surnaturelle.
Si donc la falsification est condamnable en justice, combien plus si elle
trompe l’attente de l’amour. Rien n’est plus insupportable que de la
rencontrer en ceux dont le trait distinctif est de faire consister la
perfection en la charité. J’attends du percepteur, du soldat, qu’il fasse son
métier, qu’il soit vrai. S’il ne l’est pas, il manque à la justice, mais en
plus s’il est chrétien, à la charité : car il n’exprime pas adéquatement
l’amour qui doit être en lui pour moi.
On rencontre assez souvent une trahison implicite de la
charité de la vérité dans le soin que certains prennent à éviter de prendre des
décisions qui pourraient dresser contre eux quelque opposition, et dont la
responsabilité retombe ainsi inévitablement sur d’autres. Abstentionnisme,
habileté des enfants de ténèbres, mais non authentique charité.
Soyez vrais, aurait à redire S. Jean, s’il se trouvait parmi
nous. C’est simple, mais en réalité difficile ; car ce sont les données
les plus primitives que toujours on risque d’altérer, très particulièrement
dans un monde voué à l’artificialité.
Dans une perspective plus large, ce que, chrétien ou non, j’attends du chrétien, c’est qu’il soit un chrétien authentique. Si le chrétien peut faire tout ce que font les autres, et ceux-ci tout ce qui fait le chrétien, quel sens cela a-t-il d’être chrétien ? Si le sel s’affadit, à quoi sert-il ? Le monde a besoin du sel chrétien : est-ce l’aimer que de lui donner un ersatz ? Nous n’entendons pas seulement ici que tout chrétien a le devoir d’être aussi fervent que grâce lui en est donnée, nous visons surtout une question d’authenticité dans les principes. Elaborer et plus encore prétendre vivre un « christianisme » dans lequel des valeurs aussi essentielles que péché, Rédemption, pénitence, renoncement, sont édulcorées, ou ramenées à des proportions mesquines qui les rendront « acceptables », c’est sans doute se rapprocher du monde, mais pour le mieux trahir. Car c’est trahir l’attente où il est d’un message dont il a perdu le souvenir, et que les chrétiens lui doivent par amour : au nom même de l’amour en lequel Dieu a aimé le monde[10].
Charité de la vérité ! Je crois trouver un chrétien, je
ne trouve qu’un homme. Ce chrétien m’aime-t-il de l’amour dont il fait, par
vocation, profession ? De cet amour dont j’ai besoin parce que Dieu seul a
pu l’inventer, Lui qui est l’Amour, Amour qui a donné aux hommes, dans le
mystère de la vie de Jésus, la vérité de toute vie et la vie par la Vérité. Si
d’autres services peuvent être rendus au nom de la seule justice, le témoignage
de la vérité chrétienne ne peut être rendu que par amour.
Ainsi la charité de la vérité conduit-elle, par le progrès de
sa requête intime, non seulement à dire vrai ou à vivre vrai, mais encore à
faire aux hommes la charité d’être vrai, à la manière dont le Verbe incarné
manifesta l’amour de Dieu en se montrant parmi nous « plein de grâce et de
vérité » [11], en
étant la « Vérité » [12]
« venue rendre témoignage à la vérité » [13]. Tel
est l’idéal. Nous ne pouvons le bien comprendre qu’en observant comment Dieu
Lui-même en a assuré la réalisation.
Dieu a préparé, longuement, l’homme à Le recevoir, Lui la Vérité. La récitation des psaumes rend familière l’association des deux mots misericordia et veritas[14], qu’ils soient attribués à Dieu Lui-même, ou bien qu’ils décrivent le comportement des justes sous le regard de Dieu. N’a-t-on pas discerné, en cette habituelle concordance, la manifestation originelle de la « charité de la vérité » ? L’Alliance de Dieu avec son peuple ne fut-elle pas scellée par la communication d’une loi ? Or on ne saurait voir en celle-ci seulement un ensemble de commandements, ni réduire celle-là à un pacte juridique ; l’Alliance est la première initiative d’un amour qui ira s’épanouissant jusqu’à l’économie nouvelle, et la loi c’est la première initiation aux rudiments indispensables d’une vérité oubliée ou encore ignorée. Misericordia et veritas, les psaumes ne font qu’exprimer une réalité déjà vécue.
Nous découvrons ainsi, dans toute son ampleur divine et humaine,
la charité de la vérité. Donner aux autres le pain de la vérité, par ce qu’on
dit, par ce qu’on vit, par ce qu’on est, c’est être fidèle à l’engagement
d’autant plus profond qu’il est moins exprimable, et qui nous lie aux autres
parce qu’à Dieu. La fidélité lucide à la condition propre est, pour chacun,
l’expression habituelle de la charité de la vérité ; c’est même cette
forme humble et concrète qui réussit au mieux à communiquer la vérité aux
autres, en la leur suggérant par une persuasion aussi mystérieuse
qu’incoercible. C’est qu’en effet cette forme de la fidélité est l’image de
celle de Dieu. Il fait, Lui le premier si l’on ose dire, Son « devoir
d’état », Celui qu’Il S’est choisi aimer, pardonner, instruire. Et si Dieu
rencontre blasphème, ingratitude, fermeture d’esprit, Il demeure Miséricorde
prévenante et condescendante Lumière. Ainsi l’homme sait-il rencontrer, non un
Dieu double, comme le sont tous les hommes[15],
mais un Dieu vrai : le vrai Dieu, qui donne la plus précieuse des oboles,
celle de la vérité concrètement existante, vivante, agissante.
Il fallait sans doute que Dieu Lui-même Se fît patiemment
persuasion, pour amener l’homme à découvrir, entre misericordia et veritas, une mystérieuse coordination.
La fidélité de Dieu à l’égard de l’homme se traduit d’abord
par une exigence de sincérité : « Soyez vrais parce que je suis
vrai. »[16] La vie humaine appelle,
comme sa justification, une plénitude immanente : celle de la vie divine
gratuitement communiquée [17]. Or
elle ne s’ouvre à la Miséricorde qu’en se conformant à la Vérité.
En retour, les liens affectifs fondés sur la communauté de la destinée, voire de la race, entraînent un devoir de mutuelle sincérité. Le mensonge n’est pas toujours stigmatisé en Israël quand il s’exerce, au bénéfice de la cause commune, vis-à-vis des étrangers ; tandis qu’il est considéré absolument comme une faute entre Israélites. Cette disparité quant à l’appréciation morale ne doit évidemment pas être retenue, mais elle était, en son temps, éducatrice. Elle signifiait précisément que fraternité et vérité relèvent d’une même mesure : c’est parce que les membres du peuple élu ont le même sens et le même culte du même Dieu vrai que toute altération de la vérité est tenue, entre eux, pour une faute contre Dieu Lui-même. La mésestime collective ou officielle de la vérité est moins un manquement à la justice qui ruine le fondement des échanges humains, qu’elle n’est le symptôme de la décadence morale et de la déchéance religieuse. Si Pilate avait respecté la vérité, il n’eût pas livré Celui qui est la Vérité[18].
La charité de la vérité, telle qu’elle doit jouer entre les enfants
d’un même Père, se trouve donc en germe dans l’ancienne Alliance. Il en est un
autre aspect, divin celui-là, que la miséricordieuse fidélité de Dieu a
patiemment inculqué à l’homme. La miséricorde est comme un climat toujours
identique. C’est Dieu qui le crée. Les relations humaines doivent donc s’y
déployer, tout comme les initiatives divines à l’égard de l’homme. Et comme la
Miséricorde est fondée dans la Vérité, la fidélité de Dieu assure la médiation
entre la vérité que l’homme doit mettre dans sa vie et cette autre Vérité,
propre à Dieu, cette vérité de Dieu « qui atteint jusqu’aux nues »[19] et
qui « subsiste à jamais »[20].
Tel est le lien organique entre la communication que Dieu fait de Lui-même, par Miséricorde, et les comportements concrets que dicte à l’homme la même Miséricorde. Ceux-ci sont vérité, en celle-là qui est Vérité. La première Miséricorde consista d’ailleurs en la communication de la Vérité, par dessus tout de cette vérité qui par sa nature engageait Dieu Lui-même : « Yahveh est le seul vrai Dieu. » C’est pourquoi, sans cette trame subsistante qu’est la charité de la vérité, tout ce que peuvent dessiner les autres formes de la charité est voué à s’estomper.
Le message de la loi nouvelle nous permettra de saisir pourquoi on doit,
et comment on peut, au nom de l’Amour, dire vrai, vivre vrai, être vrai.
*
* *
Le mot charité est si chargé d’images que son contenu spirituel risque de
s’en trouver caché. Trop souvent charité équivaut à « faire la
charité », à « donner quelque chose ». Or ce « quelque
chose » est le signe - et devient une cause supplémentaire - de
l’extériorité qui existe entre ceux qui s’aiment, extériorité que l’amour
voudrait justement annuler. S’engager dans cette voie serait oublier le sens
tout spirituel de la charité, de la charitas veritatis. Celle-ci consiste bien à « donner »,
mais le don est si éminent qu’il ne peut procéder que de Dieu ; il pénètre
si intimement l’esprit, le cœur, l’être, que cette zone, hors d’atteinte de
toute puissance créée, est réservée à Dieu. On ne peut donner la vérité -
celle, du moins, qui concerne la vie et l’être - qu’en vertu de l’acte même par
lequel on la reçoit. Autrement dit, un amour naturel ne suffit pas pour porter
efficacement à autrui une certaine qualité de vérité. Il faut, pour ce faire,
bénéficier d’un potentiel divin qu’assure le seul amour qui nous fait un avec
Dieu, la charité. La sublime obole de la charité ne peut être matérialisée,
elle n’a de sens qu’insérée dans l’amour dont Dieu
Seul est la Source.
Voici, de cela, une importante conséquence. La charité, qui
vient de Dieu, ne fait pas acception de personnes. Mon premier prochain, c’est
moi-même : je ne peux donc pas ne pas m’aimer moi-même de cet indivisible
amour dont j’aime Dieu et le prochain. Et parce que le don de la vérité est
entièrement inclus dans l’amour, parce qu’il ne peut l’alourdir d’aucune
extériorité, parce qu’il est en quelque sorte immanent à cet amour, il est
partout où se porte cet amour, il est en moi. C’est d’abord vis-à-vis de
moi-même que je dois exercer la charité de la vérité, à moins d’être dans
l’illusion sur la nature du sentiment qui m’incline à donner la vérité aux
autres. Ici, charité qui ne commencerait pas par soi-même, ne serait pas du
tout charité.
Aimer la vérité c’est vouloir, pour les autres, la leur donner, pour soi, la recevoir : deux incidences d’un même acte, par nous participé, celui de l’amour, inclusif de vérité. Faire la charité de la vérité c’est donc premièrement et essentiellement la recevoir. Dieu donne, par amour, la vérité à tous : à autrui, à moi, à moi par autrui et à autrui par moi. Dans la mesure, et au degré où je reçois, je puis donner. Et s’il est possible de tricher sur la parole - on peut dire, de la vérité, un peu plus qu’on a compris - il est très difficile de faire vivre de la vérité plus qu’on en vit soi-même, et tout à fait impossible de donner aux autres d’être vrais plus qu’on est vrai soi-même : on ne triche pas avec l’être. A ce degré, c’est Dieu qui est concerné. Lui, et Lui seul, mesure l’équation de chaque être avec lui-même, c’est-à-dire la vérité de chaque être ; Lui et Lui seul fonde les relations mystérieuses en vertu desquelles ses créatures se conditionnent mutuellement dans leur être-vrai, du fait qu’elles communient toutes en Lui, qui est la Vérité.
A chaque étape de la charité de la vérité : dire, vivre,
être, se retrouve au sein du même amour la même fondamentale réciprocité, entre
le don reçu et le don communiqué. Procédons à l’observer.
Il convient, pour dire vrai, d’être disposé à recevoir la vérité ; cette vérité
qui est règle de vie et devient progressivement l’être même. Il faut
interroger Dieu, et savoir attendre la réponse. Pilate demande bien à
Jésus : « qu’est-ce que la vérité »18, mais tourne
les talons. Il retourne à sa préoccupation, qui était, d’ailleurs, de défendre
Jésus[21].
Mais comme il le défend mal : en se lavant les mains[22].
Eût-il attendu, puis écouté la réponse, le sang du Juste n’eût peut-être pas
été appelé sur les Juifs.
Qui n’écoute pas Dieu, qui se porte trop vite vers d’autres foyers de vérité sans attendre les réponses de Dieu qui seules sont décisives, celui-là se met hors de la charité de la vérité. Car l’attente ne peut être soutenue que par un amour : amour qui n’est point facultatif - faute de l’avoir, on risque fort de se perdre[23] -, amour qui devient opérant par la vérité, c’est-à-dire qui devient inclusif de vérité[24] avant de s’appliquer à communiquer[25]. Cette disposition première, désir sincère, et docilité humble, est la racine cachée de la charité de la vérité : c’est d’elle que jaillit toute la sève.
Dire vrai, et par le fait même diffuser autour de soi une
certaine limpidité mentale à la faveur de laquelle les réflexes autocritiques
sains se développent spontanément, est le premier service de la charité de la
vérité. Il suppose que nous sachions nous laisser « instruire par le
Christ, selon que la vérité se trouve en Jésus »[26]. Car
il n’y a qu’une parole qui purifie ceux qui l’entendent[27] :
elle ne sera opérante par nous que si nous la faisons nôtre en l’écoutant. Cela
ne veut pas dire que nous la répéterons. Qui donc pourrait y prétendre ?
Cela signifie simplement que le sens de la vérité, dont la Parole est en un
sens le sacrement, inspirera spontanément en nous les vigilances ou les non-advertances, les sévérités ou les indulgences, les
fermetés ou les sourires qui contribueront à faire de la vérité un besoin
irrésistible pour ceux qui nous entourent : chacun comprenant à sa mesure
le mystérieux message qui inclinera celui-ci à éviter le mensonge, et tel autre
à une sincérité totale sous le regard de Dieu. Tous seront purs, chacun à son
degré, dans le moment où la Parole, présente en nous, leur sera, peut-être
grâce à nous, communiquée.
Il faut recevoir pour donner. Mais il ne suffit pas de recevoir. L’acte indivisible de l’Amour, dans lequel le don reçu est aussi le don donné, saisit simultanément Dieu, le prochain et nous-mêmes. Il établit entre le prochain et nous-mêmes une relation que fonde l’Amour dont nous sommes aimés l’un et l’autre. Et nous ne serions pas authentiquement en cet amour, à ce degré où il faut l’être pour que soit conférée à la vérité une communicabilité efficace, si nous pensions pouvoir donner de Dieu au prochain sans être disposés à recevoir de Dieu par le prochain. Il faut accepter nos vérités du prochain ; il n’y a en effet qu’une vérité, et qu’un amour de cette vérité, ou bien mensonge et illusion.
Le signe est crucial : avoir la charité de la vérité dans
son absolu irrésistible, c’est savoir accueillir toute vérité, en particulier
sur soi-même, d’où qu’elle vienne. Nous devons aimer cette vérité de nous-même
que nous livre le prochain ; il est si perspicace quand il nous demande
l’héroïsme, car il ne fait souvent qu’appliquer une logique dont nous
redoutions la rigueur. Accepter ce message des autres, apporte double bénéfice.
D’abord la lumière sur nous-même : Dieu, qui accueille toutes les prières,
peut aussi nous parler par toutes les lèvres. Nous, qui avons tant besoin,
quand nous prions, de croire au premier point, croyons aussi le second. Puis,
cette acceptation nous ouvre les autres : ils nous savent gré de respecter
l’exigence la plus primitive de la charité de la vérité - don reçu, don donné
dans un seul amour -. Les non-chrétiens, mêmes s’ils
ne croient plus à la vérité, perçoivent avec raison que nous devons y croire
assez pour ne vouloir triompher que par elle, et donc répudier aussi bien
l’hypocrisie aveugle qu’une certaine diplomatie de la pensée.
« Qu’ainsi votre lumière brille devant les hommes afin
que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père qui est dans les
cieux »[28].
Les conseils que donne Jésus sur la manière de prier[29], les reproches si véhéments qu’Il adresse au pharisaïsme, ne laissent aucun doute sur la portée de ce conseil. Pas d’ostentation, pas d’» édification », pas de calcul. Si une vie est vraie, elle ne peut pas ne pas rayonner. Celui qui met en pratique les lois du Royaume, à savoir les béatitudes, est la « lumière du monde »[30]. Il ne doit pas se cacher. Et ceux qui l’entourent, sensibles à la qualité de lumière qui émane de lui, remonteront jusqu’à la Source : Dieu, « Lui qui nous a appelés dans son admirable Lumière »[31]. Transfiguration opérée dans une vie humaine par le don de Dieu : le chrétien doit à tous, cette vérité qu’il est seul à même de donner. Il ne s’agit d’ailleurs pas seulement de justice, mais d’amour. Quand Dieu nous introduit dans son Royaume, Il nous donne d’emblée plus que nous ne pouvions attendre et comprendre. C’est bien dans son amour que nous devons présenter aux autres la persuasion de la vérité.
Pouvons-nous attendre d’eux, en retour, pareil service ?
Oui, s’i1 s’agit de nos frères chrétiens. Mais non de ceux qui, n’ayant pas en
eux la vérité de Dieu et l’amour de Dieu, ne peuvent laisser filtrer jusqu’à
nous cette lumière sans pareille qui est comme un resplendissement du secret de
la face du Père. Beaucoup peuvent être sincères et accomplir de grandes choses,
mais ne s’élèvera-t-il pas de « faux Christ et de faux prophètes, et ils
feront de grands prodiges et des choses extraordinaires, jusqu’à séduire s’il
se pouvait les élus eux-mêmes »[32].
La sincérité peut être au service de l’erreur : elle
excuse ceux qui se trompent de bonne foi ; mais rien n’excuse la séduction
en ceux qui, possesseurs de la vérité, doivent appeler l’erreur par son
nom : c’est, nous l’avons vu, la première forme de la charité de la
vérité. Ne laissons donc pas l’idéal chrétien se contaminer par une osmose,
d’abord imperceptible, qui finirait par noyer dans un humanisme immédiatement
tangible les valeurs surnaturelles que Dieu seul peut dispenser gratuitement.
Ne cherchons pas à conjurer par un illusoire apprivoisement ces sortes de
démons « qui ne peuvent se chasser que par le jeûne et par la
prière »[33]. L’erreur et la facilité
pactisent secrètement contre les enfants de lumière. Le danger n’est pas
moindre en vie collective qu’en vie individuelle ; et, s’il sévit surtout
dans le monde, il peut aussi visiter les cloîtres par le truchement de
conceptions de la vie humaine assez étrangères aux perspectives évangéliques.
En ce qui concerne la vérité et le rayonnement de la vie, le chrétien doit
apporter davantage, et doit savoir qu’il a moins à recevoir des non-chrétiens. La charité de la vérité demeure, à ce point
de vue, partiellement unilatérale ; cela résulte, inéluctablement, de ce
que la grâce est don gratuit, et pareillement la foi. Certes, ce n’est pas en
tout chrétien que la lumière brille au point de susciter discrètement et irrésistiblement
la louange qui remonte vers le Père ; mais ce n’est pas une raison pour
oublier, ni que cette lumière-là et elle seule est la parure des saints, ni
qu’il n’y a pas de sainteté laïque, ni que la sainteté devient un mythe si on
résorbe Dieu, en une immanence si indéfiniment accueillante et si misérable,
dans sa prétendue infinitude qu’on est tout près d’oublier qu’on, ne peut aimer
Dieu si, en même temps, on ne L’adore.
Charitas veritatis ! « Lorsque le Fils de l’Homme viendra trouvera-t-il la foi sur terre ? »[34]. La pureté divine des valeurs que la foi devrait envelopper et conserver sur terre n’aura-t-elle pas sombré dans l’universelle séduction ? Tel est l’enjeu qui est déposé dans notre cœur et dans notre esprit : assurer à la vérité qui vient de Dieu la seule permanence qu’elle puisse revêtir en ce monde, par notre vie et dans notre vie, testimonium fidei. Et faire ainsi, par l’amour de Dieu qui la dispense, par l’amour de nos frères qui l’attendent : une seule et même charité de la vérité.
On demandera sans doute : que faut-il faire ? Rien
peut-être que déjà nous ne fassions. La charité de la vérité est trop originelle
pour avoir ses œuvres propres. Elle consiste à vivre, en un certain esprit,
l’amour divin. La précision la plus nuancée et la plus exacte nous est donnée
par Jésus lui-même. Il apporte sur terre un certain reflet que lui-même n’y
retrouve nulle part. il vient « rendre témoignage à la vérité »18 ;
or ce témoignage, qui « ne fait acceptation de personne »[35],
comporte bien un « jugement »[36] au
sujet des réalités de la terre, au sujet de la vérité concrétisée sur
terre ; mais il consiste d’abord en ceci : « Ce que j’ai vu
auprès de mon Père, je le dis »[37].
Toute l’œuvre de Jésus procède du Père, est orientée vers le Père[38] ;
elle montre le Père, à tel point que, Philippe demandant :
« Seigneur, montrez-nous le Père et cela nous suffit »[39],
Jésus répond : « Celui qui m’a vu, a vu aussi le Père » [40]. La
vie du chrétien doit, elle aussi, désigner Dieu ; plutôt que s’appliquer à
mettre en valeur un homme multidimensionnel, révélation des temps nouveaux, si
enfiévré à ne rien laisser perdre de soi qu’il devient imperméable à la
véritable Sagesse : « Rechercher premièrement
le royaume de Dieu »[41].
Il ne faut certes pas changer en préoccupation scrupuleuse de ne point excéder[42], ce qui doit être occupation soucieuse / de l’essentiel. Mais la vérité primordiale c’est que le chrétien vit de Dieu, et que le point d’application de son effort doit être de développer la « tendance »[43] dont il reçoit la grâce. Alors il montrera Dieu, comme Jésus montrait son Père : avec le même naturel. On rayonne par sa vie ce dont précisément on vit. Plus profondément on réalise, par ce que l’on est, cela même en fonction de quoi l’on est ; Jésus tient lieu du Père auprès de ses disciples, parce que tout son être est d’être du Père. Il est plus véritablement la Vérité qu’Il ne le dit ou ne le vit, et c’est cela même qu’il vient offrir à ceux qui l’entourent. Cette forme ultime de la charité n’appartient-elle pas aussi au chrétien ?
C’est ce qu’il nous reste à examiner brièvement.
L’amour de Dieu consiste en ce qu’Il a envoyé son Fils - le
Fils qui procède du Père selon la Vérité - comme victime de propitiation pour
nos péchés10. Cette mission visible est le principe efficace d’une
mission invisible qui se poursuit dans les âmes. Invisible ou visible, cette
communication de Dieu épouse les mêmes modes : par amour - selon la
vérité.
« Sanctifiez-les dans la vérité : votre parole est
vérité »[44], dit Jésus à son Père. Le
principe immédiat de cette sanctification, c’est l’Esprit-Saint.
« Esprit de Jésus »[45],
« Esprit de vérité, qui procède du Père »[46],
« Esprit qui est la Vérité »[47],
« Esprit de Vérité qui guide dans toute la vérité »[48],
« Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir »[49].
Il ne s’agit plus ici d’une rectitude parlée ou vécue, mais de cette « vérité qui transcende les cieux »19, qui « demeure éternellement »20, qui est Dieu même. Exercée par Dieu, la charité devient le don ultime en quoi consiste la vision béatifiante. Ce don est réservé à Dieu ; nous ne devons ni l’attendre d’autre que Lui, ni penser intervenir à l’intime de la communication que Dieu en fait à autrui. La charité de la vérité se résout ici en une réceptivité docile et diligente, dont l’Esprit de Vérité demeure à chaque instant la seule mesure.
Cependant, notre fidélité à accueillir le don de la Vérité ne
relève pas moins de l’amour du prochain que de l’amour de Dieu.
Chacun, il est vrai, porte la responsabilité de ses actes. On
ne doit plus dire : « Les pères ont mangé des raisins verts, et les
dents des fils en sont agacées. Mais chacun mourra pour son iniquité ; tout
homme qui mangera des raisins verts, ses dents en seront agacées »[50]. Mes
refus n’entraîneraient pas que Dieu se refuse à autrui. En retour, autrui ne
bénéficie pas de ce dont je refuse de bénéficier ; la sanctification par
la vérité est en profonde conformité avec la communicabilité qui est propre à
la vérité. En quoi on reconnaît une œuvre éminente de la Sagesse divine. La
contempler contribue, de surcroît, à fixer l’esprit dans la Vérité qui est
source de toute vérité.
Mais il y a plus. La grâce de vérité nous venant en fait par
l’Humanité du Christ, et celle-ci étant une réalité créée, il s’établit de nous
à elle une certaine réciprocité. L’Humanité sainte est, en tant que principe de communication, conditionnée par notre propre réceptivité ; à la manière
dont la parole de l’orateur se trouve, du fait même du contact avec l’auditoire,
constituée en un état de communicabilité qui n’en affecte pas la teneur
objective, mais qui n’en dérive pas non plus.
Ceux qui écoutent une parole au point de mettre tout leur être
en accord avec elle suscitent, dans cette parole, des harmoniques qui la
rendent intrinsèquement plus pénétrante, qui lui confèrent une exigence de
communicabilité à laquelle doivent bientôt se rendre ceux qui d’abord
n’écoutaient qu’avec moins de profondeur, ou moins de docilité.
Semblablement, recevoir la Parole de Vérité c’est, par la médiation de cette Parole elle-même, assurer la même grâce aux autres. La Vérité, incarnée dans le Christ, réfléchit en elle-même la profondeur à laquelle elle pénètre. Elle acquiert, par des modalités temporelles muées en un état éternel, une pénétrabilité qui requiert par sa nature même d’être réalisée dans le temps. Que Judas ait refusé la grâce de repentir et de conversion enveloppée dans le regard et la parole de Jésus n’ôte évidemment rien aux virtualités infinies contenues pour chacun de nous dans l’éternelle Vérité. Mais que les Samaritains aient eu conscience de parvenir à une foi plus pure en s’attachant à Jésus lui-même, plutôt qu’en accueillant le / témoignage de leur compatriote[51] : voilà qui a découvert, et qui premièrement a réalisé, l’une des possibilités sanctificatrices de la Vérité. Réalisation et manifestation qui inaugurées il y a vingt siècles, demeurent opérantes en notre durée.
*
* *
Il y a donc une charité de la vérité, d’autant plus immanente à la
participation de la Vérité que cette participation est plus profonde.
Si nous faisons de la Vérité la règle de nos paroles et de
nos pensées, nous induisons les autres à la sincérité sans laquelle il n’y a
pas de vie possible avec Dieu ; mais nous devons, en retour, être prêts à
accueillir, d’où qu’il vienne, le service d’entendre nos vérités.
Si nous prenons la Vérité comme mesure permanente de notre
vie, nous faisons luire une lumière purifiante et convertissante.
Nous devons en même temps discerner, dans ses plus subtiles infiltrations, la
séduisante facilité qui résout Dieu en un surhomme, ou qui substitue la sagesse
de la raison à la folie de la Croix, la vérité « diminuée par les hommes »[52] à la
Vérité de Dieu. Il y a une trahison des chrétiens, comme il y a une fidélité
des chrétiens. Eux seuls connaissent le secret, eux seuls possèdent la
source ; eux seuls peuvent aller à un certain degré, dans la fidélité
comme dans la trahison.
Si enfin nous accueillons la Vérité, non plus seulement comme
mesure d’une vie qui procéderait de nous, mais selon un mode plus
mystérieusement intime, comme nous reformant à la source de nous-même, cette
Vérité devient un principe opérant et transformant : elle nous fait vrais
nous-même en nous mettant en équation avec elle, elle nous fait exercer .la
charité de la vérité par l’acte qui établit en état de communicabilité
permanente ce qui était, en elle, seulement communicable.
Nous avons marqué à grands traits le cheminement concret de la
charité de la vérité ; nous en avons ensuite indiqué le fondement
théologal. Faut-il rappeler en terminant que ces deux points de vue doivent
être tenus ensemble, si on ne veut, ni qu’une ascèse sans envol s’effrite en recettes,
ni qu’une mystique sans contrôle s’exténue en abstractions. Le plus humble de
nos actes est toujours justiciable de la plus haute inspiration : la
vérité ne subsiste que dans la Vérité, comme l’humanité de Jésus dans le Verbe
incréé.
Ainsi la temporalité de l’agir nous est-elle donnée pour que nous en saisissions la véritable substance : l’Acte éternel. Ainsi la Loi fut-elle donnée aux Juifs pour qu’en l’écrivant par la vérité de leur vie, ils reconnaissent le doigt de Dieu. Ainsi Jésus est-il donné aux hommes afin qu’ils atteignent, chacun pour soi, chacun pour ses frères, le Verbe de Vérité : charitas veritatis in Deo et in nobis.
M.-L. Guérard des Lauriers, 0. P.
[1] Col. 3, 14.
[2] 1 Cor. 16, 24. Ma charité est avec vous tous dans le Christ Jésus.
[3] 1 Jean 4, 16.
[4] Rom. 5, 5.
[5] Otium sanctum quaerit charitas veritatis ; negotium justum suscipit necessitas charitatis. De Civ. Dei 19, 19.
[6] Ps. 11, 2. Les fidèles disparaissent d'entre les enfants des hommes. On se dit des mensonges les uns aux autres; on parle avec des lèvres flatteuses et un cœur double.
[7] Pensées. Edition Brunschvicg ou Giraud. N° 100.
[8] Luc 3, 10‑14. Et les foules l'interrogeaient disant « Que devons-nous donc faire ? » Il répondait et leur disait « Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n'en a pas, et que celui qui a de quoi manger fasse de même. » Il vint aussi des publicains pour être baptisés, et ils lui dirent : « Maître que devons-nous faire ? » et il leur dit : « N'exigez rien en plus de ce qui vous a été fixé. » Des gens du service armé lui demandaient aussi : « Et nous, que devons-nous faire ? » Et il leur dit : « Ne molestez personne. Ne dénoncez pas faussement. Et contentez-vous de votre paye. »
[9] 1 Cor. 7, 20. Que chacun demeure dans la condition où l'appel divin l'a trouvé.
[10] 1 Jean 4, 9‑10.
[11] Jean 1, 14.
[12] Jean 14, 6. Je suis la Voie, la Vérité, la Vie.
[13] Jean 18, 37. « Je suis né pour ceci, et je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. »
Jean 8, 38. « Ce que j'ai vu auprès du Père, je le dis. »(Cf. Jean 1, 18.)
[14] Ps. 24, 10. Tous les sentiers de Yahweh sont miséricorde et fidélité, pour ceux qui gardent son alliance et ses commandements.
Ps. 88, 15. La justice et l'équité sont le fondement de ton trône ; la bonté et la fidélité se tiennent devant ta face.
Ps. 107, 5. Car ta bonté s'élève au-dessus des cieux et ta fidélité jusqu'aux nues.
Michée 7, 20. Vous ferez voir à Job votre fidélité, à Abraham la miséricorde, que vous avez jurée à nos pères dès les jours anciens.
Tob. 3, 2 [Tobie] : Vous êtes juste Seigneur; justes sont tous vos jugements, et toutes vos voies sont miséricorde, vérité et justice.
Ps. 39, 12. Toi Yahweh, ne me ferme pas tes miséricordes que ta vérité et ta bonté me gardent toujours.
Ps. 56. 4. Dieu m'enverra du ciel le salut : Dieu enverra sa bonté et sa vérité.
[15] Ps. 115, 1 ; Rom. 3, 4 Omnis homo
mendax.
[16] Nous pouvons transporter de cette façon les invitations si hardies : Lévit. 11, 44 ; 19, 2. Soyez saints parce que je suis saint.
Matt. 4, 48. Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.
[17] Telle est, en substance, l'interprétation que propose S. Augustin du verset Ps. 84, 12. La vérité germera de la terre et la justice regardera du haut du ciel.
[18] Jean 18, 37‑38. [Jésus] : « Je suis né pour ceci, et je suis venu dans le monde pour ceci : pour rendre témoignage à la vérité : quiconque est de la vérité écoute ma voix. » Pilate lui dit : « Qu'est-ce que la vérité ? » Ayant dit cela, il sortit de nouveau Pour aller vers les Juifs et il leur dit : « Pour moi, je ne trouve aucun crime en lui... ».
[19] Ps. 35, 6 ; Ps. 56, 11. Car ta fidélité atteint jusqu'aux cieux, et ta vérité jusqu'aux nues.
[20] Ps. 116, 2.
[21] Jean 18, 39. Mais c'est la coutume qu'à la fête de pâque je vous délivre quelqu'un. VouIez-vous que je vous délivre le roi des Juifs ?
Jean 19, 12. Dès ce moment, Pilate cherchait à le délivrer, [Après avoir affirmé à plusieurs reprises : « Pour moi, je ne trouve aucun crime en lui. » (18, 38 ; 19, 4, 6.)]
[22] Matt. 27, 24‑25. Or, Pilate, voyant qu'il n'avançait à rien mais que plutôt le tumulte augmentait, prenant de l'eau, se lava les mains en présence de la foule en disant « Je suis innocent de ce sang : à vous de voir ». Tout le peuple répondit : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! »
[23] II Thess. 2, 9‑10. Son avènement à lui [l'impie] se produira par l'action de Satan, parmi toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges menteurs, et parmi toutes les séductions de l'iniquité pour ceux qui se perdent faute d'avoir accueilli l'amour de la vérité (caritas veritatis) qui les sauverait.
[24] 1 Cor. 13, 6. La charité se réjouit de la vérité.
La joie étant conscience d'être, la charité contient elle-même la vérité dont elle se réjouit. La charité communique la vérité, enveloppée de joie.
[25] Ps. 50, 8. Voici que tu aimes la vérité, et que tu m'as communiqué le mystère de ta sagesse.
II Cor. 4, 13. J'ai cru, c'est pourquoi j'ai parlé.
[26] Eph. 4, 20‑21. Mais ce n'est pas ainsi que vous avez appris le Christ, si vraiment vous l'avez entendu et si vous avez été instruits par lui, selon que la vérité se trouve en Jésus.
[27] Jean 15, 3. Déjà vous êtes purs à cause de la parole que je vous ai annoncée.
[28] Matt. 5, 16.
[29] Matt. 6, 6‑8.
[30] Matt. 5,14.
[31] 1 Pet. 2, 9.
[32] Matt. 24, 24.
[33]
Matt. 17, 20.
[34]
Luc 18, 8.
[35] Marc 12, 14.
[36] Jean 5, 22. Le Père même ne juge personne, mais il a donné au Fils le jugement tout entier.
[37] Jean 8, 38. Cf. 1, 18.
[38] Jean 6, 38. Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais pour faire la volonté de Celui qui m'a envoyé.
Jean 5, 37 ; 8, 18. Le Père lui-même témoigne de moi.
Jean 8, .50. Pour moi, je n'ai pas souci de ma propre gloire : il est quelqu'un qui en prend soin et qui fera justice.
Jean 17, 5. Père rends-moi la gloire que j'avais auprès de toi, avant que le monde fût.
Ces quelques versets, entre bien d'autres, rappellent que Jésus se réfère constamment au Père, comme Principe, comme Témoin, comme Terme.
[39] Jean 14, 8.
[40] Jean 14, 9.
[41] Matt. 6. 33.
[42] La foi doit ôter toute timidité puisqu'elle donne de faire des oeuvres qui surpassent celles de Jésus lui-même (Jean 14, 12).
[43] Ainsi aimait à s'exprimer la bienheureuse Marie de l'Incarnation.
[44] Jean 17, 17.
[45] Jean 16, 14 ; Philip. 1, 19. ‑ Dans les Actes : Baptême dans l'Esprit Saint équivaut à Baptême de Jésus.
[46] Jean 15, 26‑27 ; Matt. 10, 20 ; Rom. 8, 9‑11.
[47] 1 Jean 5, 6. Et c'est l'Esprit qui rend témoignage, parce que l'Esprit est la Vérité.
[48] Jean 16, 13.
[49] Jean 14, 17.
[50] Jer. 31, 29.
[51] Jean 4,42. ‑ S. Thomas, dans son beau commentaire, montre que le progrès de la foi est lié à ce fait que Dieu opère dans l'âme d'une manière plus immédiate : l'action divine apparaît elle-même, et non plus voilée dans la médiation des signes.
[52] Ps. 11, 2. Quoniam diminutae sunt veritates a filiis hominum.