VI. Le don de science
Par V. Poinsenet
Les sept voiles de
mon bateau
Le don d’Intelligence
nous est donné par l’Esprit-Saint pour que notre foi soit plus vive,
puisque, déjà, d’une certaine façon, ce don d’Intelligence nous fait
voir, ou au moins « deviner Dieu ».
Le don de Science
aussi va nous aider à mieux croire, parce qu’il nous donne de comprendre la
parole de Dieu : la Bible, l’Évangile, le catéchisme… Il y a dans les
psaumes une jolie phrase qui dit ceci : « Votre parole, ô Seigneur, est
une lumière, et elle donne l’intelligence aux tout petits. »
Bernadette a
quatorze ans : elle ne sait ni lire ni écrire. Petite, maigrichonne – elle
a des crises d’asthme qui la font bien souffrir et l’empêchent de se développer
– elle aide comme elle peut sa maman à soigner ses petits frères et sœurs dans
la misérable maison de Lourdes, si pauvre, si noire qu’on l’appelle « le
cachot ». Parfois, elle passe quelques semaines, quelques mois, dans un
petit village voisin, chez sa nourrice, et elle garde les moutons dans la montagne.
Sa nourrice voudrait bien qu’elle sache lire : à quatorze ans, tout de
même ! Elle essaye. Mais c’est fou ce que Bernadette a
la tête dure.
« Ça n’entre
pas, dit la pauvre femme désolée, ça n’entre pas ! » Et le mot à mot
du catéchisme qu’elle tâche également de lui ânonner, n’entre pas non plus. C’est
à désespérer ! « Quand Bernadette pourra-t-elle faire sa première
communion, si elle est incapable de retenir les réponses obligatoires du
catéchisme ? » En fait de prières, elle sait tout juste le « Je
vous salue Marie », peut-être le « Je crois en Dieu ». C’est
tout. Oui, c’est tout. Mais dans l’âme de cette petite fille ignorante, si peu
douée, humainement, le Saint-Esprit a répandu la Science des
Saints. Et bientôt, tout le monde sera forcé de le reconnaître.
A Massabielle, la très Sainte Vierge s’entretient elle-même
avec Bernadette. Elle lui parle du Ciel, des pécheurs, pour qui il faut que tous
les chrétiens fassent pénitence. Elle lui confie des messages. Elle lui confie
des secrets. Et Bernadette qui, par le don d’Intelligence, comprend
parfaitement tout ce que lui explique la Sainte Vierge, sait aussi, grâce au
don de Science, écouter son message et le mettre en pratique.
Elle n’a peur
ni des gendarmes, ni du préfet, ni de Monsieur le Curé qui se montre sévère
pour être sûr que la petite fille n’invente pas, dit vrai. Elle étonne les gens
savants, les commissaires, comme les prêtres et même les évêques, par ses
réponses sensées, limpides comme l’eau du Gave qui descend de la montagne. On lui
demande, pour essayer de lui faire dire une sottise : « Est-ce que tu
as été plus heureuse, Bernadette, de recevoir le bon Dieu le jour de ta
première communion, ou de causer avec la Sainte Vierge ? »
Et, finement, elle répond : « Ces choses-là vont ensemble et ne peuvent être comparées. »
Elle a
parfaitement compris le message de la Vierge Marie : tout ce qui est de la
terre, ça ne dure pas, aussi il ne faut pas y attacher une trop grande
importance. L’essentiel, c’est de connaître Dieu et de l’aimer. C’est d’arriver
au Ciel, c’est d’y amener les pécheurs – qui n’y pensent pas, eux, – en faisant
pénitence et en priant pour eux.
« Je ne
vous promets pas de vous rendre heureuse en cette vie, mais dans l’autre »,
lui a dit Notre-Dame.
Mais elle ne se
figure pas que, pour autant, elle doit se laisser aller.
« Je serai
heureuse ! Oui. Mais, attention, si je fais comme il faut, et si je marche
droit mon chemin. Le Paradis, il faut que je me le gagne ! »
Elle comprend
très bien que les créatures doivent nous conduire à Dieu, et non pas devenir
entre lui et nous une barrière, un écran qui empêche sa lumière de passer, un
obstacle, même très léger qui nous empêcherait d’aller tout droit vers lui.
Elle comprend que la souffrance même peut être un grand cadeau que Dieu nous
fait.
Depuis qu’elle
a parlé avec la Sainte Vierge, les gens veulent la voir, lui faire des
compliments, lui offrir des cadeaux. Des cadeaux ? Ce serait tellement bon
à recevoir pour sa famille si pauvre, si misérable ! Mais Bernadette les
refuse tous. Tous, même ce chapelet à chaîne d’or, qu’un évêque veut lui faire
accepter en échange du sien…
Un jour où des
gens l’ont suivie, entourée, et veulent couper un petit morceau de son capulet
pour s’en faire une relique, en l’appelant « la petite sainte »,
elle s’échappe de leurs mains, et, haussant les épaules : « Quels
imbéciles ! Ces gens sont fous ! »
Jusqu’à sa
mort, elle acceptera joyeusement la souffrance, les maladies, les rebuffades.
Elle ne s’étonne pas que la très sainte Vierge — qui en guérit tant d’autres à
la grotte — ne la guérisse pas, elle.
« Elle
veut peut-être que je souffre, disait-elle simplement. »
Au fond de son cœur,
il y avait cette grande certitude que tout ce que Dieu nous a promis, il le
fera. Par le don de Science, elle comprenait, tous les jours un peu
plus, que la vraie vie, ce n’est pas celle de la terre, mais celle du Ciel. C’est
ce qui lui donnait à la fois une si grande peine, quand elle pensait aux
pécheurs qui vivent comme si le Ciel n’existait pas, et une si grande sérénité
en face de tout ce qui lui arrivait, à elle, de douloureux ou de désagréable.
Voilà ce que
peut faire le Saint-Esprit dans l’âme d’une pauvre petite fille que les
gens appelaient « sotte et ignorante ». C’est
qu’il avait répandu dans l’âme de SAINTE BERNADETTE – qui n’y mettait pas d’obstacle
– la plus magnifique de toutes les sciences, la Science des Saints.