| Morale |
Le jeûne et l’abstinence
Abbé
Le jeûne est une
pratique très ancienne chez les chrétiens (et déjà sous le régime de l’Ancienne
Loi). On peut le définir comme étant « une privation volontaire
dans la nourriture, soit sur la quantité soit sur la qualité ».
(Père Sineux
: on peut lire à ce sujet son initiation à la théologie de saint Thomas, page
430 et suivantes).
C’est un acte de la vertu de tempérance (l’une des quatre vertus
cardinales), dont saint Thomas nous donne 3 motifs pour le pratiquer :
-
il nous aide à réprimer la concupiscence de la chair
-
il nous aide à libérer notre esprit des oeuvres terrestres pour
nous livrer à la contemplation des vérités éternelles
-
il est un moyen de satisfaire pour nos péchés
C’est surtout dans cette dernière
intention que l’Eglise nous demande le jeûne du carême. Le jeûne est alors ici
commandé par la vertu de pénitence, vertu nécessaire selon l’opinion
commune des théologiens et la pratique de l’Eglise, dans notre condition
présente de pécheurs, pour obtenir la rémission de nos fautes, et donc, le
salut. Le jeûne se situe alors dans l’ordre des moyens, en vue d’une plus
grande sainteté, et ne saurait constituer une fin en soi : le Christ a
souvent remis à leur place les pharisiens qui faisaient du jeûne un signe
ostentatoire d’une sainteté qui se voudrait trop légale ! « Lorsque
vous jeûnez, ne prenez pas un air sombre, comme font les hypocrites qui
exténuent leurs visages pour faire voir aux hommes qu’ils jeûnent. En vérité je
vous le dis, ils ont reçu leur récompense. Pour toi, quand tu jeûnes, parfume
ta tête et lave ton visage, afin qu’il ne paraisse pas aux regards des hommes
que tu jeûnes, mais à ton Père qui est présent dans le secret ; et ton Père
céleste qui voit dans le secret te le rendra » (Mt VI ; 16)
Le jeûne regarde d’abord notre vie spirituelle et notre intimité avec le bon
Dieu. Il nous permet ainsi de nous purifier, nous laissant plus libre d’aller
vers Celui qui est source de toute sainteté. On comprend dès lors qu’il doive
s’accompagner d’une certaine modestie et humilité : Si le
jeûne devait être pour nous une occasion d’autosatisfaction et d’orgueil (et la
tentation est souvent là !), il manquerait finalement son objectif et
serait donc vain !
Actuellement, l’Eglise ne nous
ordonne de jeûner deux fois l’an, ce qui, reconnaissons le, est fort peu ! Le
mercredi des cendres et le vendredi saint. (Cf
CIC, can 1251) Le droit précise que " sont
liés par la loi du jeûne tous les fidèles majeurs (à partir de 18 ans) jusqu’à
la soixantième année commencée."
Quant à l’abstinence,
elle prohibe la consommation de viande. Les conférences épiscopales peuvent
toutefois en changer
Rappelons toutefois la norme qui
doit présider à l’esprit du jeûne et de l’abstinence :
can 1249 : " Tous les
fidèles sont tenus par la loi divine de faire pénitence chacun à sa façon ;
mais pour que tous soient unis en quelque observance commune de la pénitence,
sont prescrits des jours de pénitence durant lesquels les fidèles s’adonneront
d’une manière spéciale à la prière et pratiqueront des œuvres de piété et de
charité, se renonceront à eux même en remplissant plus fidèlement leurs
obligations propres, et surtout en observant le jeûne et l’abstinence selon les
canons suivants (que l’on vient de rappeler). "
Concrètement, les jours de jeûne,
il est permis de faire un repas dans la journée, en ayant soin de garder une
certaine sobriété. Un petit déjeuner frugal et une collation (soupe...) sont
autorisés en outre.