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Philosophie Morale
Première partie
Par l’abbé Jean
Marie Robinne, FSSP
Morale ou éthique ?
Il faut nuancer :
Le mot éthique a pris le pas sur le mot morale en 1968. A cette époque le terme de morale suscite une allergie. Il symbolise la loi, la règle, l’autorité. Elle est pour beaucoup la répression scandaleuse.
« Ma propre contribution
serait de distinguer entre éthique et morale. Le fond éthique n’est pas la même
chose que le plan moral où il est question d’interdits et d’obligations. Il y a
quelque chose de plus profond que cet ordre là. Mais je vais tout de suite me
corriger en disant que l’on ne peut éviter de passer par l’aspect moral. J’ai
donc proposer cette idée : l’éthique comme le désir d’une vie accomplie
avec et pour les autres dans le cadre d’instituions justes. » Ricoeur.
« Toutes les distinctions
entre éthique et morales ne sont que conventionnelles puisque les deux termes
ne diffèrent en vérité que par l’éthymologie » Luc Ferry.
Aristote et saint Thomas donnent la première place au bonheur. La morale devient alors la science des voies qui conduisent l’homme au vrai bonheur. Pour y arriver elle fait appelle aux vertus qui sont des qualités de l’âme et du cœur.
I. Les vertus.
Le mot vertu peut évoquer aujourd’hui quelque chose de mièvre. Chez Aristote il désigne ce par quoi la liberté humaine fait rendre à la nature ses meilleurs fruits. Elle préside donc à la constitution de la personnalité. Elle affranchit l’homme de toutes les servitudes qui de l’intérieur et de l’extérieur menacent sa liberté, son choix éclairé. La vertu enracine l’homme dans son vrai bien et le détourne du mal.
C’est encore la vertu qui préside à la construction de la cité politique. Il n’y a donc pas d’opposition entre la science politique et la science morale car dans l’une comme dans l’autre nous sommes dans le domaine de l’action.
La question du sens de la vie va donc être un des points important de la question du bonheur.
La morale de la béatitude peut assumer la question de l’obligation et accorder aux ordres une place qui ne les diminue pas. Cependant elle sait aussi montrer un visage plus attrayant.
La question du sens de la vie est une des faces de la question du bonheur. La béatitude est la fin ultime.
Selon Kant la moralité est viciée dans son essence même par le concept de bonheur. Cette fin dernière doit être voulue par elle-même, elle est l’objet de l’impératif catégorique comme un commandement sans condition. Cette morale est en soi inhumaine car elle sépare au point de les opposer bonheur et devoir.
Pour lui la recherche du bien est nécessairement égoïste. Tout amour est de soi immoral. L’égoïsme consiste à se préférer au bien absolu et à celui des autres. Par conséquent l’amour doit être intégré dans une finalité plus haute et cela Kant le rejette.
II. Notions de philosophie politique.
Aristote définit l’homme comme un animal social, indiquant par là une sociabilité innée.
« Lorsqu’on définit
l’homme comme un animal sociable, on pense parfois simplement que l’homme est poussé
à chercher la société de ses semblables par une sorte d’instinct. Il s’agit en
réalité d’autre chose, la nature de l’homme est telle qu’il lui est
pratiquement impossible de vivre sans la société. » Gilson
Pour Aristote, la société politique est un fait de nature, comme une communauté réglée par des lois organisées et qui a pour fin la vie la meilleure possible. Chaque individu a donc besoin de cette société et cela pour trois raisons :
· Pour assurer sa survie biologique, un seul être ne suffit pas à toute nos nécessités.
· Par sociabilité, l’homme se porte naturellement au secours d’un individu qui se trouve dans la nécessité (même s’il lui est inconnu).
· Pour progresser.
L’exigence sociale provient donc de la nature humaine et non pas d’un choix gratuit ou d’un devoir qui s’imposerait au dehors. La société civile est donc l’état naturel pour l’homme car elle satisfait ses inclinations à s’unir avec autrui, elle répond aux exigences physiques, morales et intellectuelles.
Pour certains en revanche cette théorie est inacceptable, ainsi Hobbes prétend que l’état primitif naturel de l’humanité est l’état anti-social. Cependant l’homme constatant son impuissance à se défendre tout seul conçoit l’idée de conclure avec d’autres de nature à lui assurer la paix. L’état social est donc le fruit de la peur et de l’insécurité.
Rousseau imagine aussi un état primitif associal. L’homme nait bon et libre de toute obligation. Il est égal à tous ses semblables menant primitivement une vie solitaire mais heureuse. Doué cependant du pouvoir funeste de se perfectionner il engendre les disputes et la guerre qui nécessitent pour rétablir la paix le retour à la société civile. Il faut alors ; pour que cette société devienne légitime, essayer de l’adapter à l’état naturel de l’homme qui est caractérisée par la liberté.
Par Le contrat social (1762) l’homme abandonne sa liberté primitive, tous ses droits à une personnalité morale choisie librement et source unique de tous les droits et de tous les devoirs. En lui obéissant chacun reste son propre maître puisqu’il n’obéit qu’à soi-même. Si le choix de l’autorité n’est pas unanime on se contentera d’une majorité représentative des volontés individuelles. Alors les lois portées par cette autorité sera considérée comme l’expression de la volonté générale.
Pour Hegel dans Les raisons de l’histoire c’est seulement dans l’état que l’homme a une existence conforme à la raison. Le but de toute éducation est que l’individu cesse d’être quelque chose de purement subjectif. Tout ce que l’homme est il le doit à l’état. C’est là que réside son être, toute sa valeur, toute sa réalité spirituelle. Le vrai est alors l’unité de la volonté spirituelle et de la volonté générale. L’état universel s’exprime dans Lois dans des déterminations universelles. L’état est donc l’incarnation de l’esprit dans la réalité.
La société civile est désignée par différents termes : Patrie, nation et état.