Le
Scout met son honneur à mériter confiance.
L'HONNEUR
L'honneur,
c'est la vertu scoute. Un Scout veut être non seulement bon,
mais excellent, et l'honneur c'est cela : Le culte de notre propre excellence
et de notre vraie valeur d'hommes.
Un
Scout n'agit point pour avoir l'estime, la récompense, l'affection
des autres, par intérêt; ni non plus parce que cela lui plaît,
par agrément, par plaisir ; il agit bien parce que c'est beau, parce
que c'est "chic". Sa pensée est tout entière à son
grand idéal scout qui inspire ainsi chacune de ses actions pour
les rendre belles.
L'honneur,
c'est la belle vie. Comme la sève au printemps fait fleurir les
jeunes arbres, ainsi les belles actions font grandir et germer son âme
et c'est cela qui le remplit de joie.
Une
telle vie d'honneur est rare et provoque l'admiration, la confiance. Le
Scout ne s'occupe point du jugement des hommes, mais il reste toujours
en la présence du Chef suprême pour que Lui, le Christ, juge
ce qu'il va faire.
Il
a donc trois qualités essentielles :
-
La sincérité : on peut se fier à sa parole, on sait
qu'il n'y manquera jamais ;
-
Le courage : la pensée seule d'une lâcheté lui fait
monter le rouge au front ;
-
La liberté : il n'est prisonnier d'aucune tyrannie: habitudes, compagnons,
préjugés…
Pour
être Scout, il faut d'abord être une âme libre qui ne
cherche à plaire qu'à Dieu, sans s'occuper des conséquences
; qui va droit, sans pour et sans reproche.
"Agir
avec ruse est d'une âme sans grandeur. Une âme noble agit toujours
ouvertement. Mais un caractère vil cherche ce qui lui profite et
fait peu de cas de sa propre excellence." Je crois bien que l'on a dans
ce texte concis tout le commentaire de ce premier article. Qui l'aurait
compris saurait expliquer cette formule assez obscure pour nos novices
: "Le Scout met son honneur à mériter confiance." Il ne suffit
pas de l'expliquer en disant : "Le Scout met sa fierté" ou bien
"met sa dignité". Pense?t?on que ces termes sont plus clairs pour
un petit garçon ? Il ne suffit pas non plus de n'y voir qu'une invitation
à la franchise.
Saint
Thomas nous dit, en effet, que l'honneur est un témoignage d'excellence.
On donne des honneurs a qui possède une situation élevée
par sa science, son rôle dans les affaires publiques ou même
simplement sa richesse, parce que tout cela est de grand poids pour la
vie humaine. On dit de tels hommes : "Ils sont dans les honneurs." Mais
qu'est?ce qu'une situation élevée si celui qui y est installé
n'est qu'un homme vulgaire ? A moins de n'être qu'une comédie,
nos hommages veulent aller non à des simulacres, mais au vrai mérite.
Si bien qu'en réalité, seule la vertu est à honorer,
parce que c'est la vertu d'un homme qui décide quelle est sa valeur
ou, comme parle Saint Thomas, son excellence.
Il
faut avouer que les modernes ont bien avili cette grande conception de
l'honneur. Quand ils parlent d'agir par honneur, ils entendent par là
en appeler à leur dignité d'hommes ; ils veulent la sauvegarder
aux yeux du public, quoi qu'il en soit du fond de leur conscience.
Qu'ils
entendent ce que dit Bossuet de l'honneur considéré comme
"la bonne opinion qu'on a de nous".
"La
vertu est une habitude de vivre selon la raison ; et comme la raison est
la principale partie de l'homme, il s'ensuit que la vertu est le plus grand
bien qui puisse être en l'homme. Elle vaut mieux que les richesses
parce qu'elle est notre véritable bien. Elle vaut mieux que la santé
du corps parce qu'elle est la santé de l'âme. Elle vaut mieux
que la vie parce qu'elle est la bonne vie et qu'il serait meilleur de n'être
pas homme que de ne pas vivre en homme, c'est?à?dire ne vivre pas
selon la raison et faire de l'homme une bête. Elle vaut mieux aussi
que l'honneur parce qu'en toutes choses l'être vaut mieux que le
sembler être ; il vaut mieux être riche que de sembler riche,
être sain, être savant que de sembler tel. Il vaut donc mieux
sans comparaison être vertueux que de le paraître et ainsi
la vertu vaut mieux que l'honneur."
L'honneur
tel que nous le comprendrons à l'école de Saint Thomas, ne
sera donc pas une attitude que l'on se donne ainsi devant le public, mais
une vertu intérieure : "Les démonstrations d'honneur ne sont
rien si elles ne sont pas l'hommage rendu à la rectitude d'un homme
et c'est pourquoi l'honneur consiste essentiellement dans la valeur intime,
dans la droiture de la raison et de la volonté ; "l'opinion des
hommes n'en est que la constatation accessoire."
Nous
pouvons, en effet, nous déterminer à agir pour trois motifs
: notre intérêt, notre plaisir, l'amour désintéressé
du Bien, et c'est ce dernier amour qui est l'honneur parce que c'est le
seul choix qui soit vraiment "droit"
'Notre
désir peut se porter vers quelque chose qu'on veut pour avoir autre
chose qu'on ne désire que comme moyen, comme intermédiaire,
l'argent par exemple ; cela, c'est ce qu'on appelle l'utile et l'on dit
alors que nous agissons par intérêt. Ou bien nous poursuivons
une réalité qui satisfera complètement nos aspirations
humaines, après quoi notre désir n'aura plus rien à
demander; c'est ce qu'on appelle "honestum", l'honnête, et l'on agit
alors par honneur. Ce qui nous apaise, en quoi notre désir se repose,
c'est le délectable, le plaisir.
"C'est
là une division non pas tant de choses, de biens qui s'opposent
que différents points de vue pour envisager le Bien. Cependant on
appelle proprement plaisir ce qui n'a d'autre raison d'être désiré
que la jouissance qu'on y trouve, puisque quelquefois c'est nuisible et
honteux.
On
appelle utile ce qui n'a vraiment d'autre raison d'être désiré
que de procurer autre chose, comme une potion amère, à cause
de la santé qu'elle restaure. Pour l'honnête c'est ce qui
a réellement de quoi satisfaire un désir d'homme."
Hommes
de plaisir, hommes d'intérêt, hommes d'honneur, voilà
donc comment Saint Thomas nous départage, d'après nos tendances
les plus habituelles. On voit ce qu'est pour lui une vie d'honneur : c'est
la rectitude intime d'un homme qui choisit toujours ce qui est un vrai
bien, pour son progrès moral, au lieu de choisir ce qui est pour
son intérêt ou son plaisir. "Il a un grand culte, la Vérité
; quant à sa réputation, peu lui importe." Etre loué,
être méprisé, il n'en a pas souci. Ce n'est pas qu'il
dédaigne les jugements humains, il pense seulement qu'ils s'égarent
souvent et qu'en tous cas ils ne suffisent pas à récompenser
une valeur. Quoique les hommes n'aient rien de mieux à offrir que
ce qu'ils appellent de l'honneur, c'est en somme assez peu de chose.
Les
vertus de nos aïeux, disons?nous, voilà ce que nous voulons
enseigner à nos enfants. C'étaient de grands caractères,
des hommes de bien, des héros souvent, en tout cas de vrais chrétiens
et quelquefois des Saints. Tels seront donc leur fils. Nos modernes chevaliers
seront assez fiers pour ne pas se contenter, comme tant d'autres, de penser
petitement, d'aimer pauvrement, de n'avoir qu'un pauvre caractère,
et de ne s'éveiller qu'à des sentiments vulgaires, qui est
ce qu'on fait lorsqu'on ne "se soucie pas de sa propre excellence". Un
chevalier avait une grande âme libre. Il pensait que la vie humaine
est tellement haute qu'elle ne peut être appréciée
que par Dieu. Un homme d'honneur est un familier de Dieu. Il sait qu'une
seule intelligence conduit le monde, celle de Dieu; qu'une seule volonté
est toute-puissante pour le diriger, la Sienne. Il s'accorde avec elle.
Sa raison, lumière de sa vie, est une participation à la
Raison divine qui pénètre tout, qui règle tout. Avec
elle, humble associé, il a l'honneur de pouvoir tout régir.
C'est
une belle vie. "L'honneur c'est de la beauté dans la vie. On dit
qu'un corps est beau quand un homme a les membres bien proportionnés
avec un certain éclat de la chair. Il y a pareillement une beauté
spirituelle qui consiste en ceci que le commerce d'un homme, son activité
sont parfaitement concertés selon la lumière spirituelle
de sa raison. C'est cette clarté de vie que l'on appelle l'honneur
dont nous avons dit ailleurs qu'il est même chose que la vertu, laquelle
modère toutes les affaires humaines d'après la raison."
Il
y a, d'ailleurs, bien des degrés dans cette beauté humaine
: "Le degré suprême, la plus haute valeur d'un homme, c'est
qu'il aille au bien de lui?même sans y être poussé par
d'autres ; le second est celui de ceux qui ont besoin d'y être amenés,
mais qui y viennent volontiers ; le troisième, celui de ceux qui
ne sont bons que par force; le dernier degré est celui de ceux que
la contrainte même ne peut amener au bien; c'est en vain, dit Jérémie,
que j'ai frappé vos fils, ils n'en ont pas retiré d'instruction."
Un
homme d'honneur porte ainsi sa loi écrite non pas tant dans sa mémoire
que dans son cœur, et écrite premièrement par "l'Esprit?Saint,
Puis Par son Propre effort, sa bonne volonté, son travail".
Une
vie pareille, oui, c'est une vie de prix et on peut l'appeler une vie excellente.
Faisons remarquer à nos Scouts ses rapports avec la vertu que réclame
l'article dix. Puisqu'une vie d'honneur est une vie qui ressemble à
une oeuvre d'art ; si c'est une idée qui se traduit en actes, écrivant
en B.A., le poème de sa pensée intérieure, de son
idéal, de sa conception de la vie, elle ne comporte pas de turpitude.
Point de plaisirs honteux, de voluptés brutales, niais une tranquille
et ferme tempérance qui règle les désirs pervers et
garde l'âme pure et claire.
Un
jeune homme qui mène ainsi une vie supérieure, que c'est
donc impressionnant ! Il y faut, et nous le dirons, une énergie
divine. Enseignons à nos Scouts à paraître ainsi devant
les hommes comme une règle vivante, qu'on ne peut surprendre en
faute, qu'on trouve toujours dans le droit chemin, dont la conscience est
si limpide qu'à travers elle on croit apercevoir les clartés
du ciel. Très certainement c'est le sens de l'article que nous commentons.
Car,
à un tel Scout, chacun donnera sa confiance. En sa présence
on a la conviction qu'on est devant quelqu'un qui compte et sur qui on
peut compter. C'est une belle valeur humaine. Que cherchons?nous, tous,
qui que nous soyons ? Nous cherchons, pour nous aider dans cette rude piste
qu'est la vie, nous cherchons des secours qui ne trompent point, des hommes
sur qui l'on puisse faire fond. Et l'une de nos grandes tristesses humaines,
c'est justement de ne trouver que des gens qui vous lâchent. Si bien
que l'on est saisi d'une admiration respectueuse quand nos yeux croisent
un regard dont la lumière est un gage de sécurité.
Nos Scouts, dont la raison d'être est de servir, doivent apparaître
comme des hommes sûrs.
S'ils
ont bien compris ce que c'est que l'honneur : la recherche, non de ce qui
profite, mais de ce qui fait la valeur humaine, ce n'est pas d'eux qu'on
pourra craindre ces déguisements, ces feintes, ces prudences, ces
habiletés perfides qui inquiètent. Dieu est là, et
notre petit Scout vit en sa Sainte Présence, sous l'impression permanente
de ce Vrai définitif et souverain, qu'il interroge d'abord avant
toute démarche. On peut le croire sans épreuve, sa conscience
a été jugée par la Vérité, avant d'être
jugée par la Vérité, avant d'être jugée
par nous.
Il
est donc sincère dans ses paroles, et c'est la Véracité.
Rien n'est pernicieux comme le mensonge. C'est une injustice. "Comment
voulez?vous que deux hommes vivent ensemble, s'ils ne se croient pas l'un
l'autre ? Le mensonge détruit les sociétés humaines,
grandes et petites. Il est certain qu'on ne peut pas nous traîner
devant un juge pour nous forcer à manifester le Vrai. Mais il n'en
reste pas moins que manifester le Vrai est une dette, une dette morale,
et nous dirons que c'est par une dette d'honneur que l'homme doit à
l'homme la Vérité."
Il
est sincère dans ses actes et c'est j'intégrité. Un
homme intègre est celui qui agit en toutes choses selon ce qu'il
est et, par conséquent, ce qu'il doit. Intègre veut dire
complet, et il faut, en effet, si le Scout veut être cet homme d'avant-garde
de l'armée catholique que désire Pie XI, il faut qu'il possède
toutes les vertus. Le Scout est toujours prêt à réaliser
sa promesse. Il ne se permet aucune injure publique ou secrète,
ayant délicatement souci des intérêts, de la dignité,
des légitimes susceptibilités de ses frères. Ne mentant
jamais, il ne peut, à plus forte raison, calomnier ni médire,
persuadé comme il l'est que la réputation est un bien plus
précieux que la richesse. Il est reconnaissant pour les bienfaits.
Il est attentif à porter sa charge des fardeaux communs parce que,
s'il se dérobait, le poids en retomberait sur des épaules
fraternelles. Il ne critique pas avec acrimonie Fidèle à
tous ses devoirs, il laisse ses frères à leurs responsabilités.
Il n'est pas sévère, quoiqu'il soit clairvoyant. " Tout droit",
comme la flèche de nos frères E. D. F, il va vers son but
qui est le sien et sans dévier à droite ni à gauche,
il laisse à d'autres le soin d'atteindre d'autres objectifs.
Oui,
on pourra se fier aux Scouts s'ils ont une telle rectitude de l'âme.
Qu'ils comprennent donc avant toutes choses que l'honneur, qui est, en
effet, le fondement du Scoutisme, n'est pas seulement le culte de la dignité
personnelle, mais le culte du Bien. Pour être Scout, il faut d'abord
être une âme libre qui ne cherche que le Bien, qui ne tient
à ménager que le Bien, qui n'a d'amis ou d'ennemis que ceux
du Bien qui n'a donc à ruser avec personne, qui va droit, sans peur
et sans reproche.
Et
je dis qu'ainsi ils mériteront confiance. Une grande joie nous saisit
quand nous nous trouvons en face d'une sincérité généreuse.
La Vérité ne nous appartient pas, elle n'est pas chose terrestre.
Quand un rayon furtif nous en apparaît, il nous conduit tout près
du trône de Dieu, d'où il descend.