La Foi, face aux épreuves de l’âme et du corps
Extrait des
cahiers Saint Raphaël , n° 80 sept 2005, http://acimed.free.fr.
Par
Godeleine Lafargue
Les maladies, la souffrance, les épreuves de
la vie professionnelle, les difficultés familiales, tant de
circonstances de notre passage sur terre peuvent nous troubler, nous
décourager, nous déprimer De plus en plus nombreux nos contemporains
sombrent de la morosité à la dépression qui soignée insuffisamment ou trop tard
mène au suicide. La lecture d’un ouvrage récent nous aidera à réfléchir.

"L’esprit
du Seigneur est sur moi (…).
Il m’a envoyé guérir ceux qui avaient le cœur brisé" (Lc 4, 18.)
Pour éclairer
sur le pourquoi et le comment de la maladie et de la souffrance, un ouvrage de
Jean-Claude Larchet sera un livre de chevet[1].
Enfin, un auteur moderne donne une réponse authentiquement chrétienne à la
souffrance ! Et c’est encore une fois un orthodoxe qui vient réparer les
dégâts de l’Eglise conciliaire. Ah ! Ils ont une bien piètre figure nos
modernistes devant une telle connaissance des Pères anciens et une telle
exigence sur les principes de la foi : "Il faut souligner que la
victoire du Christ sur la mort est une réalité physique et pas seulement
spirituelle. C’est bien
réellement, objectivement que le Christ a détruit la mort et est
ressuscité en Sa propre humanité et pour tous les hommes ; ce n’est
pas seulement une vue subjective de notre foi comme l’ont prétendu dans les
dernières décennies des théologiens soi-disant chrétiens qui prétendaient
"démythologiser " le christianisme.
Il faut se souvenir de la parole de saint Paul : "Si le Christ
n’est pas ressuscité notre foi est vaine"[2].
Cet ouvrage
simple de compréhension se propose à travers plusieurs articles et conférences
de donner une réponse chrétienne à ceux qui souffrent, qui vivent dans la
tristesse, ou pire dans la dépression, à tous ceux qui recherchent la paix
intérieure. Ce recueil de texte n’a donc pas une ligne directrice, mais
plusieurs avec un thème central : la maladie au sens large du terme
(maladies corporelles, physiologiques et spirituelles). C’est au lecteur de
faire la synthèse.
Maladies
du corps ou de l’âme ?
La maladie est
vue sous différents aspects : le médecin face au malade, comment souffrir
dans son corps ? Comment comprendre les maladies spirituelles et les
maladies mentales organiques ? Leur interconnexion pour éclairer les
psychiatres soignant les états dépressifs ? L’épreuve de la Croix etc. Il
ne s’agit pas pour Jean-Claude Larchet de donner sa
réponse à toutes ces questions, mais LA réponse du christianisme par les Pères
anciens (les pères grecs comme saint Basile ou les pères latins comme Maxime le
Confesseur ou Grégoire de Nysse).
En théologien
classique, Larchet commence par le plus connu pour
nous vers le moins connu, du plus visible à nos sens au moins manifeste. Avant
d’aborder les maladies spirituelles qui touchent l’âme, il commence donc par le
corps : tout d’abord par l’étude de nos comportements par rapport à lui en
se plaçant du point de vue des hommes, puis du médecin ; ensuite par l’étude
des maladies corporelles.
Il s’agit donc
dans un premier temps de répondre aux questions de bioéthique, et dans un
deuxième temps d’éclairer l’attitude des médecins devant leurs malades.
Sur la question
de la bioéthique rien de nouveau : "Le christianisme orthodoxe se
situe dans la continuité ininterrompue de l’Eglise primitive (…) Ses positions exprimées tant
historiquement qu’actuellement à propos des questions de bioéthique ont comme
référence majeure et commune une anthropologie très approfondie, issue
de la tradition patristique grecque qui fonde en Dieu la valeur absolue de
chaque être humain tant dans sa personne que dans sa nature"[3].
Autrement dit
pas d’avortement, ni de contraception, pas de manipulations génétiques, ni de
clonages. Toutefois, il faut noter une différence notable par rapport aux
positions officielles de l’Eglise catholique : la majorité des orthodoxes
autorisent le recours à la procréation médicale assistée sous plusieurs
conditions :
1) il s’agit
d’un couple stable,
2)
sa motivation est saine,
3)
il est capable d’assumer
psychologiquement et spirituellement sans préjudice son caractère technique et
objectif,
4)
la fécondation n’exige pas
le recours à un donneur extérieur au couple, le recours à une tierce personne paraissant inacceptable comme
brisant l’unité et l’identité du couple et mettant en péril le futur sentiment
d’identité de l’enfant[4].
Rien de nouveau
non plus sur le médecin catholique qui a le devoir de considérer le malade
comme le composé d’un corps et d’une âme. Le médecin ne sera donc pas un
réparateur de machine. Il devra toujours mettre en perspective l’âme du malade,
autrement dit le regarder comme une personne. Le malade mental et l’handicapé
seront donc des êtres humains à part entière. La transplantation d’organes
sans constituer toutefois une obligation morale, est légitime si l’état du
malade le permet ou si elle n’est pas une automutilation. En effet, selon les
Pères : "le corps est une partie intégrante de la personne humaine. Le Christ en s’incarnant a assumé le
corps autant que l’âme de l’homme, et le corps est appelé à ressusciter
et à être déifié avec l’âme. Il ne saurait donc, quelque soit son
âge, être traité comme un moyen"[5].Cela sous-entend
aussi tout l’aspect relationnel qui doit exister entre le patient et le médecin :
compassion, charité, écoute sont les vertus du médecin. Ce dernier n’est
finalement qu’un instrument de Dieu, l’humilité est la vertu ultime du médecin
qui doit voir en Dieu la seule source de toute guérison : "Nous ne
devons pas mettre dans la médecine notre espérance, mais en Dieu qui donne la vie et la mort"[6] Cela ne
signifie pas, bien sûr, que le médecin doit se mettre en oraison au moment du
diagnostic sans faire aucune prescription. Cela demande de l’humilité, mais il
ne faut pas mettre TOUTE son espérance dans la médecine. Ceci fait, bien
entendu penser au problème de l’acharnement thérapeutique, mais cela signifie
aussi que le médecin doit faire preuve d’abandon en la Providence. Il soigne
du mieux qu’il le pourra et s’inclinera au cas d’échec. Le médecin n’est pas un
dieu, il n’a pas en main les tenants et aboutissants de toutes choses. Il doit
laisser le Père gouverner en maître sa création et ses créatures. L’orgueil de
la médecine aboutit à des aberrations comme se servir de cellules souches
foetales pour guérir son patient. A vouloir guérir à tout prix l’homme devient
anthropophage. La guérison est un bien pour l’homme si elle suit la loi morale
écrite dans la création.
La
souffrance don de Dieu ?
Le corps est
ensuite considéré par rapport à la maladie. Jean-Claude Larchet,
après nous avoir présenté la cause de la souffrance due au péché ancestral
(Adam et Eve n’est pas un mythe pour lui), traite les maladies corporelles sous
l’aspect de son usage et de sa raison d’être. Il propose alors au lecteur une
approche digne de méditation et très consolante de la souffrance et de la mort.
Véritable don de Dieu, bien qu’elle soit à l’origine une punition, la maladie
va permettre aux hommes d’atteindre des sommets par la patience et la prière.
Et Dieu veille tout particulièrement sur ceux qui souffrent : "Dieu
veille sur le malade, le
protège et l’aide d’autant plus qu’Il connaît les difficultés de sa situation,
souligne saint Isaac, aussi doit-il éviter de s’inquiéter, mais plutôt considérer la sainte force
qui vient d’en haut, et s’abandonner à elle en toute confiance ".
"Ayant Dieu, ne crains pas, mais jette tout ton souci en Lui,
et Lui-Même s’occupera de toi", conseille
dans le même sens saint Barsanuphe. Et dans un très
beau passage, saint Grégoire de Nazianze invite à
avoir pour les malades beaucoup de respect et de vénération : "Respectons
la maladie qu’accompagne la sainteté et rendons hommage à ceux que leurs
souffrances ont acheminés à la victoire : peut-être que parmi ces malades se cache un nouveau Job"[7].
Notre auteur
continue ensuite son ascension, après avoir traité du corps et de ses maladies,
il étudie les maladies mentales. Contrairement aux préjugés actuels les Pères
de l’Eglise n’analysent pas les maladies mentales de manière systématique comme
une possession démoniaque. Ils les classent en trois catégories :
organiques, démoniaques et spirituelles.
Jean-Claude Larchet analyse les maladies mentales d’origine somatique
comme une défaillance du corps vu comme l’instrument de l’âme. Il faut préciser
ici qu’il s’agit de l’âme comme principe de vie, non comme élément spirituel. L’âme
est la forme du corps, elle utilise donc le corps comme un instrument. Si une
affection atteint un des organes du corps, l’âme ayant besoin de l’organe pour
agir, l’expression psychique en sera nécessairement perturbée : "Dans
les cas où des troubles psychiques sont relatifs à une affection somatique, ils ne sont pas des troubles de l’âme
elle-même, mais de son expression, de sa manifestation, de
son activité au moyen du corps"[8].
Dépression
et possession.
Notre auteur se penche alors de manière plus précise sur cette maladie mentale organique tellement présente à notre époque : la dépression. Il dénombre trois caractéristiques : affaissement de l’humeur, ralentissement du processus psychique manifesté par le repli sur soi et la fatigue, la douleur morale par une dépréciation de soi. À ces trois caractéristiques peuvent se joindre divers troubles somatiques : maux de tête, sensation d’étouffement, palpitations cardiaques, troubles digestifs etc. L’auteur classe alors les états dépressifs suivant la décomposition de la structure latente de la personnalité :
1° Les dépressions exogènes : les états dépressifs survenant sous l’influence du milieu (émotions, conflits, surmenage…). Elles sont d’ordre névrotique.
2° Les dépressions endogènes : les formes typiques et extrêmes étant la mélancolie pure et l’accès mélancolique de la psychose maniaco-dépressive. Elles sont d’ordre psychotique.
3° Les
dépressions rattachées à une psychose (comme les dépressions dites atypiques de
la schizophrénie) ou à une affection organique (comme une lésion cérébrale par
tumeur, une atrophie neuronale, une perturbation métabolique ou endocrinienne,
une intoxication par l’absorption d’un médicament ou d’une drogue, certains
troubles vasculaires).
Pour chacune d’elle
l’auteur note les circonstances d’apparition, les symptômes, le terrain
psychologique ainsi que les thérapies.
Quant aux
maladies mentales d’origine démoniaques, nous renvoyons nos fidèles lecteurs au
Cahier Saint Raphaël sur l’exorcisme (CSR 78). I1 faut noter que les
psychiatres auraient grand intérêt à se pencher sur cet aspect des maladies
mentales pour résoudre certaines maladies de leurs patients. Ils ne considèrent
alors le malade que sous son aspect exclusivement corporel. Ils voilent toute
une dimension de la personne humaine. "Les habitudes critiques aujourd’hui
en crédit, commente le professeur
Marcel Sendrail, préfèrent reconnaître dans
les cas apparemment similaires (aux cas de possession rapportés dans l’Evangile)
les effets de désordres mentaux dépourvus de caractère occulte. Il
resterait à prouver que cette même hypothèse vaut pour toutes les
manifestations psychopathiques sans exception. Depuis deux millénaires,
comme le contenu de la pensée prétendue lucide a changé, ont changé
aussi les modes de son aliénation et ses modes de perversion. On
aimerait au demeurant pouvoir se convaincre que l’histoire de notre temps
autorise à nier que s’exercent dans le monde les influences et les sévices d’une
puissance maléfique" [9]
Maladie
spirituelle ou dépression ?
Enfin, les
maladies mentales peuvent aussi être d’origine spirituelle, la folie spirituelle
comme l’écrit Jean-Claude Larchet. Il suffit de
reprendre un simple examen de conscience pour dénombrer les folies
spirituelles. La santé spirituelle de l’homme étant définie comme "l’orientation
conformément à sa nature, de
toutes ses facultés vers Dieu, orientation qui constitue les
dispositions vertueuses. La cause première des maladies consiste
logiquement pour les Pères dans une rupture avec cet état premier, dans
une perversion de cet ordre naturel et normal"[10]. L’état
déchu de l’humanité résultant du péché originel, est un état de maladie, ou
état de folie comme l’écrit saint Paul : "ils sont devenus
fous"[11], ou Grégoire de Nysse : "A partir de là, la mortelle maladie qu’est le péché s’installa" [12].
Les deux
chapitres consacrés aux folies spirituelles semblent rébarbatifs, mais compte
tenu de l’ignorance spirituelle des hommes modernes, ils sont loin d’être
inutiles. Son approche devient plus intéressante lorsqu’il traite de la
tristesse et de l’acédie qui sont
deux maladies spirituelles très proche de la dépression.
La tristesse (lupè) apparaît comme un état de l’âme fait de
découragement, d’asthénie, de pesanteur et de douleurs psychiques, d’abattements,
de détresse, d’oppression. Cet état a des causes multiples, mais il est
toujours constitué par une réaction pathologique de la faculté irascible (thumos) ou/et de la faculté désirante de l’âme (epithumia).
Elle se trouve donc essentiellement liée à la concupiscence ou à la
colère.
L’acédie, forme plus méconnue, est voisine de la tristesse. Le
terme akèdia est repris en latin sous
la forme acedia autrement dit paresse
ou ennui. L’acédie correspond donc à un certain état
de paresse, d’ennui, mais aussi de dégoût, d’aversion, de lassitude, et
également d’abattement, de découragement, de langueur, de torpeur, de
nonchalance, d’assoupissement, de pesanteur du corps et de l’âme, poussant l’homme
au sommeil sans qu’il soit réellement fatigué. Ce qui la distingue
essentiellement de la tristesse c’est que rien de précis ne la motive.
Ces maladies
mentales spirituelles ne sont pas totalement hermétiques ou étrangères aux
maladies mentales organiques. N’oublions pas l’unité de la personne humaine :
un composé d’un corps et d’une âme. Les maladies concernant le mental organique
ont donc une connexion nécessaire avec l’âme. Ne disons-nous pas que la volonté
est un facteur dominant dans la guérison ? Les médicaments ne sont donc
pas les seuls facteurs de guérison. Le malade se bat entre la vie et la mort
car il a cette volonté de vivre. Demander un médecin de guérir quelqu’un qui ne
le veut pas, la guérison est loin d’être acquise !
Les psychiatres
ont donc beaucoup à apprendre sur les maladies spirituelles particulièrement la
tristesse et l’acédie car elles peuvent aider à la
guérison sans toutefois être un remède absolu puisque certaines maladies
mentales organiques se guérissent par voie médicamenteuse : "Alors
que les phénomènes d’anxiété et de dépression font dans le monte plus de deux
cents millions de victimes,
celles-ci ne reçoivent le plus souvent qu’une réponse chimique à leurs maux.
Si certains de ces maux ont sans conteste une origine organique et justifiant
une telle thérapeutique, la plupart d’entre eux, cela est
communément admis, relèvent de ce qu’on appelle couramment "le mal
de vivre", autrement dit de problèmes existentiels devant lesquels
la psychiatrie classique reste totalement impuissante. Il est clair que
ces problèmes renvoient pour une grande part à la sphère spirituelle qu’envisagent
les Pères (...) Car elles touchent à une dimension universelle de l’existence
humaine, aux difficultés que rencontrent tous les hommes pour harmoniser
leur vie intérieure et lui donner un sens, situer leur être et leur
activité par rapport à des valeurs dont beaucoup de psychiatres et de
psychologues admettent que la disparition contribue actuellement à l’accroissement
des troubles mentaux et notamment de ces phénomènes d’anxiété et de
dépression"[13].
L’auteur termine son livre par deux chapitres : l’épreuve de la mort et le salut et la guérison, terminant son travail difficile par une note positive.
Mort où
est ta victoire ?
La mort est le
début de la vie par les mérites du Christ ressuscitant. Le Christ a combattu la
mort, il est ressuscité et nous a ouvert le paradis. La mort est donc une
délivrance. Fruit du péché, la mort poussait les hommes à pécher dans le
dessein illusoire de l’éviter. Mais avec la Rédemption, "La mort n’est
plus à craindre, commente
saint Jean Chrysostome, la voilà foulée aux pieds ; ce n’est plus un objet de mépris,
une chose vile et abjecte, ce n’est plus rien (…) Les hommes d’autrefois,
durant leur vie entière, étaient sujets à la crainte de la mort ;
ils étaient esclaves ; les hommes d’aujourd’hui, au
contraire, sont délivrés de ces terreurs et rient de ce fantôme qui
faisait frémir leurs aïeux"[14]. Grâce
au Christ, le sens de la mort a radicalement changé : "Par la mort
nous sommes devenus immortels".
À cette
délivrance de la mort s’ajoute celle des maladies spirituelles. Le Christ est
donc un médecin : "dans ses Plaies se trouvent notre
guérison", "Il a pris
nos infirmités, Il s’est chargé de nos maladies"[15]
prophétisait Isaïe. Cependant il ne faut pas distendre l’unité de la personne
humaine : médecin des âmes, le Christ est aussi médecin des corps, il faut
souligner ici l’unité du composé humain et "la communauté du destin
spirituel de l’âme et du corps en chaque personne"[16]. Finalement, les Pères de l’Eglise
considèrent que le Christ est venu guérir tous les hommes malades du péché et
de ses suites en tout leur être, corps, âme et esprit. Puissent les médecins
soigner leurs malades à l’imitation du Christ.
[1] Le Chrétien devant la maladie, la souffrance et la mort Jean-Claude LARCHET, Cerf, Paris, 2002, 280 p.22 Euros
[2] p.214.
[3] p. 31.
[4] p. 37.
[5] p. 42.
[6] p. 89.
[7] p. 73.
[8] p.99.
[9] p. 107-108.
[10] p. 172.
[11] Rm. 1, 21-22.
[12] p. 172
[13] p. 110-111.
[14] p. 217
[15] Is, 53, 15 et 5.
[16] p. 265.