Marie, mère de miséricorde
Par J. Michel
D’après des textes de saint
Bernard
Il
n’est rien qui, tout à la fois, me charme et m’effraie davantage que de parler
des gloires de la Vierge Mère. Car pour passer sous silence l’impossibilité où
l’on se trouve d’exprimer le privilège de ses mérites et sa prérogative unique,
tous ont pour Marie une dévotion si ardente, un tel culte, une telle estime,
qu’en dépit de leurs efforts, il n’est rien qu’on dise de son indicible gloire
qui, par le fait même qu’on a pu le dire, satisfasse pleinement les auditeurs
et réponde à leur attente.[1]
Qu’on
ne parle plus de votre miséricorde, ô bienheureuse Vierge, s’il est un seul
homme qui se rappelle « vous avoir invoquée en vain dans ses
besoins »[2].
Nous, vos petits serviteurs, nous vous félicitons de vos autres vertus, mais
nous nous félicitons nous-mêmes de votre miséricorde. Nous louons votre
virginité, nous admirons votre humilité, mais pour les malheureux que nous
sommes, votre miséricorde a plus douce saveur, plus précieuse valeur, elle
revient plus souvent à notre mémoire, plus fréquemment dans nos invocations. C’est
elle qui obtint la régénération du monde, le salut de tous. Il est, en effet,
évident que la sollicitude de Marie s’étendait au genre humain tout entier,
lorsque l’ange lui dit : « Ne craignez pas, Marie, vous avez trouvé
grâce (Luc, I, 30), la grâce que vous attendiez. » Qui donc, ô Vierge
bénie, pourra mesurer la longueur et la largeur, la hauteur et la profondeur de
votre miséricorde ? (Cf. Eph., III, 18). Car,
par sa longueur, votre miséricorde atteint jusqu’au dernier jour tous ceux qui
l’invoquent ; par sa largeur, elle recouvre toute la surface du globe et
remplit la terre ; par sa hauteur, elle contribue à la restauration de la
cité céleste ; par sa profondeur, elle obtient la rédemption de ceux qui
sont assis dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort (Luc I, 79). Par vous,
en effet, le ciel est peuplé, l’enfer vidé, la céleste Jérusalem relevée de ses
ruines, la vie rendue aux malheureux qui l’avaient perdue.
C’est
ainsi que votre toute-puissante et très miséricordieuse charité se montre aussi
magnifique dans sa compassion que dans son pouvoir secourable.
Que
notre âme altérée courre donc à cette source, que notre misère puise avec
ardeur à ce trésor de miséricorde. Voici, Vierge bénie, que nous vous avons
accompagnée de nos vœux et suivie, au moins de loin, tandis que vous montiez
vers votre Fils. Que désormais votre miséricorde fasse connaître au monde la
grâce que vous avez trouvée auprès de Dieu, en obtenant, par vos saintes
prières, le pardon aux pécheurs, la santé aux malades, le courage aux
pusillanimes, la consolation aux affligés, secours et délivrance à ceux qui
sont en danger. Et pour nous, vos petits serviteurs, qui, en ce jour de fête et
de liesse, invoquons et louons le nom très doux de Marie, obtenez, Reine de
clémence, les grâces de votre Fils, Notre Seigneur, qui est au-dessus de toutes
choses, Dieu béni éternellement (Rom., (IX, 5). Ainsi soit-il.
…« Le
nom de la Vierge était Marie ». Parlons un peu de ce nom qui signifie « étoile
de mer » et qui convient admirablement à la Vierge Mère. La comparaison
avec l’astre est parfaite : l’astre émet ses rayons sans subir d’altération,
la Vierge enfante son Fils sans subir aucune lésion ; le rayon ne diminue
en rien la clarté de l’astre, son Fils a gardé intacte l’intégrité de la
Vierge. Elle est bien cette noble étoile de Jacob dont les rayons illuminent l’univers
entier, dont l’éclat resplendit au plus haut des cieux et pénètre jusqu’aux
abîmes. Rayonnant aussi sur toutes les terres et réchauffant les âmes plutôt
que les corps, elle fait croître les vertus et consume les vices. Elle est
cette splendide étoile qui se lève sur l’immensité de la mer, brillant par ses
mérites, éclairant par ses exemples. A toi qui te sens, loin de la terre ferme,
emporté sur les flots de ce monde au milieu des orages
et des tempêtes, ne quitte pas des yeux la lumière de cet astre si tu ne veux
pas sombrer. Si le vent des tentations s’élève, si l’écueil des tribulations se
dresse sur ta route, regarde l’étoile, appelle Marie. Si tu es ballotté par les
vagues de l’orgueil, de l’ambition, de la médisance, de la jalousie, regarde l’étoile,
appelle Marie. Si la colère, l’avarice, les désirs impurs secouent la nacelle
de ton âme, regarde vers Marie. Si, troublé par l’énormité de tes crimes,
honteux des turpitudes de ta conscience, effrayé par la crainte du juge ment,
tu commences à te laisser aller à la tristesse, à glisser dans le désespoir,
pense à Marie. Dans les périls, les angoisses, les doutes, pense à Marie,
invoque Marie. Que son nom ne s’éloigne jamais de tes lèvres, qu’il ne s’éloigne
pas de ton cœur ; et, pour obtenir le secours de sa prière, ne néglige pas
l’exemple de sa vie. En la suivant, tu es sûr de ne pas dévier ; en la
priant, de ne pas désespérer ; en la consultant, de ne pas te tromper. Si
elle te soutient, tu ne tomberas pas ; si elle te protège, tu n’auras pas
à craindre ; si elle te conduit, tu ne te fatigueras pas ; si elle t’est
favorable, tu parviendras au but ; tu constateras ainsi, par ton
expérience personnelle, combien justement il a été dit : « Et le nom
de la Vierge était Marie. »
Alors,
arrêtons-nous un peu et ne nous contentons pas de regarder en passant cette
clarté si lumineuse. Mais, suivons les paroles de l’apôtre : « Il est
bon d’être ici » (Matth., XVII, 4) et de
contempler dans un doux silence ce qu’un laborieux discours ne saurait
exprimer.