Les apparitions de
l’Ile-Bouchard
8-14 Décembre 1947
par Frère Thomas
extraits de « Il est
ressuscité » n° 41, déc. 2005
Novembre 1947. La révolution gronde en France.
Le pays est au bord de l’abîme : faillite économique due à une gestion
calamiteuse de l’après-guerre, impuissance des pouvoirs publics, grèves à
caractère insurrectionnel dans un climat international de guerre froide, tout
est prêt pour le Grand Soir que les communistes attendent depuis 1917, en
France depuis 1944.
Le maire communiste d’une ville ouvrière du
Gard en témoigne : « Les grèves de 1947-1948 ont été terribles.
C’était une lutte armée… Les mineurs avaient gardé l’esprit maquisard. Ils
avaient de vieux fusils et des bâtons. Nos gars rêvaient toujours à la
libération ; ils croyaient que la révolution allait venir. Pour nous, les
responsables du Parti, c’était très difficile de contenir nos camarades. Ils
étaient prêts à tout foutre en l’air… Les socialistes étaient au
ministère. » (cité par Dominique Desanti, L’année
où le monde a tremblé, 1976,
p. 336)
[…] Que l’Immaculée soit
intervenue en 1947 dans nos affaires politiques remet en cause l’agnosticisme
de notre histoire officielle et le laïcisme bétonné de notre État républicain.
Car les faits sont là. […]
« L’ANNÉE
TERRIBLE »
Tout le monde parle du "coup de Prague" du 21 février 1948, où les Soviétiques
s’emparèrent de la ville par la force, remettant dans le camp communiste la
Tchécoslovaquie qui avait tenté de s’en évader. On sait moins qu’un autre coup
se préparait en France, un an plus tôt. Les Soviétiques disposaient alors en
effet dans notre pays de 1 500 à 2 000 cadres à leur solde, ce qui leur
permettait de lire à livre ouvert chez nous (L ‘espionnage soviétique en
France, P. de Villemarest, NEL, 1971, p.69).
De 1943 à 1947, le parti communiste a
consolidé son dispositif de double pouvoir : au gouvernement et dans le
pays. Inlassablement, il a renforcé ses structures et amélioré son encadrement.
« Il domine la CGT, force primordiale du syndicalisme français. Il a placé
ses hommes dans les entreprises nationalisées. Il dispose d’une presse
nombreuse, n’est pas dépourvu de moyens financiers, ni d’armements, car peu
d’armes ont été rendues après la Libération. » (Le parti communiste
veut-il prendre le pouvoir ?
Jean-Jacques Becker, 1981, Seuil, p. 189)
Le 5 mai 1947, cinq ministres communistes
sont renvoyés par le socialiste Ramadier, pour avoir "trahi" la
solidarité gouvernementale, en refusant de voter des crédits pour l’Indochine
et en critiquant sa politique anti-inflationniste. C’est la fin du tripartisme
et le commencement des troubles sociaux. L’impuissance de l’État provoque la
montée en puissance des forces révolutionnaires, par syndicats et partis
interposés.
Le ravitaillement devient de plus en plus
difficile. La ration quotidienne de pain est réduite à 250 grammes en mai, puis
à 200 grammes en août. Les prix des denrées alimentaires flambent. Le pays ne
vit plus qu’en achetant des céréales et du charbon aux États-Unis, liquidant
pour cela ses dernières réserves monétaires. Le déficit de la balance
commerciale a doublé en deux ans. Les caisses sont vides : le stock d’or est
passé de 1 600 tonnes en 1944 à
400 en décembre 1947.
William Clayton,
sous-secrétaire d’État américain au Trésor, envoyé par le président Truman pour
évaluer la situation en Europe, revient effrayé de sa mission. Le plan Marshall
est alors proposé le 5 juin « contre la faim, la misère, le désespoir et le chaos ». L’Union
soviétique refuse de s’y associer, accentuant sa mainmise sur les pays d’Europe
centrale et s’engageant dans une nouvelle étape de réarmement. C’est le début
de la guerre froide.
Le PCF, qui entend revenir au pouvoir, hésite
encore à s’engager dans la lutte contre le gouvernement. Mais, du 22 au 28
septembre, une réunion secrète des représentants des neufs partis communistes
européens à Sklarska Poreba
en Pologne, permet au Kominform,
bureau de propagande du communisme international, de les reprendre
en main. « Le monde, leur explique Jdanov, est désormais divisé en deux
camps antagonistes. Plus aucune alliance n’est possible avec les autres partis
de gauche. Il faut combattre à fond le nouvel ennemi : l’impérialisme
américain. » Les communistes français, accusés d’avoir cédé au "crétinisme
parlementaire" ( !) et "oublié" de prendre le
pouvoir en 1944, doivent faire leur autocritique.
Le 2 octobre, au vélodrome d’hiver, Maurice
Thorez, s’exécute et déclare que le moment est venu « d’imposer un
gouvernement démocratique où la classe ouvrière et son parti exercent enfin un
rôle dirigeant. Il faut que ça
change ! » Les
troupes sont prêtes.
L’AUTOMNE
DE TOUS LES PÉRILS
Les grèves s’intensifient alors dans tout le
pays. De violents affrontements éclatent le 12 novembre à Marseille, dans le
bassin minier du Nord trois jours plus tard. En quelques jours, le pays entier
est paralysé par trois millions de grévistes. Plus de transports. Des sabotages
se multiplient çà et là. Des groupes armés surgissent. Tout est prêt pour la
révolution. Comme en Espagne en 1936. […]
Le 19 novembre, Ramadier démissionne en
pleine crise. À défaut de Blum qui n’obtient pas l’investiture de la Chambre,
c’est au modéré Robert Schuman que Vincent Auriol s’adresse pour former un
gouvernement. Au fond, le président de la République n’est pas mécontent que
ce soit un démocrate chrétien qui monte au créneau pour affronter les grévistes
et « sauver la République ». Schuman est assisté, à l’Intérieur, par
le socialiste Jules Moch, énergique et déterminé, mais qui ne cache pas que la
situation est désespérée, vu le peu de moyens en forces de l’ordre dont il
dispose.
George Marshall écrit à Truman :
« Je me fais beaucoup de souci à propos de cette lutte pour le pouvoir en
France. Thorez vient de rentrer de Moscou ; le Kremlin lui a promis du blé.
Nous risquons de perdre la France. Les deux prochaines semaines seront cruciales. Il faut
tout faire pour empêcher un coup d’État communiste. » Et l’ambassadeur
américain à Paris de renchérir : « La grève générale en France est
supervisée par un agent spécial du NKVD. Les communistes
jouent le tout pour le tout. » (Nerin Gun, Les
archives secrètes américaines, t.
II, 1983, p. 115)
Le 27 novembre est créé un CONSEIL
NATIONAL DE GRÈVE, composé exclusivement de cégétistes aux
ordres de Moscou. Le lendemain, la nouvelle de la mort accidentelle du général
Leclerc, en inspection en Afrique du Nord, consterne le chef du
gouvernement : « Encore
cela ! » soupire-t-il. Le 29 novembre, des débats
s’ouvrent à la Chambre sur le vote des mesures à prendre d’urgence. À peine
Schuman a-t-il pris la parole que des vociférations s’élèvent de l’extrême-gauche :
« Vous avez soif de sang », hurle un député communiste. « Salaud !
Chien couché ! Officier boche ! » crie Duclos. Les
insultes pleuvent, tandis que les députés communistes, par d’interminables
discours et amendements, s’efforcent pendant quatre jours de retarder le vote.
Dans le pays, l’agitation semble se développer suivant un plan stratégique
préparé d’avance.
Dans la nuit du 2 au 3 décembre, l’express Paris-Tourcoing déraille aux environs d’Arras. L’enquête révèle
un attentat communiste. Le bilan effraye l’opinion : vingt-quatre morts et
une trentaine de blessés. Le 4 décembre, les R. G. de Tours font état d’un
projet d’insurrection pour le 10 (L’année 1947, sous la direction de Serge Berstein
et Pierre Milza, 2000, p. 396).
Pour donner le change, on négocie au sommet.
Le dimanche 7 décembre, le bureau de la CGT au complet se rend chez le ministre
du Travail, Daniel Mayer, qui propose l’octroi d’une prime de 1500 francs à
tous les salariés. Mais le délégué général Benoît Frachon refuse l’accord et
transmet à ses troupes le mot d’ordre : « Tout est rompu, grève générale demain. »
Le lendemain, la Sainte Vierge intervenait en personne, dans un petit
village perdu de Touraine : L’Ile-Bouchard. Au moment où des catholiques
"engagés" rêvaient de réformes de structures et de militance syndicale
au coude à coude avec les communistes, le Ciel se manifestait dans une vieille
paroisse de Chrétienté, tenue par un excellent prêtre qui avait trois amours
dans le cœur : sa paroisse, la Très Sainte Vierge et l’Eucharistie, comme
l’a établi un colloque tenu en décembre 2004 à L’Île-Bouchard (Le message de
L’Île-Bouchard, mémoire et
espérance, p. 75-113).
C’est dans ce cadre traditionnel, paroissial,
familial, que sortit le salut de la France.
CE
LUNDI 8 DÉCEMBRE 1947
« Le lundi
8 décembre 1947, j’allai faire une prière à l’église Saint-Gilles en me
rendant à l’école à 1 h avec Jeanne, ma sœur, et Nicole,
ma cousine », raconte
Jacqueline Aubry, douze ans. Jeanne, sa sœur, a sept ans et demi, Nicole dix
ans. Les sœurs de l’école leur ont recommandé de prier ce jour-là spécialement
pour la France. « On prit de l’eau bénite dans le bénitier, on fit le signe de la Croix et la
génuflexion, puis on alla à gauche par la nef. En passant devant la statue de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus on s’arrêta devant elle et, debout,
on récita un "JE VOUS SALUE MARIE". »
Pieuse coutume instituée par le curé de L’Île-Bouchard,
l’abbé Ségelle, dévot et apôtre de la petite Thérèse.
Plusieurs fois, il est allé en pèlerinage à Lisieux, et quand la châsse de ses
reliques est venue à Tours au printemps 1947, il est allé les vénérer avec ses
paroissiens. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus
n’était-elle pas, depuis le 3 mai 1944, patronne secondaire de la France avec
sainte Jeanne d’Arc ?
Précisément, l’histoire locale raconte que
Jeanne d’Arc fit halte à L’Île-Bouchard, avant d’arriver à Chinon, le 6 mars
1429. Elle franchit le portail nord de l’église Saint-Gilles, et pria devant le
maître-autel.
C’est ainsi que les deux "saintes de la
Patrie" introduisirent les petites filles auprès de leur Reine.
« Puis, on s’avança jusqu’au fond,
devant l’autel de la Sainte Vierge. On s’agenouilla à droite, sur les premiers
prie-Dieu et on récita une dizaine de chapelet. Alors je vis tout à coup à ma
gauche, entre le vitrail et l’autel, UNE GRANDE LUMIÈRE, VIVE MAIS NON ÉBLOUISSANTE, AU
MILIEU DE LAQUELLE APPARUT UNE BELLE DAME, SE TENANT DANS UNE GROTTE ET
AYANT À SA DROITE UN ANGE. Sous ses pieds, on lisait
l’invocation : "O MARIE, CONÇUE SANS PÉCHÉ, PRIEZ POUR NOUS QUI AVONS RECOURS À VOUS."
Je poussai du coude Nicole
qui était tournée d’un autre côté et je lui dis :
– Regarde donc !
« Nicole regarde ainsi que Jeanne. Elles
firent : "Oh !" en mettant leur main droite à leur bouche, puis Nicole s’écria : "Oh !
la belle Dame !"
« Quant à Jeannette, elle fut sidérée
par l’Ange :
– Oh ! le beau Ange ! Oh ! le beau Ange ! fit-elle les mains jointes en se
relevant. »
« C’EST
LA MÊME ! »
« Entre le vitrail et l’autel » : le vitrail représente
l’apparition de la Sainte Vierge à Bernadette, dans la grotte de Massabielle.
« Se tenant dans une grotte ». De deux choses
l’une : ou bien Jacqueline joue la comédie, simulant Bernadette, ou bien
c’est la Vierge Marie qui se fait reconnaître ainsi, comme si elle
disait : « Je suis
Notre-Dame de Lourdes » ou,
comme elle se nomma le 25 mars 1858 : « Je suis l’Immaculée Conception, QUÉ SOY ERA IMMACULADA COUNCEPCIOU. » Un 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception, c’est clair !
[…] « Ayant à sa droite un ange », comme dans la vision du troisième Secret de
Fatima. La seule différence est que, au cours de cette première apparition à L’Île-Bouchard,
l’ange est « à droite » de la belle Dame, tandis qu’à Fatima,
il est à gauche.
Ce n’est pas tout. La Sainte Vierge est ici
comme une Reine en son royaume. La statue de Notre-Dame des Victoires, qui
domine l’autel près duquel apparaît « la belle Dame », rappelle la
consécration que fit le roi Louis XIII de son Royaume à Marie, en action de
grâces pour les marques de protection qu’elle avait multipliée depuis le début
de son règne : triomphe sur les rebelles protestants et les ennemis
extérieurs, victoire miraculeuse de La Rochelle (dont le sanctuaire de
Notre-Dame des Victoires à Paris est l’ex-voto), et surtout cadeau d’un héritier à la Couronne, à la
suite des révélations faites à un humble frère de ce couvent. Il est impossible
de séparer Notre-Dame des Victoires de la consécration de la France à
Marie : « Sans Notre-Dame des Victoires, pas de vœu de Louis XIII. Notre-Dame des Victoires a valu à la France d’être le Royaume de Marie, elle l’a
sauvée et elle continue de la sauver ; parce que la France lui
appartient. » (Sœur
Marie-Angélique, L’ABBÉ DES GENETTES, p. 187)
La statue de Notre-Dame des Victoires fut
placée dans l’église de L’Île-Bouchard en 1888, en lien avec l’Archiconfrérie
du Très Saint et Immaculé Cœur de Marie, refuge des pécheurs, fondée à Paris en
1836 par l’abbé des Genettes. Dévotion préparant celle qui sera révélée à
Fatima : « Dieu
veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé », pour le sauver et lui donner la paix. Et l’on sait que, depuis 1943,
l’abbé Ségelle parlait fréquemment à ses paroissiens
des apparitions de Notre-Dame de Fatima.
De la rue du Bac (l’inscription sous les
pieds de la Dame) à Fatima, la continuité est parfaite et L’Île-Bouchard en
présente le parfait résumé. Il n’y a plus de doute : « C’est la
même ! » comme disait sainte Catherine Labouré après les événements de Lourdes.
LE
SOURIRE DE MARIE
« On s’arrêta de
prier puis, plutôt effrayées, on sortit de l’église. On aperçut
dans la rue Sergine Croizon [treize ans] et sa petite sœur Laura [huit
ans et demi] qui allaient à l’école. On leur raconta ce qu’on avait vu et
elles rentrèrent avec nous dans l’église pour voir la Dame. »
Les cinq fillettes s’engagent ensemble dans
la nef de la Sainte Vierge. Lorsqu’elles sont à la hauteur de la statue de
sainte Thérèse, Laura s’écrie : « Je vois une belle Dame et un
Ange ! » Mais Sergine, elle, ne voit rien.
Arrivées devant l’autel, elles s’agenouillent
devant la belle Dame qui les a attendues. Elles récitent un NOTRE PÈRE, UNE DIZAINE DE CHAPELET et
trois fois l’invocation Ô MARIE CONÇUE SANS PÉCHÉ, PRIEZ POUR NOUS QUI AVONS RECOURS À VOUS. Cette
prière terminée, la Dame disparaît, après leur avoir souri à toutes, comme à
Pontmain, spécialement à Jeanne Aubry, la plus petite. Alors les enfants se
lèvent et vont à l’école.
LE
PREMIER RÉCIT
L’école
Saint-Gilles était tenue par des religieuses de Sainte-Anne, institutrices et
gardes-malades très aimées de la population. Chassées en 1910 par la
République, elles étaient revenues, en habit séculier, dès 1911. Le curé de l’époque avait
alors consacré l’école à la Sainte Vierge. « Cette école libre
fut un fondement solide pour entretenir, pendant toute la première moitié du
XXe siècle, la
formation humaine et chrétienne, et susciter la ferveur religieuse à
L’Île-Bouchard. » (Colloque Mémoire et espérance, p. 102)
En arrivant sur
la cour de récréation, les enfants racontent à leurs compagnes ce qu’elles ont
vu, puis viennent le redire au curé et à sœur Saint-Léon de la Croix, la
directrice de l’école. Cette dernière traite Jacqueline de folle et monsieur
le Curé lui dit :
« Tu as vu trouble à travers tes grandes lunettes. »
Elle était
myope en effet, et portait des lunettes, détail important. Intrigué, le curé se
décide cependant à interroger séparément les enfants, en présence de sœur
Saint-Léon. Jacqueline raconte :
« J’ai vu une belle Dame vêtue d’une
robe blanche, ceinture bleue,
voile blanc légèrement brodé autour. Le voile reposait sur le front.
Les pieds de la Dame étaient nus et apparents et reposaient sur une pierre rectangulaire
formant le bas de la grotte dans laquelle elle nous est apparue. À son
bras droit était passé un chapelet aux grains blancs montés sur une chaîne d’or
et à l’extrémité duquel était suspendu un beau crucifix en or. Les
cheveux étaient blonds et longs et retombaient sur le devant, de chaque
côté, en formant deux anglaises. La ceinture bleue était un large
ruban et les manches de la robe étaient vagues. À ses pieds, cinq
roses, de couleur rose, lumineuses, formaient une
guirlande en forme de demi-cercle qui se terminait par deux feuilles vertes
reposant sur les deux extrémités de la pierre.
« L’Ange se tenait sur une pierre plate
de même couleur que la grotte mais en dehors d’elle, le genou droit à terre, à peu de distance de la Dame et à
sa droite. Il était vêtu d’une robe blanche et avait des ailes blanches
aux bords dorés. Il tenait à la main droite un lis blanc et l’autre main
reposait sur sa poitrine. Les cheveux étaient blonds, en forme
d’anglaises. »
L’ange, un
genou en terre, avec un lys à la main, est donc bien celui de l’Annonciation,
tel que le fit peindre Jeanne d’Arc sur son pennon, par un artisan de
Tours, en l’honneur de Notre-Dame du Puy et de son jubilé, en 1429.
Les autres
petites filles ayant fait la même description, monsieur le Curé quitte l’école
en leur recommandant de rester bien sages. Aussitôt après son départ,
Jacqueline s’approche de la sœur directrice et lui dit :
« Ô chère sœur, si vous saviez comme la Sainte Vierge
était belle ! »
– Puisqu’elle était si belle, réplique la
sœur, si j’avais été
à ta place je serais restée à l’église. »
Prenant sa
maîtresse au mot, Jacqueline invite ses amies à retourner à l’église, en leur
disant :
« Allons voir si elle y est
encore ! »
Apercevant dans
la rue le curé qui rentre chez lui, elles empruntent un chemin détourné,
craignant, comme elles l’avoueront plus tard, qu’il ne les empêche de retourner
à l’église. Elles n’ont donc pas la conscience tout à fait tranquille.
Cependant elles sont comme poussées par une force invincible à retourner à
l’église.
« PRIEZ
POUR LA FRANCE. »
À peine les
enfants sont-elles à genoux devant l’autel de la Sainte Vierge, que la belle Dame,
accompagnée de l’Ange, se montre de nouveau à elles.
Prenant la
parole pour la première fois, avec une expression d’indicible tristesse, elle
leur dit :
« Dites aux petits enfants de
prier pour la France, car elle
en a grand besoin. »
La Dame a
insisté sur le mot "France". Poussées par
Jacqueline, les deux plus petites demandent :
« Madame,
êtes-vous notre Maman du Ciel ? »
Le visage de la
Dame s’éclaire d’un sourire, et elle répond d’une voix douce et lente :
« Oui, je suis votre Maman du Ciel. »
En prononçant
le mot "Ciel ", la Sainte
Vierge a tourné ses yeux bleus très purs vers le Ciel. Jacqueline s’enhardit et
demande elle-même à la Dame :
« Quel est l’Ange qui vous
accompagne ? »
L’Ange se
détourne et répond en souriant :
« Je suis l’ange Gabriel. »
Ce furent les seules
paroles prononcées par l’Ange à l’adresse des enfants, pendant toutes les
apparitions. Puis la Dame tend la main droite et dit :
« Donnez-moi votre main à embrasser, chacune à votre
tour. »
Elles
approchent sans crainte et la Dame, se penchant, prend lentement leur main
droite, l’embrasse sur sa face dorsale, à l’extrémité de l’index, du médius et
de l’annulaire et leur dit en les congédiant :
« Revenez ce soir à 5 heures et demain à 1 heure. »
Alors la vision
disparaît et les enfants retournent à l’école. Elles remarquent que la trace du
baiser de la Dame est restée sur leurs mains et se signale par un ovale blanc. « Dépêchons-nous, dit Jacqueline,
la chère sœur sera bien
obligée de nous croire, cette fois-ci. » Malheureusement,
la trace disparaît à la sortie de l’église pour l’une, à la porte de l’école
pour les autres.
DESCENDUE
DU CIEL AVEC SON CORPS
Nous étions en
1947. Le pape Pie XII se préparait à définir solennellement le dogme de
l’Assomption de la Très Sainte Vierge, montée au Ciel avec son corps. Comme c’était
un sujet d’ardentes controverses dans l’Église, le Pape allait devoir faire
appel à son magistère solennel et infaillible. Eh bien, à L’Île-Bouchard, la
Reine du Ciel a voulu manifester d’avance la vérité du dogme, qui sera défini
le 1er
novembre
1950. En embrassant la main des enfants, et en y laissant une trace sensible de son baiser, la Sainte Vierge a voulu
faire comme Jésus, son Fils, avec Thomas l’incrédule : Donne ta main et mets-la dans mon côté…
[…] Pour nous convaincre, la Sainte Vierge
est redescendue du Ciel, avec son corps, elle a pris la main des enfants, avec sa main à
Elle ! et y a déposé un baiser avec sa bouche… « Je sentais la chaleur,
la tiédeur des lèvres de la Sainte Vierge, témoignera
Jacqueline. C’était une totale et vraie présence. » […]
LA DAME
EST REVENUE ET NOUS REGARDE
Lorsque les enfants arrivent à l’école, la
sœur directrice demande aux petites d’où elles viennent :
« Nous
venons de l’église, répond
Jacqueline, vous nous avez dit que nous aurions dû y rester.
« C’est bien, et qu’avez-vous vu ? »
Les fillettes relatent ce qu’elles ont vu et
rapportent les paroles de la Dame. Plus troublée qu’elle ne veut le paraître,
sœur Saint-Léon demande à 16 heures à Jacqueline et à Nicole de lui raconter,
séparément et par écrit, ce qu’elles ont vu et entendu lors des deux
apparitions au début de l’après-midi. Les deux copies relatent les mêmes
choses, avec les mêmes détails.
Au soir du 8 décembre à 17 heures, un salut
du Saint-Sacrement, précédé du chapelet, est donné dans l’église Saint-Gilles.
Seule Jacqueline est présente. Pendant la cinquième dizaine, l’enfant manifeste
une inquiétude évidente, tournant la tête à droite, à gauche, semblant chercher
quelqu’un.
Enfin, quoique cela soit défendu, elle
retourne la tête et, de ses yeux suppliants, fixe ceux de sœur Saint-Léon de la
Croix comme pour demander quelque chose. La sœur lui fait signe de se retourner
vers l’autel. Jacqueline obéit aussitôt. C’est d’ailleurs le début du Salut, et
la belle Dame, car c’est elle ! disparaît alors,
s’effaçant au moment où le curé apporte le Saint-Sacrement sur l’autel de la
Sainte Vierge.
Après la bénédiction, lorsque le curé
rapporte le bon Dieu au maître-autel et qu’on entonne le chant : "O
MARIE ! CONÇUE SANS
PÉCHÉ,
PRIEZ POUR LA FRANCE", la Dame et l’ange réapparaissent dans la
lumière. Sœur Saint-Léon, après avoir congédié les autres enfants, s’approche
de Jacqueline qui lui dit :
« Chère
sœur, la Dame est revenue, elle est là, elle nous
regarde ; que faut-il faire ?
- Mais, où est-elle ? demande la sœur décontenancée.
- Voyons, vous la voyez bien, chère sœur,
elle est là. » La
sœur conseille alors à Jacqueline de réciter avec elle son chapelet et
s’agenouille près d’elle. « Alors je puis dire que c’est la seule fois
où j’ai vu la Sainte Vierge tant sourire, racontera Jacqueline. Devant la chère sœur qui avait
peur, mais qui avait
peur ! elle souriait. »
Lorsque la dizaine est terminée, Jacqueline
dit :
« Elle est partie ! »
- Ouf ! » fait la sœur
Saint-Léon, qui s’empresse d’aller tout raconter au curé.
Le fait que la Dame ait disparu juste au moment
où le Saint-Sacrement était apporté dans sa chapelle frappa le bon abbé Ségelle. « Ce soir, monsieur le Curé commença à être
touché, racontera Jacqueline. Il fut frappé par le fait que la Sainte Vierge
avait disparu au moment où il avait apporté le Saint-Sacrement. La Sainte
Vierge s’était effacée pour laisser la place à son Fils. Il se disait :
"Une enfant ne peut pas inventer cela." » (cité
par le Père Marie-Réginald Vernet, L’Île-Bouchard, la Vierge et ses apparitions, 1992,
p. 154)
Le curé Ségelle
était de la race des Des Genettes, Peyramale et Guérin, images vivantes du juste Joseph dans
leur paroisse, alliant un cœur plein de dévotion à une prudence éclairée, dans
un grand esprit de soumission aux lois de l’Église.
Nommé à L’Île-Bouchard le 8 décembre 1921, il
y avait développé une ardente dévotion eucharistique et mariale, source
d’œuvres multiples, qui faisaient dire aux missionnaires de passage
« n’avoir pas vu ailleurs pareille générosité ». Le 15 juin 1944, il
organisait le "grand retour" de Notre-Dame de Boulogne dans sa
paroisse, précédé d’un triduum de supplications, qu’il concluait par ces
mots : « Puisse la France recevoir bientôt le fruit des prières et
des sacrifices accomplis dans les deux paroisses. Dieu seul peut la sauver… Notre-Dame obtiendra ce salut. »
L’année 1947 fut marquée par une fervente
mission pascale prêchée par les montfortains, dont
les fruits se firent sentir jusqu’en automne, pendant le mois du Rosaire, où
les fidèles se pressèrent chaque jour nombreux dans
l’église. Bref, on priait déjà beaucoup à L’Île-Bouchard, comme à Pontmain,
quand la Sainte Vierge y apparut pour exhorter ses enfants à prier davantage.
POUR LA
FRANCE EN GRAND DANGER
Le mardi 9 décembre 1947, les quatre
fillettes essuient les rebuffades des grandes personnes auxquelles elles
racontent leurs visions.
« Que me racontes-tu là ?…
- Tu es folle !…
- Tu es une sotte !…
- Cesse de me raconter de telles
histoires ! »
« Croyez-y pas si vous voulez, moi z’ai vu, z’y crois »,
répond invariablement Jeannette Aubry. Sa mère, pourtant, lui
interdira ce jour-là d’aller à l’église après la classe, pour voir la
Dame :
« Je te le défends ! C’est pas
la Sainte Vierge que tu vois,
c’est le diable. Si tu retournes à l’église à 5 heures, la belle
Dame, comme tu dis, t’emmènera et tu ne me verras plus. »
Comme à Fatima ! où le curé disait que c’était
peut-être le diable.
A 1 heure de l’après-midi, les voyantes se
placent, comme la veille, devant l’autel de la Sainte Vierge, et commencent le
chapelet. Bientôt la lumière apparaît, « un
globe de lumière » s’ouvre et un rideau argenté se
déploie, couvrant la moitié du vitrail de gauche et la moitié de l’autel de
Notre-Dame des Victoires. Sur ce fond de rideau se détache une grotte et, dans
cette grotte, la Dame. À quelque distance, sous une voûte de rocher, l’Ange, à
gauche de la Dame, cette fois.
Sous les pieds de la Dame, l’invocation de la
veille : "Ô MARIE
CONÇUE SANS PÉCHÉ…" a été remplacée par ces mots : "JE SUIS L’IMMACULÉE CONCEPTION". Des lettres brillantes, en partie cachées par
les mains de la Dame, apparaissent sur sa poitrine : MA … CAT.
Les voyantes sont seules dans l’église. Trois
amies les attendent dehors. Jacqueline a promis de demander à la Dame si elles
pouvaient entrer. Elle le fait.
« Oui, répond la Dame, mais elles ne me verront pas. »
Jacqueline s’empresse d’aller le dire à ses
amies. Une femme du village, madame Trinson, survenue
sur les entrefaites, se joint aux enfants et pénètre avec elles dans l’église.
Dès le retour de Jacqueline, la Dame levant
sa main droite à la hauteur de sa joue, fait signe de l’index d’approcher.
Quand les quatre fillettes sont près d’elle, elle les invite à s’approcher
d’elle :
« Embrassez la croix de mon chapelet. »
Jacqueline et Nicole, en se haussant sur la
pointe des pieds, parviennent à atteindre le crucifix que la Dame tient dans sa
main, mais Laura et Jeannette, trop petites, doivent être soulevées à bout de
bras par Jacqueline. Ce que celle-ci fait sans aucun effort.
Lorsqu’elles ont, toutes les quatre, baisé le
crucifix d’or, elles font très, très lentement, le signe de Croix, à
l’imitation de Celle qui vient de les unir d’une manière si simple
mais très intime à sa compassion. « Qu’il est impressionnant ce signe
de la croix ! » diront-elles.
Puis la Dame, devenue subitement toute
triste, dit :
« Je vais vous dire un secret que
vous pourrez redire dans trois jours : Priez pour la France qui, ces jours-ci, est en grand
danger. »
La France ! C’est bien « pour la
France » qu’il faut prier, n’en déplaise à nos théologiens modernes :
« On est aujourd’hui quelque peu gêné
par cet aspect du message. Dans la pastorale actuelle, inviter les fidèles à
prier pour la France expose à l’incompréhension et peut provoquer même une
certaine irritation (!). On
accepte mieux de prier pour l’Europe qui se construit et surtout pour
l’humanité entière. » (P. de La Soujeole,
colloque Mémoire et espérance,
2004, p. 293)
Non ! Ce n’est pas « pour l’Europe »,
dont le projet germait déjà dans les cervelles fumeuses de certains démocrates
chrétiens comme Schuman ou Bidault, au seul bénéfice de la grande finance
internationale, ni pour l’humanité tout entière, mais « pour la
France », la seule France ! que la Sainte
Vierge est venue demander de prier à L’Île-Bouchard. À la rue du Bac déjà, le globe
représentait « la France en particulier ».
Puis la Dame continue :
« Allez dire à monsieur le Curé de
venir à 2 heures, d’amener les
enfants et la foule pour prier. »
Jacqueline se retourne alors vers madame Trinson, et les trois amies, et leur dit :
« La
Sainte Vierge demande la foule. Où donc la prendre ? »
Madame Trinson,
très émue, lui répond :
– Ne te tourmente pas, ces petites et moi la commençons. »
UNE
ÉCOLE DE PRIÈRE
Alors madame Trinson,
les trois fillettes et les voyantes récitent deux AVE MARIA et l’invocation "Ô MARIE CONÇUE SANS PÉCHÉ, PRIEZ POUR
NOUS QUI AVONS RECOURS À VOUS." La Dame et l’Ange se sont associés à leur prière jusqu’à
ces paroles : "SAINTE
MARIE,
MÈRE DE DIEU…" exclusivement,
les laissant dire seules la deuxième partie de l’AVE MARIA.
Aussitôt après, la Dame, redevenue souriante,
prend la parole :
« Dites à monsieur le Curé de
construire une grotte le plus tôt possible, là où je suis, d’y placer ma statue et celle de l’Ange à
côté. Lorsqu’elle sera faite, je la bénirai. »
Et elle disparaît. La vision a duré de huit à
dix minutes. Quand le curé apprend que la Dame demande qu’on revienne à
l’église à 2 heures, il s’impatiente : « 2 heures ! C’est
l’heure de la classe. Qu’elles aillent en classe et qu’elles obéissent à leurs
maîtresses ! » Jacqueline revient en pleurs à l’école.
« Sœur Marie de l’Enfant-Jésus,
raconte-t-elle, me demande pourquoi je pleure. Je lui raconte les faits. Elle
me dit la même chose que monsieur le Curé : il faut obéir. Je lui
rétorque : "Mais la Sainte Vierge est au-dessus de monsieur le
Curé, il faut lui obéir."
La sœur me regarde toute triste. » Rien n’y fait, et il faut
attendre la fin de la classe pour retourner à l’église.
Une quarantaine de personnes y sont déjà,
adultes et enfants confondus. Au bout d’une dizaine de chapelet, la Dame
apparaît et organise elle-même la prière :
« Chantez le "JE VOUS
SALUE, MARIE ", ce cantique que
j’aime bien. »
Elle aime bien ce cantique, parce qu’il se
termine par une prière pour la France, comme à Pontmain, où elle ne pouvait
cacher sa joie d’entendre le beau cantique "Mère de l’espérance",
qui lui rappelle que la France lui a été consacrée par « un de nos
souverains ».
Le cantique terminé, elle reprend :
« Je veux que les
personnes qui sont dans l’église s’approchent de moi et prient avec vous. »
Tous se regroupent pour continuer le
chapelet. À la fin, la Dame commence elle-même l’invocation :
« O MARIE CONÇUE SANS PÉCHÉ…
Et les enfants, suivis par les assistants,
reprennent :
— PRIEZ POUR NOUS QUI AVONS RECOURS À VOUS. »
À la fin, la belle Dame trace un grand signe
de croix, fixant son regard sur chacun.
Il est vraiment touchant de voir la Sainte
Vierge organiser elle-même les chants et la prière de ses enfants, comme une
bonne mère ou une maîtresse d’école, soucieuse de montrer l’exemple pour bien
enseigner. Elle a inauguré là une véritable "école de la prière".Et cette prière ne laisse pas d’être
efficace.
LE JOUR OÙ
LA GRÈVE RECULA
Ce même 9 décembre, à la stupéfaction
générale, le Comité national de grève de Paris donnait l’ordre de reprendre le
travail : « Il faut regrouper et rassembler nos forces pour les combats futurs qui
seront rudes. Nous prenons la responsabilité de donner l’ordre de repli général. » Le revirement fut aussi brusque qu’imprévu.
La veille encore, on exhortait les grévistes à « tenir et vaincre »,
puis brusquement, sans les consulter, l’ordre était donné de cesser la grève.
« Cet aveu de défaite étonna le
gouvernement. Lorsque, la veille au soir, Jules Moch en avait été informé par
Vidal, directeur des Renseignements généraux, il n’avait pas pu y croire.
Lorsque, dans le Nord, les responsables communistes l’apprirent, ils refusèrent
eux aussi de l’admettre. Annoncée à la radio, la nouvelle fut publiée dans le journal
communiste local Liberté. Les
syndicats prétendirent alors qu’il s’agissait d’une fausse édition de Liberté
imprimée par les soins de la préfecture et de la Direction des Houillères.
Il leur faudra deux jours pour se rendre à l’évidence. » (G. Elgey, La République des illusions, 1993, p. 465)
Il est curieux de voir comment chacun des
protagonistes met en avant sa propre interprétation : pour les démocrates
chrétiens, c’est la calme assurance de Robert Schuman, pour les socialistes, c’est
la détermination de Jules Moch, qui ont fait reculer les grèves. Les
communistes, qui ne fournirent aucune explication sur le moment, expliquèrent
ensuite que de nouvelles consignes arrivées de Moscou avaient désavoué des
grèves qui avaient éclaté plus tôt que prévu et qui avaient "dérapé"
de leur objectif initial : la lutte contre l’hégémonie américaine et le
plan Marshall.
« Il n’y eut pas de ces "queues de
grèves" si difficiles à résorber, comme si tous les participants avaient
été convaincus (consciemment ou inconsciemment) du dérapage qui s’était
produit, qu’il n’y avait plus qu’à tirer un trait sur une aventure malheureuse,
et tâcher de l’oublier. Ce que fit l’historiographie communiste. »
(Jean-Jacques Becker, op. cit., p. 235)
Pour nous, nous n’hésitons pas à voir dans la
conjonction des événements surnaturels de L’Île-Bouchard avec la fin de la
grève générale la marque d’une intervention déterminante de la Sainte Vierge,
ce qui n’exclut pas qu’elle se soit servie de causes secondes.
UN SECRET
POUR LA FRANCE
Le mercredi 10 décembre, la nouvelle s’est
répandue dans les environs. Il y a près de cent cinquante personnes dans
l’église. Sur le coup de 13 heures, les fillettes se lèvent toutes les quatre. ensemble :
« La
voilà ! »
Notre-Dame leur demande de chanter le "JE VOUS SALUE
MARIE". Ce qu’elles font sur un air propre à la paroisse. Puis elles récitent
une dizaine, de chapelet, suivie de l’invocation "O MARIE CONÇUE
SANS PÉCHÉ…"
Alors la Dame leur fait signe avec l’index
droit de s’approcher et, se penchant, leur dit :
« Baisez ma
main ! »
Les enfants, s’étant avancées vers le coin
gauche de l’autel, embrassent la main tendue. Jacqueline soulève sans effort,
comme la veille, Laura et Jeannette trop petites. Puis Nicole demande :
« En quoi faut-il faire la grotte que
vous nous avez demandée hier ?
- En papier
pour commencer. »
Sur les instances de sa mère, Jacqueline
demande : « Madame,
voulez-vous faire un miracle pour que tout le monde croie ?
- Je ne suis
pas venue ici pour faire des miracles, mais POUR VOUS DIRE
DE PRIER POUR LA FRANCE qui, ces jours-ci, est en grand danger. Mais demain vous
y verrez clair et ne porterez plus de lunettes. »
L’enfant, atteinte d’une myopie légère
compliquée de strabisme et d’astigmatisme, souffrait de conjonctivite depuis
deux ans.
La Dame, prenant un air grave,
continue :
« Je vais vous
confier un secret que vous ne direz à personne.
- Nous vous le promettons ! » répondent les enfants en choeur.
La confidence est brève. C’est la même pour
tous. Nous n’en saurons rien de plus. Ce secret, les voyantes l’ont gardé
strictement. Cependant, après les événements de mai 1968 en France, elles se
concertèrent et furent d’accord, au vu de la nouvelle situation critique où se
trouvait plongé le pays, de le communiquer à l’archevêque de Tours. Ce qui fut
fait le 1er juin 1968.
Le Père Vernet écrit : « Selon
l’orientation et le but de ces apparitions, il ne peut que concerner, en
quelque manière, l’avenir de l’Église et de la France, ainsi que celui de ces
fillettes qui eurent le privilège, en ces apparitions, des confidences de leur
Maman du Ciel. Mais, comme je l’ai entendu dire de l’une d’entre elles :
"De telles grâces se payent fort cher", entendez "en souffrances
et en croix". » (op. Cit., p. 44)
La Dame leur dit ensuite :
« Revenez demain à 1 heure. »
Les voyantes le promettent. Alors la Dame
disparaît dans un nuage de poussière d’or. Le voile d’argent se replie en forme
de boule, laquelle s’enfonce dans le mur. Les enfants se signent et se lèvent.
L’apparition a duré environ un quart d’heure.
« IL Y
AURA DU BONHEUR DANS LES FAMILLES. »
En se réveillant, le jeudi 11 décembre,
Jacqueline s’aperçoit que ses yeux ne sont pas collés comme à l’ordinaire, et
qu’elle voit parfaitement bien sans lunettes. « Comme tous les matins,
raconte-t-elle, Maman monte de l’eau bouillie pour me décoller les yeux, mais
ce matin, je n’ai plus les yeux collés, plus de croûtes, plus d’humeur… et je
vois au loin, je n’ai plus besoin de lunettes. Maman appelle Papa et, devant un
tel miracle, ils pleurent et disent merci. On me donne un journal à lire. Papa
court chercher monsieur le Curé. En voyant mes yeux guéris, il s’agenouille et
pleure. Les voisins sont ahuris et émus, car depuis ma plus jeune enfance, je
leur faisais pitié. » (Témoignage de novembre 1979)
À 1 heure de l’après-midi, il y a environ
deux cents personnes dans l’église Saint-Gilles. Les quatre fillettes arrivent
et, ne trouvant aucune place libre sur les prie-Dieu, elles viennent s’agenouiller
devant la Sainte Table, face à l’autel de la Sainte Vierge. Elles ne paraissent
nullement impressionnées. Monsieur le Curé, agenouillé sur une marche du grand
autel, côté Évangile, assiste pour la première fois aux apparitions, ainsi que
les trois religieuses de Sainte-Anne.
Dès que les fillettes sont agenouillées,
l’apparition se manifeste de nouveau, suivant le mode habituel. La Dame qui, de
jour en jour, apparaît de plus en plus belle, sourit et prend aussitôt la
parole :
« Chantez
le "JE VOUS SALUE
MARIE". »
Les quatre enfants chantent le "JE VOUS SALUE MARIE". Puis, sur un signe de la Dame, elles prennent
leur chapelet et récitent dix AVE
suivis de l’invocation. Sur
un signe de monsieur le Curé, Jacqueline prend le papier que lui a remis sœur
Saint-Léon et lit les questions qui y sont écrites.
« D’où nous vient cet honneur que
vous veniez dans l’église Saint-Gilles ?
– C’est parce qu’il y a ici des personnes
pieuses et que Jeanne Delanoue y est passée. »
Jeanne Delanoue,
fondatrice des Sœurs de Sainte-Anne de la Providence (1666-1736), appelée "la Mère
des pauvres", venait d’être reconnue bienheureuse un mois auparavant (le 9
novembre 1947). Il suffit donc, pour attirer les bénédictions du Ciel, de la
piété de quelques personnes et du passage d’un saint ? L’enfant aurait pu
s’arrêter là et ne pas poser la question suivante puisqu’elle a déjà une
réponse qui la résout, mais, par souci d’obéissance, elle continue :
« Est-ce en souvenir de Jeanne Delanoue qui vous aimait tant, qui aimait tant vous prier à Notre-Dame des Ardilliers…
Oui, je le sais très bien !
– … et qui est venue elle-même établir ses
filles ici ? » La Dame, qui a déjà répondu à cette question, se contente de
demander :
« Combien y a-t-il de sœurs ici ?
- Elles sont trois.
- Quel est le nom de leur fondatrice ?
Les quatre voix n’en font qu’une qui s’élève,
forte et si bien timbrée qu’elle emplit l’église :
– Jeanne Delanoue ! »
On dirait une leçon de catéchisme, avec
questions-réponses ! Les enfants contemplent quelques instants la Dame qui
les regarde, puis Jacqueline prend de nouveau la parole :
« Madame, voulez-vous guérir les personnes qui souffrent de rhumatismes,
de maladies nerveuses, qui souffrent physiquement et moralement ? »
« Il y aura du bonheur dans les
familles, répond la Dame, qui ajoute : Chantez
maintenant le "JE VOUS SALUE MARIE". »
Les enfants s’exécutent aussitôt. Le chant
terminé, le dialogue continue entre la Dame et les voyantes :
« Est-ce que monsieur le Curé va
construire la grotte ?
- Oui, Madame.
- Priez-vous pour les pécheurs ? Il faut prier
beaucoup pour les pécheurs.
- Oui, Madame, nous vous le promettons.
- Revenez demain à 1 heure.
- Oui, Madame, nous reviendrons demain.
- Ô MARIE CONÇUE SANS PÉCHÉ…
- PRIEZ POUR NOUS QUI AVONS RECOURS À VOUS ! »
La Dame bénit alors lentement la foule qui se
trouve dans l’église. Les enfants font le signe de la Croix. La Dame et l’Ange
disparaissent comme de coutume. L’apparition a duré un quart d’heure.
Ce soir-là, Jacqueline voit arriver chez ses
parents deux gendarmes de l’Île-Bouchard. L’un d’eux, pour l’effrayer, lui défend
de retourner à l’église. L’enfant répond sans s’émouvoir : « Monsieur, si vous voyiez ce que j’y vois,
vous y retourneriez. »
Et madame Aubry d’ajouter : « Elle
a commencé d’y aller, elle y
retournera jusqu’au bout. »
« PRIEZ
BEAUCOUP POUR LES PÉCHEURS. »
Le vendredi 12 décembre, dès midi, la foule
envahit l’église. Chacun veut être au premier rang : chaises, bancs, tout
est plein. On compte alors de trois cents à quatre cents personnes.
À 13 heures, les quatre fillettes viennent
s’agenouiller, coude à coude, devant l’autel de la Sainte Vierge et, aussitôt,
leur maintien prouve à l’assistance que l’apparition se manifeste de nouveau à
elles. La Dame est plus radieuse que jamais. Sa tête est auréolée de rayons
lumineux vivement colorés, bleus, rouges, jaunes, verts, rosés, orange. Comme à
Fatima. Les enfants nommeront cette auréole "arc-en-ciel ". Le mot MAGNIFICAT apparaît
en entier en lettres d’or sur sa poitrine, car elle a baissé les mains.
Se reproduit alors le même rituel de dévotion
liturgique dirigé par la belle Dame : le " JE VOUS SALUE MARIE", les
invocations, le baisemain, important !
« Priez-vous pour les pécheurs ? demande la voix.
- Oui, Madame, nous prions.
- Bien. Surtout,
priez beaucoup pour les pécheurs. »
Alors les enfants prennent leur chapelet et
récitent, avec la Dame et l’Ange, dix AVE MARIA suivis de l’invocation "Ô MARIE CONÇUE
SANS PÉCHÉ…"
Lorsque la prière est achevée, Jacqueline,
désignant une jeune fille paralytique du village proche de Saint-Épain
qu’on a apportée sur une civière, demande : « Madame, voulez-vous guérir cette jeune fille ?
- Si je ne la guéris pas ici, je la
guérirai ailleurs, répond
la Dame.
- Ô Madame, reprend Jacqueline, voulez-vous guérir une personne très
pieuse ?
Comme la Dame ne répond pas, elle continue
naïvement :
- Elle demeure à Angers.
- Je ne suis pas venue, dit enfin la Dame redevenue toute triste, pour
faire des miracles mais pour que vous priiez pour la France qui est en grand
danger, ces jours-ci. »
Alors la Dame trace un lent signe de Croix
sur la foule et les enfants se signent. Puis l’apparition disparaît. Les
enfants, après s’être de nouveau signées, se lèvent et sortent de l’église.
Quelle simplicité !
Ce 12 décembre marquait la fin définitive de
la grève et la reprise du travail sur l’ensemble du territoire. D’où
l’apparition du mot complet "Magnificat".
PAS
DE NOTRE PERE ?
Le samedi 13 décembre, dès midi, la foule
arrive à pleines rues vers l’église et s’y engouffre. Environ cinq cents
personnes remplissent le sanctuaire. Un peu avant 13 heures, les enfants
arrivent. Puis la Sainte Vierge, qui prend l’initiative de la prière :
« Chantez
le "JE VOUS SALUE MARIE" : »
Les enfants chantent, « pour faire
plaisir à la Dame », puis la Dame leur fait signe de réciter leur
chapelet.
« Commencez
tout de suite par les "JE VOUS SALUE MARIE
" » , dit-elle.
Et le NOTRE PÈRE ? Pas de NOTRE
PÈRE ! Comme si la
Sainte Vierge prenait la place du Bon Dieu ! Mais, précisément, c’est
cela. Comme à La Salette en 1846, cent ans
auparavant : « Je vous
ai donné six jours pour travailler, avait-elle dit, Je me suis réservé le septième et on ne veut pas Me l’accorder. » […]
Les enfants récitent dix AVE suivis de
l’invocation, et interrogent la Dame du regard pour savoir s’il faut s’arrêter,
mais elle leur dit :
« Continuez les "JE VOUS SALUE MARIE". »
C’est ainsi qu’elles récitent cinq dizaines d’AVE, sans
PATER
ni GLORIA, mais
entrecoupés à chaque dizaine par l’invocation "Ô MARIE CONÇUE
SANS PÉCHÉ…"
Puis Nicole Robin, sur le désir de sœur
Saint-Léon de la Croix, demande tout bas :
« Madame,
quand on fera la grotte, faudra-t-il laisser l’autel qui est à
côté ?
- Oui, laissez
l’autel à côté. »
Jacqueline qui a dans sa main une gerbe
d’oeillets, offerte par une personne de la paroisse pour être présentée à la
Dame, dit :
« Madame,
je vous offre ces fleurs.
La Dame bénit les fleurs et Jacqueline
murmure :
- Oh ! merci.
La Dame demande alors :
- Est-ce que vous me construirez une
grotte ?
- Oui, Madame, nous vous la
construirons.
La Dame sourit à cette réponse et dit :
- Je reviendrai demain pour la dernière fois. »
Sur ces mots, elle disparaît. L’apparition a
duré vingt-cinq minutes. Si la Sainte Vierge insiste tant pour avoir
"sa" grotte, c’est peut-être parce qu’elle sait que les hommes sont
lents à satisfaire ses demandes : la statue de la Vierge au globe et
l’ouverture de la chapelle de la rue du Bac, la dévotion des cinq premiers
samedis du mois à Fatima…
MAGNIFICAT !
Dimanche 14 décembre. Dès la fin de la
grand-messe, la foule envahit l’église. Plusieurs familles qui ont assisté à la
messe ne retournent pas chez elles pour déjeuner, de peur de ne plus trouver
ensuite de place.
La foule grossit de plus en plus. Bientôt il
n’y a plus une place à prendre, bien qu’on ait enlevé une partie des chaises.
La chaire, la tribune, sont pleines. Des grappes humaines s’attachent,
s’accrochent aux piliers de l’église. Des échafaudages les plus hétéroclites
s’élèvent, des gens apportent des échelles doubles qui sont aussitôt garnies
jusqu’au faîte. Il y a là plus de deux mille personnes, sans compter celles qui
n’ont pu entrer. Toute cette foule est néanmoins disciplinée et récite, sans
interruption, quatre chapelets.
Peu avant 13 heures, les quatre fillettes,
les bras chargés de fleurs magnifiques, s’avancent, non sans peine, jusqu’à
l’autel de la Sainte Vierge et s’agenouillent, séparées les unes des autres.
Bientôt l’apparition se manifeste, plus belle que jamais. La récitation du
chapelet par les voyantes, à l’initiative de la Dame, sera ponctuée à chaque
dizaine d’une parole significative de la Sainte Vierge. Ainsi, après la
première dizaine, Jacqueline lit un papier préparé par le Curé :
« Madame,
nous vous demandons de bénir Monseigneur l’Archevêque, ses vingt-cinq
années d’épiscopat, Mgr l’Évêque de Blois, les deux paroisses,
les écoles libres, la mission du Carême, les prêtres du doyenné
et de donner des prêtres à la Touraine. »
Déjà la lancinante question des
vocations ! La Dame regarde les enfants, et eux la regardent en silence,
puis la Dame incline la tête en signe d’assentiment.
Alors, les fillettes se lèvent et, sans
quitter leurs places, offrent les fleurs qu’elles portent sur leurs bras.
« Madame,
nous vous offrons ces fleurs. »
La Dame est souriante mais ne répond rien.
Alors Jacqueline insiste : « Prenez-les. »
Nouveau silence. La Dame continue de sourire.
« Embrassez-les,
supplie Jacqueline. Alors la
Dame répond enfin :
- Je les embrasserai mais je ne veux pas les
prendre. Vous les emporterez. »
Et la Dame leur ayant fait signe d’approcher,
les enfants viennent à ses pieds et Jacqueline présente successivement sa
gerbe de fleurs et celles des trois autres fillettes. La Dame embrasse les
fleurs et dit :
« Continuez le chapelet. »
Les enfants reviennent à leurs places et
récitent la seconde dizaine. La Dame et l’ange s’unissent à la prière jusqu’aux
mots : "Sainte Marie…"
Jacqueline sort alors un second papier, préparé par une sœur :
- Madame, que faut-il faire pour consoler Notre-Seigneur de la peine que lui causent les
pécheurs ?
- Il faut prier et faire des sacrifices. »
La troisième dizaine est suivie des
invocations.
Ô Madame, demande Jacqueline, je vous en supplie, donnez-nous une preuve de votre présence !
- Avant de partir, j’enverrai un
vif rayon de soleil, répond la Dame, qui ajoute : Dites à la foule
qu’elle chante le MAGNIFICAT. »
Pendant ce chant, la beauté de la Sainte
Vierge tournant les yeux vers le Ciel est telle, qu’elle ravit à jamais le
cœur des enfants. Elle a de quoi être heureuse : le danger que courait la
France est écarté, sa prière a été exaucée. Le chapelet reprend. À la fin de la
quatrième dizaine, la Dame demande qu’on lui chante encore le "JE
VOUS SALUE MARIE
". Puis, elle ajoute :
- Priez-vous pour les pécheurs ?
- Oui, répondent les quatre enfants ensemble.
- Récitez une dizaine de chapelet les bras en
croix ! »
Alors, avec un ensemble parfait, les enfants
mettent leurs bras en croix. Sans hésitation ni respect humain, la foule fait
de même. Beaucoup n’avaient pas prié depuis de nombreuses années et certains
ont des larmes dans les yeux. La cinquième dizaine achevée, la Dame dit :
« Allez-vous construire la grotte ?
- Oui, oui,
nous allons la construire. »