Retour à la page d'accueil

Théologie
Les Sacrements


 

Précisions sur le sort des enfants morts sans baptême

par l'abbé S. Leclère

 

Si l’on admet que l’enfant mort sans baptême connaît Dieu d’une connaissance naturelle autant qu’il peut être connu naturellement et que cette connaissance est pour lui cause d’un bonheur naturel aussi grand qu’il est possible, et que l’on admet par ailleurs qu’il est affecté par le péché originel qu’il a reçu en recevant la nature humaine, il est certes difficile de voir en quoi se manifeste en lui le péché originel qui affecte sa nature.

Certains théologiens qui s’inscrivent dans une tradition augustinienne, voient une contradiction dans la double affirmation du parfait bonheur naturel et d'une nature humaine affectée par le péché originel, et pour cela concluent que les enfants morts sans baptême sont damnés, c'est-à-dire réprouvés. Selon ces auteurs c'est précisément parce que les enfants morts sans baptême sont affectés dans leur nature par le péché originel qu'ils ne peuvent pas connaître un bonheur naturel parfait. Cette opinion théologique n'est pas condamnée mais elle n'est pas non plus notre opinion.

La difficulté est donc, si l'on refuse l'opinion augustinienne, d'exprimer en quoi le péché originel affecte réellement la nature humaine de l'enfant mort sans baptême si celui-ci connaît Dieu naturellement et non de cette connaissance naturelle. Mais si l'on considère que le péché originel est, comme peine, la privation de la grâce de la justice originel et des dons préternaturels qui ont été donnés à nos premiers parents comme affectant leur nature - est donc comme transmissibles par la transmission de leur nature - alors on peut affirmer que chez l'enfant mort sans baptême la privation de la grâce originelle et des dons préternaturels qu'il aurait reçu si les premiers parents n'avaient pas péché, a raison de peine. Cela suffit pour affirmer que le péché originel affecte réellement la nature humaine de l'enfant mort sans baptême. Mais par ailleurs on ne voit pas que la privation de la grâce de la justice originelle empêche la connaissance naturelle de Dieu.

L'enfant mort sans baptême avant l'usage de sa raison - interne ou externe - est privé de la grâce de la justice originelle et connaît Dieu naturellement et il n'y a là aucune contradiction. Si l'enfant est mort avant l'usage de sa raison il n'a pas pu se déterminer par rapport à sa fin ultime que et le péché originel n'a plus être cause en lui d'aucun péché actuel. L'inclination de la nature intellectuelle de l'homme vers Dieu comme suprême objet intelligible n'est pas anéantie par la seule privation de la grâce de la justice originelle ; et l'absence d'acte contraire à cette inclination chez l'enfant mort avant l'usage de sa raison fait que cette inclination le détermine réellement et le dispose vraiment de façon prochaine à la connaissance naturelle de Dieu. Lorsque l'enfant qui n'a pas été baptisé et qui n'a pas encore usé de sa raison meurt, l'inclination de sa nature intellectuelle le porte à connaître Dieu comme cause de son être est aussi comme la bonté de la source de son être, cause de son être, contre laquelle il ne s'est jamais actuellement dressé. Cette connaissance lui donne un vrai et grand bonheur, mais dans l'ordre naturel. On ne peut dire que dans cette hypothèse qu'il a la vision béatifique. Mais comme il ignore la possibilité même de la vision béatifique, sa privation n'est absolument pas douloureuse. Il est affecté par le péché originel dans sa nature, mais cela même il l’ignore. Il est sujet d'une peine qu'il ignore absolument. C'est l'opinion que l'on peut tirer de certains textes de saint Thomas d'Aquin. Cette opinion n'est pas condamnée.

On peut encore avoir l'espoir que Dieu dans sa miséricorde et sa sagesse efface le péché originel selon un mode extraordinaire - en dehors du mode ordinaire qu’est le baptême qu'il a institué - et que l'enfant mort sans baptême avant l'usage de sa raison ait la vision béatifique, et on peut prier pour cela. On ne peut que l'espérer et sans rien en dire de plus, car si l'on sait que Dieu est sage et miséricordieux, on ne connaît pas parfaitement sa miséricorde et sa sagesse et on ne peut donc pas dire que sa miséricorde et sa sagesse exigent que l'enfant mort sans baptême avant l'usage de sa raison ait la vision béatifique.

C'est un espoir légitime et non une opinion théologique proprement dite car on ignore presque tout du fondement de l'argument. En outre il est parfaitement possible de tenir pour la deuxième opinion, celle de saint Thomas, et espérer qu'elle ne soit pas vraie… Et si elle était vraie, et qu'il existe un mode extraordinaire du salut surnaturel, elle serait encore consolante : l'enfant mort sans baptême avant l'usage de la raison est parfaitement heureux dans l'ordre naturel. Sa mère verra le bonheur de son enfant si elle est au ciel, et verra la sagesse et la bonté des dispositions divines qui ont présidé à ce bonheur.