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Thologie
Christologie

 

Jésus est-il DIEU ?

s
Copyright :  Salve Regina
 

1. Objections : *

 

1.1 Objection n°1 : problème de légalité entre le Père et le Fils *

1.2 Objection n°2 : problème de la science du Christ *

1.3 Objection n°3 : problème de léternité *

1.4 Objection n°4 : problème de la distinction des volontés *

1.5 Objection n°5 : problème de limpeccabilité du Christ *

1.6 Objection n°6 : problème de la soumission du Christ *

1.7 Objection n°7 : labsurdité de la Trinité *

1.8 Objection n°8 : lâge du Père et du Fils *

1.9 Objection n°9 : Jn 17:3 *

1.10 Objection n°10 : Jn 1:18 *

1.11 Objection n°11 : Ap 3:14 *

1.12 Objection n°12 : 1 Co 8:5-6 *

2. Argument dautorité : *

3. Argumentation : *

3.1 En réfléchissant sur le sens de lexpression " Fils de Dieu " *

3.1.1 Preuve de la majeure *

3.1.2 Preuve de la mineure *

3.2 En réfléchissant sur le sens de lexpression " plénitude de la divinité " *

3.2.1 Preuve de la majeure *

3.3 A partir de Jn 8:58 *

3.3.1 Preuve de la majeure *

3.3.2 Preuve de la mineure *

3.4 En réflchissant à lessence de Dieu et à ses implications *

3.4.1 Preuve de la majeure *

3.4.2 Preuve de la mineure *

3.5 A partir de He 1:6 *

3.6 En réfléchissant sur le pouvoir de remettre les péchés *

3.6.1 Preuve de la majeure *

3.6.2 Preuve de la mineure *

3.7 En réfléchissant sur le sens de la création *

3.7.1 Preuve de la majeure *

3.7.2 Preuve de la mineure *

3.8 En comparant des textes de lAncien et du Nouveau Testament *

3.9 En réfléchissant à la notion de médiateur : *

3.9.1 Preuve de la mineure : *

3.10 A partir de Jn 10:30 *

3.11 En réfléchissant à la notion de Sauveur *

3.12 La divinité de Jésus est expressément enseignée en divers endroits du Nouveau Testament. *

3.12.1 Jn 1:1 *

3.12.2 Tt 2:13 *

3.12.3 Rm 9:5 *

3.12.4 I Jn 5:20 *

3.12.5 Jn 20:28 *

3.12.6 Ac 20:28 *

3.12.7 Ph 2:6 *

4. Réponses aux objections : *

4.1 Réponse à lobjection n°1 *

4.2 Solutions envisagées pour expliquer lignorance du Christ *

4.2.1 Solution des pères grecs *

4.2.2 Solution proposée par S. Thomas *

4.3 Réponse lobjection n°3 *

4.4 Réponse à lobjection n°4 *

4.5 Réponse à lobjection n°5 *

4.6 Réponse à lobjection n°6 *

4.7 Réponse à lobjection n°7 *

4.8 Réponse à lobjection n°8 *

4.9 Réponse à lobjection n°9 *

4.10 Réponse à lobjection n°10 *

4.11 Réponse à lobjection n°11 *

4.12 Réponse à lobjection n°12 *
 
 

  1. Objections :


  2.  

     
     
     
     
     

    1. Objection n°1 : problème de légalité entre le Père et le Fils


    2.  

       
       
       

      Si Jésus est Dieu, il est égal au Père

      Or Jésus nest pas égal au Père car, dit-il, " le Père est plus grand que moi " (Jn 4:28).

      Donc Jésus nest pas Dieu.
       
       

    3. Objection n°2 : problème de la science du Christ


    4.  

       
       
       

      Dieu est omniscient.

      Or Jésus nest pas omniscient car il avoue ne pas connaître le jour du jugement (Mc 13:31-32).

      Donc Jésus nest pas Dieu.
       
       

    5. Objection n°3 : problème de léternité


    6.  

       
       
       

      Dieu seul nest pas né car il est éternel.

      Or le Christ est "le premier né de toute la création " (Col 1:15).

      Donc le Christ nest pas Dieu.
       
       

    7. Objection n°4 : problème de la distinction des volontés


    8.  

       
       
       

      Si le Christ est Dieu, il a la même volonté que le Père.

      Or le Christ distingue sa volonté de celle du Père : "Père que ce ne soit pas ta volonté, mais la tienne " (Lc 22:42).

      Donc...
       
       

    9. Objection n°5 : problème de limpeccabilité du Christ


    10.  

       
       
       

      Dieu ne peut pas pécher.

      Or le Christ pouvait pécher car Satan la tenté (Mt 4:4-11).

      Donc...
       
       

    11. Objection n°6 : problème de la soumission du Christ


    12.  

       
       
       

      Il appartient à la créature et non au créateur dêtre soumis.

      Or le Christ est soumis au Père car " Dieu est le chef du Christ " (1 Co 1:13)

      Donc le Christ est une créature.
       
       

    13. Objection n°7 : labsurdité de la Trinité


    14.  

       
       
       

      Ce qui est absurde est à rejeter.

      Or le mystère de la Trinité est absurde : il prétend que trois sont un.

      Donc...
       
       

    15. Objection n°8 : lâge du Père et du Fils


    16.  

       
       
       

      Un fils ne peut être aussi âgé que son Père.

      Or si le Fils est Dieu, il est éternel comme le Père.

      Donc...
       
       

    17. Objection n°9 : Jn 17:3


    18.  

       
       
       

      Le Père est : " le seul vrai Dieu " (Jn 17:3)

      Or le Fils nest pas le Père.

      Donc le Fils nest pas seul vrai Dieu.
       
       

    19. Objection n°10 : Jn 1:18


    20.  

       
       
       

      " Nul na jamais vu Dieu " (Jn 1:18)

      Or les apôtres ont vu Jésus

      Donc....

    21. Objection n°11 : Ap 3:14


    22.  

       
       
       

      Si le Christ a été crée il nest pas Dieu.

      Or le Christ est le " commencement de la création de Dieu " (Ap 3:14)

      Donc....

    23. Objection n°12 : 1 Co 8:5-6

    " Bien quil y ait, soit au ciel, soit sur la terre, de prétendus dieux -et de fait il y a quantité de dieux de quantité de seigneurs-, pour nous en tout cas, il ny a quun seul Dieu, le Père , de qui tout vient et pour qui nous sommes, et un seul Seigneur, Jésus Christ, par qui tout existe et par qui nous sommes " (1 Co 85:5-6)

  3. Argument dautorité :


  4.  

     
     
     

    Le Concile de Rome (382) enseigne :

    " Si quelquun ne dit pas que le Fils de Dieu est le vrai Dieu, comme son Père est le seul vrai Dieu, quil peut tout, quil sait tout et quil est égal au Père, il est hérétique " (DS 164).

  5. Argumentation :


  6.  

     
     
     

    Nous regroupons nos arguments pour prouver la divinité du Christ sous douze rubriques.
     
     

    1. En réfléchissant sur le sens de lexpression " Fils de Dieu "


    2.  

       
       
       

      Si le Christ est vrai fils, il est nécessairement vrai Dieu.

      Or le Christ est vrai fils.

      Donc le Christ est vrai Dieu (cf. S. Thomas dAquin, Somme contre les Gentils [SG], Livre IV, Chapitre 7).

      1. Preuve de la majeure


      2.  

         
         
         

        Le terme filiation nest pris dans son sens véritable que lorsque lêtre engendré procède de la substance de lêtre générateur. Dans ce cas, lengendré est de la même espèce que le géniteur : le fils dun homme est un homme.
         
         

      3. Preuve de la mineure

Fils de Dieu peut-être compris au sens propre (stricto sensu) ou sens figuré. Le sens propre est celui que nous avons expliqué plus haut ; le sens figuré est appliqué par la Sainte Ecriture aux hommes quils soient justes (Mt 5:9), juges (Ps 82:6), formant le peuple de Dieu (Ex 4:22) ou rois (2 S 7:14) et aux anges (Jb 1:6).

    1. Or la filiation de Jésus différe de :

Jésus prend toujours le soin de distinguer sa propre filiation de celle des autres hommes. Cest donc que sa propre filiation est dune autre nature et que lon doit comprendre que Jésus est le Fils au sens propre et non au sens métaphorique :  "Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu " (Jn 20:17). De mme, il dsigne son Pre comme "son propre Père " (Jn 5:18).

" Car auquel des anges Dieu a-t-il jamais dit : Tu est mon Fils, je tai engendré aujourdhui " (He 1:5).

2. Elle est prise dans son sens strict par lEcriture :

" Afin que nous soyons en son vrai fils" (1 Jn 5:20)

" Lui qui na pas épargné son propre Fils " (Rm 8:32)

" Personne na jamais vu Dieu ; Dieu le Fils Unique, qui est dans le sein du Père, est celui qui nous la fait connaître " (Jn 1:18).

3. Elle a bien été comprise au sens strict par les juifs.

Au grand-prêtre qui lui demande " Je tadjure par le Dieu Vivant de nous dire si tu es le Christ Fils de Dieu ", Jésus répond " Oui " et à cause de cette confession Jésus est jugé pour blasphème et condamné à mort. Or ces paroles doivent être comprises dune filiation au sens propre. En effet, il nétait pas possible de condamner à mort quelquun pour avoir dit quil était le fils de Dieu au sens adoptif car tous les saints sont fils de Dieu dans ce sens ; de même aucune loi ne punissait de la peine de mort de se dire un prophète ou le Messie. Par contre, dans la loi juive trois blasphèmes étaient punis de mort : maudire Dieu, prononcer en vain son nom (Ex 20:7 ; Lv 24:16) et se revendiquer légal de Dieu (Jn 10:33). Les deux premiers cas étant exclus, reste le troisième. Par conséquent, les juifs ont compris que le Christ sest déclaré fils de Dieu au sens propre. De même, Jn 5:18 : " il appelait Dieu son Père se faisant ainsi légal de Dieu ".

    1. En réfléchissant sur le sens de lexpression " plénitude de la divinité "


    2.  

       
       
       

      Aucune créature ne peut recevoir en elle la plénitude de la divinité.

      Or dans le Christ " habite toute la plénitude de la divinité " (Col 2:9).

      Donc le Christ nest pas une créature (cf. SG, IV, 7).

      1. Preuve de la majeure

      Seul Dieu possède la plénitude de la divinité en raison de son infinité ; les créatures ne font que participer aux perfections du créateur.

      Objection : posséder la plénitude de la divinité nimplique pas pour autant que le Christ soit coégal et coéternel au Père. Ainsi ce nest pas parce que les hommes ont en commun la nature humaine, quils sont coégaux ou quils ont tous le même âge.

      Réponse : il faut se garder dappliquer de façon univoque les notions de nature, de personne, de génération aux créatures et au créateur, sinon on arrive à des absurdités. Il ne faut pas oublier que Dieu est unique et que, par conséquent, posséder la plénitude de la nature de Dieu signifie, ni plus ni moins, que le Fils est consubstantiel au Père. Si lon refuse cette consubstantialité, on arrive en toute logique à professer lexistence de deux dieux, cest-à-dire à professer le polythéisme.

    3. A partir de Jn 8:58


    4.  

       
       
       

      Seul Dieu peut dire : " Moi je Suis ".

      Or Jésus dit " Avant quAbraham ne fût, Moi je Suis " (Jn 8:58).

      Donc...

      1. Preuve de la majeure


      2.  

         
         
         

        Dieu est LÊTRE par excellence, en lui essence et existence confondent cest-à-dire que la nature même de Dieu est dexister sans commencement ni fin (cf. S. Thomas dAquin, Somme de Théologie [S. Th.], Ia, q. 3, a. 4). Cest pourquoi, dans lAncien Testament, Dieu a révélé son nom en disant " Je Suis celui qui Suis " (Ex 3:14). Tel est aussi le sens de tétragramme YHWH dont la Bible se sert pour désigner Dieu et qui est composé des quatre lettres du verbe être en Hébreu.

      3. Preuve de la mineure

      Jésus sattribue ici les paroles mêmes de Dieu. Il le fait dailleurs à plusieurs reprises : Jn 8:24 ; Jn 8:28 ; Jn 13:19. Les juifs ont très bien saisi lallusion puisquils prennent des pierres pour lapider Jésus (Jn 8:59).

      Objection : certaines Bibles traduisent " Avant quAbraham ne fût, jétais "

      Réponse : le texte grec est formel :  on y lit " gwem ". Il sagit dune première personne du singulier, indicatif présent, voix active. On notera donc à la fois lopposition temporelle (aoriste / présent) et la différence aspectuelle (le paraître à lexistence de gnesqai / lacte même dexistence de enai). Traduire autrement serait trahir.

      Instance : la question porte sur lâge de Jésus et non sur son identité.

      Réponse : faux, les juifs lui demandent " Qui te prétends-tu ? " (Jn 8:53)
       
       

    5. En réflechissant à lessence de Dieu et à ses implications


    6.  

       
       
       

      Tout ce que Dieu a en lui-même est son essence .

      Or tout ce que possède le Père appartient au Fils.

      Donc le Père et le Fils ont même essence et même nature (cf. SG, IV, 7).

      1. Preuve de la majeure


      2.  

         
         
         

        Dieu est infiniment simple ( S. Th., Ia, q. 3, a. 7).

        Or, si lon distingue entre lessence de Dieu et ses attributs, Dieu nest plus simple. Il faut donc dire que tout ce que Dieu a il lest : " Quidquid in Deo est, Deus est " ; " Quod habet, hoc est " (S. Augustin : La cité de Dieu, 11, 10:1). Autrement dit, cela signifie que celui qui posséde tout ce que Dieu a, posséde tous ses attributs (éternité, immensité, unicité, immutabilité, simplicité)

        Donc...

      3. Preuve de la mineure

    1. A partir de He 1:6


    2.  

       
       
       

      On ne peut se prosterner que devant Dieu :  " Tu ne te prosterneras (proskunen) pas devant un autre dieu " (Ex 34:14). La raison est que lon ne rend de culte quà Dieu.

      Or le Père en personne ordonne quon se prosterne devant son Fils : " Que tous les anges se prosternent devant lui " (proskunen) (He 1:6).

      Donc...

      Objection : on se prosterne également devant les apôtres. (Ac 10:25)

      Réponse : mais cette marque dadoration est refusée comme indue : " mais Pierre le releva en disant : Relève-toi. Je ne suis quun homme " (Ac 10:26) ; même épisode dans Ap 19:10 où S. Jean se prosterne devant un ange : " Non attention, je suis serviteur comme toi. Cest Dieu que tu dois adorer (proskÚnhson) ". Par contre, Jésus ne refuse jamais une telle marque (Mt 20:20 ; Mc 1:40 ; Jn 9:38).

      Instance : on trouve dans la Bible des passages où des hommes se prosternent devant dautres hommes sans que cela signifie quils les adorent comme Dieu. (Gn 23:7 ; 42:6 ; Ex 18:7...)

      Réponse : cela est dû à la polysémie du verbe proskunen qui signifie deux choses :

      1. sincliner vers la terre pour saluer profondment une personne (cas cités dans linstance)

      2. se prosterner pour adorer Dieu (Ex 34:14)

      Or devant Jésus ces deux actions sont effectuées : " Et les vieillards sinclinèrent (rendu par pptw synonyme de proskunen sens 1) et ladorèrent (proskunen sens 2) " (Ap 5:14) ou selon une meilleure traduction qui comprend ce passage comme un hendiadyin : "Et les Vieillards se prosternèrent pour ladorer ".

    3. En réfléchissant sur le pouvoir de remettre les péchés


    4.  

       
       
       

      Seul Dieu a le pouvoir de remettre les péchés.

      Or le Christ a le pouvoir de remettre les péchés.

      Donc...

      1. Preuve de la majeure

Or par le péché cest Dieu qui est offensé.

Donc...

      1. Preuve de la mineure

" Le Fils de lhomme a sur terre le pouvoir de remettre les péchés " (Mt 9:6 et Lc 5:23).

    1. En réfléchissant sur le sens de la création


    2.  

       
       
       

      La création nappartient quà Dieu.

      Or le Christ a tout créé.

      Donc...

      1. Preuve de la majeure


      2.  

         
         
         

        La création, passage du néant à lêtre, est à lorigine et à la base de Tout ce qui est. Elle ne peut donc être que leffet dune cause première incausée. Rien par conséquent ne saurait y coopérer, fût-ce par mode dinstrument, puisque aucun être, sauf Dieu, nexiste préalablement à la création (cf. S. Th., Ia, q. 45, a. 5). La création est dailleurs attribuée à Dieu seul dans la Bible : " Cest toi Yahvé, toi seul, qui as fait les cieux, le cieux des cieux et toute leur armée, et la terre et tout ce qui la couvre. " (Ne 9:6).
         
         

      3. Preuve de la mineure

    1. En comparant des textes de lAncien et du Nouveau Testament


    2.  

       
       
       
       
       
       
       

      Passages de lAncien Testament qui sappliquent à Dieu lui-même (YHWH)

      Passages du Nouveau Testament qui sappliquent au Christ

      Alors je dis : Malheur à moi, je suis perdu (...) car mes yeux ont vu le Roi, YHWH des armées " (Is 6:5)

      " Isaïe dit ces choses lorquils vit sa gloire et quil parla de lui (= le Christ) " (Jn 12:41)

      " Une voix crie : Dans le désert préparez le chemin de YHWH, frayez la steppe, aplanissez une route pour notre Dieu " (Is 40:3)

      Passage appliqué à Jésus en Mt 3:3

      " Ainsi parle YHWH : Je suis le premier et le dernier " (Is 44:6)

      Jésus dit " Je suis le premier et le dernier " (Ap 22:13)

      " Et YHWH me dit : Jette-le au potier ce prix magnifique auquel jai été estimé par eux et je pris les trente sicles dargent et je les jetais au potier " (Za 11:13)

      Jésus est estimé à trente sicles dargent (Mt 27:3-10).

      " Ainsi parle YHWH qui a étendu les cieux et fondé la terre... : alors je répandrai sur la maison de David et sur les habitants de Jérusalem un esprit de grâce et de vérité et ils tourneront vers moi, celui quils ont percé " (Za 12:1-10)

      Jésus est celui qui est transpercé : Jn 19:37.

    3. En réfléchissant à la notion de médiateur :


    4.  

       
       
       

      Pour racheter adéquatement le péché originel il faut offrir une satisfaction équivalente à la faute.

      Or seul un Homme-Dieu peut offrir une telle satisfaction.

      Donc.... ( inspiré de S. Th. : IIIa, q.1 , a. 2, ad 3)
       
       

      1. Preuve de la mineure :

      Le péché contre Dieu comporte une certaine infinité en raison de linfinie majesté divine : loffense est dautant plus grave que loffensé occupe un rang le plus haut.

      Or seul un Homme-Dieu est capable dêtre médiateur pour une telle faute : aucune créature ne peut restituer à égalité de proportion mais le Christ en tant quHomme représente le genre humain et en tant que Dieu donne à son acte une valeur infinie. Verbe incarné il est le seul à pouvoir accomplir une action qui soit à la fois pleinement humaine tout en ayant une valeur infinie : la mort du Christ a une portée infinie car elle est celle dune personne divine et loffrande de sa mort, acte pleinement volontaire et pleinement humain est lacte de Dieu lui-même.

      Donc...

      Objection : puisque cest par la transgression dun seul homme, Adam, qui a plongé la race humaine dans limperfection, le sang dun autre homme parfait, ayant une valeur correspondante, un second Adam, satisfait aux exigences de la justice divine : ce qui a été perdu étant la vie dun homme parfait, il suffit doffrir une vie dun autre homme parfait pour restituer à égalité.

      Réponse : la restitution selon la justice particulière ne suffit pas, il faut encore restituer selon la justice générale. Si quelquun a volé un million de francs, il ne doit pas uniquement restituer le million de francs. Par le vol du million de francs, le bien commun de la Cité a été lésé car la concorde et la sécurité ont été perturbés. Le voleur doit encore purger une peine (par ex : la prison) qui moins pour but de lempêcher de nuire ou de le convertir que de restituer au bien commun ce qui a été enlevé (S. Th., IIa-IIae, q. 62, a. 3) De façon analogique, " le péché est un acte désordonné ; il est manifeste que celui qui pèche, agit contre un ordre. Et cest pourquoi il convient quil soit rabaissé par cet ordre même. Cette déchéance est appelé la peine " (S. Th., Ia-IIae, q. 87, a. 1). Or le péché originel a bouleversé de façon irréparable lordre de la justice primitive : en refusant sa subordination à Dieu principe suprême de lunivers Adam a mérité la mort (Rom 6:23). Par conséquent, en raison de linfinité de ce péché, le bien commun de lunivers, qui est Dieu, exige, si lon veut racheter le péché à proportion, un acte infini.

    5. A partir de Jn 10:30


    6.  

       
       
       

      " Moi et le Père, nous sommes un " (Jn 10:30)

      Ce passage affirme lunité de nature entre le Père et le Fils.

      Objection : S. Paul écrit : " Moi jai planté, Apollos a arrosé, (...) celui qui plante et celui qui arrose sont un " (1 Co 3:6-8). S. Paul ne veut pas dire quAppolos et lui étaient deux personnes en une mais quils étaient un dans le même dessein. De même en Jn 17:21-22, le Christ prie pour ses disciples " soient un ". Lunité affirmée nest donc pas une unité de nature mais de pensée et de dessein.

      Réponse : Il faut tout dabord noter une grosse confusion dans lexposition du mystère de la Trinité : celui-ci naffirme pas que trois personnes forment une seule personne mais que trois personnes partagent la même substance. Par ailleurs, si lon veut esquisser une comparaison entre Jn 10:30 et 1 Co 3:6-8 et Jn 17:21, il faut la pousser jusquau bout, en comparant ce qui est comparable et en établissant des différences. Dans les cas cités en objection nous avons à faire à un tout moral cest-à-dire à une unité dont les parties, actuellement distinctes et séparées, sont unies par le lien moral dune même fin (cf. une nation, une armée, une école). Est-ce le cas pour Jn 10:30 ? Seul le contexte permet de répondre à cette question. Or, daprès le contexte, lunité affirmée est bien dordre métaphysique, essentiel et non accidentel : Jésus en effet est interrogé sur sa nature (Jn 10:24) et la réponse quil fait est assimilée à un blasphème car on prend des pierres pour le lapider (Jn 10:31). Les juifs comprennent cette parole au sens strict qui dun autre ordre que lunité morale car elle implique la divinité du Christ : " toi qui es un homme, tu te fais Dieu " (Jn 10:33). Enfin le Christ, après avoir répondu aux juifs par un argument a fortiori de type rabinique (Jn 10:34-38), affirme de nouveau sa divinité : " le Père est en moi et moi dans le Père " (Jn 10:38). Tout le passage est donc une triple affirmation de la divinité du Christ : son unité de nature (Jn 10:30) ; sa filiation naturelle (Jn 10:36) et une co-existence du Père dans le Fils et du Fils dans le Père (Jn 10:38).

    7. En réfléchissant à la notion de Sauveur


    8.  

       
       
       

      En Isaïe 43:11 Dieu déclare " En dehors de moi, il ny a pas de sauveur ". De même, il avait été prohétisé que cest Dieu qui devait venir sauver lhumanité " Lui-même vient et vous sauvera " (Is 45:6)

      Or, dans le Nouveau Testament, cest le Christ qui est Sauveur (Lc 2:21).

      Donc...

    9. La divinité de Jésus est expressément enseignée en divers endroits du Nouveau Testament.

      1. Jn 1:1

" Au commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le Verbe était Dieu " (Jn 1:1).

Objection : il ny a pas darticle devant qeÒj . Il faut donc traduire " et le Verbe était un dieu "

Réponse :

Instance n° 1 : il est dit au verset 1 et 2 " Le Verbe était avec Dieu ". Comment être avec Dieu et être Dieu ? Peut-on être avec une personne et être cette personne ?

Réponse : cest là toute la Trinité qui est affirmée : unité de nature et distinction de Personnes : le Verbe est avec Dieu (= le Père), il nest pas le Père mais est Dieu (le Fils). On est donc bien avec une personne (le Père), sans être cette personne car il y a trois personnes en Dieu.

Instance n° 2 : il possible de considérer que Jésus est un dieu au sens où lentend le Ps 82:6 où les juges sont qualifiés de " dieux ".

Réponse : il sagit dune titulaire officielle appliquée aux grands, aux princes, aux anges et même au diable (2 Co 4:4) Pour comprendre la nature de cette titulature, il faut la comparer avec dautres lieux parallèles où les mêmes êtres sont désignés. Ainsi, dans dautres versets, ces êtres sont qualifiés de fils de Dieu (Ps 89:7 ; Ps 29:1 et aussi Jb 1:6 ; Gn 6:1-4). Or nous lavons vu {3.1.2}, le Christ est Fils de Dieu dans un sens propre, unique et incomparable. Par conséquent, pour garder au texte biblique sa logique, de même quon ne peut pas comparer le filiation du Christ aux autres filiations, de même on ne peut comprendre que Jésus est un dieu au dans le sens du Ps 82.
 
 

      1. Tt 2:13


      2.  

         
         
         

        " en attendant la bienheureuse espérance et la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, le Christ Jésus " (Tt 2:13).

        Objection : il faudrait lire " de notre grand Dieu et du Sauveur Jésus ".

        Réponse : dans le texte grec, larticle se trouve devant " grand Dieu " ; il nest pas répété devant " Sauveur ". " Sauveur " et " grand Dieu " dépendent grammaticalement, comme dans la traduction française, du même article. Ces deux mots désignent donc bien la même personne. Pour prendre un exemple tiré dune même épître, on trouve la même construction grammaticale en 2 P 1:1 " Par la justice de notre Dieu et Sauveur Jésus Christ " où là aussi la divinité est enseignée et dans 2 P 1:11 " Dans le royaume éternel de notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ ". Question : alors quaucune Bible, pas même celle des TDJ, néprouve le besoin dajouter un article devant 2 P 1:11, pourquoi faudrait-il en ajouter un -qui ne se trouve pas le texte grec- dans 2 P 1:1 et Tt 2:13 ? Nous sommes bien dans le trois cas dans la même construction grammaticale. Enfin cette leçon sharmonise bien avec les nombreux passages de lAncien Testament qui désignent YHWH comme Sauveur " De Dieu sauveur, il ny a pas dautre que moi " (Is 45:21).
         
         

      3. Rm 9:5


      4.  

         
         
         

        " Le Christ, qui est au-dessus de toute chose, Dieu béni éternellement " (Rm 9:5).

        Objection : il faudrait lire une doxologie du type : " Dieu soit béni éternellement. "

        Réponse :

        " Cette opinion ne tient ni quant à la langue, ni quant au fond. Quant à la langue, elle exigerait un arrêt dans la ponctuation, soit devant ho on, soit avant Theos. (...) Or les doxologies de Paul se rattachent toujours à ce qui les précède. (...) Paul qui a dit du Christ isa theo (Ph 2:6) et qui le regarde comme objet du culte des fidèles, a très pu le dire de Dieu ; et puisque cest le sens grammatical de la phrase, il ny a pas à hésiter. (...) La tradition ancienne a donc vu avec raison dans ce verset laffirmation par Paul de la divinité du Christ (cf. Durand, 1.1.). On citera ici le témoignage de Tertullien (Prax. 15) :  christum autem et ipse cognominiavit, quorum patres, et ex quibus christus secundum carnem qui est super omnia deus benidictus in aevum ".

      5. I Jn 5:20


      6.  

         
         
         

        " Et nous sommes dans le Véritable en son Fils Jésus Christ, cest lui qui est le Dieu véritable et la vie éternelle " (1 Jn 5:20).

        Objection : il faudrait lire : " Et nous sommes dans le véritable avec son Fils Jésus Christ. Cest là le vrai Dieu... "

        Réponse :

        Le pronom démonstratif oátoj se rapporte immédiatement à ce qui précède.

        Or ce qui précède (lantécédent) est 'Ihsoà.

        Donc...

        De plus la traduction proposée tourne à la tautologie car le Véritable a déjà été évoqué. On ne voit pas très bien pourquoi S. Jean dirait que le " Véritable (...) cest lui le Dieu Véritable " (?).

      7. Jn 20:28


      8.  

         
         
         

        Thomas dit en sadressant au Christ après sa Résurrection  :  " Mon Seigneur et mon Dieu " (Jn 20:28).

      9. Ac 20:28


      10.  

         
         
         

        Le sacrifice par lequel le Christ a versé son sang est le sacrifice de Dieu lui-même " soyez les bergers de lEglise de Dieu quil sest acquise par son propre sang ". Il est indu de traduire ici, comme le font certaines traductions, " par le sang de son propre fils " : le mot fils [uÒj] ne se trouve pas dans les manuscrits. Certes, nous savons par ailleurs (1 Jn 1:7) que nous avons été rachetés par le sang du Fils de Dieu, mais il est affirmé ici que ce sang est aussi le sang de Dieu ; par conséquent le Fils de Dieu est Dieu. Cette interprétation est la plus naturelle et la seule qui ne trahit pas le sens de lEcriture en rajoutant des mots qui ny sont manifestement pas.

      11. Ph 2:6

" Lui qui est de condition divine, il na pas considéré comme une usurpation dêtre égal à Dieu " (Ph 2:6)

Objection : on lit dans certaines Bibles " na pas songé à une usurpation à savoir pour être égal à Dieu. " ce qui signifie exactement le contraire :  il na pas voulu usurper le rang de Dieu .

Réponse : outre le fait que la traduction proposée est du véritable petit négre, elle ne respecte pas la construction naturelle de la phrase.

Voici le texte grec : oÙc ¡rpagmÕn ¹g"sato tÕ enai sa qeó

¡rpagmÕn : une usurpation

tÕ enai sa qeó : infinitif substantivé : le fait dêtre égal à Dieu.

OÙc ¹g"sato : verbe : il na pas considéré

Construction :

OÙc ¹g"sato se construit avec deux accusatifs, cest le cas typique de la construction avec lattribut du c.o.d quon trouve après les verbes signifiant nommer (je te nomme Pierre), désigner (ils lont désigné président), regarder pour.... Cest le cas d¹gomai. Voici un exemple emprunté dHérodote : t¾n megsthn damona ¿ghntai enai : quils considèrent comme la plus grande divinité. Le sens de Ph 2:6 est donc bien "  il na pas considéré comme une usurpation le fait dêtre égal à Dieu ".

Instance : au verset 5, S. Paul conseille aux chrétiens dimiter le Christ sur lattitude en question. Peut-on penser que pour eux ce ne serait pas une usurpation mais un droit dêtre égal à Dieu ? En revanche ils pouvaient imiter quelquun qui na pas voulu usurper le rang de Dieu.

Réponse : limitation que conseille S. Paul ne concerne pas le v. 6 mais tout le passage qui montre lobéissance de Jésus face au Père et son humilité ; cest pourquoi S. Paul après avoir exposé lexemple du Christ, en tire une leçon de soumission : " De la même façon, vous qui avez été toujours obéissants, soyez-le non seulement en ma présence, mais bien plus en mon absence. "

  1. Réponses aux objections :

    1. Réponse à lobjection n°1


    2.  

       
       
       

      Il faut distinguer entre les deux natures de Jésus. Jésus est à la fois vrai Dieu et vrai homme. Cest pourquoi en tant que Dieu Jésus est égal au Père et en tant quhomme il lui est inférieur.

      En prenant la nature humaine, le Christ sest abaissé et est devenu en quelque sorte inférieur à lui même : " il s est dépouillé lui même en prenant forme desclave, devenant semblable aux hommes " (Ph 2:7).

      Par conséquent, le texte invoqué par lobjectant n°1 ne pose pas de problèmes car il concerne la nature humaine de Jésus.

      Un schéma permet de mieux comprendre les conséquences de lIncarnation (ce schéma peut aussi servir mutatis mutandis à répondre aux objections 1.4 et 1.6).
       
       


      Le Fils de Dieu Incarné

      a deux natures

      il est vrai Dieu il est vrai homme

      donc ET donc

      égal au père inférieur au père
       
       
       
       

    3. Solutions envisagées pour expliquer lignorance du Christ


    4.  

       
       
       
       
       

      1. Solution des pères grecs


      2.  

         
         
         

        Comme les Pères grecs (saints Athanase, Grégoire de Naziance, Cyrille dAlexandrie) et certains thomistes modernes, on admet que le Christ ignorait le jour du jugement. Dans ce cas on attribue lignorance à lhumanité du Christ.

        Cependant, cette solution semble ne pouvoir être admise en raison de la condamnation du Saint-Office concernant ceux qui affirment que la science humaine du Christ est limitée sur certains points (DS 3646-3647). Par ailleurs la Sainte Ecriture affirme bien lomniscience du Christ : " Maintenant, nous savons que tu sais toutes choses " (Jn 16:30) ; " Il lui répondit : Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je taime " (Jn 21:17)
         
         

      3. Solution proposée par S. Thomas

      Cette solution est celle de lignorance économique (fondée sur lokonomaQeoà cest-à-dire les dispositions divines concernant le Salut) selon laquelle le Christ, bien que connaissant le jour du jugement navait pas à le faire connaître aux hommes.

      " Arius et Eunomius ont appliqué ce texte non pas à lâme du Christ, dont ils nadmettaient pas lexistence, mais à la connaissance du Fils, prétendant quil était sous ce rapport inférieur au Père. Cette doctrine est inadmissible car par le " Verbe toutes choses ont été faites ", dit S. Jean (1:3), et parmi elles également tous les temps. Or, rien na été fait part le Verbe qui fût ignoré par lui.

      On doit donc dire que, dans ce cas, ignorer le jour et lheure du jugement signifie ne pas le faire connaître. Interrogé en effet à ce sujet par ses apôtres, le Christ na rien voulu lui révélé. Cest ainsi quen sens contraire nous lisons dans la Genèse (22:12)  " maintenant jai connu que tu crains Dieu ", ce qui signifie :  jai fait connaître que tu crains Dieu. On dit que le Père connaît le jour du jugement, parce quil communique cette connaissance au Fils. Dès lors cette expression :  " si ce nest le Père ", signifie précisément que le Fils connaît le jour du jugement, non seulement selon sa nature divine, même selon sa nature humaine. Comme le montre en effet S. Jean Chrysostome, " sil a été donné au Christ homme de savoir de quelle manière il devait juger, à plus forte raison devait-il connaître lépoque du jugement qui une chose moins importante ".

      Origène, il est vrai, entend ce texte du corps du Christ, qui est lEglise et qui ignore cette époque. Dautres enfin disent quil faut lentendre du fils adoptif de Dieu et non de son Fils par nature " (S. Th., IIIa, q. 10, a. 2, ad 1).
       
       

    5. Réponse lobjection n°3

Le syllogisme de lobjection n°3 pose deux problèmes distincts.

A) La majeure pose le problème de la procession et de la génération (désignée par lobjection sous le terme " naissance ").

Comment une telle procession est-elle possible en Dieu  ? Comment peut-elle être éternelle ? Cest là tout le problème de la Trinité. Sans entrer dans des considérations métaphysiques qui nous mèneraient trop loin, il faut bien constater que cest là lenseignement formel de la Sainte Ecriture.
 
 

B) La mineure pose le problème de la signification du terme " premier-né " (prwtotÒkoj).

Celui-ci ne signifie pas forcément né le premier. Il peut signifier une certaine prééminence et excellence comme lexplique Feuillet. Cest ainsi quau sein dune fratrie, David, qui bien quétant le plus jeune fils dIsaïe, est appelé " premier-né " à cause de sa position prééminente dans la nation élue (Ps 89:27). Il signifie donc que dans son humanité le Christ a la prééminence sur toute la création. En effet, lIncarnation a placé la nature humaine du Christ à la tête non seulement de toute la race humaine, mais encore de tout lunivers créé.

Voici lexégèse que fait S. Athanase de ce passage :

" Le Christ est le Fils unique dans un sens absolu, en tant quil est engendré du Père ; mais il est premier né en un sens relatif en tant quil sest agrégé des frères ayant pris une chair semblable à la nôtre ". (Oratio II contra Arianos, § 62  ; PG XXVI, 277 sq.).

    1. Réponse à lobjection n°4


    2.  

       
       
       

      Le Christ, avons-nous dit, a assumé la nature humaine. Or la nature humaine, parce quelle est celle d un animal raisonnable, comprend lintelligence et la volonté. Le Christ possédait donc deux volontés :  la volonté divine due à sa nature divine et la volonté humaine conséquence de sa nature humaine (cf. S. Th., IIIa, q. 18, a.1).

      Par ailleurs, on distingue, dans la volonté humaine, la volonté sensible et la volonté rationnelle (et donc proprement humaine), car il y a inclus dans la nature humaine, assumée par le Christ, la perfection de la nature animale. Si la volonté sensible peut vouloir autre chose que ce Dieu veut, la volonté de raison reste soumise à Dieu. Cest le sens de la parole de Jésus invoquée par lobjectant :  la volonté de raison voulait ce que Dieu voulait, tandis que sa volonté sensible répugnait à la souffrance, de même quun malade qui répugne à prendre une potion amère finit par la boire afin de guérir (Ibid., a. 5) (cf. le schéma du 4.1.).
       
       

    3. Réponse à lobjection n°5


    4.  

       
       
       

      Si Satan a tenté le Christ cest parce quil nétait pas sûr que le Christ fût Dieu. Il pensait donc quil pouvait peut-être pécher.

      " Selon S. Augustin, " les démons ont connu le Christ dans la mesure où il la voulu, non par le fait quil est la vie éternelle, mais par certains effets temporels de sa puissance " qui leur faisaient plus ou moins conjecturer quil était le Fils de Dieu. Mais dautre part, voyant en lui des signes de la faiblesse humaine, ils nen étaient pas sûrs. Et cest pourquoi le démon a voulu le tenter. S. Matthieu (4:2) le signale en disant :  " Quand il eut faim, le tentateur sapprocha de lui ". En effet, dit S. Hilaire, " le diable naurait pas osé tenter le Christ, sil navait connu la faiblesse de la faim ". Et cela se voit bien à la manière dont le démon la tenté en disant :  " Si tu es le Fils de Dieu... ". Ce que S. Ambroise explique ainsi :  " Que signifie cette entrée en matière, sinon quil savait que le Fils de Dieu viendrait, mais sans se douter quil viendrait dans la faiblesse du corps humain  ? " (S. Th., IIIa, q. 41, a. 1).
       
       

    5. Réponse à lobjection n°6


    6.  

       
       
       

      Le Christ en tant quhomme était soumis à Dieu de trois façons comme lexplique St. Thomas :

      " (...) la nature humaine, par sa condition même, est soumise à Dieu de trois manières.

      1. Sous la rapport de la bonté par essence, comme le montre Denys, la nature humaine ne possède quune certaine participation de la bonté divine, et se trouve soumise, pour ainsi dire rayonnement de cette bonté.

      2. La nature humaine est soumise à Dieu en raison de la puissance de Dieu, parce que, comme toute créature, elle obéit à lactivité réglée par lui.

      3. Sous le rapport de son acte propre, en tant que la nature humaine doit une obéissance volontaire aux préceptes divins.

      Cette triple soumission, le Christ la confesse à légard de son Père. En ce qui concerne la première, nous lisons (Mt 19:17) : " pourquoi minterroges-tu sur ce qui est bon ? Dieu seul est bon. S. Jérôme explique : " parce que le jeune homme lavait appelé bon Maître, et ne le lavait pas proclamé Dieu ou Fils de Dieu, Jésus répond que, malgré sa sainteté humaine, et en comparaison avec Dieu, il nest pas bon ". Et puisque, selon S. Augustin, " en ces matières qui ne révèlent pas de la quantité matérielle, plus grand est synonyme de meilleur ", pour cette raison on dit que le Père est plus grand que le Christ selon sa nature humaine.

      La deuxième soumission est encore attribuée au Christ en tant que tous les faits se rapportant à son humanité ont été lobjet dune disposition providentielle de Dieu. Cest pourquoi Denys affirme que " le Christ est soumis aux ordres de son Père ". Et cest la soumission de servitude selon laquelle toute créature sert Dieu, en se soumettant, selon cette parole (Sg 16:24) : " la création est à ton service, à toi son Créateur ". Cest en ce sens encore quil est écrit aux Philippiens (2:7)  :  le Fils de Dieu " a pris forme de serviteur ".

      Enfin, la troisième soumission, le Christ se lattribue à lui-même quand il dit (Jn 8:29) :  " Tout ce quil lui plaît, je le fais toujours ". De là cette parole aux Philippiens (2:8) : " il sest fait obéissant jusquà la mort " (S. Th. , IIIa,, q. 20, a. 1) (cf. aussi le schéma du 4.1).
       
       

    7. Réponse à lobjection n°7


    8.  

       
       
       

      Il est absurde que prétendre que trois font un sous le même rapport car cela va à lencontre du principe de contradiction. Par exemple, il est absurde de dire que trois personnes nen sont quune ou que trois dieux nen forment quun. Mais ce nest pas le cas de la Trinité. En effet, la Trinité et lunité ne sont pas considérées sous le MÊME RAPPORT  :  la Trinité affecte les personnes et lunité la nature.
       
       

    9. Réponse à lobjection n°8


    10.  

       
       
       

      Le terme filiation désigne la génération dun être. On lemploie de manière analogique pour désigner la relation qui unit la première personne de la Trinité avec la seconde. Chez la créature, la génération seffectue dans le temps pour la créature et dans léternité pour Dieu. Cest pourquoi, la majeure du syllogisme de lobjection n° 8 nest vraie que pour les créatures. On ne peut donc lappliquer à Dieu.
       
       

    11. Réponse à lobjection n°9


    12.  

       
       
       

      Lobjection n° 9 est intéressante, car cest un exemple type du sophisme :  un raisonnement qui paraît juste mais qui pèche et arrive, de ce fait, à des conclusions aberrantes. Dans le cas qui nous occupe, la majeure et la mineure sont vraies, mais le syllogisme est faux, car il est mal construit. En effet, un syllogisme doit, pour être correct, comporter au moins un terme universel. Or dans lobjection n° 9, les termes de la majeure et la mineure sont tous les deux singuliers. Le syllogisme étant vicieux, il faut donc en refuser la conclusion.

      Pour mieux comprendre ce qui vient dêtre dit, voici un syllogisme construit sur le même mode illégitime :

      Le dollar est une monnaie.

      Or le franc nest pas le dollar.

      Donc le franc nest pas une monnaie.
       
       

    13. Réponse à lobjection n°10


    14.  

       
       
       

      Pour comprendre ce passage, il faut éviter de lisoler. Voici le verset dans son intégralité " Nul na jamais vu Dieu, Dieu le Fils unique qui est tourné vers le sein du Père, lui la dévoilé ". Ce verset se situe dans un contexte où il est question de lIncarnation : " le Verbe sest fait chair et il a habité parmi nous " (Jn 1:14) : 4 versets plus haut. Enfin, il comparer à dautres passages de S. Jean :

      " Nul na jamais vu le Père. " (Jn 6:46)

      " Nul na jamais contemplé (teqatai) Dieu. " (1 Jn 4:18)

      Commentaire :

      - ce passage affirme bien la divinité du Christ qualifié ici de " Dieu, Fils unique ".

      - il sagit moins dune vision avec les yeux de la chair que dune contemplation cest-à-dire dun acte par lequel nous saisissons lessence divine directement et nous nous en imprégnons.

      - cette contemplation concerne le Père qui est pur esprit et non le Fils qui est incarné.

      - par contre grâce au Fils, le Père a été dévoilé, montré (™xhgesqai).

      Conclusion :

      - le sens du passage est donc le suivant, si lon se permet de le paraphraser : nul na jamais vu [= contempler : voir directement] Dieu [le Père], mais le Fils unique, qui est Dieu, la dévoilé [nous la fait voir indirectement]. Autrement dit, par lIncarnation du Fils, nous avons pu voir dune certaine façon le Père. A ceux qui trouveraient cette paraphrase forcée, nous répondrons que cest lenseignement de la Sainte Ecriture : " qui [l] a vu, a vu le Père " (Jn 10:14) car il est " limage du Dieu invisible " (Col 1:15).

      - par conséquent on dira, en vertu de la communication des idiomes, que les apôtres ont vu Dieu [le Fils]et à travers son image connu Dieu [le Père].

    15. Réponse à lobjection n°11


    16.  

       
       
       

      La mineure est une mauvaise traduction. Il est vrai que ¢rc" signifie commencement mais ce nest pas son seul sens ; il signifie de façon tout aussi fréquente origine ou principe. Cest ce sens quil convient de retenir car par le Verbe qui est " tête " (Col 1:18), " chef " (1 Co 11:3), " tout a été fait " (Jn 1:3). On voit mal en effet comment celui qui existait déjà au commencement de la création (Jn 1:1) pourrait être le commencement de cette création.

    17. Réponse à lobjection n°12

Cette objection est une reprise de lobjection n° 8. En fait le passage ne nie pas la divinité du Christ à condition de le comprendre correctement. Si le Père est qualifié de seul Dieu, cest pour le différencier du Christ ; cest pour cette raison que S. Paul désigne toujours le Père parÐ qeÒj de façon absolue. Mais le Christ est désigné ici comme " lunique  Seigneur " qui est la traduction grecque de YHWH et S. Paul lui attribue la création qui, on la vu (3.7), est une prérogative divine. Redisons-le enfin une bonne fois pour toutes, ce nest pas parce que Jésus est un être distinct du père que cela lempêche dêtre Dieu. Cest la définition même de la Trinité : trois personnes égales et distinctes qui partagent la même subsistance dans une unique substance. Sans doute, cela est-il difficile à comprendre mais cela nest pas absurde.
 
 
 
 
 
 

Bibliographie

Bailly Anatole,