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Théologie
Mariologie

 

Marie, Mère du Dieu Rédempteur.

 

 notes par l'abbé P-H Gouy

 

Sources.

Sum.Theol.IIIa,q.27-30; Commentaire: l’Immaculée Conception, Marie pleine de Grâce, l’Assomption.

DTC: IX, 2339-2433: Maternité divine, Médiatrice, dons.

VII, 845-1218: Immaculée Conception.

I, 2127: Assomption.

Bartmann, P.456., 1944

Garrigou-Lagrange, La Mère du Sauveur et notre vie intérieure, 1948

P. J. H. Nicolas, synthèse dogmatique, 1985.

Journet, l'Église du Verbe Incarnée, 1962, Marie et l'Église p. 652 à 757.

Mura, le corps mystique du Christ, 1936, Marie, cœur du Christ mystique, p. 278.

Rouët de Journel, textes ascétiques des pères de l'Église. 1947.

Rouët de Journel, Enchiridion Patristicum, 1922.

Introduction.

"  En écrivant ce traité, nous avons constaté, pour plusieurs des plus belles thèses, que assez souvent le théologien, dans une première période de sa vie, y est incliné par un sentiment de piété et d’admiration; dans une seconde période, se rendant compte de certaines difficultés et des doutes de quelques auteurs, il est moins affirmatif. Dans une troisième période, s’il a le loisir d’approfondir ces thèses au double point de vue positif et spéculatif, il revient à sa première affirmation, non plus seulement par un sentiment de piété et d’admiration, mais en connaissance de cause, en se rendant compte, par les témoignages de la Tradition et l’élévation des raisons théologiques généralement alléguées, que les choses divines et particulièrement les grâces de Marie sont plus riches qu’on ne le pense; alors, le théologien affirme non plus seulement parce que c’est beau et assez généralement admis, mais parce que c’est vrai ".

[Garrigou-Lagrange, La Mère du Sauveur et notre vie intérieure, 1948]

C’est la grâce que je lui souhaite. . .

Il faut lutter spécialement dans ce traité contre un esprit matérialiste, rationaliste ou protestant qui minimise en tout notre foi, au lieu de reconnaître que les dons surnaturels de Dieu dépassent toutes nos conceptions.

" Les dons de Dieu sont plus riches qu’il ne paraît, et il ne faut pas les limites sans de justes raison ".

[Garrigou-Lagrange, La Mère du Sauveur]
 
 

Sommaire.

I. Introduction: Évolution de la Doctrine des Mystères de Marie. *

 

I. Marie dans l’Écriture Sainte: *

II. De Saint-Jean jusqu’au Concile d’Ephèse (431). *

III. D’Éphèse jusqu’à la Réforme grégorienne (1050). *

IV. De la Réforme grégorienne jusqu’à la fin du Concile de Trente (1562). *

V. De la fin du Concile de Trente jusqu’au 18ème siècle. *

VI. Aux 19ème & 20ème siècle. *

II° partie : Marie, Mère de Dieu. *

II. 1. L’éminente dignité de la Maternité divine. *

II. 2. La prédestination de Marie. *

II.2.1 L’éminente prédestination de Marie. *

II.2.2 La gratuité de la prédestination de Marie. *

III. I. Le mystère fondamental de Marie ou sa maternité divine. *

La relation de maternité. *

II. II. Les privilèges de la maternité divine. *

II. II. I. La sanctification de Marie: *

1) L’’Immaculée Conception de Marie. *

II. II. 2. Les conséquences du privilège de l’Immaculée Conception. *

L’annonciation. *

La Visitation. *

Les dons intellectuels et les principales vertus de Marie. *

II. II. II. La Virginité de la Mère du Christ. *

La Virginité avant la Naissance : *

La Virginité lors de la Naissance: *

La Virginité après la Naissance: *

II. II. III. L’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie. *

La Vierge au ciel. *

III° partie : Marie, Mère du Sauveur. *

III.1. Marie, mère des hommes. *

Marie corédemptrice. *

II. III. II. Marie, médiatrice des grâces. *

Les mérites de Marie. *

La satisfaction de Marie pour nous. *

II. III. III. Marie, reine du monde. *

II. III. IV. Le culte de la Bienheureuse Vierge Marie. *

Corollaire: Saint Joseph. *
 
 


 
 

I. Introduction: Évolution de la Doctrine des Mystères de Marie.

La vérité en elle-même, ontologique, n’évolue pas mais c’est notre connaissance (la vérité logique) qui se perfectionne: évolution quantitative & qualitative. On parle d’évolution historique de la doctrine.

( + et Mieux ).

I. Marie dans l’Écriture Sainte:

Marie est toujours présente au début de l’Église dans la Sainte Écriture, mais elle n’est pas directement en jeu. Pour beaucoup de sacrements, elle est sûrement intervenue pour expliciter la doctrine de son Fils.

1) Gal IV, 4: Premier témoignage.

La femme = Marie. C’est le grand privilège de Marie: elle est mère du Christ.: Maternitas Filii Dei secundum naturam humanam.

C’est de ce premier privilège que découlent les autres.

Le Christ descend de David par Marie.

2) Mc III, 31-35 & Mc VI, 3.

Le Christ parle de la Sainte Vierge, sans la nommer explicitement par son nom. Ici, le Christ ne nie pas sa mère, mais il veut signifier qu’il y a une chose plus grande que la filiation physique, naturelle, qui est la filiation spirituelle, surnaturelle.

Les pharisiens se scandalisent de l’origine humaine de Jésus. Il n’ont pas vu la maternité divine de Marie, mais seulement sa maternité humaine.

3) Mt I.

Sa naissance. Marie se trouva enceinte par le fait du Saint-Esprit.

L’ange à Joseph: ne crains pas de prendre Marie pour épouse, car l’enfant qu’elle attend est du Saint--Esprit.

Le texte d’Is.VII, 14, est à mettre en parallèle avec Mt.I: Texte messianique. (Hébreux: " jeune fille non mariée "; Septante: " La Vierge ").
 
 

4) Lc I, 26-38: L’Annonciation.

Saint Luc nous donne la généalogie du Christ dans son Chap.III. Texte très important: Mathieu présentait l’enfance du point de vue de Joseph; Luc se place du point de vue de Marie.

Marie n’est pas troublée par l’apparition de l’ange, mais plutôt de la façon selon laquelle sera conçu l’Enfant. Or, il s’agit bien d’une origine humaine: Tu concevras et enfanteras un fils, toi, Marie.

Annonciation de David par Nathan in II Sam. VII, 12-27: promesse de la présence de Dieu. Celle-ci se réalise pleinement avec l’Annonciation de Christ. En effet, ce qui est dit de David peut être pleinement appliqué à Jésus et Marie. L’antique promesse de Dieu se réalise d’abord en David puis dans le Christ.

Marie ne connaissait pas d’homme. Elle est vierge et a la volonté de le RESTER sinon elle aurait demandé à l’ange: " Quel homme dois-je prendre comme époux? ". Ce fait indique l’origine DIVINE du Christ qui va naître d’une vierge. Cette naissance miraculeuse prouve l’origine divine.

5) Le sentiment (affectus interiores) de la Vierge chez Lc II.

La vie intérieure de Marie est plus décrite par Saint Luc que les autres évangélistes.

Marie a donc une âme contemplative.

Dans le Magnificat: Foi,

Humilité,

Obéissance,

Action de Grâce.

De même, nous devons mettre ces 4 attitudes dans notre prière.

La Foi de Marie, c’est la même que la notre; pour elle aussi, il y a des zones d’ombre: " Mêmes eux ne comprirent pas la parole qu’il venait de leur dire. " (Lc.II, 50)

Marie est Bienheureuse parce qu’elle a cru. Source de la Béatitude: la Foi.

La compassion de la Sainte Vierge avec son fils: Lc.II, 35: " Un glaive de douleur te transpercera le cœur  " dira le Vieillard Siméon.

6) Jn II, 1-11 & Jn XIX, 25-27.

Marie n’avait pas souffert de la Naissance du Christ, mais seulement lors de sa Passion.

Is.LX, > Jérusalem est désignée sous le nom d’EPOUSE.

7) Apo XII, 1-6.

II. De Saint-Jean jusqu’au Concile d’Ephèse (431).

1. De Saint Justin à Saint Irénée:

Un parallèle est établi entre MARIE et EVE par Saint Justin et Saint Irénée. (Mutans Evae nomen). Eve a désobéi et a mérité la mort; Marie a obéi et a mérité le salut et la vie.

2. Foi en la virginité perpétuelle:

Tertullien nie la Virginité perpétuelle de Marie car il y voit un danger de manichéisme qui considère la conception et la naissance comme quelque chose de peccamineux.
 
 

3. Virginitas in partu:

Saint Jérôme, Saint Ambroise, Saint Augustin différent de la position de Tertullien à propos de la Virginité perpétuelle de Marie. Saint Jérôme a douté de la virginité ‘in partu’.

4. La Sainteté de Marie

L’objet de la discussion :la Sainteté de Marie: Certains Pères (Saint Basile, Saint Grég. de Naz., Saint Jean Chrysostome) ont trouvé une connexion entre la Sainteté et la virginité de Marie. D’autres ont voulu affirmer la Sainteté du Christ sur celle de Marie. (Seul le Christ est sans péché, donc, la Vierge avait au moins le péché originel. Saint Ambroise. Saint Augustin.

Mais depuis Éphèse: la Sainteté de Marie est affirmée. Saint Ambroise et Saint Augustin apportent des éléments essentiels pour une juste réponse.

5. Marie, Mère de Dieu:

- Nestorius n’acceptait pas ce nom de " Marie, mère de Dieu ". (Theotokos).

- A Éphèse: Saint Cyrille d’Alexandrie établit le Dogme de " Marie, Mère de Dieu. "

-Pour Saint Augustin, Marie est sainte, mais c’est la conséquence de la volonté de Dieu. Pour lui, la Vierge n’est pas née sans la tache du péché originel, donc elle n’a pas pu concevoir sans péché; elle n’est pas immaculée.

6. Absence du péché originel:

Saint Augustin concède à Pélage que Marie est Sainte: il l’attribue non au libre-arbitre mais à la Grâce.

Contre Julien d’Eclane, il affirme la loi universelle du péché originel: conséquence : elle s’étend jusqu’à la Sainte Vierge: il n’y a donc pas d’Immaculée Conception pour lui. Sa position influencera beaucoup Saint Thomas d’Aquin.

III. D’Éphèse jusqu’à la Réforme grégorienne (1050).

Vers 1050, c’est l’époque de l’introduction de nouvelles fêtes mariales.

En Orient:

- > Sainteté de Marie >

- > Médiatrice de la Grâce > Ceci ne posait pas de problème en Orient.

- > Assomption de Marie >

En Occident:

A cause de Saint Augustin, les Latins ont du mal à accepter l’Immaculée Conception de Marie.

De même pour Saint Jérôme quant à l’Assomption. Difficultés que l’Orient ignore.

IV. De la Réforme grégorienne jusqu’à la fin du Concile de Trente (1562).

En Orient, l'Immaculée Conception ne pose pas de problèmes. Une fête est même instituée et introduite dans la liturgie avec un objet cependant indéterminé (Gaule, puis Normandie).

En Angleterre, cette même fête est introduite.

Saint Bernard (bien qu’il nia l'Immaculée Conception comme Saint Thomas; mais malgré ces théologiens, la piété publique affirme de plus en plus l'Immaculée Conception ) veut propager de plus en plus le culte de la Sainte Vierge. De même Saint Anselme.

Une œuvre attribuée à Saint Augustin confirme la foi en l’Assomption.

La doctrine de la Nouvelle Eve se développe. Marie a introduit le Christ: elle est Mère de la Vie.

Eve a introduit le Péché: elle est Mère de la Mort.

Elle est associée à l’œuvre de la Rédemption:

Marie est ‘Reine de l’Église’ & ‘Médiatrice’: elle est le " cou  de l’Église ".

Saint Thomas croit en la maternité divine de Marie, mais sous l’influence de Saint Augustin, il nie l'Immaculée Conception de Marie.

Scot prône l'Immaculée Conception (il en élabore le dogme). Mais avec le Nominalisme, la théologie mariale s’effondre. Quelques exagérations sentimentales certes, mais de nets progrès en théologie à la fin de cette période. Avec la réaction des Protestants, Trente proscrit leur erreur sans pour autant accomplir de vrais progrès à la mariologie.

V. De la fin du Concile de Trente jusqu’au 18ème siècle.

Le culte marial est restauré en Italie, Espagne puis Gaule et Bavière.

Suarez: il traite le premier de manière systématique de mariologie.

Puis: Saint Pierre Canisius, Saint Robert Bellarmin, Saint Jean Eudes, Saint Alphonse de Liguori (‘Les Gloires de Marie’) et Saint Louis-Marie Grignon de Montfort (‘Traité de la Vraie dévotion’ et ‘le Secret de Marie’).

De nouvelles pratiques liturgiques sont introduites.

Les théologiens rediscutent l'Immaculée Conception de Marie.

VI. Aux 19ème & 20ème siècle.

Rôle des apparitions mariales:

Sainte Catherine Labouré et la Médaille miraculeuse entraînent une grande dévotion populaire.

Pie IX définit l'Immaculée Conception en 1854: ceci constitue un accroissement de la mariologie.

Newmann, Scheeben, le Cardinal Mercier.

Discussion sur la place de Marie dans la Rédemption et par rapport à la grâce (médiatrice).

L’expression Co-Rédemptrice est malheureuse, car il n’y a pas en fait d’égalité entre le Christ et Marie.

Pie XII définit l'Assomption de Marie en 1950.

Aujourd’hui se posent les problèmes concernent la co-rédemption de Marie et l’élaboration d’un traité scientifique de Mariologie. Une évolution est possible du côté de notre intelligence.

Mar.27/09.

Pour résumer, nous pouvons dire

dans l’Écriture:

Mtt: Vierge et Mère;

Lc: Vierge, Pleine de Grâce, vie intérieure de Marie;

Jn: La Vierge intercède à Cana avec la certitude que le Christ l’exaucera, elle a part à la Rédemption même.

- Marie est la mère de Jésus.

- Elle avait une vraie Foi (Elle ne savait pas tout clairement).

- Elle menait une vie contemplative.

- Elle était vierge et voulait le rester.

- Elle a conçu un Enfant du Saint-Esprit et non d’un homme.

- Elle est pleine de grâce.

- Ses vertus (Cf Magnificat) sont: Humilité, Obéissance et Action de grâce.

- Elle compatit aux souffrances du Christ.

- Elle intervient auprès de son fils avec confiance (à Cana).

- Elle prend Saint-Jean comme fils.

Jusqu’au Concile d’Éphèse:

Intuition fondamentale: Rapport Marie // Ève comme chez Saint Paul Adam // Jésus.

Des Pères refusent la Virginité de Marie par crainte contre le Manichéisme hostile à toute vie non totalement spirituelle (la matière étant vue comme source de péché).

difficulté: la sainteté de Marie est un maximum mais: problème du péché originel et le Christ est absolument le seul Saint : il faut que Marie eut comme un péché.

Jusqu’à la Réforme grégorienne:

En Orient, trois vérités apparaissent clairement: Sainteté, Médiation et Assomption de Marie.

Jusqu’au Concile de Trente:

Les plus grands théologiens nient encore l’Immaculée Conception. Il y a cependant un développement dans la liturgie. On parle déjà d’Assomption corporelle de Marie. Vérité de plus en plus admise. Rôle de Duns Scot. Enfin, à Trente on parle peu de Marie, même si on définit des vérités contre le Protestantisme.

Jusqu’à la fin du XVIIIème siècle:

Restauration du culte de Marie: rôle des jésuites, de L.M. Grignon de M. et d’Alph. de Liguori.

La période moderne:

Foi des fidèles et des simples mais mal fondée sur la théologie. Comme la piété doit exprimer la Foi chrétienne, une théologie est nécessaire pour éviter des exagérations, corriger et donner des limites.

Ainsi: deux dogmes sous Pie IX et Pie XII.

Rôle de Marie comme Épouse.

Problèmes actuels: la co-rédemption & le fondement théologique pour une mariologie scientifique: participation à la rédemption et privilège de la maternité divine.
 
 
 
 

II° partie : Marie, Mère de Dieu.

II. 1. L’éminente dignité de la Maternité divine.

État de la question : qu’est-ce qu’il y a de plus grand en Marie? Est- ce sa maternité divine, son titre de Mère de Dieu ou bien est-ce la plénitude de grâce? Où comme pour certains modernes Mère de l'Église ?

Ils invoquent le verset (Luc, XI,27) " Or il advint, comme il parlait ainsi, qu'une femme éleva la voix du milieu de la foule et lui dit: "Heureuses les entrailles qui t'ont porté et les seins que tu as sucés!" 28 Mais il dit: "Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et l'observent!" ".

La grâce est principe des actes surnaturels et méritoire, et cela est supérieur à la maternité Divine qui est d’ordre corporel. [Biel et Vasquez]

Réponse : non, cette femme ne parlait pas de la maternité divine, considérant Notre Seigneur comme un prophète. Elle ne considérait pas ce que la maternité divine comporte spirituellement, comme consentement surnaturel et méritoire au mystère de l’incarnation rédemptrice.

Pour de nombreux théologiens (Contenson, Gotti, Hugon, Merkelbach) et de nombreux père de l'Eglise (Saint Ambroise, Damascène, Pierre Damien, Anselme, Bernard. . . ).

Il faut en effet prendre en compte la maternité intégrale, c'est à dire dans sa réalité charnelle, surnaturelle (acceptation de l’Incarnation) et spirituelle (acceptation de toutes les prophéties douloureuses).

L’éminente dignité de la Vierge lui vient de sa maternité divine. De là découle sa plénitude de grâce. Cependant secundum quid, la grâce sanctifiante et la vision béatifique sont plus parfaites que la maternité divine, car la grâce habituelle sanctifie formellement, ce que la maternité divine ne peut pas faire, car elle n’est qu’une relation. Certes, mais c’est cette relation au Verbe fait chair qui exige et postule la plénitude de grâce qui lui est accordée pour qu’elle fut et restât toujours à la hauteur de son exceptionnelle mission.

II. 2. La prédestination de Marie.

Marie a été prédestinée à la maternité divine avant de l’être à la plénitude de gloire et de grâce.
 
 

Note : généralement admis, au moins implicitement.
 
 

Raisons théologiques de la thèse :

  1. Par un même décret, Dieu a prédestiné Jésus à la filiation divine naturelle et Marie à la maternité divine.

  2. Vierge Marie a d’abord été prédestinée à la maternité divine, et par voie de conséquence à un très haut degré de gloire céleste puis à la plénitude de grâce, pour qu’elle fût pleinement digne de sa mission de Mère du Sauveur.

  3. Marie a mérité de condigno le ciel, elle n’a pas pu mériter l’Incarnation, ni la maternité divine, car l’incarnation et cette maternité divine dépasse la sphère du mérite des justes, lequel (le mérite) est ordonné à la vision béatifique comme à sa raison ultime.

II.2.1 L’éminente prédestination de Marie.

Remarques : le décret.

Le Christ est le premier de tous les hommes, le premier de tous les prédestinés, puisque sa prédestination est l’exemplaire de la nôtre. Il nous a mérité en effet tous les effets de notre prédestination.

Le décret de l’Incarnation porte sur l’Incarnation abstraitement considérée et sur ses circonstances hic et nunc.

Le décret de la maternité divine est compris dans le décret de l’Incarnation.

Quant à la prédestination de Marie à la gloire et à la grâce est également gratuite comme suite et conséquence moralement nécessaire de sa prédestination à la maternité divine ( Dieu ne pouvant permettre la damnation de sa Mère).

Cependant Marie a mérité le ciel, car elle a été prédestinée à l’obtenir par ses mérites.

" la Vierge Marie fut la plus proche du Christ selon l'humanité, parce qu'il a reçu d'elle la nature humaine. Et c'est pourquoi elle devait obtenir du Christ, plus que tous les autres, plénitude de grâce. " [III q27 art5]
 
 
 
 

II.2.2 La gratuité de la prédestination de Marie.

Remarques :

Jésus-Christ a été prédestiné à la filiation divine naturelle indépendamment de ses mérites. Rien ne peut être cause et effet sous un même rapport.

Il en est de même pour la Sainte Vierge. Elle n’a pu mériter sa maternité ce qui aurait été mériter l’Incarnation.
 
 
 
 

III. I. Le mystère fondamental de Marie ou sa maternité divine.

Maria sensu proprio est Dei genetrix.

Note : de Foi

Magistère :

Éphèse (432) [DZ 252] : 1. Si quelqu'un ne confesse pas que l'Emmanuel est Dieu en vérité et que pour cette raison la sainte Vierge est Mère de Dieu (car elle a engendré charnellement le Verbe de Dieu fait chair), qu'il soit anathème.

Chalcédoine (451) [DZ 301] : (Définition) Suivant donc les saints pères, nous enseignons tous unanimement que nous confessons un seul et même Fils, notre Seigneur Jésus Christ, le même parfait en divinité, et le même parfait en humanité, le même vraiment Dieu et vraiment homme (composé) d'une âme raisonnable et d'un corps, consubstantiel au Père selon la divinité et le même consubstantiel à nous selon l'humanité, en tout semblable à nous sauf le péché (voir He 4,15 ), avant les siècles engendré du Père selon la divinité, et aux derniers jours le même (engendré) pour nous et notre salut de la Vierge Marie, Mère de Dieu selon l'humanité,

Constantinople II (553) [DZ 427] : 6. Si quelqu'un dit que c'est en un sens impropre et non véritable que la sainte, glorieuse et toujours vierge Marie est Mère de Dieu ou qu'elle l'est par transfert, comme si un simple homme avait été engendré d'elle, mais non pas au sens où le Verbe de Dieu s'est incarné ; mais la génération de l'homme à partir de Marie étant selon eux attribuée par transfert au Dieu Verbe en tant qu'uni à l'homme qui est né et s'il calomnie le saint concile de Chalcédoine en disant que celui-ci déclare la Vierge Mère de Dieu dans le sens impie imaginé par Théodore ;

ou si quelqu'un l'appelle mère de l'homme ou mère du Christ, comme si le Christ n'était pas Dieu,

mais ne confesse pas qu'elle est proprement et en vérité Mère de Dieu, parce que le Dieu Verbe, engendré du Père avant les siècles, s'est incarné à partir d'elle dans les derniers jours et que c'est avec ce sentiment religieux que le saint concile de Chalcédoine l'a confessée Mère de Dieu, qu'un tel homme soit anathème.

Il est déjà contenu dans le Symbole des Apôtres [ DZ 10] : " Natus exemple Maria Virgine ".

Le Concile Vatican II : Marie n’avait pas besoin de la Rédemption par préservation, à cause de ses mérites.

Lumen Gentium 53 : La Vierge Marie en effet, qui, lors de l'Annonciation faite par l'ange, reçut le Verbe de Dieu à la fois dans son coeur et dans son corps, et présenta au monde la vie, est reconnue et honorée comme la véritable Mère de Dieu et du Rédempteur.

Lumen Gentium 55 : Les Saintes Ecritures de l'ancien et du Nouveau Testament et la Tradition vénérable mettent dans une lumière de plus en plus grande le rôle de la Mère du sauveur dans l'économie du salut et le proposent pour ainsi dire à notre contemplation. Les livres de l'Ancien Testament décrivent l'histoire du salut et la lente préparation de la venue du Christ au monde. Ces documents primitifs, tels qu'ils sont lus dans l'Eglise et compris à la lumière de la révélation postérieure et complète, font apparaître progressivement dans une plus parfaite clarté la figure de la femme, Mère du Rédempteur. Dans cette clarté, celle-ci se trouve prophétiquement esquissée dans la promesse d'une victoire sur le serpent faite à nos premiers parents tombés dans le péché (cf. Gn 3,15 ). De même, c'est elle, la Vierge, qui concevra et enfantera un fils auquel sera donné le nom d'Emmanuel (cf. Is 7,14 cf. Mi 5,2-3; Mt 1,22-23 ). Elle occupe la première place parmi ces humbles et ces pauvres du Seigneur qui espèrent et reçoivent le salut de lui avec confiance. Enfin, avec elle, la fille de Sion par excellence, après la longue attente de la promesse, s'accomplissent les temps et s'instaure l'économie nouvelle, lorsque le Fils de Dieu prit d'elle la nature humaine pour libérer l'homme du péché par les mystères de sa chair.

Lumen Gentium 61 : La bienheureuse Vierge, prédestinée de toute éternité, à l'intérieur du dessein d'incarnation du Verbe, pour être la Mère de Dieu, fut sur la terre, en vertu d'une disposition de la Providence divine, la vénérable Mère du divin Rédempteur, généreusement associée à son oeuvre à un titre absolument unique, humble servante du Seigneur.

Lumen Gentium 66 : Marie a été élevée par la grâce de Dieu, au-dessous de son Fils, au-dessus de tous les anges et de tous les hommes comme la Mère très sainte de Dieu, présente aux mystères du Christ ; aussi est-elle légitimement honorée par l'Eglise d'un culte spécial.
 
 
 
 

Les Pères de l'Eglise :

Avant le concile d’Éphèse: Origène et Athanase parlaient déjà de " Marie, Mère de Dieu ". De même, Justinien. C’est donc une Foi très ancienne. Le " Sub tuum præsidium " remonte au IIIème siècle.

Certaines sectes, qui niaient la divinité du Christ (Les Ébionites), niaient aussi que Marie fut Mère de Dieu.

D’autres niaient que le Christ eut un vrai corps matériel (les Docètes). Donc Marie ne peut pas être sa mère! (Les Manichéens). Le Christ avait un corps qui venait du ciel...

D’autres encore on dit que le corps est seulement passé par le corps de la Sainte Vierge.

Pour Nestorius, il y avait deux personnes dans le Christ, et Marie n’était la mère que du Christ-homme.

Les Protestants refusent cette position: (cf. Karl Barth).

Ainsi, à Éphèse, Saint Cyrille proposa des " Anathema sit ": " Celui qui dit que la Vierge n’est pas Mère de Dieu... ". DS 252; 301; 553; 427; 10;

Témoignages de l’Écriture Sainte:

Remarque: Il faut d’abord connaître la Foi de l’Église et ensuite en chercher les racines dans l’Écriture Sainte et non pas le contraire.

Gal IV, 4: mais, lorsque les temps ont été accomplis, Dieu a envoyé son Fils, né d'une femme, né sous la loi,

Rom.I, 3: et qui concerne son Fils (né de la postérité de David, selon la chair,

Lc.I, 31-35: " L'ange lui répondit: Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C'est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu. "

Lc.I, 43: " Comment m'est-il accordé que la mère de mon Seigneur vienne auprès de moi? "

[Mtt. I, 18; II, 11,13,20; XII, 46; II, 54; Phil. II,6]
 
 

Explication théologique:

1°) La maternité divine en elle-même: IIIa, q.35, a.3-4.

1 : Adversaires.

Photius: le Christ est un homme; Marie met un homme au monde qui fut adopté à son Baptême par Dieu.

Nestorius: Il y a deux personnes dans le Christ; Marie n’est la mère que de la personne humaine du Christ.

Valentinus déclarait que le corps du Christ était seulement " passé " par la Vierge Marie.

2: Développement:

La Sainte Vierge est vraiment et naturellement la Mère de Jésus, Dieu, car le corps du Christ est vraiment un corps humain et biologiquement la Sainte Vierge a vraiment conçu ce corps. Elle a tout fait pour la conception du Christ: ce que font les autres femmes. Si elle est restée vierge, c’est vraiment par l’action du Saint-Esprit.

Marie a conçu et mis au monde la personne du Verbe dans sa dimension humaine et divine. Elle n’a pas mis au monde un homme qui fut ensuite adopté par Dieu le Père. Dès le début, c’est la deuxième personne de la Trinité qui est conçu dans le sein de Marie.

Cf. IIIa, q.35, a.4: Marie est mère du Christ, mère de la nature humaine du Christ Dieu: et ceci non parce qu’elle est mère de la divinité mais parce qu’elle est mère selon l’humanité de la personne qui a la divinité et l’humanité.
 
 
 
 
 
 
 
 

Elle peut être attribuée à la fois à la nature en tant que terme: " quo existit " [ce par quoi un être existe]

et à la personne en tant que sujet: " quod existit ".

Mutation accidentelle (croissance,..) et substantielle (le bois qui brûle devient cendre) dans la génération: la nature divine par la conception de la Sainte Vierge s’est unie à une nature humaine.

- Les parents ne produisent pas la matière, mais la disposent pour qu’elle reçoive une âme; ils la préparent. De même, la Sainte Vierge n’a pas produit la matière du corps du Christ, mais elle a collaboré à l’œuvre du Saint-Esprit. Pour disposer cette matière à recevoir l’âme divine du Christ.

Marie est mère naturelle du Christ (Conception et naissance). Et si elle n’a pas été l’auteur de la matière du corps du Christ, ni de l’âme (créée par Dieu), l’action génératrice a cependant disposé la matière à recevoir l’âme (qui est forme).

2: Application:

Comment appliquons-nous la chose dans la conception et la génération du Christ?

Ici, on peut résumer: exemple parte Verbi, Maria et Ovuli.

Le Verbe Incarné: la nature divine, rapportée à l’existence, constitue la personne du Verbe (constituée par le Père et le Saint-Esprit). La personne du Verbe revêt la nature humaine lui-même: c’est le Christ. Il est éternellement nature divine et temporellement nature humaine. Il y a eu changement (quand le Verbe s’est incarné) mais seulement du côté de la nature humaine. Il y a incarnation par la génération de la Vierge. Tous ces faits sont donc rapportés à Marie par le moyen de la nature humaine qui a reçu le Verbe, cause efficiente de l’union (et non pas le Verbe seul ou la Trinité) mais le terme ad quem (de l’union) est la personne du Verbe qui unit par Marie la personne divine à la nature humaine. Par transformation, on trouve le corps du Christ. L’ovule est fécondé par le Saint-Esprit, sans semence. Saint-Thomas est évidemment bref sur les questions physiologiques. S’il y a changement substantiel, la materia prima demeure. Pas uniquement une existence humaine. Le Verbe et l’âme ont une existence unie à la matière.

Triple action:

Dès la conception, le Christ est Dieu; ceci contre Photius.

Il est vrai que les Anciens avaient peu de science physiologique. Pour Saint Thomas, l’action vient de l’homme. La femme ne fournit que la matière. Cependant, la Sainte Vierge est intervenue passivement dans la génération. Ainsi, le Verbe devint: vivant - âme - homme.

La génération est un changement substantiel

La mutation réelle s’opère de la part de la nature humaine (Dieu ne change pas).
 
 

Cf. René Laurentin: les mystères de Marie ne peuvent être ordonnés spéculativement car il y a une évolution dans le temps; nous n’avons pas un mystère fondamental, duquel découleraient automatiquement les autres.

Ceci n’est pas une raison: même les mystères du Christ ont évolué. Il y seulement une convenance de tirer du mystère fondamental les autres. Il y a une connexion logique.
 
 

La relation de maternité.

La valeur d’une relation dépend du terme qu’elle regarde et qui la spécifie.

Or le terme de la relation de la maternité divine est de l’ordre hypostatique.

Donc la maternité divine dépasse sans mesure par son terme la grâce, la gloire de tous les élus et la plénitude de grâce et de gloire reçue par Marie.

[saint Thomas I q25 a6 ad 4] " L'humanité du Christ, du fait qu'elle est unie à Dieu ; la béatitude créée, du fait qu'elle est jouissance de Dieu ; et la bienheureuse Vierge, du fait qu'elle est Mère de Dieu, ont en quelque sorte une dignité infinie, dérivée du bien infini qu'est Dieu. Sous ce rapport rien ne peut être fait de meilleur qu'eux, comme rien ne peut être meilleur que Dieu. "

[Saint Bonaventure] : " Dieu peut faire un monde plus grand, mais Il ne peut faire une Mère plus parfaite que la Mère de Dieu ".

[P. Hugon] : la maternité divine impose à Jésus ces devoirs de justice, que les enfants par une obligation de nature, ont à l’égard de leurs parents et elle confère à Marie domaine te pouvoir sur Jésus car c’est là un droit naturel qui accompagne la dignité maternelle. "
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

2°) La dignité suréminente de la maternité divine.

Marie est dite réellement Mère du Christ relativement à la génération (réelle). Le Christ, en sa personne est Fils de Marie (réel). Cependant, est-ce que cette relation double (Maternité de Marie & Fils de l’homme) sont réelles? Le Christ a-t-il acquis une nouvelle relation? Non: il n’y a eu changement que d’un côté. Seule Marie a un relation réelle (de maternité).

Dignité de la Mère du Christ de façon adéquate. Pas seulement selon le mode biologique, mais Mère de tous les actes de l’âme: elle est préparée aux actes de son âme. La maternité divine inclut-elle Grâce et plénitude? Selon la maternité divine: non (Elle n’inclut pas la grâce mais l’exige).

Selon la maternité humaine: oui.

Si l’union hypostatique est le fait de la grâce fondamentale du Christ, la maternité divine est le fait de la grâce fondamentale de la Sainte Vierge (Elle la reçut avec d’autres grâces de sanctification). Il y a cependant une grande différence entre l’union hypostatique et la maternité divine. Le Christ est " formaliter  sanctus ". Substance humaine, nature, extrait du Verbe incarné. Le Verbe incarné est sanctifié par l’union au Verbe divin (sans péché originel). De même, la Sainte Vierge, par sa maternité divine inadéquate a une relation ontologique inamissible. Elle n’inclut pas la sainteté morale, mais l’exige. Aussi, il y a une différence: car dans le Christ a la plénitude de grâce de sanctification causée par son union hypostatique. Alors qu’on parle de maternité divine inadéquate. Analogie: sainteté ontologique objective.

Marie est Vierge en raison de la maternité divine, supereminens creata. Elle ne peut pas être plus grande. Dignité pas seulement selon le genre humain.

Cf. IIIa, q.25, a.6,ad4: Il y a trois biens tels qu’il ne peut y en avoir de plus grands:

1- L’humanité du Christ unie à Dieu;

2- Béatitude créée: la fruition de Dieu;

3- La Bienheureuse Vierge Marie en ce qu’elle Mère de Dieu.

Ceci est mieux que la dignité de la nature humaine créée unie au Verbe ou des bienheureux.

Saint Thomas dans le Commentaire du Livre des Sentences: " Il faut croire qu’elle a reçu tout ce qu’elle pouvait recevoir ". Elle est prédestinée de façon éternelle à être la Mère de Dieu et pleine de Grâce. Au commencement, elle est prédestinée au Christ qui est prédestiné à être Fils de l’Homme. Marie est inclue par le décret de l’Incarnation de façon éternelle. Cf. Bulle de Pie IX " Ineffabilis Deus ".

Cf. Prov.VIII, 22: La Sagesse créatrice:

Excursus de Questions:

?) De quelle matière fut formé le corps du Christ?

De la materia prima qui avait déjà une forme substantielle: il y a donc eu mutation substantielle.

?) " Par la force du Saint-Esprit " est compris en quel sens?

Il a fécondé la Vierge Marie comme la semence de l’homme. Il tient lieu de la semence humaine. Mais le corps de la Vierge Marie a du produire quelque chose de semblable à la semence. (Le Saint-Esprit est la cause efficiente et la Vierge Marie la cause matérielle).

?) En quel sens, actif ou passif, doit-on comprendre la maternité de la Vierge Marie?

Selon la Tradition, il s’agit d’une contribution passive. Comme pour toute femme, la Vierge Marie n’a eu qu’un rôle matériel selon Saint Thomas. Or, de nos jours, on admet le rôle actif de la femme, donc également pour la Vierge Marie.

?) Comment peut-on comprendre cette causalité active?

Les Anciens pensaient que la femme ne donnait que le sang, qui n’a pas de disposition active. Cela convenait au rôle donné à la femme. Matériellement, il y a une causalité active, mais formellement, la conception est passive.

?) Selon III,q.25,a.4, la Vierge Marie aurait-elle du être dite " Bienheureuse Mère de Dieu "?

Car Dieu a une nature divin, or le Christ ne l’a pas reçue de la Vierge Marie: comment dire Marie Mère de Dieu? En fait, Marie est Mère du Christ-Homme, qui est aussi Dieu. Elle est également Mère de Dieu. (D’ailleurs, si on s’oppose à cet argument, voulant distinguer le Christ-homme et Christ-Dieu, on peut dire que dans toutes les naissances, le mère n’est mère que du corps et non de l’âme, et cela peut aller loin...)

?) Si elle est Mère de Dieu, elle est aussi Mère du Père et du Saint-Esprit?

Il faut distinguer les personnes, car bien qu’égales, elles ont une opposition de relation. Donc, selon la nature, oui; selon les personnes, non.

?) S’agit-il d’une maternité adéquate ou inadéquate?

La maternité inclut adéquatement et exige inadéquatement la plénitude de Grâce

Adéquate signifie qu’il y a eu aussi acquisition de tout par l’éducation de la mère. Or, pour le Christ, cela n’est pas absolument vrai, du fait de sa nature. Certes, il y a eu production " biologique ", mais au sensus plenior, il n’y a pas seulement génération, mais éducation de l’Enfant. Sa maternité au sens strict est une sanctification de la maternité ontologique, comme l’union hypostatique. Être Mère de Dieu est une sorte de Grâce (fondamentale), de don gratuit de Dieu. La Vierge Marie n’a pas produit la Grâce, mais l’a exigée.

?) La maternité divine peut-elle ne pas être exigée?

Étant antérieure à l’union hypostatique, elle ne fut pas objet de mérite. En effet, le principe du mérité est la Grâce du Christ. Donc la Grâce du Christ est supposée par le mérite. La nature humaine a eu une dignité maximum dans le Christ. Mais, sous le Christ, Marie a eu un le maximum de dignité. Le Christ, non pas comme personne humaine, mais existant dans une nature humaine. Dignité de Marie existant dans sa relation personnelle à la nature divine de la Sainte Trinité.
 
 

III,q.35,a.5. : Comment le Christ peut-il être dit Fils de Marie?

En tant que filiation humaine, et non pas comme Verbe qui ne reçoit pas d’accident. Marie est réellement Mère de Dieu. Le Christ est Fils de Dieu, du côté de Marie, selon la nature humaine, d’une façon corrélative.

?) Sainte Anne et Saint Joachim pouvaient-ils être appelés " Grands-parents " de Dieu?

De Jésus, certainement. La maternité de Marie a été la cause de l’humanité du Christ; cependant, elle avait une relation personnelle avec le Christ, qui était incommunicable. Dans ce sens-là, Sainte Anne n’était pas grand-mère.
 
 
 
 

II. II. Les privilèges de la maternité divine.

L’éminente dignité de la maternité divine est la raison pour laquelle la plénitude de grâce a été accordée à la Sainte Vierge, elle en est la mesure et la fin; elle lui est donc supérieure.

La maternité engendre une amitié particulière entre la mère et le fils.

Il y avait donc une amitié naturelle entre Marie et Jésus, mais Jésus étant Dieu, il y avait une amitié surnaturelle entre les deux.

Cette amitié est dès lors sanctifiante car du fait que Dieu aime une âme, il la rend aimable à ses yeux et la sanctifie.

II. II. I. La sanctification de Marie:

1) L’’Immaculée Conception de Marie.

a) A propos du péché originel.

Beata virge Maria a primo instanti vitae suae ex singulari Dei privilegio intuitu meritorum Christi immunis praeservata est ab originali peccato.

Note : de fide.

Quelques notions théologiques sur la grâce.

) La grâce habituelle.

Définition : don gratuit de Dieu qui dépasse les forces de la nature humaine et dépasse les exigences de toute nature créée ou créable.

Les effets de la grâce : participation à la vie même de Dieu, devenus enfants adoptifs de Dieu, cohéritiers, nés de Dieu. Elle nous dispose à la vie éternelle comme un héritage et comme la récompense des mérites dont elle est le principe.

Sujet : elle est reçue dans l’essence même de notre âme comme une greffe surnaturelle, qui la déifie.

Dérivation : les vertus infuses théologales et morales, sept dons du Saint-Esprit.

Conséquences : elle instaure comme une seconde nature, nous exerçons connaturellement des actes surnaturels et méritoires; la Sainte Trinité habite en nous

Degrés : plénitude absolue de grâce ( celle propre au Christ ), la plénitude de surabondance (privilège de Marie), la plénitude de suffisance (commune à tous les saints).

) La grâce actuelle.

Définition : elle nous dispose à devenir enfant de Dieu, et ensuite nous fait agir, soit par les vertus infuses, soit par les dons ou simultanément par les uns et les autres, comme de vrais enfants de Dieu.
 
 
 
 

Conclusion : [I II q113 a9 ad2] " Sed bonum gratiae unius maius est quam bonum naturae totius universi. "

Magistère.

Elle est définie: Dz 2803 (en 1854) : "  Pour l'honneur de la sainte et indivisible Trinité, pour la gloire et l'ornement de la Vierge Mère de Dieu, pour l'exaltation de la foi catholique et l'accroissement de la religion chrétienne, par l'autorité de notre Seigneur Jésus Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul et la Nôtre,

Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine

qui tient que la bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception, par une grâce et une faveur singulière du Dieu tout- puissant, en vue des mérites de Jésus Christ, Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel, est une doctrine révélée de Dieu, et qu'ainsi elle doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles.

C'est pourquoi, s'il en était, ce qu'à Dieu ne plaise, qui eussent la présomption d'avoir des sentiments contraires à ce que nous venons de définir, qu'ils sachent très clairement qu'ils se condamnent eux-mêmes par leur propre jugement, qu'ils ont fait naufrage dans la foi et se sont séparés de l'unité de l'Eglise, et que, de plus, par le fait même, ils encourent les peines portées par le droit s'ils osent manifester par parole, par écrit ou par quelque signe extérieur, ce qu'ils pensent intérieurement. "
 
 

1. La Vierge a été préservée de toute tâche du péché originel au premier instant de sa conception. Que faut-il entendre par le péché originel dont Marie a été préservée? L'Eglise n’a pas définit la nature intime du péché mais seulement ses effets : inimitié ou malédiction divine, souillure de l’âme, état d’injustice ou de mort spirituelle, servitude sous l’empire du démon, assujettissement à la loi de concupiscence, de la souffrance et de la mort corporelle, considérée comme peine du péché commun, avec bien sur la perte de la grâce sanctifiante.

En conséquence directe : Marie a reçu dès sa conception la grâce sanctifiante.

2. Bénéfice, dès sa conception. Privilège, non seulement de l’âme, mais aussi de tout le corps.

3. Cause efficiente: la grâce, donnée comme un privilège particulier de Dieu.

4. Cause méritoire: Marie est préservée et non libérée, grâce à la Rédemption du Christ, elle est rachetée par un moyen très éminent; non-Rédemption mais " pré-Rédemption "

Les Adversaires:

Les Protestants, avant et après la Définition dogmatique.

Les Thomistes, avant.

Le Chemin pour la définition a été préparé:

Concile de Latran (649) (Dz 503) : Si quelqu'un ne confesse pas, selon les saints Pères, en un sens propre et véritable, Mère de Dieu la sainte, toujours vierge et immaculée Marie,. . .

Sixte IV (Dz 1425) in " Grave nimis " (1483) interdit de condamner les Privilèges de la Vierge Marie

" Bien que la sainte Eglise romaine célèbre publiquement et solennellement la fête de la conception de l'immaculée et toujours Vierge Marie et qu'elle a institué un office spécial et particulier à son sujet, certains prédicateurs de divers ordres, comme Nous l'avons appris, n'ont pas eu honte jusqu'ici d'affirmer publiquement au peuple de diverses villes et régions, et ne cessent de prêcher chaque jour, que pèchent mortellement ou sont hérétiques tous ceux qui tiennent ou affirment que cette même glorieuse et immaculée Mère de Dieu a été conçue sans la tache du péché originel, et qu'ils pèchent mortellement ou sont hérétiques s'ils célèbrent l'office de cette Immaculée Conception et qu'ils écoutent les sermons de ceux qui affirment qu'elle a été conçue sans cette tache.

... Dans l'intention de Nous opposer à ces hardiesses téméraires..., Nous réprouvons et condamnons - de notre propre mouvement, non à 1a demande d'une requête quelconque qui nous aurait été présentée à ce sujet, mais suite uniquement à notre propre délibération et de science certaine - ces assertions de ces prédicateurs et des autres, quels qu'ils soient, qui osent affirmer que ceux qui croient et tiennent que la mère de Dieu a été préservée du péché originel dans sa conception seraient à cause de cela entachés d'hérésie ou qu'ils pécheraient mortellement, ou que s'ils célèbrent cet office de la conception ou entendent ces sermons ils encourraient la faute d'un péché ; ces affirmations Nous les réprouvons et les condamnons par les présentes, en vertu de l'autorité apostolique, comme fausses, erronées et totalement contraires à la vérité, ainsi que les livres précités qui ont été publiés avec ce contenu ;... Nous soumettons à la même peine et à la même censure ceux qui osent affirmer que les tenants de l'opinion contraire, à savoir que la glorieuse Vierge Marie a été conçue sans le péché originel, se rendent coupables d'hérésie ou d'un péché mortel, puisque la chose n'a pas encore été décidée par l'Eglise romaine et par le Siège apostolique. "
 
 

Trente (Dz 1516) :

" Cependant ce même saint concile déclare qu'il n'est pas dans son intention de comprendre dans ce décret, où il est traité du péché originel, la bienheureuse et immaculée Vierge Marie, Mère de Dieu, mais que l'on doit observer les constitutions du pape Sixte IV, d'heureuse mémoire, sous la menace des peines qui y sont contenues et il les renouvelle. "

Dz 1573 : " Si quelqu'un dit que l'homme une fois justifié ne peut plus pécher ni perdre la grâce, et que donc celui qui tombe et pèche n'a jamais été vraiment justifié : ou, au contraire, qu'il peut dans toute sa vie éviter tous les péchés, même véniels, à moins que ce soit par un privilège spécial de Dieu, comme l'Eglise le tient au sujet de la bienheureuse Vierge : qu'il soit anathème. "

St Pie V (Dz 1973) contre Michel Baïus : " Personne, hormis le Christ, n'est sans le péché originel; c'est pourquoi la bienheureuse Vierge est morte à cause du péché contracté d'Adam, et toutes ses afflictions en cette vie, comme celles des autres justes, furent des punitions du péché actuel ou originel. "

Paul V disait avec Grégoire XIII, qu’on ne pouvait nier l’Immaculée Conception.

Alexandre VII (Dz 2015) : " Ancienne est la piété des fidèles du Christ à l'égard de la bienheureuse Vierge Marie sa mère, qui pensent que son âme, au premier instant de sa création et de son infusion dans le corps, a été, par une grâce et une faveur spéciale de Dieu, en considération des mérites de Jésus Christ son fils, Rédempteur du genre humain, pleinement préservée intacte de la tache du pêché originel, et qui, dans cet esprit, honorent et célèbrent solennellement la fête de sa conception ; et leur nombre s'est accru après la publication...des constitutions du pape Sixte IV de bienheureuse mémoire 1400 , 1425 , renouvelées par le concile de Trente. 1516 .

Cette Piété s'est accrue et propagée à nouveau... de sorte que la plupart des académies les plus célèbres viennent elles aussi à cette croyance, et que presque tous les catholiques déjà l'embrassent. "

Clément XI a étendu la fête à toute l’Église en 1708.

Témoignage de l’Écriture Sainte:

- Gen. III, 15: " Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t’écrasera la tête, et tu l’atteindras au talon ": Ève est Marie au sensus plenior typique. Il y a de nombreuses comparaisons dans des textes ultérieurs. Le sens ici est très messianique. Marie, en ce sens, a participé à la victoire du Christ.

- l’Annonciation Lc. I,2: " Pleine de Grâce ". Il s’agit d’une grâce surnaturelle, possible, s’il n’y a aucun péché originel. Ces paroles sont répétées par Élisabeth [Luc I,42] " "Bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein! ".

Ces deux passages ne suffisent pas pour affirmer que le dogme de l’Immaculée Conception est contenu dans la Bible donc révélée. Il faut adjoindre à cela la tradition exégétique des Pères.
 
 

La Tradition:

Si avant, il n’y a aucune affirmation de l’Immaculée Conception, il n’y a pas non plus de condamnation. Or, il y a quelque chose de l’Immaculée Conception contenue dans les Pères. Ainsi, après avoir éloigné les empêchements, la définition est possible.

Ont été affirmés par les Pères:

- Pureté et sainteté tout à fait sans limites de Marie.

- Pureté comparée à celle d’Ève, avant le péché originel. (Saint Justin, Irénée, Tertullien).

- Pureté comparée à celle de la Terre, œuvre de la Création de Dieu (Saint Irénée).

- Selon un certain rapport, seule la pureté de la Vierge Marie pouvait être comparée à celle du Christ.

Preuve liturgique :

Depuis le VII et VIII° siècle, on célèbre dans l'Eglise, surtout l'Eglise grecque, la fête de la conception de la Bienheureuse Vierge Marie : en Sicile au IX°, en Irlande au X°, presque dans toute l’Europe au XII°.

Les théologiens :

Au XII° et XIII° de grands théologiens ont nié ce privilège. On peut citer saint Bernard, Anselme, Pierre Lombard, Hugues de saint Victor, Albert le Grand, saint Bonaventure, saint Thomas. Ils n’ont pas assez considéré ce problème sous l’angle de la rédemption préservatrice.

Explication théologique:

1°) La Doctrine de Saint Thomas doit être corrigée:

- Saint Thomas concède qu’elle fut dotée de la purification du péché avant la naissance, dans le sein de sa mère IIIa,q.27,a.1,2 : S. Augustin parle selon la loi commune : on ne peut être régénéré par les sacrements avant d'être né. Mais Dieu n'a pas lié sa puissance à cette loi des sacrements ; par privilège spécial il peut conférer sa grâce à certains hommes avant leur naissance.

- Il nie cependant qu’elle fut sanctifiée avant l’animation de l’âme humaine. Car avant, n’ayant pas d’âme, elle ne pouvait être ‘subjexta’ à la Grâce. De même, elle n’aurait pas eu à subir la loi du péché originel. Elle n’aurait pas besoin du Christ: il ne serait pas rédempteur universel.

- Il nie l’Immaculée Conception. Et ceci non pas dans le sens où elle a été définie par l’Église mais au sens où certains docteurs de son temps la tenaient: la chair avant l’infusion de l’âme aurait été sanctifiée alors qu’elle n’est capable ni de grâce ni de péché puisqu’il faut une personne humaine. Enfin, la rédemption du Christ n’aurait pas été utile à la Bienheureuse Vierge Marie puisqu’elle aurait été sanctifiée indépendamment du Christ.

2°) Le dogme de Foi est expliqué.

Raison de convenance : puisque Marie devait enfanter le Fils Unique de Dieu, il convenait qu’elle reçue plus que les autres hommes. Si l’on admet de Jérémie et saint Jean Baptiste ont été sanctifiés avant leur naissance, on peut croire que Marie aussi.

Deuxième raison de convenance : plus on approche de la source de toute grâce, plus on reçoit.

Difficultés : puisque le Christ est l’unique rédempteur, Marie né avant Lui ne pouvait pas être racheté avant son Avènement.

Cette difficulté a été écartée par Scot :

Ineffabilis Deus :

L’honneur des parents comme leur déshonneur rejaillit sur leurs enfants, et il ne convenait pas que le rédempteur parfait eut une Mère qui ait été conçue dans le péché.

Le Verbe procède éternellement d’un Père très saint, il convenait qu’il naquit sur terre d’une Mère qui n’ait jamais manqué de la splendeur de la sainteté.

Pour que Marie puisse réparer la chute d’Ève, vaincre les artifices du démon et donner à tous, avec le Christ, par Lui et en Lui, la vie surnaturelle, il convenait qu’elle-même n’ait jamais été dans l’état de déchéance, dans la servitude du péché et du démon.

Une sanctification peut être faite: soit de contraire en contraire (du péché en grâce) soit du nié en affirmé (du non-saint en saint: cas du Christ). Le cas de la Vierge Marie est intermédiaire (medio). Il fallait une intervention, sans laquelle elle aurait encouru le péché originel. Elle a donc eu la dette du péché (debitum peccati): proximum en raison de son origine humaine et non remotum car Dieu ne l’a pas a priori exemptée de la loi du péché originel.

Ainsi, elle n’a été sanctifiée ni avant sa conception (cf. Saint Thomas) ni après (cf. Dogme) mais à l’instant en raison des mérites du Christ: elle a été rachetée non ‘per liberationem’ mais ‘per præservationem’.
 
 

II. II. 2. Les conséquences du privilège de l’Immaculée Conception.

De immunitate beatae virginis a concupiscentia.

Note : ad omnibus theologis ut certum admittitur (Pesch).

Proxima Fidei voire De Fidei: Saltem fide proximum est Bienheureuse Vierge Marie ex speciali privilegio (P. Mehrlet).

Les Adversaires: les Protestants en général.

Le Magistère de l’Eglise:

Le Concile de Trente (Dz 1573) : Si quelqu'un dit que l'homme une fois justifié ne peut plus pécher ni perdre la grâce, et que donc celui qui tombe et pèche n'a jamais été vraiment justifié : ou, au contraire, qu'il peut dans toute sa vie éviter tous les péchés, même véniels, à moins que ce soit par un privilège spécial de Dieu, comme l'Eglise le tient au sujet de la bienheureuse Vierge : qu'il soit anathème 1537 ; 1549 .

La Bulle " Ineffabilis Deus " de Pie Ix (Dz 2800) : Le Dieu ineffable... a élu depuis le commencement et avant les siècles pour son Fils unique, et lui a destiné une mère de laquelle, ayant pris chair, il naîtrait lors de la bienheureuse plénitude des temps, et il lui a manifesté un tel amour au-dessus de toutes les créatures qu'il mit en elle, d'une manière singulière, ses plus grandes complaisances. C'est pourquoi, puisant dans le trésor de sa divinité, il la combla bien plus que tous les esprits angéliques et que tous les saints, de l'abondance de toutes les grâces célestes, et avec une telle profusion que, toujours exempte de toute tache du péché, toute belle et parfaite, elle manifesta une telle plénitude d'innocence et de sainteté qu'on ne peut, au-dessous de Dieu, en concevoir de plus grande, et qu'excepté Dieu, personne ne peut la concevoir en pensée.

Pie XII dans l’Encyclique " Mystici Corporis " affirme que le Christ est né " d’une Vierge privée de la faute ".

La Liturgie.

La Tradition:

Contre: Origène, Basile, Césaire, Cyrille d’Alexandrie.

Pour: Saint Ambroise, Saint Augustin, Ephrem.

La doctrine de l ’Eglise

Ce que nous comprenons par tendance au péché:

Sentence commune: fomitem peccati in Maria cum conciperetur exstinctam esse: => préservation.

Explication théologique:

1°) La Bienheureuse Vierge Marie n’a commis aucun péché actuel: IIIa, q.27,a.4.

Péché ni mortel ni véniel: elle a une vocation spéciale. Et ceci pour trois raisons:

- L’honneur ou le déshonneur des parents retombe sur sa descendance;

- la Vierge Marie a eu une affinité semblable au Christ;

- Le Fils de Dieu a habité en elle, quasi temple de Dieu.

2°) Son immunité face à cette inclination:

Depuis la définition du dogme il faut tenir que le foyer de convoitise n’a pas seulement été lié en Marie dès le sein de sa mère, mais qu’il n’a jamais existé en elle.

En conséquence : parfaite subordination des facultés, jamais sujette à l’erreur ou illusion (jugement soit droit soit suspendu)

IIIa,q.27,a.3: Pour saint Thomas, elle n’en était pas préservée. Le Fomes est soit ‘totaliter’ soit ‘remanans ligatus’ (c’est le cas de la Vierge Marie). Les théologiens modernes affirment qu’elle est ‘ab omni labe immunis’: aucun fomes.

Le Christ a eu les peines, conséquences du péché originel. Et ceci pour pouvoir souffrir. Il y donc conformité de la Vierge Marie avec son fils. Elle est donc morte...

3°) Quant au péché véniel :

D’après le concile de Trente (dz 1573 : Si quelqu'un dit que l'homme une fois justifié ne peut plus pécher ni perdre la grâce, et que donc celui qui tombe et pèche n'a jamais été vraiment justifié : ou, au contraire, qu'il peut dans toute sa vie éviter tous les péchés, même véniels, à moins que ce soit par un privilège spécial de Dieu, comme l'Eglise le tient au sujet de la bienheureuse Vierge : qu'il soit anathème)

Le juste peut éviter chacun des péchés mais non tous dans leur ensemble, au contraire de Marie.

Saint Augustin : " pour l’honneur de son Fils, qui devait remettre les péchés du monde, il ne serait être question d’elle, quand il s’agit du péché ".

Raisons de convenances :

Pour toutes ces raisons, il faut proclamer sans aucune réserve que la Bienheureuse Vierge n'a commis aucun péché actuel, ni mortel ni véniel, si bien que s'accomplit en elle la parole du Cantique ( Ct 4,7 ) : " Tu es toute belle, ma bien-aimée, et il n'y a pas de tache en toi. "
 
 
 
 
 
 

II. II. 3. Le progrès de la grâce en Marie.

a) La Doctrine de l’Eglise:

i) La doctrine commune des théologiens.

-La Vierge Marie, avant de concevoir son Fils, avait suffisamment été préparée à être Mère de Dieu.

- Lorsqu’elle conçut le Christ, elle reçut une Sainteté encore plus grande;

- Jusqu’à sa mort, elle a crû en Sainteté;

- La sanctification de Marie s’est faite au ciel.

ii) Le Magistère:

Pie IX " ineffabilis Deus "; Pie XII " Mystici Corporis ": la Vierge Marie est plus remplie du Saint-Esprit que l’ensemble des créatures réunies.

CV II in LG Ch.VIII:

- Antecellit omnibus creaturis cælestibus et terrestribus. (n°53).

- Elle occupe le rang le plus élevée; elle est la plus proche du Christ. (n°54).

- Elle toute sainte comme une nouvelle créature du Saint-Esprit. (n°56).

- Elle a fait sienne la salvifique volonté de Dieu, de tout cœur sans le retard d’aucun péché. (n°56).

- Elle mérite d’être honorée d’un culte spécial. (n°66).

b) Explication théologique:

Elle est prouvée par IIIa, q.27,a.5.

Marie fut la plus proche du Christ selon son humanité; de plus, elle fut principe de Grâce, laquelle est exigée par sa maternité physique. Sa plénitude à sa conception n’est pas encore celle qu’elle recevra quand elle concevra le Christ. Cette croissance n’empêche pas la plénitude (de disposition [reçue lors de sa conception], de forme [union au Christ] et de fin [dans la gloire]).

La Grâce a pu croître en Marie ex opere operantis (elle a pu acquérir des mérites et devenir plus digne mère de Dieu) et ex opere operato (contact avec le Christ qu’elle a reçu).

Corollaire:

i) l’élection de Marie (III.a,q.27,a. ,ad 1)

ii) sa Grâce a pu être augmentée: La doctrine de St Thomas doit être corrigée (ad 2).
 
 

a) La perfection de la première grâce en Marie : supérieure à celle des anges.
 
 

Saint Luc : " Je Vous salue pleine de grâce ".

Ineffabilis Deus : " Marie a été aimée par Dieu plus que toutes les créatures, il s’est pleinement complu en elle, et il l’a comblée admirablement de toutes ses grâces, beaucoup plus que tous les esprits angéliques et que tous les saints ".

Explication de saint Thomas [III q27 a5] :

Raisons de convenances de sa plénitude de grâce :

b) La perfection de la première grâce en Marie : supérieure à celle des saints.

  1. La grâce initiale de Marie fût-elle plus grande que la grâce finale de chacun des anges et des hommes?


  2.  

     

    La grâce finale : celle qui précède immédiatement l’entrée au ciel.

    Réponse : Oui, saint Jean Damascène, Suarez, Saint Alphonse, Terrien, Hugon. . . : doctrine certaine.

    Raison : à cause de la maternité divine, en tant que la grâce initiale était une préparation à l’union au Verbe, et en tant que la grâce est donnée par Dieu en fonction de son amour pour la personne. On ne peut imaginer Dieu aimer plus un autre que Marie, sa Mère.
     
     

  3. La grâce initiale de Marie fût-elle plus grande que la grâce finale des anges et des hommes pris ensemble ?

Négateurs : Raynaud, Terrien, Lépicier répondent non pour la grâce initiale, oui pour la grâce finale. Valentia répond oui pour la deuxième sanctification, au moment de l’Incarnation. Saint Alphonse et la plus grande majorité des théologiens disent oui avec les notes suivantes, pour la grâce finale et la deuxième sanctification : proposition certaine, pour la plénitude initiale : très probable sinon certain.

Les raisons.

Argument d’autorité : Véga, saint Alphonse, Monsabré, Tanquerey, Merkelbach, Hugon, Billot. . .

Pie IX dans sa bulle favorise cette opinion : " Il (Dieu) l’aima plus elle seule que l’universalité des créatures, et d’un tel amour, qu’il mit en elle, d’une manière singulière, ses grandes complaisances. . . Il l’a combla si merveilleusement, bien plus que tous les esprits angéliques, bien plus que tous les saints, de l’abondance de tous les dons célestes.

" Marie est supérieure par la grâce aux Chérubins, aux Séraphins et à toute l’armée des anges ".

Arguments théologiques :

La première grâce était proportionnée à sa maternité divine, or la grâce finale des saints même prise ensemble n’est pas proportionnée à celle-ci qui d’ordre hypostatique. Donc . .

La personne qui est plus aimé par Dieu que toutes les créatures ensemble reçoit une plus grande grâce que toutes les créatures réunies.

Marie dès qu’elle put mériter et prier, pouvait sans les saints obtenir plus que tous les saints ensemble sans elle. Or le degré de mérite correspond au degré de grâce sanctifiante. Donc . . .

Une pierre précieuse comme le diamant vaut plus que la quantité d’autres pierres précieuses.

La valeur intellectuelle d’un saint Thomas dépasse celle de tous ses commentateurs réunis.

La valeur du saint Curé d’Ars vaut plus que tous ses paroissiens réunis.

La valeur d’un saint prêtre vaut plus que plusieurs médiocres.

Pour ne pas tomber dans le piège sur cette question il faut considérer que la grâce fait partie de l’ordre de la pure qualité immatérielle. Il faut donc éviter les analogies faisant entrer des considérations d’étendue, comme l’aigle du haut des Alpes ne vaut pas tout ce que voient les hommes.

Conclusion : il n’est pas douteux que Marie par la première grâce qui la disposait déjà à la maternité divine, valait plus aux yeux de Dieu que tous les apôtres, les martyres, les confesseurs et les vierges réunis, qui se sont succédé et se succéderont dans l'Église, plus que toutes âmes et tous les anges créés depuis l’origine du monde.

c) Les suites de la plénitude initiale de Marie.

La plénitude des vertus et des dons : ils sont les diverses parties de l’organisme spirituel. Elles dérivent de la grâce sanctifiante comme ses propriétés et selon un degré proportionné. Marie avait donc en son âme tout ce qui appartient à l’état de justice originelle dès le premier instant de sa conception : Thèse commune.

Raison : Marie, Mère de Dieu et des hommes ne devait pas être moins parfaite qu’Ève à sa création.

Difficulté : l’exercice de ses vertus exige l’usage de la raison et du libre arbitre!

Il est au moins très probable selon la grande majorité des théologiens que Marie a eu dès le premier instant de sa conception l’usage du libre arbitre par science infuse, celle-ci possédée de façon transitoire. C’est l’avis de saint Vincent Ferrier, saint Bernardin de Sienne, François de Sales, Alphonse, Suarez, Vega, Contenson, Justin de Miéchou, Hugon, Merkelbach, Terrien. . . Elle a eu l’usage de la science infuse peut-être en certaines circonstances plus notables, Incarnation, Passion, Résurrection, Ascension, pour avoir une connaissance plus parfaite des perfections divines et du mystère de la Sainte Trinité.

Raison :

La vision de Dieu? Pour Garrigou, rien ne peut l’affirmer. Vega fut le seul à soutenir cette thèse comme probable. Pour Merkelbach il est très probable qu’elle l’ai eu d’une façon transitoire avant de mourir, surtout si saint Paul (II Cor. XII, 2) a joui quelque instant d’un tel privilège. Sainte Thérèse jouissait à la fin de sa vie souvent d’une vision intellectuelle de la Sainte Trinité.

La science infuse? Bea