De l’ordre des Acolytes
Par J.-J. Olier, de l’oratoire.
L’acolyte représente en partie ce
que le prêtre est dans l’Église, car il fait une des fonctions extérieures du
prêtre dans la maison de Dieu. Il porte les chandeliers et la lumière ardente
devant le peuple, pour montrer que le prêtre est le chandelier de l’Église, qui
doit porter la lumière pour éclairer le monde.
Il entre par là en participation
de l’office de Notre-Seigneur, qui dit : Ego sum lux mundi[1] ; je suis la lumière du mande ; et qui dit aussi à ses apôtres et à ses disciples ; Vos estis lux mundi, vous êtes la
lumière du monde ; car vous devez éclairer tous les hommes, non seulement
par ma parole, que je mets dans votre bouche ; mais encore par les bonnes œuvres
qui éclateront en vous, et qui leur découvriront quelle est la souveraine
puissance de mon Père, et quel respect mérite une majesté si auguste, et qui est si saintement servie.
C’est pour cela qu’entre les
moindres ordres il n’y a pas seulement l’ordre des lecteurs, que le pontife exhorte
à être ornés de toutes les vertus et à paraître avec modestie pour faire
entendre la parole de Dieu en la lisant ; mais il y a encore l’ordre des
acolytes, qui, par les chandeliers et la lumière élevée qu’ils portent,
montrent que le prêtre doit être élevé au-dessus de tous les chrétiens par ses
vertus, par l’éclat de sa grâce et de ses bonnes œuvres, afin de pouvoir
éclairer le monde par son exemple[2].
Les évêques, dans l’Apocalypse,
sont figurés par les chandeliers, au milieu desquels Notre-Seigneur se
promenait pour nous donner à entendre que c’est au milieu d’eux que repose la
plénitude de l’Esprit de Jésus, qui leur fait part de sa lumière pour éclairer le monde, et qui est en
eux pour briller avec éclat aux yeux de
tous les hommes. Les acolytes qui participent à cette grâce doivent, pour ce
sujet, être tout revêtus des vertus de Notre-Seigneur,
afin d’en donner l’exemple et d’en inspirer l’amour à tous ceux avec qui ils conversent.
Ils doivent commencer d’entrer en
part du ministère de Jésus-Christ, lumière de l’Église, qui n’éclaire pas
seulement l’intérieur : Illuminat omnem hominem venientem
in hunc mundum[3], ce qu’ils
doivent faire comme lecteurs ; mais qui éclaire encore extérieurement par
la pratique des vertus chrétiennes, dont il leur donne l’exemple, afin qu’ils
les répandent ensuite dans l’Église, comme des lumières élevées sur le chandelier.
C’est pour cela que les acolytes
sont toujours devant le diacre lorsqu’il chante l’Évangile dans l’église. Et il
y en a aussi deux devant le prêtre, quand, dans l’office
divin, il chante les oraisons et les capitules, qui sont tous tirés de l’Écriture
sainte, afin de montrer que le prêtre doit joindre cette double lumière, l’extérieure
et l’intérieure, pour satisfaire à toute l’étendue de son obligation et à tout
ce que demande la sainteté de son état.
L’acolyte se considérera comme
étant placé dans l’Église ainsi qu’une lumière éminente qui doit éclairer tous
les fidèles. Il faut que la lumière matérielle, que son office l’oblige de porter devant les
yeux du peuple, lui fasse connaître qu’il est encore plus obligé de l’édifier par son exemple et par la sainteté de sa conduite.
C’est là le grand dessein de Notre-Seigneur
sur les prêtres, en qui il veut se rendre visible à son Eglise. Il veut être en
eux-mêmes dans des trônes de cristal, au travers desquels apparaissant dans sa
majesté et dans l’éclat de sa sainteté, il fasse voir ses vertus se répandre au
dehors comme autant de rayons pour éclairer le
monde.
C’est ainsi que les prêtres en
sont la lumière, comme Notre-Seigneur le témoigne en parlant à ses apôtres :
Que votre lumière luise devant les hommes, afin que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père qui est dans les
cieux[4]. Voilà l’obligation
indispensable des prêtres, et à quoi doivent aussi travailler les acolytes, qui
reçoivent pour cela dans leur ordination le même esprit que le prêtre, quoiqu’ils
ne le reçoivent pas dans une si grande plénitude[5].
C’est pourquoi, dans l’exhortation que l’évêque leur
fait en les élevant à cette dignité, il leur en donne expressément l’avis ;
car, après leur avoir dit les paroles de Notre-Seigneur que nous venons de
rapporter, il ajoute : Ut filii lucis ambulate… Estote igitur sollicita in omni justitia, bonitate, et veritate : ut et vos, et alios, et Dei Ecclesiam illuminetis[6].
Il faut pour cela qu’on voie éclater en eux toutes les
perfections divines et toutes les vertus de Jésus-Christ, pour qu’ils en
donnent l’exemple au monde, sans quoi l’on ne devrait point les élever à ce
saint ordre[7]. Il faut surtout leur
recommander une grande modestie, parce que rien n’édifie tant les peuples et n’est
plus efficace pour leur faire estimer la religion et respecter nos mystères,
que de voir reluire cette vertu dans ceux qui sont appliqués par état au culte
de la divine majesté.
Un extérieur recueilli, une posture modeste, un
maintien réglé, une contenance respectueuse, montrent dans un acolyte et la
présence de Jésus-Christ qui l’anime, et la sainteté de l’Esprit qui le règle,
et l’auguste majesté de Dieu qu’il sert.
Un ecclésiastique modeste est un prédicateur muet,
mais puissant en vertu, qui porte la dévotion dans les cœurs[8]. C’est une lumière sensible, mais vive et pénétrante,
qui convainc chacun de son devoir. C’est une statue animée, une image vivante
et spirituelle, dont Dieu se sert pour toucher les esprits, pour les élever à
lui et pour les tenir recueillis en sa sainte présence.
Quoique cette obligation d’éclairer l’Église et d’y
donner bon exemple soit honorable à l’acolyte, ce n’est pas là néanmoins ce qui
fait connaître l’excellence de sa dignité. Il est bien plus relevé par son
ordre ; car, dans la cérémonie de son ordination, on lui fait toucher les
burettes, qui sont les instruments des principales fonctions de sa charge, ce
qui représente la haute vocation de l’acolyte, et marque expressément l’union
qu’il a avec le prêtre dans l’exercice de son plus sublime mystère, qui, est d’offrir
à l’autel le divin sacrifice, dont l’acolyte est censé faire l’apprentissage,
par le service qu’il est obligé d’y rendre et par les fonctions extérieures qu’on
lui fait exercer[9].
Ces fonctions sont de porter à l’autel la matière du
sacrifice, savoir le vin et l’eau, et de verser l’eau sur les mains du prêtre[10], en quoi il doit montrer, par sa modestie et son
recueillement, lorsqu’il approche de l’autel, quelle sera la révérence et la religion avec lesquelles il offrira un
jour dans l’Église ce divin sacrifice,
dont il présente déjà la matière au sous-diacre.
Cet ordre, qui est le plus élevé des inférieurs, touche au dernier des ordres supérieurs, qui est le sous-diaconat.
L’acolyte met entre les mains du sous-diacre
la matière du sacrifice[11], et il lui présente encore, lorsqu’il n’est point
occupé ailleurs, l’eau pour
laver les mains du prêtre, comme il présente au diacre la serviette pour les
essuyer[12], ce qui est un digne emploi pour exercer la religion
de l’acolyte. Il doit dans cette fonction
révérer tellement la majesté du prêtre, que, le considérant dans une dignité
infiniment élevée au-dessus de lui, il s’estime indigne de le servir par lui-même,
c’est-à-dire de verser l’eau sur ses mains et de lui présenter la serviette
pour les essuyer. C’est dans cet esprit qu’il donne l’une et l’autre au sous-diacre
et au diacre, comme à des personnes plus dignes que lui, pour les présenter au
prêtre, se tenant cependant dans les
mêmes sentiments où était saint Jean, lorsqu’il ne se jugeait pas digne de
délier la courroie des souliers de Jésus-Christ
Notre-Seigneur[13].
On voit clairement quel sentiment d’humilité l’Église
demande de celui qui est élevé à cet ordre, puisqu’elle l’établit le serviteur
du sous-diacre ; car le diacre est le serviteur du prêtre, le sous-diacre
n’est que le serviteur du diacre et l’acolyte n’est que le serviteur du sous-diacre.
Elle veut lui montrer par là que la petitesse est la voie qui peut lui rendre
accessible la hauteur du mystère où il est appelé et auquel son ordre le dispose,
c’est-à-dire l’offrande du sacrifice, dont il fait l’essai et les préparatifs
par ses saintes fonctions ; et qu’il ne pourra parvenir à la grandeur du
sacerdoce que par la profondeur de l’humilité
du cœur, qui doit donner à l’acolyte un grand amour et une haute estime pour
ses emplois, quelque vils et abjects qu’ils paraissent aux yeux du monde.
Et puisque le sacrifice de
louange, dans l’Écriture, appartient au prêtre, comme une des principales
hosties qu’il offre sur l’autel de Dieu[14], on met l’encensoir entre les
mains de l’acolyte, parce que, étant le plus digne d’entre les clercs et
immédiatement après le sous-diacre, il a droit d’approcher, plus près des
saints autels. C’est donc lui qui porte l’encensoir et qui encense, pour faire
voir, par cet acte de religion, quelle est la disposition de son cœur et
surtout quel est son amour et son zèle pour les louanges qu’il offre à Dieu,
dans l’Église, sous les symboles de l’encens et des parfums qui s’exhalent en
odeur de suavité.
L’acolyte a encore le droit de
porter l’encensoir et de donner de l’encens au peuple, non par son ordre, car
il n’y a point d’ordre qui soit particulièrement institué pour cet emploi,
comme nous l’avons dit ailleurs, mais par une commission due à sa dignité :
ce qui est une image de la fonction du prêtre, qui doit offrir à Dieu,
pour les peuples, des prières figurées par l’encens dans la sainte Écriture[15].
Notre-Seigneur est la prière
publique et universelle de l’Église, et le prêtre, appelé par état à posséder l’esprit
universel de Jésus-Christ, et qui entre dans ses plus belles dignités, doit
être aussi regardé comme la prière universelle de l’Église : c’est
pourquoi il prie pour tous et au nom de tous. Or, comme l’acolyte commence à le
représenter et à recevoir son esprit, non seulement comme lumière et flambeau
du monde, mais encore comme prière, il doit avoir un amour très
particulier pour l’oraison, et il ne doit point sans cela être élevé à cette
dignité[16].
Ce qui est remarquable dans cet
ordre est que, non seulement l’acolyte doit porter la lumière, mais aussi le
chandelier, et que c’est en le touchant que cet ordre lui est conféré, que le
caractère lui est imprimé[17] ; pour signifier qu’il ne,
représente pas dans l’Église une lumière médiocre et commune, mais une lumière
sublime, relevée et au-dessus du commun.
L’acolyte en ceci peut être considéré
comme une image qui ne représente pas seulement le prêtre, mais encore l’évêque
ou le pontife, qui est cette lumière excellente de l’Église, et une figure
continuelle de Jésus-Christ exalté et monté dans les cieux, d’où il répand sa clarté
dans le monde. Et parce que Notre-Seigneur, ayant pénétré les cieux, est entré
dans le sanctuaire, pour y présenter à son Père l’encens et les parfums de nos
oraisons, et nous remplir ensuite de toute sorte de bénédictions ; l’acolyte,
parmi ceux qui ont les moindres ordres, a droit d’approcher plus près de l’autel,
d’y porter même de l’encens, et de le donner au diacre pour être mis entre les
mains du prêtre ou du pontife, qui, étant chargé des devoirs de tous les
fidèles, l’offre à Dieu avec leurs prières, et en parfume aussi toute l’Église.
[1] Joan., VIII, 12.
[2] Saint Chrysostome, In Matth., c. 5 ; P. G., 31, c. 233.
[3] Joan., 1, 9.
[4] Matth., V, 16.
[5] Conc. Mediol., 4, part. 3, tit. 7.
[6] Pontifical. Rom. in Ord. Acolyth.
[7] Conc. Trid., sess. 22, de Reform., c. 1.
[8] Conc, Trid., sess. 25, de Reform., c. 1.
[9] Pontif. Rom. in Ord. Acolyth.
[10] Ibid.
[11] Cearem. Episc.
[12] Rubr. Missal.
[13] Luc,
III, 16.
[14] Ps. IL, 14. Saint Augustin, In Ps. 49 ; P. L., 36, c. 578.
[15] Ps.
CXL, 2
[16] Saint Grégoire, In Reg., 13 ; P. L., 79, c. 338.
[17] Rubr. Pontif. Rom.