La possibilité de l’Incarnation
sans aucune déviation panthéistique.
Reginald Garrigou-Lagrange O.P.
In Angelicum 30, pp 337-346
Ce problème examiné par beaucoup de théologiens dans l’introduction de leur traité de l’Incarnation tend toujours à reparaître et a reparu ces derniers temps en des objections contre le thomisme classique. Nous voudrions seulement rappeler ce qu’en disent S. Thomas et ses meilleurs commentateurs. Redisons 1° pourquoi la possibilité de l’Incarnation ne peut être démontrée, 2° en quoi consisterait ici la déviation panthéistique, 3° comment Saint Thomas évite cette déviation.
Selon la Révélation, l’Incarnation
est l’union, en la personne du Verbe, de sa nature divine et de la nature
humaine : union non pas accidentelle par la connaissance et l’amour, comme
dans les bienheureux, mais union substantielle ou hypostatique en la personne
du Verbe fait chair, de telle sorte qu’il n’y a en lui qu’un seul moi, une seule personne, la deuxième
personne de la Sainte Trinité. Si bien que Jésus a pu dire : « Avant qu’Abraham fut je suis ». « Je suis la voie, la vérité et la vie » ; non seulement j’ai infalliblement la vérité, mais « je suis la vérité et la vie », ce que
Dieu seul peut dire, comme lui seul peut dire : « Je suis l’Etre même ».
C’est là un mystère essentiellement surnaturel, supérieur non seulement à tout l’ordre
naturel, à toute nature créée et créable, à
la vie naturelle des anges les plus élevés, mais supérieur à l’ordre de la
grâce et de la gloire, qui est une participation de la nature divine ou de la
vie intime de Dieu. L’Incarnation constitue un ordre
à part : l’ordre hypostatique,
car elle est l’union de l’humanité du Sauveur à sa personne incréée et par suite
à la nature même de Dieu, telle qu’elle est en soi.
Saint Paul, Ephes, III, 9, dit
que l’Incarnation est un « mystère
qui avait été caché depuis le commencement en Dieu », « sacramentum absconditum a
saeculis in Deo ».
Les Conciles parlent d’elle comme d’un secret impénétrable cf. XI Concile de Tolède, Denz. 282, 284, 285.
L’Eglise enseigne
contre les semirationalistes que, même après avoir
été révélés, les mystères essentiellement surnaturels ne peuvent être démontrés
par les principes de la raison naturelle, cf. Denz. 1669-1671. Et il ne s’agit pas seulement de l’existence de ces
mystères, mais de leur possibilité qui elle même appartient à l’ordre
essentiellement surnaturel ; ce qui est essentiellement surnaturel dans l’ordre
de l’être, l’est aussi dans l’ordre de la connaissance, car le vrai, c’est ce
qui est, « verum
et ens convertuntur »[1]. Aussi
le Concile du Vatican (Denz. 1816) a-t-il
défini : « Si quis dixerit in revelatione divina nulla vera et proprie dicta mysterio contineri, sed universa fidei Dogmata posse per rationem
rite excultam e naturalibus
principiis intelligi et demonstrari,
anathema sit ». La possibilité du miracle est
démontrable, on peut prouver par la seule raison qu’il ne dépasse pas la
puissance de Dieu auteur de la nature et des lois naturelles, mais l’Incarnation n’est pas
seulement un miracle, elle est aussi un mystère proprement dit et d’un ordre à
part[2].
La possibilité de l’Incarnation
ne peut être ni apodictiquement prouvée, ni improuvée, on ne peut démontrer que
l’Incarnation est absurde et impossible. La théologie donne des raisons
probables de sa possibilité, et montre que les objections contre elle sont ou
bien manifestement fausses ou non démonstratives. S. Thomas dit in Boetium de Trinitate, q.II.a.3, « sive ostendendo ea (quae dicuntur contra fidem) esse falsa, sive ostendendo ea non esse necessaria ».
En d’autres termes la
possibilité de l’Incarnation dépasse la sphère du démontrable, nous sommes ici en plein mystère
essentiellement surnaturel et même d’ordre hypostatique. Dès lors la théologie
peut bien proposer ici des raisons de convenance, qui peuvent être toujours
approfondies par les intelligences créées, mais qui ne constitueront jamais un
argument apodictique, tout comme les côtés du polygone inscrit dans la circonférence
peuvent être toujours multipliés et jamais le polygone ne sera la
circonférence, jamais le côté du polygone, si petit soit-il, ne sera un point.
Nous sommes donc dans un domaine des plus difficiles.
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C’est celle dont, parle S.
Thomas, 1a q.3, a.8 : « Certains
ont pensé que Dieu est l’âme du monde », cf. S. Augustin, De Civ. Dei, 1.VII, c.6.
D’autres ont soutenu que Dieu est le principe formel de toutes choses, « Et haec dicitur
fuisse opinio Almarianorum », sans parler de David de Dinant qui d’une
façon insensée prétendit que Dieu est la matière première. Saint Thomas répond : « Toutes ces
opinions sont manifestement fausses, il n’est pas possible que Dieu vienne
en composition d’une réalité,
soit comme principe formel, soit
comme principe matériel ». Il ne peut être que cause extrinsèque des
choses, soit cause efficiente, soit cause finale. Il est manifeste que Dieu,
requis comme cause première, ne peut être la matière première, car Dieu, pour
être cause première doit être souverainement en acte, tandisque
la matière première ne contient qu’en puissance les formes qui peuvent en être éduites.
Dieu ne peut être
non plus la forme qui est partie d’un composé, car cette forme est participée,
et ce qui est participé est moins parfait que ce qui est par soi, et
même moins parfait que le composé dont il fait partie[3].
De plus tout composé
demande une cause et en dernière analyse une cause souverainement simple. Dieu
est au dessus de tout composé à titre de
cause absolument simple et immuable tandisque le
monde et tout être créé est composé et changeant. [4]
Si donc, dans l’union
hypostatique, le Verbe était forme informante de l’humanité du Sauveur
il ne serait pas incréé, et au moins dans un cas le panthéisme d’Amaury de Bène serait réalisé
On le voit dans sa
Somme théologique, traité de l’Incarnation IIIa. q.16, a.,
ad2m. en réponse à cette objection : « Fieri hominem est mutari ;
sed Deus non potest esse subiectum mutationis, secundum illud Malachiae III, « Ego Dominus
et non mutor » ; ergo videtur
quod haec sit falsa : Deus factus est homo ».
Il répond : « Ea quae relative (et non absolute)
dicuntur,
possunt de novo praedicari
de aliquo absque eius mutatione, sicut homo de novo
fit dexter absque sui mutatione per motum
illius, qui fit ei sinister. Unde in talibus non oportet, omne quod dicitur fieri, esse mutatum ; quia hoc
potest accidere per mutationem alterius. Et
per hune modum Deo dicimus « Domine, refugium factus est nobis » Ps.89. Esse autem
hominem convenit Deo ratione
unionis,
quae est relatio quaedam, Et ideo esse
hominem praedicatur de novo de Deo absque eius mutatione
per mutationem humanae naturae, quae assumitur in divinam personam. Et ideo cum dicitur Deus factus est homo non intelligitur
aliqua mutatio ex parte
Dei, sed solum ex parte humanae naturae ».
Lorsqu’on dit :
Dieu s’est fait homme, on ne veut pas affirmer qu’il y a eu un changement en
Dieu mais seulement en la nature humaine qu’a été assumée par lui[5].
De même lorsque nous
disons : « le soleil est vu par nous » c’est par suite d’un
changement non pas en lui, mais en nous dont la vue est passée de la puissance
à l’acte et se termine au soleil. Le soleil n’est pas forme informante
de notre acte de vision, mais il en est le terme[6].
De même lorsqu’on dit : « Dieu
est vu par les bienheureux » Dieu n’est
pas forme informante et participée de l’intelligence des bienheureux,
mais il est le terme, l’objet qui termine leur vision immédiate, comme l’explique
S. Thomas Ia. q.12, a.2 et ses commentateurs.
Cet exemple de l’ordre
de la connaissance éclaire par analogie l’union hypostatique qui est dans l’ordre
de l’être. Comme Dieu vu face à face peut sans imperfection terminer la
vision du bienheureux, ainsi le Verbe fait chair peut sans imperfection terminer personnellement l’humanité de Jésus
et la posséder. Il est forme terminante, et non pas informante.
S’il était forme
informante, il serait participé et donc il ne serait plus Dieu ; il
serait aussi moins parfait que le composé dont il ferait partie. On reviendrait
ainsi au panthéisme d’Amaury de Bène. Il n’en est
rien si le Verbe termine seulement l’humanité de Jésus dans l’ordre de l’être
comme l’essence divine clare visa termine
la vision immédiate des bienheureux dans l’ordre de l’intelligibilité[7].
Mais nous sommes et
plein mystère, et cette possibilité ne peut se démontrer par la seule raison,
elle dépasse même les forces naturelles des intelligences angéliques les plus
élevés. Nous sommes ici en présence d’un clair-obscur qui n’a au dessus de lui,
que celui de la Sainte Trinité[8].
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Il n’est pas
surprenant qu’une difficulté reste. On dira : Mais le Verbe n’est pas
seulement terme de l’humanité du Sauveur, il en est le sujet ; il a
cette humanité qui lui est attribuée comme a son sujet.
Les Thomistes ont
toujours répondu : Le Verbe n’a pas cette humanité « réceptive »
comme un sujet qui la reçoit,
comme la matière reçoit la forme, et la substance créée reçoit les formes
accidentelles. Le Verbe a cette humanité personaliter
et terminative ; il
n’y a pas en lui une puissance passive capable de la recevoir, mais il la termine
personnellement ; un
peu comme le point culminant d’une pyramide termine les lignes qui s’élèvent
vers lui, un peu comme le soleil termine nos regards, un peu comme un grand
orateur termine et captive l’attention de ses auditeurs, ou encore comme le
corps du Christ termine toutes les transsubstantiations qui fondent sa présence
réelle en telle et telle hostie consacrée. C’est toujours la même réponse. Le
Verbe fait chair ne peut être forme informante de l’humanité de Jésus, ni le
sujet informé par cette humanité, mais il la termine personnellement et la
possède pour toujours. La personnalité par rapport à la nature, est comparable
au point indivisible qui termine une ligne, ou au sommet d’une pyramide, ou
encore au terme captivant de notre vision, de notre attention[9].
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* *
On fera une instance
en disant : Ce qui est extrinsèque à quelqu’un, ne peut lui devenir intrinsèque
que s’il est reçu en lui. Or la nature humaine est en elle même
extrinsèque au Verbe. Donc elle ne peut lui devenir intrinsèque, lui être attribuée comme à un
sujet, que si elle est reçue en lui ; la difficulté reste.
Les meilleurs commentateurs
de S. Thomas répondent : il suffit d’une termination
intrinsèque, comme le point
est terme intrinsèque de la ligne, et comme le sommet de la pyramide la termine
intrinsèquement par en haut. De la sorte le Verbe est le terme intrinsèque
de l’humanité assumée, mais
il n’est pas reçu en elle comme une forme informante qui serait
participée, et il ne la reçoit pas à raison d’une puissance passive qui
serait en lui.
Ces réponses
montrent que les objections contre la possibilité indémontrable de l’Incarnation,
sont ou bien manifestement fausses, ou bien non démonstratives.
N’oublions pas que
nous sommes en plein mystère dont la possibilité intrinsèque ne peut être ni
prouvée ni improuvée ou rejetée.
Tout le traité de l’Incarnation
manifeste progressivement, que Dieu ne peut être cause formelle d’une créature,
qu’une personnalité divine ne peut jouer le rôle (supplere
vices) d’une personnalité créée, à titre de forme informante mais comme terme, ou perfection terminative. Une forme informante est en effet participée, et donc moins parfaite que
Dieu, et moins parfaite que le composé dont elle est partie. Par opposition une
perfection terminative n’est pas la partie d’un tout, mais elle attire à soi
autre chose qu’elle, trahit aliud ad se ; et donc elle n’implique pas d’imperfection, mais plutôt elle
communique sa perfection, ici par une diffusion très mystérieuse qui ne peut se
démontrer rationnellement, ni être rejetée. Ainsi l’essence divine termine la
vision de tous les bienheureux, captive leur attention et leur amour. De même
dans l’ordre de l’être le Verbe fait chair termine et captive l’humanité du
Christ qu’il a assumée. Une très haute vérité bien saisie possède notre esprit,
plus qu’elle n’est possédée par lui. On peut dire d’un grand thomiste : il
possède la doctrine de S. Thomas, et il est plus encore captivé, possédé par
elle. Cette haute vérité domine cette intelligence, beaucoup plus que celle ci
ne la domine.
Ainsi le Verbe
incarné domine l’humanité de Jésus, il la domine ontologiquement et en suite
comme objet souverainement captivant de contemplation et d’amour.
Bref, le Verbe, par rapport à l’humanité du Christ,
n’est pas un sujet qui à proprement parler la reçoit (il serait ainsi
comme une puissance passive vis à vis d’elle) ; il n’est pas non plus
un forme informante et reçue (il serait ainsi moins parfait que le tout,
que le Christ complet), mais il est par rapport à elle une perfection qui la
termine comme le point qui termine une ligne, comme le sommet d’une
pyramide, comme un objet qui termine notre vision, ou notre contemplation.
Plus brièvement
encore : l’Acte pur est irreçu et irreceptif, irreceptus
et irreceptivus. S’il était reçu dans une puissance, il serait participé
et limité, s’il recevait une perfection nouvelle, il serait en puissance
par rapport à elle, et ne serait plus Acte pur. C’est ce que nous disions dans
le traité De Christo redemptore, p.
28, où nous défendons longuement la position de Cajetan admise par tant de thomistes. Cf. Ibid. p. 93-124.
Nous maintenons ce
que nous y avons dit, et nous n’avons rien d’important à y ajouter.
Quand à la thèse
thomiste : « Est unum esse
in Christo », nous maintenons
aussi ce que nous en disions dans le même ouvrage, p. 314-321. Saint Thomas dit IIIa
q.17, a.2. :
« impossibile
est in una persona esse personale multiplicari,
quia impossibile est quod unius
rei non sit unum esse ». S. Thomas s’exprime de même plus tard
dans la Compendium theologiae c. 212 : « Si consideremus
ipsum Christum, ut quoddam integrum suppositum duarum naturarum, eius erit unum tantum esse ».
On a objecté :
Nulle perfection divine ne peut actuer une nature créée, elle serait limitée, car elle serait reçue en cette
nature créée et constituerait avec elle un composé plus parfait que ses
parties. On reviendrait ainsi sans y prendre garde au panthéisme d’Amaury de Bène, réfuté par S. Thomas, Ia q.3. a.8[10].
Les thomistes ont répondu à bon droit : Aucune perfection divine ne peut actuer une nature créée, par manière de forme intrinsèquement informante, je le concède ; par manière de terme intrinsèque, je le nie. Ainsi dans l’ordre de la connaissance l’essence divine clairement vue termine l’acte de vision béatifique. Ainsi encore dans l’ordre de l’être, la personne du Verbe termine l’humanité du Christ, il faut en dire autant de l’existence du Verbe, comme le point culminant d’une pyramide termine les lignes qui s’élèvent vers lui[11]. En ce sens on a pu dire que dans la sainte humanité du Christ il n’y a pas seulement l’extase de la connaissance et de l’amour, mais celle de l’être[12].
Mais nous sommes ici en plein mystère dont la possibilité ne peut être ni démontrée, ni légitimement rejetée, aussi faut il ici une grande prudence « et ad sobrietatem sapere ». Autrement on pourrait fausser ce clair-obscur en voulant trop l’approfondir par des procédés insuffisants. Il vaut mieux penser à « la lumière inaccessible » où Dieu habite[13].
[1] Si du reste on démontrait rationnellement la possibilité de la Sainte Trinité, on démontrerait aussi son existence, car la Sainte Trinité n’est pas contingente, mais nécessaire d’une nécessité absolue « et in necessariis existentia sequitur possibilitatem » (v.g. si en Dieu la toute Puissance est possible, elle existe en lui).
Quant aux autres mystères surnaturels comme ceux de l’Incarnation, de la Rédemption, de la Grâce, si l’on en démontrait rationnellement la possibilité, ils ne dépasseraient les intelligences créées et créables qu’à raison de leur contingence et non pas à raison de leur surnaturalité essentielle ; ils seraient comme la date inconnue de la fin du monde. Ils seraient comme le miracle qui n’est surnaturel que par le mode de sa production, non par son essence ; la résurrection d’un mort produit surnaturellement en lui la vie naturelle, et non pas la vie surnaturelle. La surnaturalité du miracle (qui n’est qu’un signe) est inférieure à celle de la grâce (qui est une vie) et à plus forte raison à celle de l’Incarnation.
[2] Nous avons développé cette doctrine dans le traité De Christo redemptore, p.22-28.
[3] « Forma que est pars compositi, est forma participata: sicut autem participans est posterius eo quod est per essentiam, ita est ipsum. participatum... Ostensum est autem supra quod Deus est primum ens simpliciter » Ia q. 3, a. 8. 3a ratio.
[4] Cf. S. Thomas I., q.3, a.7.
[5] Le Verbe n'acquiert
même pas une relation réelle, mais
seulement une relation du raison, comme la couleur n'a
pas une relation réelle à la vue, mais bien la vue à la couleur, dont elle
dépend, la science à son objet. Les créatures ont aussi une relation réelle de
dépendance à l'égard du Créateur, mais le Créateur n'acquiert pas en des créant
une relation réelle aux créatures. Cf. S. Thomas
1a q. 13, a. 7.
Le Saint Docteur dit III Sent., d.i, q.i, a.I ad Im: « Deus dicitur uniri (cum humanitate Christi) non per mutationem sui, sed per mutationem eius cui unitur; et similiter cum dicitur unibilis, hoc dicitur non per potentiam aliquam passivam in Deo, sed per potentiam quae iu creatura est ut uniri possit » scil. per potentiam passivam obedientialem. — Ainsi le point terminant déjà une ligne, peut, sans aucun changement eu lui même, en terminer beaucoup d'autres comme le sommet d'une pyramide
[6] Le soleil n'acquiert rien, ni ne perd rien du fait qu'il est vu par nous.
[7] De même encore le corps du Christ termine les milliers de transsubstantiations réalisées depuis vingt siècles. Il les termine sans être produit ni reproduit par elles. Le terme de la transsubstantiation est: « ce qui était la substance du pain est maintenant le corps du Christ » ou le corps du. Christ non absolute, sed ut est ex pane.
[8] Si Jésus n'avait pas eu dès-ici-bas la vision béatifique il n'aurait pas eu conscience proprement dite de sa personnalité divine, comme divine; mais il aurait eu conscience d'être quelqu'un, et par la foi éclairée par les dons du Saint Esprit il aurait eu une connaissance surnaturelle certaine de sa personnalité divine et unique.
[9] Nous avons longuement développé cette
doctrine ailleurs De Christo Redemptore 1942. Turin
p. 84-125. En particulier nous tenons avec Cajetan que la personalité
est id quo aliquid est « quod »; en terminant la nature intellectuelle» elle
est l'ultime disposition à recevoir l'existence, car ce qui est ce n'est pas la
nature, mais le suppôt ou la personne: cf. S. Thomas Ia
q. 17. a. 2, 1m « Esse consequitur naturam, non sicut habentem esse, sed sicut quâ aliquid est, personam autem sequitur sicut habentem esse seu sicut id quod est». Et S. Thomas affirme nettement: Nulla creatura est suum esse. « In omni substantiea creata diffiert esse et quod est»
c. Gentes. 1. II c.52.
[10] On trouvera cette objection et plusieurs autres semblables dans Gonet Clypeus dans l'introduction de son traité de l'Incarnation, tract. I, disp.II, là où il se demande si l'on peut démontrer, par les forces naturelles de la raison, la possibilité de l'Incarnation.
[11] Si la subsistence du Verbe peut terminer l'humanité du Christ, de même son existence, qui suit sa subsistence. Autrement l'humanité du. Christ aurait son existence propre, qui est ultime actualité, et qui présuppose la subsistence créée ou la personnalité créée. D'où le danger du nestorianisme.
[12] On sait que pour S. Thomas l'âme séparée communiquera de même son existence au corps humain à l'instant de la résurrection, car il n'y a pour l'homme entier qu'une seule existence substantielle. Cf. Sanctum Thomam, Summa theol, IIIa q.2, a.6, ad 2um: « Illud quod advenit post esse completum, accidentaliter advenit, nisi trahatur in communionem illius esse completi; sicut in resurrectione corpus adveniet animae praeexistenti, non tamen accidentaliter, quia ad idem esse assumetur, ut scilicet corpus habeat esse vitale per animam. Non autem sic de albedine, quia aliud est esse albi et aliud est esse hominis, cui advenit albedo. Verbum autem Dei ab aeterno esse completum habuit secundum hypostasim sive personam; ex tempore autem advenit ei natura humana, non quasi assumpta ad unum esse prout est naturae, sicut corpus assumitur ad esse animae, sed ad unum esse prout est hypostasis vel personae. Et ideo humana natura non unitur accidentaliter Filio Dei ».
[13] En ce sens Chesterton a dit : «
Les énigmes de Dieu sont plus rassurantes que les solutions des hommes ».